Les attentats de Hanau ont lieu le , quand neuf personnes sont tuées et cinq blessées par un terroriste qui attaque deux bars à chicha à Hanau en Allemagne. Après les attaques, le terroriste est retourné à son appartement où il a tué sa mère et s'est suicidé. Le massacre a été défini comme un acte terroriste par le ministère fédéral de l'Intérieur. Le terroriste n'a été lié à aucune organisation ou groupe extrémiste mais les attentats ont été liés à la montée de l'extrême droite en Allemagne.
Contexte L'Allemagne est confrontée au cours des années 2010 à un double phénomène de montée de l'extrême droite et de retour du terrorisme.
Avec la crise migratoire en Europe, l'extrême droite allemande a gagné en puissance et en visibilité, et ses résultats aux diverses élections ont augmenté, notamment le parti Alternative pour l'Allemagne. La rhétorique de ce parti, basée sur la défiance permanente envers les migrants, les musulmans, l’État allemand et les médias, est accusée par les spécialistes en service de renseignement d'avoir décomplexé les discours d'individus de droite encore plus radicalisés qu'eux., et donc d'avoir favorisé des projets d'attaques et des passages à l'acte, et ceci depuis les émeutes anti-migrants de 2017. Le spécialiste de l'extrême droite Robert Lüdecke précise que ces passages à l'acte se déclenchent parce que les extrémistes violents ne se sentent plus seuls..
Si le terrorisme qui touche l'Allemagne est djihadiste (attentats de Wurtzbourg, d'Ansbach et de Berlin) dans un premier temps, les services de renseignement et la classe politique allemande se préoccupent d'un retour du terrorisme d'extrême droite, un phénomène qui semble se développer en Occident depuis les attentats de Christchurch en en Nouvelle-Zélande (bien que de nombreux autres attentats d'extrême droite de moindre ampleur que Christchurch aient été commis dans des pays occidentaux au cours des années 2010). Ce qui en Allemagne s'est traduit par le retour du terrorisme avec le meurtre de Walter Lübcke, un élu CDU/CSU qui a été assassiné à son domicile par un néonazi à cause de son engagement en faveur de la politique d'accueil des réfugiés. Plus tard, en , un autre attentat d'extrême droite antisémite, a été commis à Halle-sur-Saale et a provoqué 2 morts. Plusieurs groupuscules et mouvement d’ultra-droite ont déjà été démantelés. Le , deux jours avant les fusillades de Hanau, un groupuscule terroriste d'extrême droite est démantelé, ses douze membres sont tous arrêtés dans cinq länders différents et de nombreuses armes sont saisies. Ils projetaient des attaques contre des mosquées et des étrangers dans le but de « lancer une guerre civile » en Allemagne. À la suite de ces interpellations, l'Allemagne a durci sa législation en votant le , le jour-même des fusillades, des lois obligeant les réseaux sociaux à signaler les contenus haineux.
Le nombre de militants d’ultra-droite a baissé par rapport aux années 1990 (estimé à au début des années 1990 contre en ). Mais ceux-ci sont devenus plus violents, commettant neuf fois plus d'actes violents ( relevés en 1990 contre en 2019), encouragés par le climat de xénophobie qui s'est installé au sein d'une partie de la population allemande — bien que la majorité de la population allemande y soit opposée. Toutefois, le nombre d'extrémistes de droite connus des autorités dans les mois précédant les attentats passe de en 2018 à en 2019. Cinquante personnes d’ultra-droite sont particulièrement surveillées car elles sont considérées comme dangereuses envers l’État allemand.
Déroulement des événements Les fusillades ont été commises à , le , dans deux bars à chicha, l'une au Midnight sur la place centrale de Hanau, et l'autre à l'Arena Bar & Café dans le quartier ouest de .. Tobias Rathjen tire d'abord sur le Midnight, y tuant trois personnes, avant de tirer sur le café La Vôtre à côté. Puis il prend sa voiture et se rend à Kesselstadt, où il appuie sur la sonnette de lArena Bar & Café pour pouvoir rentrer dans la zone fumeur, et il tire sur les clients et les serveurs. En sortant, il tire sur les occupants d'une voiture qui passait devant le bar. Il reprend alors son véhicule pour rentrer chez lui. Trois personnes ont été tuées au Midnight et cinq autres durant la seconde fusillade. Une troisième fusillade serait signalée dans le quartier nord de Lamboy mais n'est pas encore confirmée, un important contingent de policiers se trouvait dans la région, a rapporté l'agence de presse DPA.. Les premiers rapports faisaient état d'au moins neuf morts et de plusieurs autres blessés.
Plus tard dans la nuit, les forces de l'ordre ont annoncé qu'un homme de 43 ans, Tobias Rathjen, avait été retrouvé mort à son domicile à Hanau et ont en plus découvert un autre corps (celui de sa mère âgée de 72 ans).
Son père, Hans-Gerd Rathjen, un homme de 72 ans présent au domicile, a survécu. Il est connu de la police pour des affaires d'extorsion et d'accusations calomnieuses. Il est sorti menotté de sa maison mais son rôle n'a pas encore été éclairci par l'enquête..
Bilan humain Selon le premier bilan, les fusillades ont provoqué au moins neuf morts, sans compter les deux corps retrouvés au domicile du tireur présumé, et six blessés dans un état critique..
Une femme de 35 ans, enceinte de jumeaux, a été tuée lors de cette attaque. L’ambassade de Turquie à Berlin a confirmé que cinq morts sont de nationalité turque et le propriétaire de lArenar bar qui les connaissait précise qu'ils étaient kurdes.. Le consulat général de Bosnie-Herzégovine à Francfort indique qu'une des victimes était Bosnienne.
+Bilan humainVictimes Nationalité Morts 5 4 (+ le terroriste) 1 Total 11
Enquête Le lendemain des attaques, le corps du tireur présumé et un autre (celui de sa mère) sont trouvés à ce domicile. Une vidéo et une lettre ont été retrouvées à proximité de sa dépouille.. La lettre fait état d'opinions confuses, dont beaucoup sont également d'extrême droite... Plusieurs jours auparavant Tobias Rathjen avait publié , mais la vidéo a été supprimée de YouTube. Un manifeste de 24 pages a été publié sur internet, possiblement par l'auteur présumé. Ce manifeste fait mention d'une volonté de nettoyage ethnique et une croyance en des opérations de contrôle mental.. Des munitions et des chargeurs sont retrouvés dans la voiture du suspect. Celui-ci, de nationalité allemande, est possesseur d'un permis de chasse.. Après cette découverte, la police fait savoir qu'elle ne dispose d'aucun indice qui laisserait penser que d'autres personnes seraient impliquées.
L'adresse du site web de Tobias Rathjen était taguée depuis des mois sur le côté du bâtiment qui héberge lArena Bar & Café, ce qui laisse supposer un acte prémédité de longue dateBegegnungen in Hanau: Link zur Tat, F.A.Z., 22 février 2020. De plus, les images de caméras de vidéosurveillance du bar montrent qu'il était venu en reconnaissance plusieurs jours avant l'attentat.
Le père du suspect a été arrêté la nuit de l'attentat.
Fin 2018, Rathjen se rend aux États-Unis dans un but encore inconnu. Selon un article de Die Zeit, il s'est envolé pour Denver le et a indiqué à son arrivée comme destination de voyage Grand Encampment, une petite ville du sud de Wyoming comptant environ 2 000 habitants. Les enquêteurs du FBI et du BKA cherchent actuellement à savoir si Rathjen y a pris contact avec les autoproclamés Templiers ou avec une milice localeDie lange Blutspur des rechten Terrors, zeit.de, 26 février 2020. En , Rathjen a déposé une plainte auprès du parquet judiciaire à Hanau et du procureur général fédéral près la Cour fédérale à Karlsruhe pour une prétendue surveillance par un grand service secret. Le procureur général fédéral Peter Frank a souligné qu'aucun danger n'était né de cette plainte. Frank n'y avait pas de base juridique pour remettre en question le registre national des armes à propos d'un tel rapport..
Fin , la presse allemande révèle que les enquêteurs de l'Office fédéral de la police criminelle (BKA) ne classent pas l'attaque de Hanau comme étant un acte d'un extrémiste de droite. Tobias R. aurait choisi ses victimes pour attirer autant que possible l'attention sur son mythe du complot. Il n'est pas passé par une radicalisation d'extrême droite typique. Selon les enquêteurs, rien n'indique non plus que l'auteur se soit occupé de l'idéologie de droite ou des terroristes de droite et de leurs actions BKA sieht offenbar nicht Rassismus als Hauptmotiv für Anschlag, zeit.de, 30 mars 2020.
Lettre de suicide Tobias Rathjen laisse derrière lui une vidéo et un « manifeste de 24 pages » témoignant d'une « haine des étrangers et des non-blancs », où « il appelle à l'extermination de plusieurs pays en Afrique du Nord, au Proche-Orient et en Asie centrale » en usant « de termes explicitement eugénistes, affirmant que la science prouve que certaines races sont supérieures », selon le spécialiste en terrorisme Peter Neuman... L'ICSR, un centre de recherche universitaire britannique issu du département des études de guerre du King's College, spécialisé dans le terrorisme et la violence politique, sa vidéo reprend les « récits traditionnels d'extrême droite sur la race et l'immigration », mais aussi des théories conspirationnistes à un niveau paranoïaque, où prétend avoir été suivi par des agents secrets toute sa vie. Enfin, il termine sur les mots « », « La vérité rend libre », référence évidente au slogan , « Le travail rend libre », inscrit à l'entrée des camps de concentration et d'extermination - notamment Auschwitz - lors de la Seconde guerre mondiale.
Profil du terroriste présumé
Tobias Rathjen était un Allemand de 43 ans, né à Hanau le .. D'après les écrits et la vidéo qu'il a laissé derrière lui, il était raciste, xénophobe, eugéniste, avec des envies génocidaires envers les peuples non blancs, et considérait la race blanche comme supérieure. Il était également conspirationniste et paranoïaque, et aurait pensé avoir été suivi par des agents des services secrets toute sa vie. MisogyneTobias Rathjen, l’auteur de la fusillade de Hanau, un tueur raciste, paranoïaque et misogyne, Le Monde, 21/2/2020, il se décrit aussi comme un « incel », « confessant n'avoir jamais eu de relation avec une femme ». Rathjen était un tireur régulier et connaissait bien les armes. Il aurait utilisé au moins trois armes le soir de son attaque — selon les informations de Bild, le terroriste a tiré avec un Walther PPQ et un SIG Sauer P226. Rathjen possède une carte de propriétaire d'armes à feu depuis l'été 2013 et était membre d'un club de tir. L'administration du district de Main-Kinzig à Gelnhausen a vérifié pour la dernière fois son aptitude à transporter des armes il y a un an..
Le contenu de la brochure et de la vidéo est parfois interprété par les observateurs comme une indication d'une maladie mentale de l'agresseur, en particulier la schizophrénie. Le président du BKA, Holger Münch, a parlé d'une « maladie psychotique grave ». Selon le psychiatre légiste Nahlah Saimeh, les déclarations dans la brochure du délinquant indiquaient une maladie psychotique grave, probablement une schizophrénie paranoïde-hallucinatoire. La criminologue Britta Bannenberg fait une déclaration similaire. Si l'attitude extrémiste de droite de l'auteur a influencé le type de radicalisation, le type d'acte et la sélection des victimes, la schizophrénie paranoïde doit être considérée comme la cause de l'acte "Man kann psychisch krank und rechtsextrem sein", Zeit Online, 22. Februar 2020..