vignette|upright=1.8|Carte des États dotés de l'arme nucléaire en 2015 :

La prolifération nucléaire est l'expression utilisée dans les relations internationales pour décrire l'accroissement du nombre d'États dotés de l'arme nucléaire ou qui cherchent à s'en doter. Lui est associée l'expression non-prolifération nucléaire qui désigne les politiques et moyens mis en œuvre par la communauté internationale et certains États pour empêcher ou du moins limiter la prolifération nucléaire.

À la fin de 2019, huit États souverains avaient ouvertement testé avec succès des armes nucléaires. Un neuvième État, Israël, est soupçonné d'avoir des armes nucléaires sans jamais l'avoir reconnu publiquement. Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) entré en vigueur en 1970 est l'instrument principal de la communauté internationale pour empêcher la prolifération et contrôler l'usage civil des matières et des technologies nécessaires au développement d'armes nucléaires. Depuis 1945, plus d'une trentaine d'États ont mené un programme nucléaire militaire, mais plus d'une vingtaine y ont mis fin et ratifié le TNP, parmi lesquels l'Afrique du Sud, seul État à avoir possédé l'arme nucléaire et à l'avoir démantelée.

Depuis l'entrée en vigueur du TNP, deux États, l'Inde et le Pakistan, qui ne l'ont pas signé, effectuent en 1998 leurs premiers essais d'armes nucléaires et disposent d'une force nucléaire opérationnelle. La Corée du Nord déclare se retirer du TNP en 2003 et procède à six essais nucléaires entre 2006 et 2017 ; l'opacité du pays est telle qu'il n'existe pas de certitude, début 2020, sur le caractère opérationnel de ces armes. Le programme nucléaire de l'Iran, État signataire du TNP sous le régime du Shah, est le sujet de vives tensions internationales depuis 2006.

Historique

Le monde entre dans l'ère nucléaire le , quand les forces armées des États-Unis réalisent avec succès le premier essai (Trinity) d'une arme nucléaire dans le cadre du projet Manhattan, prélude aux bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki. Tout en poursuivant le programme nucléaire américain, Truman engage les États-Unis sur la voie de l'interdiction des armes nucléaires dans le cadre des Nations unies nouvellement créées, où en , les États-Unis présentent un plan, dit plan Baruch, faisant des propositions de contrôle des matières fissiles et d'arrêt du développement des armes nucléaires.. Ce plan est rejeté par les Soviétiques qui poussent au maximum le développement de leur bombe atomique et font un premier essai nucléaire en . Tout espoir sérieux d'élimination des armes nucléaires est complètement abandonné au début des années 1950.

Le nucléaire, enjeu de la guerre froide

Politique nucléaire des « blocs » + Stocks estimés d'armes nucléaires dans le mondeÉtatArsenal nucléaire19501960197019802023Chine75205410Corée du Nord30États-UnisFrance36250290Inde164Israël83190Pakistan170Royaume-Uni42394492225Russie (ex URSS)5

Les États-Unis et l'Union soviétique entament une course aux armements nucléaires qui dure jusque dans les années 1980 et ne connaît une certaine modération que durant les dernières années de la guerre froide. La première préoccupation des deux Grands est de conserver leur quasi-monopole de l'arme nucléaire. Les États-Unis n'ont pu empêcher le Royaume-Uni, associé un temps au projet Manhattan, de poursuivre seul son programme nucléaire, puis la France de conduire son programme nucléaire militaire avec un haut degré de priorité à partir de 1954 sans l'aide américaine. Même si des divergences de vues existent, ces trois États sont les piliers de l'Alliance atlantique garante de la sécurité du monde occidental. Mais, en échange de la garantie de sécurité qu'ils leur accordent, les Américains ne veulent pas que d'autres pays alliés du Bloc de l'Ouest, en Europe comme en Asie, ne deviennent à leur tour des puissances nucléaires. À l'Est, les Soviétiques aident à partir de 1955 les Chinois à mener leur programme nucléaire démarré depuis 1952, mais ils stoppent toute assistance en 1959 lorsque les relations entre les deux pays se détériorent fortement.. La Chine est freinée dans ses ambitions mais parvient à réaliser en 1964 un premier essai nucléaire, devenant ainsi la cinquième puissance nucléaire.

Facteurs de la prolifération La conduite à son terme d'un programme nucléaire militaire est techniquement complexe et coûteuse, ce qui la met d'emblée hors de portée de nombreux États. Mais la décision de mener ou non une telle entreprise ne se résume pas à ce simple facteur et obéit à des motivations politiques bien plus complexes. Des États à l'époque peu développés comme la Chine ou le Pakistan ont pu avoir la bombe atomique en y consacrant des moyens importants et en bénéficiant d'apports extérieurs publics ou secrets..

Pour certains États, l'arme nucléaire est perçue comme une garantie de survie. Convaincu que seules la science et la technologie pourraient fournir à Israël l'avantage qualitatif nécessaire pour surmonter une population, des ressources et une taille inférieures à celles des pays arabes qui l'entourent, Ben Gourion engage le pays dans un programme nucléaire à vocation militaire dès le début des années 1950. Israël fabrique, probablement avant la guerre des Six Jours en 1967, trois bombes nucléaires rudimentaires mais susceptibles d'être larguées d'avion..

Le fait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU aient voulu détenir l'arme nucléaire illustre le fait que la posséder est perçu avant tout comme une condition sine qua non pour peser dans les relations internationales. Comparativement à celui des États-Unis ou de l'Union soviétique, l'arsenal des trois autres est réduit., mais jugé suffisant pour faire jouer la dissuasion nucléaire dans une optique purement défensive et de stricte suffisance largement théorisée en France..

Durant la guerre froide, la plupart des États capables de développer l'arme nucléaire préfèrent assurer leur sécurité par le biais d'alliances avec les États-Unis. C'est le cas des pays d'Europe de l'Ouest dont l'Allemagne. et l'Italie via l'Alliance atlantique ou du Japon via une alliance bilatérale.. Le cas de ces trois pays montre aussi le poids des facteurs historiques, politiques et psychologiques dans cette décision : le passé de la Seconde Guerre mondiale, l'opposition absolue de l'Union soviétique, le traumatisme d'Hiroshima et Nagasaki ou encore le pacifisme de la population leur interdisent l'accès à l'arme nucléaireDes velléités d'accès au nucléaire militaire ont toutefois existé dans les années 1950 et 1960. Par exemple, hors cadre de l'OTAN, un projet de recherche nucléaire militaire est monté en 1957 par la France, l'Italie et la RFA, mais de Gaulle y met rapidement fin en 1958. mais pas au nucléaire civil et les contraignent à participer activement au régime mondial de non-prolifération nucléaire.

Dans le cadre de ces alliances, ces trois pays et quelques autres en Europe et en Asie abritent sur leur sol des armes nucléaires américaines, sans aucunement avoir le contrôle de leur emploi..

Mise en place d'un cadre global de lutte contre la prolifération +Principaux traités contribuant à limiter la prolifération nucléaireSignéLibellé1959Traité sur l'Antarctique1963Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires.1967Traité de l'espace1967Traité de Tlatelolco1968Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires1971Traité de désarmement sur le fond des mers et des océans1979Traité sur la Lune1985Traité de Rarotonga1991Protocole de Lisbonne avec la Biélorussie, l'Ukraine et le Kazakhstan1995Traité de Bangkok1996Traité de Pelindaba1996Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE)(non ratifié fin 2019)2006Traité de Semipalatinsk2015Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (PAGC)2017Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

Dans son discours spectaculaire dit Atoms for Peace du devant l'Assemblée générale de l'ONU, le président Eisenhower propose qu'une partie des matières fissiles permettant de produire des bombes nucléaires soit mise sous contrôle d'une Agence internationale de l'énergie atomique sous les auspices de l'ONU... Ces produits serviraient au développement des applications pacifiques de l'énergie atomique, et seraient utilisés par de nombreux pays. Les négociations, que les Soviétiques acceptent d'ouvrir fin 1953 sur ces propositions, aboutissent fin 1956 au vote des statuts de l'AIEA à l'ONU.. La recherche d'accords de limitation des armes nucléaires est un des thèmes sur lesquels les Nations unies sont les plus actives tout au long de la guerre froide.

À partir de 1963, les dirigeants américains et soviétiques tirent les leçons des crises de Berlin et de Cuba qui ont conduit le monde au bord de la guerre nucléaire et s'engagent vers davantage de coopération selon deux axes, la limitation de la prolifération nucléaire d'une part, le plafonnement puis la réduction de leurs armements nucléaires d'autre part.

En , Kennedy exprime publiquement sa crainte que, dans les années 1970, jusqu'à aient des armes nucléaires.. En , les deux Grands et le Royaume-Uni signent le traité d'interdiction partielle des essais nucléaires (TIPN) qui présente le double intérêt de montrer pour la première fois leur capacité à coopérer dans le domaine nucléaire, sans qu'il leur en coûte puisqu'ils peuvent mener des essais souterrains, et de poser un premier jalon de lutte contre la prolifération, bien que ni la France, ni la Chine ne le signent... La Chine procède en 1964 à son premier essai devenant ainsi la cinquième puissance nucléaire dans le monde.

À cette date, une dizaine d'États, outre les cinq puissances nucléaires, poursuivent des recherches nucléaires militaires. Johnson et Brejnev décident de poursuivre dans la voie initiée par Kennedy et Khrouchtchev. En , les États-Unis déposent un premier projet de traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP) devant le Comité des dix-huit puissances sur le désarmement de l'ONU. Après deux ans de négociations, Américains et Soviétiques parviennent à un accord sur un texte commun. Après adoption par l'Assemblée générale de l'ONU, le TNP est ouvert à la signature le 1er juillet 1968. Les cinq États dotés d'armes nucléairesAu sens du TNP, les cinq puissances dotées d'armes nucléaires sont celles qui la possèdent au moment de sa signature : les États-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l'Union soviétique.(EDAN) s'engagent à ne pas transférer d'armes nucléaires aux États non dotés (ENDAN) et à ne pas les aider à en fabriquer ou à en acquérir. En application de ce traité, les États signataires non dotés d'armes nucléaires (ENDAN) ont contracté l'obligation de soumettre aux garanties de l'AIEA toutes leurs matières nucléaires aux fins de s'assurer que lesdites matières ne sont pas détournées vers un usage militaire... À son entrée en vigueur en , l'ont signé dont des États qui ont mené un programme nucléaire comme la Corée du Sud, l'Iran, l'Iraq, la Suède. ou la Suisse. En revanche, à cette date, l'Afrique du Sud, la Chine, la Corée du Nord, la France, l'Inde et Israël ne l'ont pas signé.

Échecs et succès de la non-prolifération dans les années 1980 La guerre froide et la course aux armements nucléaires entre les deux Grands reprennent dans les années 1980, ce qui a pour effet de focaliser à nouveau leur diplomatie sur leur face à face et de contrarier parfois les objectifs de non-prolifération. Ainsi, les États-Unis ignorent le programme d’armes nucléaires du Pakistan en raison du rôle de ce pays dans la lutte contre les forces soviétiques en Afghanistan. Pendant ce temps, l'Irak, la Corée du Nord et l'Afrique du Sud peuvent poursuivre leurs efforts nucléaires dans un secret relatif. Au cours de cette décennie, l'Iran commence à acquérir secrètement des technologies liées à l'enrichissement d'uranium auprès de fournisseurs pakistanais.