Le Dévoluy est une région naturelle située dans le département des Hautes-Alpes, dans le Sud-Est de la France, qui est formée par une vallée haute ( et plus) entourée de toutes parts par les lignes de crêtes du massif du Dévoluy. Cette montagne calcaire, qui fait partie des Préalpes, est caractérisée par des altitudes particulièrement élevées (les plus hauts sommets dépassent ). Au sein de cette vallée coule la Souloise affluent de l'Isère. Jusqu'à la création d'axes routiers dans la seconde moitié du les difficultés d'accès vers l'extérieur de ce petit pays (environ ) ont contraint ses habitants à vivre en quasi autarcie en s'appuyant principalement sur l'élevage des ovins et des bovins. Un exode rural massif a réduit sa population qui est passée de (2021). L'économie repose toujours en partie sur l'élevage des moutons mais le tourisme a pris une importance considérable depuis la création dans les années 1960-1970 des stations de sport d'hiver de SuperDévoluy et de la Joue du Loup.
Toponymie L'appellation Dévoluy est mentionnée pour la première fois en 1248 sous la forme Devolodio. Elle proviendrait du latin (« a roulé, a précipité ») qui ferait référence aux nombreux éboulis qu'on trouve au pied des parois verticales comme celui de la tête de la Cluse qui surplombe ce village et qui constitue l'un des plus importants d'Europe.
Pour P.-H. Billy, la forme Devologium attestée au , provient d'un composé gaulois : deuo, « dieu », et ialo, « champ, clairière » (puis « village »). La forme antique *Devoiolum a évolué en *Devoloium par métathèse du dernier élément puis, le yod étant graphié en latin médiéval gi (d'où Devologium au ), puis en di (Devolodii attesté en 1188), on aboutit à la forme provençale Devoloi en 1199 et française Devoluy en 1516.
Géographie Situation
Le Dévoluy est un petit « pays » situé dans le Nord-Est du département des Hautes-Alpes dont les limites sont définies par les crêtes du massif du Dévoluy. Ce massif calcaire, le plus haut des Préalpes (la Grande Tête de l'Obiou culmine à (), cerne de toutes parts une cuvette, peuplée d'environ un millier d'habitants, dont le point bas se situe vers . D'une superficie de le Dévoluy est cerné à l'ouest par le chaînon du Grand Ferrand, au nord par l'Obiou et le Gicon, à l'est par la montagne de Faraut et au sud par la montagne d'Aurouze culminant au pic de Bure. L'accès se fait depuis le sud par le col du Festre () et au nord par le défilé de la Souloise par lequel s'écoule la rivière éponyme vers le lac artificiel du Sautet et le Drac. Un autre point d'accès, situé à l'est, passe par le col du Noyer qui est fermé en hiver. Le Dévoluy se trouve à la limite des départements de l'Isère et de la Drôme.
Topographie Le Dévoluy se présente comme un cirque très ouvert, bucolique, cerné de montagnes d'aspect très minéral avec leurs crêtes verticales et dénudées, dont la pente va en s'adoucissant en formant souvent d'énormes éboulis. Une vieille légende tente de donner une explication à cette topographie singulière : .
vignette|centre|redresse=2|Carte topographique du massif du Dévoluy et des environs, avec la vallée éponyme en son centre. Sont indiqués les routes principales, les pics et les cols, les cours d'eau ainsi que l'emplacement des trois villages.|alt=Les couleurs sont utilisées pour indiquer l'altitude.
Le plateau est encadré par quatre remparts rocheux formant le massif du Dévoluy. Ces remparts rocheux se caractérisent par des falaises de grande taille sur leurs faces extérieures et des pendages plus ou moins marqués vers l'intérieur.
Les remparts encadrant le plateau du Dévoluy sont : à l'ouest une crête continue sans aucun col facilement franchissable et comprenant notamment en allant du sud vers le nord la tête des Ormands (), la tête de Garnesier (), la tête de Vachères (), le rocher Rond (), la tête de Vallon Pierra (), le Grand Ferrand (), la tête de l'Aupet (), le Nid () et l'Obiou () (ce dernier se trouve dans le département de l'Isère) ; à l'est le rempart rocheux, qui est par ailleurs continu et dont l'altitude est comprise entre , comporte une brèche importante, le col du Noyer (), qui permet son franchissement par la départementale 17. Ce col sépare au nord la montagne de Faraut aisément reconnaissable à sa longue crête ondulée, d'une série de sommets comprenant notamment le pic Ponsin (), la tête de la Madeleine () et le sommet du Raz de Bec () ; le rempart sud, qui est franchi par la route se faufilant dans une gorge au niveau du village de La Cluse, est constitué par la montagne d'Aurouze qui forme un vaste plateau à d'altitude qui a permis l'installation des antennes de l'observatoire de Bure. Ce plateau est dominé par les sommets de la tête de la Cluse () et le pic de Bure () et est prolongé par une arête rocheuse comprenant le sommet de la Plagne () qui fait la jonction avec le rempart est ; le rempart nord qui est franchi par la route se faufilant dans les gorges de la Souloise est le moins élevé avec des sommets ne dépassant pas . Son relief le plus remarquable est le Gicon ().
Géologie La géologie du Dévoluy est très simple et peut être déduite des reliefs visibles. Il s'agit d'un synclinal perché dont les rebords forment les crêtes qui l'entourent. Ce synclinal, qui présente en son milieu un léger bombement (la crête d'Aurouze), est constitué d'une épaisse dalle de calcaire sénonien (strate géologique formée il y a 72 à 86 millions d'années) posée sur d'autres strates du Crétacé. Les combes situées de part et d'autre de la crête d'Aurouze sont en parties remplies par des dépôts datant du tertiaire. L'érosion par les torrents, peu nombreux et peu puissants du fait du caractère perméable du calcaire, a été faible. En revanche, du fait de son altitude élevée, le Dévoluy comportait durant le Quaternaire d'importants glaciers qui s'épenchaient vers l'extérieur en empruntant la gorge de la Souloise et dont des langues descendaient vers La Cluse au sud et franchissaient le col du Noyer.
Hydrographie vignette|redresse=1.5|Réseau hydrographique de surface de la commune de Dévoluy.|alt=Carte montrant les cours d'eau, les reliefs et les habitations.
Le réseau hydrographique en surface du Dévoluy est limité du fait de la nature calcaire du sol. Il se résume à deux torrents : la Souloise qui s'écoule vers le nord à travers des gorges . En revanche, en raison de la nature du sol, le Dévoluy comporte un vaste réseau hydrographique souterrain qui se manifeste en surface par un grand nombre de gouffres (qui sont appelés dans la région chourums) creusés par l'érosion karstique. 585 gouffres de plus de cinq mètres de profondeur et de dix mètres de développement ont été recensés (2006) dont le plus profond est le chourum des Aiguilles près du col du Festre (-980 mètres). D'autres chourums notables sont la baume des Forcenés, long de 7 kilomètresLe Dauphiné libéré du octobre 2011, édition Hautes-Alpes, page 5., le chourum Olympique, peu important en dimensions, mais emprunté par une voie d'ascension vers le sommet du Grand FerrandVoie du Chourum olympique sur le site CampToCamp (C2C). Le plus connu est le puits des Bancs (-328 mètres). Les eaux captées par ce réseau hydrographique souterrain ressortent en partie au nord du massif par la résurgence des Gillardes qui, avec son débit pouvant atteindre 60 m³/seconde à la fonte des neiges, est une des sources ayant le plus gros débit en France.
Climat Le Dévoluy a un climat de haute montagne rattaché à celui des Alpes du Nord du fait de son altitude et de sa communication avec le bassin de l'Isère. Ainsi, à Saint-Étienne-en-Dévoluy, la température moyenne annuelle est inférieure de à celle de Briançon, dans les Alpes du Sud, pourtant située à la même altitude ( contre durant la décennie 1960). Sur la même période, le nombre de jours de gel était nettement supérieur (158 contre 144) et il n'y avait que 11 jours chauds (température maximum > ) contre 33 à Briançon. Le Dévoluy est très arrosé ( en moyenne par an) mais avec de fortes variations d'une année sur l'autre. Les pluies sont concentrées sur un nombre plutôt restreint de jours (112 en moyenne durant la décennie 1960) avec un maximum en novembre et un creux en juillet. Le nombre moyen de jours de neige était de 43 mais ces chiffres ne sont plus pertinents compte du réchauffement général intervenu depuis cette période. Malgré ces précipitations importantes, la végétation semble plutôt maigre du fait de la perméabilité du sol et d'un ensoleillement important en été.
Écosystème vignette|redresse=1.5|Occupation des sols de la commune de Dévoluy.|alt=Carte indiquant par des couleurs les différents types d'occupation des sols.
Forêts La forêt représentait environ 26 % de la superficie des sols de la commune de Dévoluy en 2003. Les surfaces boisées sont concentrées dans les parties basses du Dévoluy. Les essences forestières dominantes se répartissent dans des proportions quasiment identiques entre le pin sylvestre (27 % de la surface boisée), le mélèze d'Europe (27 %) et le hêtre (27 %). Ces espaces forestiers sont principalement le résultat des opérations de reboisement dont celles menées par l'Office National des Forêts dans le dernier quart de siècle (Faraud, le Preit, l'Aup, les Egayères). La seule surface forestière considérée comme naturelle est le bois Rond situé sur l'ubac de la montagne de Barges où dominent sapins et épicéas. La forêt appartient à hauteur de 67 % à des propriétaires privées contre 22 % à la commune et 11 % aux domaines (forêts publiques). de forêt (14 % de la surface totale) sont exploitables. Elle est exploitée avec une intensité moyenne principalement pour produire du bois d’œuvre.
Entre le pin à crochet et la lande à genévrier nain, à raisins d'ours et à myrtilles dominent. On y trouve quelques spécimens de mélèzes. Dans les versants subalpins en pente couverts d'éboulis plus ou moins végétalisées on trouve des pelouses à seslérie et à laîche. Il existe à cet étage des prairies naturelles dans lesquelles se trouvent le plus grand nombre et les plus belles espèces de plantes de montagne. Dans l'étage alpin où dominent les falaises et les pierriers, quelques plantes ont pu trouver des niches écologiques.
Faune Le Dévoluy abrite une faune typique des régions alpines. Les espèces les plus emblématiques sont : la marmotte des Alpes, présente dans les pelouses d'altitudes et qui hiberne dans son terrier l'hiver ; le lièvre variable, qui vit souvent à plus de d'altitude. Plus petit que son congénère des plaines, sa fourrure devient blanche à l'entrée de l'hiver. Il est difficile à observer car c'est un animal nocturne ; le mouflon, introduit par l'homme pour la chasse, qui résulte du croisement du mouflon de Corse avec d'autres espèces de mouflons ou de moutons. Il vit en petits groupes dans des zones peu accidentées. On le rencontre en particulier près du col de Rabou ; le chamois, qui vit en harde dans des terrains accidentés dans lequel il circule avec agilité. Il est visible tot le matin ou tard le soir sur les pelouses alpines mais en journée il se repose à l'omble des grandes falaises ; le lagopède alpin (perdrix blanche), une relique de l'aire glaciaire. Il est présent sur les haut sommets du Dévoluy. En hiver son pelage devient blanc. C'est une espèce menacée ; l'apollon, un papillon de montagne de grande taille qui est observé à des altitudes comprises entre .
Flore Parmi les espèces et milieux de la flore les plus emblématiques ou les plus spécifiques figurent : le lis martagon, dont la cueillette est réglementée dans les Hautes-Alpes ; la botryche lunaire, une petite fougère vivace qui est présente dans les pelouses d'alpages à partir de d'altitude ; la mégaphorbiaie, une formation végétale qui prospère sur les sols humides ou riches en nutriments (clairières, couloirs d'avalanche) et qui mélange plusieurs espèces : laitues des Alpes, adénostyles et lis martagon. On trouve cette formation végétale notamment près du Bois Rond ;