Les combattants volontaires internationaux sont des individus qui « quittent leur pays d’origine ou de résidence pour prendre part à un conflit (armé) à l'étranger en vertu d’une décision personnelle, sans y être envoyés par leur gouvernement et sans avoir pour motivation principale l’espoir d’un gain matériel ». Ces engagés volontaires doivent donc être distingués à la fois des mercenaires, qui sont des combattants de métier entrant au service d’un État étranger principalement en vue d’en retirer un avantage personnel, des combattants prenant part volontairement à un conflit étranger au sein d’un corps régulier expédié par leur gouvernement (à l'instar de la légion française et de la légion britannique dans l’Espagne de la première guerre carliste, ou du Corpo Truppe Volontarie envoyé en Espagne par le gouvernement de Mussolini pour soutenir le général Franco pendant la guerre civile de 1936-1939), ou encore des employés d’une société militaire privée fournissant ses services à un gouvernement étranger.
Depuis le marquis de La Fayette, le plus connu des officiers français partis combattre aux côtés des insurgés américains lors de la guerre d’indépendance de 1777-1783, jusqu’aux combattants étrangers ayant rejoint le théâtre des guerres civiles syrienne et irakienne, nombreuses ont été les incarnations de ce type de combattants volontaires qui ont laissé une empreinte dans l’histoire des conflits à l’époque contemporaine, tels que lord Byron, Giuseppe Garibaldi, George Orwell, Che Guevara ou encore Oussama Ben Laden. La typologie des conflits susceptibles d’attirer des combattants volontaires étrangers montre une grande variété de situations : ou d’indépendance, guerres civiles, révolutions et insurrections, résistances à une occupation, ou encore guerres mondiales. D’après une estimation de D. Malet, la participation de combattants volontaires étrangers peut être documentée dans plus d’un conflit armé civil sur cinq au cours de l’époque contemporaine (70 sur un total de 331 conflits armés civils identifiables pour la période allant de 1816 à 2005).
En dépit de la récurrence du phénomène au cours de l’époque contemporaine, cette catégorie de combattants n’a fait l’objet d’aucune définition ni régulation juridiques particulières, ce qui la renvoie aux « zones grises » des conflits armés et du droit international humanitaire. Ce n’est que dans les années 2010, en réaction à l’afflux de combattants étrangers pendant les guerres civiles syrienne et irakienne et en lien avec les préoccupations face au terrorisme international, que la question a attiré l'attention croissante des experts en droit international. Les combattants volontaires internationaux sont régulièrement au centre de débats et de polémiques touchant à diverses dimensions de leur engagement: l’interprétation de leurs motivations, la légitimité de leur implication dans un conflit étranger, leur part dans les violences armées, leur impact sur les équilibres internationaux ou encore l’attitude que leur État d’origine doit adopter envers eux.
Histoire du volontariat armé international
Époques médiévale et moderne Il est possible de voir une forme de volontariat armé international, dans les temps anciens, avec le « pèlerinage armé » des Croisés partis rétablir l’accès des pèlerins à la Terre sainte, puis avec les ordres de moines-soldats créés pour leur protection comme les Templiers ou les Hospitaliers. Par ailleurs, certaines expériences d'engagement mercenaire montrent les limites poreuses entre mercenariat et motivations politiques ou religieuses. L'itinéraire biographique de l’Anglais Guy Fawkes (1570-1606) en est l'illustration: avant de se mettre au service du roi d’Espagne pour se battre contre les protestants des Provinces-Unies, il s’était converti au catholicisme et avait quitté l’Angleterre élisabéthaine où les catholiques étaient persécutés; il se rendit ensuite en Espagne pour plaider en faveur d’une aide à la rébellion des catholiques anglais et, après son retour en Angleterre, participa à une tentative infructueuse d’attentat contre la famille royale qui lui coûta la vie. Les régiments irlandais catholiques qui ont servi dans l’armée espagnole des Flandres pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans étaient également motivés en partie par des motivations religieuses et par l’espoir d’obtenir l’appui de l’Espagne catholique contre la domination anglaise protestante en Irlande; après la révolte irlandaise de 1641, beaucoup de ces mercenaires rentrèrent sur l’île, à l’exemple de Eoghan Ruadh Ó Néill et Hugh Dubh O'Neill, pour y combattre en faveur de l’indépendance.
Émergence de la figure moderne du combattant volontaire international à la fin du La notion de combattant volontaire international ne prend cependant tout son sens qu’à partir de la fin du , sous l’effet des mutations militaires, politiques et idéologiques propres à la transition entre époques moderne et contemporaine. La montée idéologique du nationalisme et l’affirmation du monopole de l’État sur le service militaire ont paradoxalement créé les conditions pour l’émergence de la figure du combattant volontaire étranger. L’affirmation du modèle de milice citoyenne, avec l'armée continentale formée en 1775 par les colonies américaines insurgées puis l’armée nationale réorganisée par la Révolution française en 1791, en induisant une nationalisation du service militaire, plaidait contre le recours au recrutement de soldats étrangers. Dès la seconde moitié du siècle, des États avaient cherché à limiter l’emploi de troupes mercenaires qui avait caractérisé les armées de l'ancien régime et qui s'était même renforcé sous l'effet de l'augmentation régulières des effectifs militaires depuis le début du siècle. Parallèlement s’est affirmée avec les révolutions une nouvelle vision du service militaire, assimilé à la citoyenneté et à la défense de la collectivité ou à une cause abstraite (la liberté), encouragée par la propagande des États révolutionnaires. En retraçant l'histoire des engagés volontaires de la Grande Guerre, George L. Mosse met ainsi en avant l’émergence, au cours de l’époque révolutionnaire, d'un nouveau qui construit la guerre comme un événement chargé de sens, en confiant au soldat de défendre la nation ou la liberté, jusqu'à produire une véritable religion civile de la guerre.
Ce nouveau contexte culturel a modifié la perception des combattants étrangers et de la légitimité de l'implication d’étrangers dans un conflit armé. À la différence du mercenaire, le volontaire étranger ne se met pas à la solde d’un prince par appât du gain mais s'engage par adhésion idéaliste à une cause qu’il estime juste et universelle : il constitue donc une entorse tolérable, voire louable, au principe d’armée nationale et citoyenne. Le mythe qui s’est formé sur le marquis de La Fayette après sa participation à l’insurrection américaine, en Europe comme aux États-Unis, constitue une des premières incarnations de cette figure idéale de combattant volontaire international: celui dont les services n’avaient été initialement acceptés par le Congrès qu’avec réserve fut célébré, après sa participation à la guerre d’indépendance américaine, comme le champion héroïque et désintéressé de la lutte pour la liberté; son séjour aux États-Unis en 1824-1825, en tant qu'« hôte de la Nation », fut décrit par les observateurs contemporains comme un véritable « jubilé de la liberté ».
Trois vagues de volontariat armé international au fil de l’époque contemporaine Au fil de l'époque contemporaine, l’affirmation de grandes idéologies au centre des affrontements socio-politiques et l’internationalisation croissante des conflits ont créé les conditions favorables à l’essor du volontariat armé international. Nir Arielli propose de distinguer trois grandes vagues de conflits susceptibles d'attirer des combattants volontaires internationaux, suivant des critères essentiellement idéologiques : La première vague est celle du combat pour la liberté et contre la « tyrannie » inauguré par les révolutions atlantiques de la fin du , et qui se prolonge dans la lutte des mouvements nationaux ou libéraux « en révolte contre les monarchies et les puissances impériales accusés de vouloir étouffer les aspirations à la liberté ». Cette vague inclut notamment les guerres d’indépendance de l’Amérique espagnole, la guerre d'indépendance grecque et la lutte des autres peuples balkaniques contre l’Empire ottoman, et les guerres du Risorgimento italien. George Mosse met l'accent sur l’expérience de Lord Byron et des combattants philhellènes engagés aux côtés des Grecs insurgés dans les années 1820, qui a constitué selon lui une étape importante dans la construction du mythe de l'engagé volontaire, par la publicité qu’elle reçut et son intégration dans l’imaginaire romantique. On peut compléter ce tableau par d'autres conflits inspirés par les mots d’ordre de liberté des peuples et ayant vu la participation de combattants étrangers : la révolution texane de 1835-1836 ; la guerre civile portugaise de 1828-1834 ; les guerres civiles espagnoles de 1833-1840 et 1872-1876 ; la guerre franco-prussienne de 1870 (avec la légion des volontaires garibaldiens) ; la guerre russo-turque de 1877-1878 ; la guerre hispano-américaine de 1898 ; la guerre anglo-boer de 1899-1902 ; enfin la Première Guerre mondiale, qui a vu la formation dans l’armée française d’unités de volontaires étrangers au nom de la défense de la France, héritière de la Révolution française, contre l’Allemagne impériale (dont l’Escadrille La Fayette formée par les volontaires américains, en souvenir du marquis de La Fayette, ou la Légion Garibaldienne des volontaires italiens). La seconde vague est dominée par la polarisation idéologique entre gauche et droite, précipitée par la révolution russe de 1917, dans laquelle . Les conflits relevant de cette vague incluent la guerre civile russe, la guerre russo-polonaise, la guerre civile espagnole, la Seconde Guerre mondiale et les résistances à l'occupation nazie, ainsi que les projections de la guerre froide dans les conflits civils en Afrique, en Asie et dans l’Amérique latine. La troisième vague est placée par Nir Arielli sous le signe du choc des civilisations, un concept emprunté à l’analyse très controversée de Samuel Huntington, selon laquelle les relations internationales obéissent depuis la chute du bloc soviétique à la fin des années 1980 non plus à des clivages idéologiques politiques mais à des oppositions culturelles ou civilisationnelles, accordant une place centrale aux appartenances religieuses. Cette vague commence avec la guerre afghano-soviétique et comprend les guerres de Yougoslavie, la , la guerre d’Afghanistan depuis 2001, la guerre d'Irak depuis 2003 et la guerre civile syrienne depuis 2011. Cette vague est donc fortement associée au phénomène du volontariat djihadiste international.