Emmanuel-Jean-François Verrolles, né le à Caen et mort le à Ing-Tse en Mandchourie, est un évêque missionnaire français. Il participe au premier concile du Vatican en qualité de Père conciliaire.
Biographie
Enfance Emmanuel Verrolles est le sixième fils d'une famille de dix enfants. Son père, Pierre Verrolles dirige à la tête d'une quarantaine d'ouvriers une grande exploitation de jardins ; sa mère, Verrolles, née Victoire Adeline est une femme pieuse et robuste. Son parrain, l'abbé Leconte, neveu du révéré missionnaire chinois Hamel (mort en 1812) l'exerce dès son plus jeune âge à servir la messe et très tôt, le désir du jeune Emmanuel de partir en mission se fait sentir. À cinq ou six ans, lorsqu'on lui demande quel métier lui conviendrait le mieux, il répond invariablement avec son accent enfantin : « Ze veux aller sez les Sinois.. »
Missionnaire Il entre ainsi au lycée de Caen, puis au grand séminaire de Bayeux où il est ordonné prêtre le , et après quelque temps à Argences, à Pont-l'Évêque et à Aunay. Le , il entre au Séminaire des Missions étrangères de Paris.
Il s'embarque le de la même année pour Macao, où il parvient le . Il exerce ensuite son apostolat dans la région du Su-Tchuen en compagnie de Jacques-Léonard Pérocheau. Désigné vicaire apostolique de la Mandchourie en 1838 par les Missions étrangères de Paris, il reçoit ces lettres le et est consacré évêque de par le avec comme co-consacréateur Alfonso-Maria di Donato. Il arrive en Mandchourie en 1841 sur le territoire de laquelle vivent catholiques laissés pour beaucoup depuis longtemps à l'abandon. Il est bientôt rejoint par M. de la Brunière puis par Siméon Berneux et Charles Vénault qui formeront ses premiers collaborateurs dans l'apostolat. Le , il consacre Jean-Joseph Ferréol comme vicaire apostolique de Corée.
Retour en France Le , désireux de régler certaines affaires concernant les limites de son vicariat apostolique, il s'embarque pour Rome, où il parvient le ; cette affaire réglée, il se rend à Frohsdorf visiter le comte de Chambord puis rend visite à sa famille à Caen où sa mère décède durant son séjour le . Quelque temps après les funérailles qu'il célébra lui-même, il écrit : « Saint Augustin pleura pendant une heure sa mère qu'il aimait tant, nous qui sommes plus jeunes et moins saints, pleurons un jour, deux jours, mais pas plus, et reprenons notre labeur quotidien. »
Désireux de faire naître une ferveur pour les Missions chez ses compatriotes et avec l'approbation de la Sacrée Congrégation de la Propagande, il parcourt presque tous les diocèses, « prêchant deux à trois fois par jour, à dix et vingt lieues de distance, souvent à des auditoires immenses » (lettre à Pie IX) pendant dix mois. Jouissant partout d'une réputation de sainteté, plusieurs des miracles lui sont même attribués, parmi lesquels la guérison instantanée de Sœur Marie-Eulalie Deserre gravement malade du diabète depuis dix-huit mois au monastère Sainte-Marie à Riom, « incapable de faire un seul pas sans le secours de deux bras, d'une canne ou d'une béquille et d'un seul bras ; buvant continuellement sans pouvoir se désaltérer, ne dormant presque jamais, ayant une fièvre très forte, accompagnée de violents maux de tête, de sueurs abondantes, condamnée dans une assemblée de médecins » selon que l'atteste le procès-verbal du miracle conservé aux archives des Missions-Etrangères : le , l'évêque arrive au monastère, est introduit dans la salle de communauté en compagnie de deux prêtres et demande à plusieurs reprises si toutes les personnes de la maison sont bien présentes. Sœur Marie-Eulalie n'étant pas là en raison de sa maladie, on l'envoie chercher et bientôt elle se traîne avec peine, accompagnée de deux infirmières jusqu'à la salle des assemblées. « Cessant dès lors de demander si tout le monde étant présent [ Verrolles] continua encore quelques instants sa narration sur le Chine [...], puis témoigna vouloir se retirer, étant pressé de repartir. Notre chère malade se trouva alors sur son passage et lorsque Monseigneur fut devant elle, M. notre aumônier le pria de lui faire baiser son anneau, et nous, de vouloir bien la bénir d'une bénédiction particulière. Au même instant, avec un air inspiré et tout céleste, que remarquèrent toutes les personnes qui étaient présentes, jusqu'à une des plus petites élèves, qui dit avec transport à ses compagnes : Sa Grandeur lui fit baiser son anneau, lui fit un signe de crois sur la tête ; puis d'un ton ferme, il lui dit : Ce qu'il fit lui-même en lui renouvelant un signe de croix sur le front, il lui passa la main sur la tête, en prononçant quelques prières en latin, lui donna sa bénédiction et sortit promptement. [...] Notre chère sœur [...] se trouva redressée, de courbée qu'elle était, et s'écria : Elle fait quelques pas avec hésitation, quitte le bras de la sœur infirmière, et se met à courir, traversant le groupe des personnes qui étaient devant, pour venir se prosterner aux pieds de Monseigneur, et remercier son bienfaiteur qui n'eut pas l'air de faire attention à elle. [...] Dès le même jour, tous les symptômes du diabète disparurent. [...] Au bout de quelques jours, il lui a été permis de suivre tous les exercices communs, sans aucune dispense et sans en être fatiguée. Sa santé est parfaite, et notre chère et bien précieuse sœur se trouve contente et très heureuse, et est pour nous un souvenir perpétuel de la puissance de Dieu et des merveilles qu'il a opérées sous nos yeux. »
Fort de ces succès, au mois de mars, il est même invité à déjeuner aux Tuileries par Louis-Philippe qui éprouve à son égard une sympathie réelle et lui offre l'archidiocèse de Cambrai, qu'il refuse. Le dimanche , il prêche à Saint-Roch devant toute la cour, le 7 à Saint-Germain-l'Auxerrois et le soir du même jour à Saint-Vincent-de-Paul. Grâce à tous ces efforts, il est à noter que l'Œuvre de la Propagation de la Foi a durant l'année 1848 enregistré une hausse notable de ses ressources malgré la révolution qui mit fin au commerce pendant quelque temps.
Retour en Mandchourie et second voyage en Europe Le Emmanuel Verrolles repart de Marseille et débarque à Yang-kouan le , mais à peine rentré, en 1849, il est de nouveau forcé de se rendre à Rome régler les différends concernant les limites de son Vicariat. Apprenant le départ de Pie IX pour Gaète et le succès des expéditions françaises en Italie durant la traversée, il se rend de Naples à Gaëte, est reçu par le Saint-Père qui lui assure qu'il réglera la question de son Vicariat puis se dirige vers Rome où les généraux Oudinot, Baraguay-d'Hilliers et Sauvan le reçoivent avec empressement. En attendant le retour du Pape indécis à Rome, il s'occupe en confessant les soldats français en garnison.
Lettre à Pie IX Enfin, n'y tenant plus, il adresse une lettre décisive au Pape le , dont voici la teneur et que nous mettons ici à disposition dans son intégralité car introuvable ailleurs :
« Très Saint-Père,