Johannes Hevelius (dans la plupart des langues), ou Jan Heweliusz (en polonais), né le à Dantzig, dans la République des Deux Nations (aujourd'hui Gdańsk, en Pologne), et mort le dans la même ville, est un astronome qui, dans l'histoire de sa discipline, se place entre Galilée et Newton.

Auteur d'une topographie de la Lune, il est découvreur de comètes et compilateur d'un catalogue d'étoiles. En plus de l'étude d'autres objets célestes, il construit des instruments scientifiques et entretient une large correspondance avec les savants de l'époque.

Toute sa vie, il joue un rôle dans la corporation des brasseurs et la politique municipale de Dantzig.

Biographie Jeunesse

Hevelius naît dans une riche famille de brasseurs luthériens germanophones. Il apprend le polonais à l'école. « Hevelius » est son nom latinisé, c'est celui sous lequel on trouve ses ouvrages et c'est la façon dont on le nomme généralement ; mais, dans sa correspondance, il signe plutôt Hoffel« Höffel » peut-être ?Il signe Hans Höwelke son testament de 1639 ; en 1631 son nom apparaît en latin comme Johannes Höffelius Dantiscanus (Johann Höffel de Dantzig) : Himmel und Erde, , Berlin, B. G. Teubner, 1903, .Delambre (), après consultation de sa correspondance, trouve qu'il signait Hoffel mais qu'on s'adressait à lui sous une variante de Höwelke.. En français, on a écrit Hével et Hévélius, cette dernière forme demeurant la plus poche de la prononciation (Victor Hugo, Proses philosophiques/Les Choses de l’infini).. Sa ville natale de Dantzig est alors une ville hanséatique de la république des Deux Nations. Hevelius se décrira plus tard comme , et la Pologne le considère comme son citoyen.

Le jeune homme s'intéresse davantage à l'astronomie et aux mathématiques qu'au commerce. Ses parents lui accordent deux ans de gymnasium ; il y a comme maître Peter Crüger, dont l'influence se fera sentir toute sa vie. Crüger l'oriente vers l'astronomie. Pour compléter son enseignement, il étudie aussi le dessin, la mécanique et le polissage des lentillesArago, .Lambrecht, . ; son œuvre n'existerait pas sans ces techniquesMachina coelestis, , ..

Ses parents, un peu soucieux, l'envoient étudier le droit à Leyde, où on lui enseigne aussi les mathématiques et les sciences naturelles. Puis il voyage en Angleterre et en France. En Angleterre il noue de précieuses relations (il deviendra plus tard membre de la Royal Society)Lambrecht, .. À Paris il rencontre peut-être Pierre GassendiLettres ou extraits de lettres entre eux : Pierre Gassendi, Opera omnia, , ; Johannes Hevelius, Machina coelestis, , .Silvia Murr, « Gassendi et l'Europe : (1592–1792) », dans Actes du Colloque international de Paris « Gassendi et sa postérité (1592–1792) », (Sorbonne, 6-10 octobre 1992), Vrin. et certainement Ismaël Boulliaud (1605–1694), qu'il recevra plus tard chez lui à DantzigBoulliaud est moins connu pour ses relations avec Hevelius que pour sa correspondance, qui tient en cinq volumes manuscrits, avec la reine Louise-Marie de Gonzague (Aubert de Vitry, « Boulliaud (Ismael) », , dans William Duckett, Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Firmin-Didot, 1867). ; à Avignon il rencontre Athanasius Kircher. Rappelé à Dantzig par ses parents en 1634, il ne peut se rendre en Italie pour voir Galilée, Scheiner et ZucchiLambrecht, ..

Maturité vignette|droite|upright=1.25|Grand quadrant azimutal de Crüger, perfectionné par Hevelius, 1644. L'observateur est HeveliusIllustration de Machina coelestis. La légende n'est pas d'époque..

Destiné aux affaires par sa famille, Hevelius, fils unique, leur consacre les cinq années qui suiventMachina coelestis, , . : il devient brasseur et conseiller municipal. Il épouse Catherina Rebeschke, fille d’un négociant.

En 1639, Peter Crüger, mourant, celui-ci l'implore de ne pas laisser inemployés ses dons scientifiques, et avant tout d'observer l'éclipse solaire du Éclipse du premier juin 1639, site de la NASA.. Hevelius, à qui Crüger a enseigné l'usage de la chambre obscure, s'engage à suivre sa demande. Il observe l'éclipse — Crüger meurt cinq jours après — et consacre désormais son temps et sa fortune à l’observation du ciel.

Le rôle de sa femme est alors essentiel car elle s'occupe des affaires du couple. Catherina Rebeschke permet ainsi à son mari de se dédier pleinement à ses étudesLonda L. Schiebinger, The mind has no sex ? : Women in the origins of modern science, , Harvard Univ. Press, 1991..

En 1641, Hevelius construit un observatoire sur le toit de sa maisonDelambre, .. Il fabriquera aussi, en dehors de la villeMachina coelestis, , ., une « lunette sans tuyau », d’une longueur focale de Image., qui oscille à la moindre brise.

De 1642 à 1645 il observe les taches solaires, études dont les retombées sont toujours importantes, car elles contribuent à établir le minimum de Maunder. Il consacre quatre années à faire la topographie de la Lune, aboutissant en 1647 à Selenographia, atlas de trois cartes. Dans cette cartographie, il choisit d'une part les noms du relief lunaire selon des noms géographiques terrestres. (cela évite les querelles), et d'autre part, il publie sa découverte de la libration en longitude de la Lune. La postérité a toutefois plutôt retenu la nomenclature lunaire (honorant divers personnages) de Riccioli (1598–1671), avec qui Hevelius correspondait ; mais les sept constellations qu'il a découvertes portent toujours les noms qu'il leur a donnés. Il découvre quatre comètes, en 1652Illustrations de Cometographia sur Gallica ; ., 1661Illustration. Cette comète est probablement la même que la comète 153P/Ikeya-Zhang)., 1672 et 1677 Hevelius, Epistola ad amicum de cometa anno 1677 Gedani observato (Lettre à un ami au sujet de la comète observée en 1677 à Dantzig). Ou fac-similé de même titre avec traduction en polonais et résumés en anglais, russe, français et allemand : Państwowe Wydawn. Naukowe, 1969.Le , un jour avant Ole Christensen Rømer. Il s'agit de la comète C/1677 H1 : Les grandes comètes du passé ; Gary W. Kronk, Cometography, (données historiques).. Dans sa Cometographia (1668), dit François Arago, .

Le , le roi et la reine Louise-Marie de Gonzague visitent son observatoire.

Avec son second mariage, en 1663, à Elisabetha Koopmann (1647–1693), il trouve pendant les vingt-quatre dernières années de sa vie une collaboratrice précieuse (Machina coelestis, , ).. La très jeune femme trouve ainsi la chance de concrétiser son propre intérêt pour les objets célestesMari et femme observant.. Elisabeth Hevelius fera paraître en 1690, après la mort de son mari, le catalogue de auquel elle contribue et qui est la grande œuvre d'Hevelius. Elle est considérée comme la première astronome dont les travaux nous sont parvenus.

Le Johannes Hevelius est reçu à la Royal SocietyL'un des premiers membres étrangers : http://www.kingscollections.org/exhibitions/specialcollections/to-scrutinize-nature/scrutinizing-the-skies/johannes-hevelius..

En il accueille chez lui Edmond Halley, qui a alors et qui voyage à travers l'Europe. Ils travaillent un mois ensemble.

Fin de vie

Le , un feu détruit une grande partie de son observatoire, de ses instruments et de ses livresSur ce désastre : « Hevelius's observatory destroyed by fire », d'après un témoignage d'époque.. Il répare les dommages à temps pour observer la grande comète de décembre 1680. Mais cette catastrophe, qu'il décrit en 1685 dans la préface de son Annus climactericusPréface dédicatoire à son ami Gabriel Krumhausen, maire de Dantzig de 1666 à 1685., a affecté sa santé. Hevelius meurt le , jour de son . L'année de sa mort, Newton publie ses Principia. Sa tombe se trouve dans l'église — alors luthérienne — de Sainte-Catherine à Dantzig.

Réalisations (sélection) Ouvrages Les ouvrages d'Hevelius sont en latin. Selenographia sive lunae descriptio, 1647 Epistola de motu Lunae libratorio, 1653 Dissertatio de nativa Saturni facie ejusque variis phasibus, certa periodo redeuntibus, 1656 Historiola Mirae in Collo Ceti, 1662 Mercurius in Sole visus (transit de Mercure du 1661)Dans la même publication : Jeremiah Horrocks, Venus in Sole pariter visa, Dantzig, Simon Reiniger, 1662 — Transit de Vénus du 1639, calendrier grégorien). , 1665, édition et impression par l'auteurDédié à Colbert, qui lui avait obtenu les faveurs de . , 1666 Epistolae quatuor, Dantzig, Andreas Julius Mollerus, 1665 Cometographia, 1668 Dix-sept illustrations Machina coelestis : , 1673 : organographie (description de ses instruments)Dédié à , qui assurait une pension à Hevelius. La « Préface au lecteur », de Machina coelestis contient une autobiographie. , 1679 : observationsDédié à Sobieski.L’édition sur papier a brûlé presque entièrement dans l’incendie de 1679. (Hevelius était son propre éditeur et l'imprimeur travaillait chez lui.). (avec Pierre Petit) , 1681 (1685) Prodromus astronomiae, 1690Belles reproductions en couleurs, site de Felice Stoppa..Voir .. Firmamentum Sobiescianum sive Uranographia« Firmamentum Sobiescianum » peut se traduire par « voûte céleste de Sobieski », signe d'allégeance à la Pologne et à son roi Sobieski ; « Uranographia » est une façon de dire « carte du ciel » : « graphie » (description) du domaine d'Uranus (le ciel)., 1690

Instruments

À son époque (la liste de ses correspondantshttp://www.aihs-iahs.org/fr/system/files/md-aihs.pdf. réunit des noms illustres) et à la nôtre (établissement du minimum de Maunder), Hevelius, le « visionnaire du réel » (Hugo), doit sa renommée à la qualité de ses instruments et de ses observations.

Le rayonnement d'Hevelius aurait été moins grand sans la qualité de ses instruments : il les construisait souvent lui-même, les avait pour la plupart chez lui et était — grâce à sa fortune — son propre éditeur ; il était son propre dessinateur, et souvent son propre graveur. Certaines de ses gravures peuvent être publiées pour leur propre beauté.

C'est à ses instruments, non à ses observations, qu'il doit les controverses auxquelles il a été mêlé, avec Robert Hooke, avec Adrien Auzout ; en effet, Hevelius était, en termes modernes, un peu « conservateur » en ce qui a trait aux instruments ; il est peut-être d'ailleurs le dernier astronome à avoir privilégié l'observation à l’œil nu. Il doit à cette particularité la visite chez lui de Halley ; mais Halley porta témoignage que les instruments d'Hevelius donnaient — à l'époque — d'aussi bons résultats que les instruments plus modernes.

Tout le premier tome de Machina coelestis — et c'est un choix délibéré — est consacré à la description détaillée de ses instruments Liste..

Correspondance On n'a aujourd'hui qu'une vue fragmentaire de la correspondance d'Hevelius. Hevelius lui-même en a publié au moins quatre, plus une sur la comète de 1672. À l’Observatoire de Paris se trouvent les Lettres collectées par Joseph-Nicolas Delisle. collectées par Joseph-Nicolas Delisle au et numérisées sur le site de la bibliothèqueLettres d'Hevelius.. La correspondance tient en et couvre les années 1630–1686. Un projet internationalProjet d'édition de la correspondance d'Hevelius. est consacré à sa publication. Hevelius lui-même avait préparé des copies de ses lettres pour l'impression ; elles tiennent en onze volumes et se trouvent à la Bibliothèque nationale de France.

En 1726, l’astronome et cartographe Joseph-Nicolas Delisle, appelé en Russie par , acquiert en passant par Dantzig la correspondance et les journaux d’observations d’HeveliusOn a un journal (manuscrit) d'observations des étoiles pour l'année 1660 sur archive.org.. À son retour en France en 1747, il échange ses collections, dont les lettres d'Hevelius, contre une rente viagère et le titre d’astronome de la marine.