vignette|Tableau de commande de pressurisation et de prélèvement d’air d'un Boeing 737-800.
Dans un avion, est nommé « évènement feux, fumées, odeurs », incident d’émanation, émanation de gaz, ou évènement toxique () un moment où l’air extérieur prélevé dans le moteur pour pressuriser et climatiser la cabine et le cockpit est contaminé par des fluides tels que de l'huile moteur ou un fluide hydraulique, du liquide antigivrage et/ou d'autres produits chimiques potentiellement dangereux, seuls ou en mélange.
Souvent, aucune odeur ni fumée ne sont perceptibles et parfois les témoins évoquent une odeur de « poil de chien mouillé », ou de « chaussettes moites »Buist L. Memorandum: BAe 146/300 SRS Aircraft -Passenger Cabin Smells and Odours: 11 June 1991. East West Airlines. C’est une des sources possibles du syndrome aérotoxique (l’une des sources car l’air de cabine peut aussi contenir des insecticides (pulvérisations obligatoires pour certaines destinations) et des traces de retardateurs de flamme, de désinfectants).
Ce syndrome affecte essentiellement le personnel de bord (parfois affecté d’une subite incapacité à exercer ses fonctions), mais plusieurs fois des effets sur la santé de passagers ont été signalés après un tel évènementMurawski J (2011) « Case Study: Analysis Of Reported Contaminated Air Events At One Major US Airline in 2009-10. AIAA 2011-5089 ». In: 41st International Conference on Environmental Systems 17 - 21 July 2011, Portland. AIAA; 2011:1-11. Selon S Michaelis, J Burdon & VHoward, rien qu’en 2015, plus de 3,5 milliards de trajets/passagers et 0,5 million de trajets de membres d'équipage ont été exposés à de faibles niveaux d'huile moteur dans l’air intérieur des avionsIndustry facts and statistics. Montreal: International Air Transport Association; 2017 (http://www.iata.org/ pressroom/facts_figures/fact_sheets/Documents/fact- sheet-industry-facts.pdf).. International Federation of Air Line Pilots’ Association (http://www.ifalpa.org/International Transport Workers’ Federation (http:// www.itfglobal.org/en/global/ ; il est donc urgent d’établir un protocole médical clair et reconnu pour mieux diagnostiquer et traiter ce syndrome professionnel.
Sources de toxicité de l’air de pressurisation/climatisation des avions L'air intérieur des aéronefs est pressurisé et contrôlé par un système dit ECS (). Ce dernier peut être pollué par divers contaminants particulaires, gazeux et biologiques (pollens, microbes…). En particulier, des résidus d'huiles et de fluides hydrauliques (COV et composés organiques semi-volatils ou SVOC) peuvent contaminer l'air prélevé dans les moteurs où se fait dans la plupart des cas la prise d'air de pressurisation ; plus précisément, ces résidus peuvent provenir de l'air capté dans l'étage du compresseur du moteur (dit air de purge) et/ou du groupe auxiliaire de puissance (GAP ou APU pour les anglophones), mélangé à environ 50 % avec l'air recyclé de la cabine. Seuls les particules et microbes sont correctement filtrés dans les boucles de recirculation, par des filtres homologués, si leur maintenance est correcte.
Huiles minérales addtitivées Des huiles spéciales sont nécessaires pour les moteurs à turbine de réacteurs d’avion (ex : huile « Mobil Jet Oil II » très souvent). Elles sont irritantes et contiennent des produits chimiques neurotoxiques dont un organophosphoré : le phosphate de tricrésyleParfois nommé tricresyl phosphate ou tri-o-cresyl phosphateWinder C & Balouet J.C (2002) The toxicity of commercial jet oils. Environmental Research, 89, 146–164.Liyasova M. Li B, Schopfer L.M, Nachon F, Masson P, Furlong C.E & Lockridge O (2011) Exposure to tri-o-cresyl phosphate detected in jet airplane passengers. Toxicology and Applied Pharmacology, 256(3), 337-347Crane C.R, D.C Sanders, B.R Endecott & J.K Abbot (1983) Inhalation Toxicology: III. Evaluation of Thermal Degradation Products From Aircraft and Automobile Engine Oils, Aircraft Hydraulic Fluid, and Mineral Oil. FAA-AM-83–12. Washington, DC: Federal Aviation Administration.Centers, P. 1992. Potential neurotoxin formation in thermally degraded synthetic ester turbine lubricants. Arch. Toxicol. 66(9):679–680.Daughtrey, W., R.Biles, B.Jortner, and M.Ehrich. 1996. Subchronic delayed neurotoxicity evaluation of jet engine lubricants containing phosphorus additives. Fundam. Appl. Toxicol. 32(2):244–249.
Leur dangerosité pour la santé est reconnue par les fabricantsGuerzoni F (1999) The Debate Over Aircraft Cabin Air Quality and Health: Implications for Aviation Turbine Lubricants. Presentation by Shell Global Solutions, to SAE E34 Propulsion Lubricants Conference, Cardiff, 23 September 1999Peitsch D (2003) Developments in Modern Aero-Engines to Minimize the Impact of Bleed Air—Rolls-Royce Deutschland. Proceedings of Air Quality in Passenger Aircraft Conference, London, 16-17 October 2003. et diverses étudesMichaelis S (2010) Health and Flight Safety Implications from Exposure to Contaminated Air in Aircraft. Ph.D. Thesis, UNSW, Sydney. http://handle.unsw.edu.au/1959.4/50342, mais au début des années 2000, l'industrie aéronautique affirme que cette huile de moteur ne contient pas assez de produits toxiques pour causer des dommages persistants sur la santé, et que les fuites vers les prises d'air sont si minimes qu'elles seraient acceptables.
Mais des preuves historiques permettent de mettre en doute cette assertion : par exemple : la toxicité des esters de tri-crésylphosphate (TCP) est connue depuis 1899Earl CJ, Thompson R.J.S (1952) The inhibitory action of tri-ortho- cresyl phosphate on cholinesterases. Br J Pharmacol Chemother.;7(2):261-269. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14954124. consulté le 6 mars 2019.. Les isomères TCP mixtes, principalement des méta et para-isomères sont utilisés dans les moteurs d'avion comme additifs anti-usure dans les huiles de moteur d’aviation ; en 1959 ; plus de au Maroc ont été paralysées ou autrement affectées après avoir ingéré de faibles quantités de phosphate de tricrésyle dans de l'huile alimentaire.
Selon son étiquetage ou ses fiches de sécurité, l’huile moteur utilisée dans les réacteurs peut provoquer des maux de têtes, des vertiges, une somnolence, des nausées et d’autres effets sur le système nerveux centralFume event ; L’air des avions est-il toxique ? Reportage d’ « Envoyé spécial » (Antenne 2, France), publié le 26 avril 2018 ; et par ailleurs divers organophosphorés sont connus pour induire une neuropathie retardée après une exposition chroniqueAbou-Donia M.B (2003) Organophosphorus ester-induced chronic neurotoxicity. Archives of Environmental Health, 58, 84–97Costa, Lucio G (2006). "Current issues in organophosphate toxicology". Clinica Chimica Acta. 366 (1–2): 1–13. doi:10.1016/j.cca.2005.10.008. .. (composition qui varie selon les marques et les époques, mais qui à ce jour pour des raisons de performance implique l’utilisation d’David W. Johnson (2017) "Lubricant and Lubricant Additive Degradation: Implications for Cabin Air Quality" (Université de Dayton, USA) in 2017 International Aircraft Conférence ; voir p S86, in Journal of Health and Pollution ; Vol. 9 (décembre 2019) Print ).
Même en fonctionnement normal, lors de certaines phases du vol, les meilleurs joints de palier (mécanique) et roulements de moteur d’avion laissent fuir (continuellementde Boer J, Antelo A, van der Veen I, Brandsma S & Lammertse N (2015) Tricresyl Phosphate and the Aerotoxic Syndrome of Flight Crew Members—Current Gaps in Knowledge. Chemosphere, 119, S58-61. https://doi.org/10.1016/j.chemosphere.2014.05.015 ou par intermittenceOverfelt R & Jones B (2013) RITE-ACER-CoE-2013-02. Proposed Test Plans for a Study of Bleed Air Quality in Commercial Airliners. Airliner Cabin Environment Research, Auburn.) une très faible quantité d’huile moteurCA (1999) BAe Hansard : Oral Evidence—Inquiry Into Air Safety—BAe 146 Cabin Air Quality. Senate-Rural and Regional Affairs and Transport References Committee Hansard, 2 November 1999, Parliament of the Commonwealth of Australia, Canberra.PCA (2000) CASA Hansard : Oral Evidence—Inquiry Into Air Safety—BAe 146 Cabin Air Quality. Senate-Rural and Regional Affairs and Transport References Committee Hansard, 13 March 2000, Parliament of the Commonwealth of Australia, Canberra (et des quantités plus importantes en cas de défaillance du joint). Parmi les additifs possibles de l'huile de palier (devant alors figurer sur l’étiquetage) figure la phénothiazine (reprotoxique)Exemple de fiche de sécurité : Eastman(TM) Turbo Oil 25, révisée le 13 juillet 2018, consultée le 20 février 2020.
L’huile moteur « Mobil Jet Oil II », la plus utilisée au monde par les avions à réaction contient moins d’ortho-isomères de TCP qu’autrefois, en partie pour préoccupations toxicologiques, pour limiter sa contribution aux neuropathies retardées induites par les organophosphates (OPIDN). Megson en 2016 a montré qu’elle contient 4 isomères de TCP pour 3 à 5 % de son contenu : TmmmCP, TmmpCP, TmppCP, TpppCP avec un ratio spécifiqueMegson D, Ortiz X, Jobst KJ, Reiner EJ, Mulder MFA, Balouet J-C. (2016) « A comparison of fresh and used aircraft oil for the identi cation of toxic substances linked to aerotoxic syndrome ». Chemospher;158 :116-123. doi:10.1016/j.chemosphere.2016.05.062 également retrouvé dans une étude de l'AESA sur la contamination de l’air intérieur des avionsEuropean Aviation Safety Agency (2017) Research Project : CAQ Preliminary Cabin Air Quality Measurement Campaign. Final Report EASA_REP_RESEA_2014_4. Cologne:. https://www.easa. europa.eu/system/ les/dfu/EASA CAQ Study Final Report_21.03.2017. pdf.. Certaines huiles d'avion sont étiquetées H351 : « Susceptible de provoquer le cancer »exemple de fiche de sécurité : MCS®-352B ; Code du produit : 34122-00, P3412202, P3412200, P3412201, fiche de sécurité, révisée le 16 février 2018, consultée le 20 février 2020 mais en 2002, Chris Winder (toxicologue) et Jean Christophe Balouet (expert en criminalistique environnementale) estimaient que Chris Winder et Jean Christophe Balouet (2002) « The Toxicity of Commercial Jet Oils » | Juillet Environmental Research 89(2):146-64 |DOI: 10.1006/enrs.2002.4346.
Fluides hydrauliques Contrairement au phosphate de tricrésyle, un fluide hydraulique (esters phosphatés, tels que le skydrol créé en 1948 par Douglas Aircraft et Monsanto, ou l'HyJet Hydraulic Fluid d’ExxonMobil) n'est pas réputé toxique à faible dose, mais il est extrêmement irritant pour les yeux et la peau, ce qui crée un danger pour les pilotes lors d'un « épisode de fumée », sans séquelle durable selon les fabricants.
Résidus de liquide de dégivrage Le liquide de dégivrage a une forte odeur mais n'est pas très irritant ni réputé très toxique s'il est inhalé. Par contre, il présente une toxicité élevée s’il est ingéré.
Produits secondaires (de pyrolyse) ou mélanges Lors de l'utilisation d'huile moteur sous haute pression et haute température (environ dans le moteur et jusqu’à aux points et moments les plus chauds), les composants de cette huile évoluent et leur nombre augmente (par exemple ).