Adelheid Luise Spitzeder (), dite Adele Spitzeder, née le à Berlin et morte le ou à Munich, également connue sous son nom de scène dAdele Vio, est une actrice et chanteuse de folklore allemande s'étant fait connaître pour ses escroqueries.
D'abord jeune actrice prometteuse, elle devient une banquière privée bien connue à Munich au lorsque son succès théâtral décline. Elle dirige un système de Ponzi - un des premiers répertoriés - et propose d'importants retours sur investissement en utilisant continuellement l'argent de nouveaux investisseurs pour rembourser les précédents.
En ouvrant sa banque en 1869, Adele Spitzeder réussit à repousser pendant quelques années les tentatives faites pour la discréditer, avant que les autorités ne puissent la traduire en justice en 1872. Comme la pyramide de Ponzi n'est pas encore illégale, elle n'est condamnée qu'à trois ans de prison sur des accusations de comptabilité défaillante et de mauvaise gestion de l'argent des clients. Sa banque ferme et perdent , l'équivalent de près de d'euros de 2017, provoquant une vague de suicides. Sa fortune personnelle en œuvres d'art et en argent lui est retirée.
Après sa libération de prison en 1876, Adele Spitzeder vit de dons de bienfaiteurs et tente en vain de travailler à nouveau à Altona et à Berlin. Elle quitte l'Allemagne pour Vienne, mais la police de cette ville l'empêche de venir pour jouer dans des représentations théâtrales ; elle retourne donc en 1878 à Munich, où elle publie ses mémoires. Elle est de nouveau arrêtée en 1880 pour avoir tenté d'ouvrir une nouvelle banque sans avoir les autorisations nécessaires, mais elle est ensuite libérée sans inculpation. Adele Spitzeder se produit en tant que chanteuse folklorique, vivant de l'aide d'amis et de bienfaiteurs, mais elle ne rompt jamais complètement avec sa vie condamnable, ce qui entraîne de nouveaux procès et des périodes d'incarcération.
Jamais mariée, elle entretient successivement plusieurs relations lesbiennes. En apparence, elle affiche le personnage d'une chrétienne pieuse qui aide les pauvres, ce qui contribue au succès de son entreprise.
Biographie Jeunesse Naissance et origine Adelheid Luise Spitzeder naît le à Berlin. Elle est le septième enfant du chanteur d'opéra Josef Spitzeder et le premier enfant de la chanteuse d'opéra Betty Vio . Pour son père, il s'agit du deuxième mariage ; il avait auparavant épousé la cantatrice Henriette Schüler (1800-1828), avec qui il avait eu six enfants . En 1830, Betty s'était rendue à Berlin, où elle avait rencontré Josef Spitzeder au , qu'elle avait épousé en 1831 à l'église Hedwigskirche . Cette année-là, Josef se produisait en tant qu'invité au Théâtre national de Munich, où il avait été acclamé par la critique . Le roi lui avait proposé, ainsi qu'à sa femme, un salaire de par an s'ils acceptaient un engagement permanent au Théâtre national .
Mort du père, déménagement de la famille à Munich et enseignement Josef Spitzeder meurt subitement le . En 1833, la famille Spitzeder quitte Berlin pour s'installer à Munich . Le roi aide la jeune veuve en finançant l'éducation des enfants. Betty Vio épouse ensuite Franz Maurer et prend un engagement au Carltheater à Vienne en 1840, où Adele Spitzeder fréquente une (école pour filles) dirigée par l'ordre des Ursulines ; après un an, elle entre au pensionnat du couvent . À l'âge de douze ans, Adele réussit à convaincre sa mère de déménager à nouveau à Munich, où elle est éduquée avec les fils de sa tante . À cette époque, elle contracte l'habitude de fumer de gros cigares, elle dérobe quelquefois une pipe, et, en même temps, elle se passionne pour les chiens. À , elle fréquente pendant deux ans l'institut de Madame Tanche, très connu à l'époque, où elle reçoit un bon enseignement . Elle s'intéresse à la langue anglaise et à l'astronomie . Après avoir quitté l'école de Tanche, elle suit des cours de langues étrangères, de composition et de piano.
Une mère considérée comme un mentor Dans ses mémoires, Adele Spitzeder prétend qu'une fois qu'elle fut sortie du couvent, sa mère fut toujours pour elle un mentor inflexible, une gardienne vigilante de sa bonne réputation et de son innocence virginale. Jusqu'à sa vingtième année, Adele n'avait jamais eu la permission de sortir seule ; quand par hasard elle allait à quelque bal, ou même dans une soirée intime, c'était accompagnée de sa mère ; et si elle éprouva pour l'un ou l'autre des jeunes gens qu'elle rencontrait dans ces réunions honnêtes un commencement d'affection, ces liaisons, qui d'ailleurs furent passagères et ne troublèrent pas bien profondément la paix de son cœur, demeurèrent toujours parfaitement pures — c'est elle qui nous l'assure — et rigoureusement platoniques.
Carrière d'actrice alt=Portrait en noir et blanc d'Adele Spitzeder vers 1852.|vignette|Adele Spitzeder alors jeune actrice ().|gauche Voulant suivre les traces de ses parents et contre la volonté de sa mère, Adele Spitzeder décide de devenir actrice et prend des cours auprès des actrices de Munich Constanze Dahn et Charlotte von Hagn . En 1856 ou 1857, elle fait ses débuts à la à Cobourg en jouant Deborah et Mary Stuart . Elle ne connaît pas le succès. Comme il n'y a pas de poste vacant à Cobourg, elle quitte la pour prendre un engagement à Mannheim avant de retourner à Munich pour quelques rôles invités au Théâtre national. Bien qu'on lui propose un contrat pour y jouer, elle sait qu'elle ne serait chargée que de jouer des rôles secondaires en raison d'une concurrence ardue et décide donc de travailler plutôt au théâtre de Brno. D'après son autobiographie, son succès là-bas entraîne des conflits avec les autres acteurs, ce qui l'amène à rompre ses engagements au bout de six mois pour des raisons de santé. Elle retourne ensuite à Munich pendant six mois pour récupérer. Malgré l'insistance de sa mère, elle retourne jouer à Nuremberg où elle est engagée pendant un an. Ensuite, elle joue à Francfort, Berne, Zurich, Mayence et Karlsruhe. Après être retournée à Munich afin de rendre visite à sa mère, elle reçoit une proposition pour un emploi intérimaire à Pest avec un salaire annuel de qu'elle refuse, à la demande de sa mère. Sa mère lui propose par mois à vie si elle refuse le travail, ce qui est loin de suffire à Adele . Néanmoins, elle accepte un dernier emploi dans l'arrondissement d'Altona. Pendant un de ses emplois, elle rencontre , dont le nom de scène est Branizka, une collègue actrice avec qui elle entretient rapidement une relation amoureuse.
Malgré plusieurs engagements sur une période de plusieurs années, elle ne réussit pas à obtenir un succès durable sur scène. La source contemporaine (1873) atteste qu'elle a le talent nécessaire mais attribue son manque de succès à son apparence. Son comportement est généralement mis en évidence, comme son tabagisme et son entourage de belles jeunes femmes.
Incapable de restreindre son train de vie, elle commence à vivre aux dépens de ses créanciers et accumule des dettes importantes à Hambourg et à Zurich tout en y travaillant. Le , elle retourne définitivement à Munich , avec sa petite amie , pour attendre des offres d'emploi des agents de théâtre, mais aucune proposition lui convient. Déprimée et sans le sou, elle n'a que l'allocation de de sa mère pour vivre. Cet argent lui est insuffisant pour maintenir son train de vie ; elle réside dans des hôtels et des auberges avec sa petite amie et six chiens.
upright|alt=Adele Spitzeder est représentée comme une femme à l'allure sévère, en robe ample, avec une grande croix sur la poitrine et une note dans la main gauche.|vignette| Croquis d'Adele Spitzeder dans le numéro du du Harper's Weekly. En manque chronique d'argent, elle s'adresse à divers prêteurs . À la fin de 1869, elle rencontre la femme d'un charpentier dans Au, le quartier pauvre de Munich. Après avoir gagné sa confiance, Adele Spitzeder affirme qu'elle connaît quelqu'un qui lui verserait un rendement de 10 % chaque mois sur ses investissements. La femme lui donne et reçoit immédiatement , soit deux mois d'intérêts, avec la promesse d'un remboursement de au bout de trois mois. Selon une histoire contemporaine dans , Adele Spitzeder place également une annonce dans le principal journal de la ville, le , demandant d'emprunter avec la promesse de 10 % d'intérêt après deux mois . Une autre source contemporaine, un article de 1872 dans le citant son acte d'accusation, affirme que ses premières activités de prêt d'argent commencent au printemps de 1869.
Croissance des affaires Les services bancaires d'Adele Spitzeder font rapidement parler d'elle grâce au bouche-à-oreille dans les communautés pauvres de Munich qui lui font de la publicité et, bientôt, de plus en plus de gens lui versent leurs économies. Les affaires prospèrent, Adele Spitzeder fonde en 1869 à Munich la . Parce que ses clients sont principalement des ouvriers de la périphérie nord de Munich, en particulier de la ville de Dachau, sa banque devient également connue sous le nom de . Certains agriculteurs vendent leur exploitation pour vivre uniquement des intérêts. Beaucoup de chrétiens de la classe inférieure se méfient des prêteurs d'argent juifs, préférant faire affaire avec une chrétienne, et elle doit bientôt louer des chambres supplémentaires dans son hôtel pour accueillir jusqu'à quarante employés. Une de ses employées est Rosa Ehinger, dont la beauté et le charme sont utilisés par Adele Spitzeder pour attirer les jeunes hommes à la banque .
Les pratiques commerciales et la comptabilité d'Adele Spitzeder sont non conventionnelles et chaotiques. L'argent est déposé dans de grands sacs et dans divers placards . Le nombre de ses collaborateurs augmente jusqu'à atteindre une quarantaine, la plupart d'entre eux n'ont aucune expérience professionnelle dans le domaine bancaire , ils se contentent d'encaisser de l'argent, la comptabilité se limitant à enregistrer les noms des déposants et les sommes qu'ils versent, document souvent seulement signé d'une croix par ses clients analphabètes. Son entreprise repose uniquement sur le recrutement de nouveaux clients, suffisamment rapidement, pour payer les anciens clients avec l'argent nouvellement acquis. Selon certaines sources, sa méthode est le premier système de Ponzi connu. Les publications contemporaines de langue anglaise, telles que , l'appellent . Dans sa thèse de doctorat, Hannah Davies raconte le cas de Johann Baptist Placht, qui en 1874 est inculpé pour avoir dirigé un système Ponzi à Vienne, et note que les contemporains ont comparé son modèle d'entreprise à celui d'Adele Spitzeder. Contrairement à Placht et à d'autres fraudeurs, Adele Spitzeder n'a jamais prétendu investir l'argent et n'a explicitement donné aucun titre de créance ou reconnaissance de dette, ce qui a paradoxalement conduit les clients à lui faire davantage confiance .