Les événements de mai-, ou plus brièvement Mai 68, désignent une période durant laquelle se déroulent, en France des manifestations étudiantes, puis un peu partout sur le territoire des grèves générales ou des sauvages, l'Auvergne se montrant particulièrement active, après avoir joué un rôle précurseur chez les étudiants et lycéens.

L'historiographie de Mai 68 et ses développements des années 1990 a mis au jour un grand nombre d'événements liés à Mai 68 sur l'ensemble du territoire français, en particulier dans les résidences universitaires de nombreuses villes de province, avec à Clermont-Ferrand comme à Nantes des protestations massives dès le début de l'hiver 1967-1968, dans ce qui a ensuite constitué le plus important mouvement social de l'histoire de France du .

Les prémices

La situation sociale en Auvergne En 1965, l'AGEC (Association générale des étudiants de Clermont ), affiliée à l'UNEF, fait diffuser un tract intitulé « Pour la paix au Vietnam ». Après Bordeaux, la capitale auvergnate compte parmi les premières villes en France à s'engager contre le conflit militaire entre les États-Unis et le Vietnam du Nord. C'est l'époque où les effectifs explosent en seulement deux ans (+45%). Dans les universités de à Clermont-Ferrand, sont inscrits en 1964 puis plus de 11.000 en 1966 et plus de 12.200 à la rentrée de 1967, dont plus de la moitié en droit, sciences et sciences économiques.

En 1968, 28 % des étudiants clermontois sont boursiers, contre 18 % pour la moyenne nationale. Ces jeunes aux moyens limités vont protester les premiers contre le coût des études et pour leur démocratisation. Un quart d'entre eux viennent de familles agricoles ou ouvriers et employés. Les enseignants, qui veulent une démocratisation de l’Université dans la ligne du plan Langevin-Wallon, constatent un taux d’échec très élevé en année, avec seulement 15 % de réussite pour les nouveaux étudiants , ou encore de 28 % avec les redoublants en sciences .

Déjà en 1966 et 1967, l’AGEC se mobilise pour la construction d’un deuxième restaurant universitaire dans la ville, qui ne sera finalement ouvert à la cité U Dolet qu'à la rentrée universitaire 1968-1969. À Clermont-Ferrand, l’ouverture du lycée mixte, futur lycée Ambroise-Brugière, le , près de 8 ans après la demande du conseil municipal permet d'accueillir 750 lycéens des quartiers populaires à proximité des cités ouvrières Michelin.

La part des fils d’ouvriers est beaucoup plus forte à Clermont-Ferrand qu’à l’échelle nationale. Les années 1960 marquent, au-delà d’une simple augmentation des effectifs étudiants, une nouvelle phase dans l’ouverture de l’Université aux milieux populaires. Cette situation a été mise en évidence dans un ouvrage de 2004 de Louis GruelLouis Gruel, La Rébellion de 68, Une relecture sociologique, Presses universitaires de Rennes, 2004 . Dans cette étude, qui met en rapport sociologie étudiante et « intensité » des événements de 1968 à l’échelle locale, Louis Gruel distingue l’université de Clermont-Ferrand. Selon lui, elle présente en 1968 des particularités concernant le « recrutement » étudiant : elle appartient aux cinq universités ayant les taux d’étudiants « d’origine supérieure » les plus faibles.

Réforme Fouchet et croissance des effectifs En , le bureau universitaire de statistique et de documentation scolaires et professionnelles détaille le schéma du nouveau régime des études 1966-1967 qui va nourrir les contestations étudiantes, en particulier en Auvergne. Le document montre que la France compte entre , en raison de deux phénomènes, une durée des études plus longue et le baby-boom, très net dans la régionLa réforme Fouchet commentée sur le site du Collège de France sur Mediapart.

La réforme de l’université, lancée par le ministre de l'éducation Christian Fouchet pour y faire face et concrétisée par le décret du Billet de Marie Odile Lafosse-Marin" compilé par Sarah Chaï sur "MAI 68 : UN HOMME, DES TRACES, DES TRACTS" , est décrite par le premier ministre Georges Pompidou comme une "révolution" mais le manque de moyens qui semble l'accompagner déclenche inquiétude puis colère dans l'année qui suit, le gouvernement étant soupçonné de vouloir stopper cette croissance des effectifs en créant de fait des barrages, car la réforme créé les trois étapes DEUG, licence et maîtrise.

Cette crainte de la sélection sans vrais critères objectifs grandit sur fond de développement de la pratique des examens partiels, et de critique du pouvoir arbitraire des "mandarins", les professeurs en chaire qui constituent une minorité aux pouvoir jugés parfois excessifs sur les autres enseignants.

Montée des groupes militants À Clermont-Ferrand, le Premier ministre Georges Pompidou vient inaugurer l’École des Impôts en et l'UNEF auvergnate appelle à participer à la manifestation de la CGT contre sa venue car elle s'oppose à , selon son président local.

Au début , Christian Nény, militant trotskiste du Comité de liaison des étudiants Révolutionnaires (CLER) se fait élire président de l’Amicale de Sciences des étudiants de la ville. Son charisme et ses bonnes relations avec des étudiants catholiques progressistes et d'autres proches du PSU lui permettent dans la foulée de devenir président de l'AGEC (Association générale des étudiants de Clermont), affiliée à l'UNEF.

Du côté de la faculté de Lettres, une liste d'alliance menée par deux militants de la FGDS, Jean- Pierre Phelouzat et Maurice Adevah-Pœuf, du département d'histoire-géographie, futur député-maire socialiste de Thiers, allié à Élie Carasso, étudiant en philosophie et autre militant du CLER en 1968"LA LIGUE COMMUNISTE RÉVOLUTIONNAIRE (1968-1981). Deuxième partie" par Jean-Paul Salles , remporte les élections au bureau de l'UNEF.

Côté enseignants, environ 12 ans après sa création à Clermont, les effectifs locaux du SNESUP ont été multipliés par 10 à 20 grâce à , pour lesquels le syndicat avait obtenu un statut, et au soutien aux luttes contre la guerre d’Algérie puis du Vietnam , en autorisant une double affiliation pour les adhérents du syndicat autonome . À la fin de la Guerre d'Algérie, la crainte permet à ce syndicat d'enclencher une dynamique d'union des syndicalistes enseignants dans la ville . Tous les trimestres, le doyen de la faculté des sciences, réunit l’assemblée des enseignants pendant 3 à 4 heures au cours desquelles les assistants et maitre-assistants n'ont droit qu'à deux minutes de parole, mais la bonne volonté de certains professeurs titulaires de chaire permet un vrai débat dans des assemblées de département, tandis que les étudiants proposent de leur côté une cogestion, dans des structures paritaires étudiants-enseignants.

Octobre 1967, la gaffe du ministre à l'inauguration de la faculté des lettres Lors de la rentrée universitaire 1967-1968, le , la nouvelle Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand est inaugurée par Alain Peyrefitte, ministre de l'Éducation nationale depuis le printemps, avec le premier ministre Georges Pompidou. Dans leurs discours, ils annoncent des mesures de sélection à l'entrée de l'enseignement supérieur, pour la rentrée suivante, en , tout en restant imprécis sur les mesures prévues, ce qui déclenche de l'inquiétude chez les lycéens des classes terminales mais aussi chez les étudiants des deux premières années qui y voient une menace de se voir interdire par la sélection aux modalités encore inconnues de poursuivre leurs études après le DEUG"1968 à la Faculté des Lettres de Toulouse" par sem-linkJacques Godechot Annales du Midi 1978 . Ils craignent en particulier une sélection sociale insidieuse alors que le livre Les Héritiers, livre de Jean-Claude Passeron et Pierre Bourdieu, paru trois ans plus tôt, connait un succès grandissant en dénonçant l'accès très limité des enfants des classes populaires à l'enseignement supérieur.

Novembre 1967, la grève de la faim de quatre étudiants Le , quatre étudiants clermontoisDeux étudiants en droit, François Chassagnes et Xavier Bouziat, un étudiant en médecine, Jean-Georges Leloup, et un étudiant en dentaire, Bernard Dumon entament une grève de la faim pour dénoncer le manque de places au restaurant universitaire de Clermont-Ferrand, en soulignant que seulement un tiers des 13000 bénéficiaires potentiels de la ville peuvent y entrer. Trois jours plus tard, les étudiants auvergnats participent à la première vague de manifestations, dont une réunit plusieurs milliers d'étudiants à la Sorbonne, à Paris, contre la « Réforme Fouchet-Capelle », qu'ils accusent de vouloir instaurer la sélection pour pallier la l'inadaptation des universités à la croissance des effectifs.

Une 1963, une première « Réforme Fouchet-Capelle » avait créé les collèges d'enseignement secondaire pour unifier les divers enseignements du premier cycle du secondaire ( à la ).

Le jeûne dure neuf jours et le les 4 étudiants sont soutenus par une grande manifestation clermontoise, devenue lieu symbolique de la contestation de la réforme FouchetSoutenance de la thèse de doctorat de Nicolas Carboni, à l'UNIVERSITÉ BLAISE PASCAL CLERMONT-FERRAND II le 24 janvier 2012 .

Un mois plus tard, Renée Laborie, étudiante proche du CLER, organise une réunion de l’Amicale des Étudiants des Cités Universitaires de Clermont-Ferrand (AECUC) dont elle est présidente. Avec ses amis, elle rédige et fait voter une motion à envoyer aux autorités, qui reprend le combat de dans d'autres résidences. La motion est titrée « Pour la liberté de visite en cité U et pour un traitement égal entre garçons et filles » Note des RG Clermont-Ferrand au SRRG Lyon, /4/11, 18 décembre 1967, Fonds des RG Clermont-Ferrand, ADPDD, 1851 W 122 : cités et restaurants universitaires (1960-1984), Dossier « Amicale des étudiants en cités universitaires de Clermont-Ferrand (AECUC) »..

À la fin de la réunion, pour illustrer cette motion, il est décidé que le pavillon des garçons sera symboliquement envahi par les filles, initiative qui sera répétée par les résidentes de Nantes le 23 janvier suivant. Aucun dégât n’est déploré au cours de cette action pacifique, effectuée par surprise.

Accélération en février et mars 1968 À la fin du mois de , un tract de l'AGEC-UNEF appelle à la grève des loyers à partir du contre la hausse des loyers et le plafonnement à trois ans, pour la plupart des résidents, du droit à rester dans sa chambre mais aussi contre le règlement intérieur qui « bafoue l’aspiration des résidents à leurs libertés fondamentales ». L'UNEF auvergnate veut danc tract la création de groupes de discussions sur les « problèmes de la vie sociale » . Au même moment ou presque à Clermont-Ferrand aussi se tient le , un meeting pour l'aide au Vietnam.

Dans la foulée, la Fédération des étudiants en résidence universitaire de France (FRUF), l’AGEC et de l’AECUC organisent le 14 mais, quasiment main dans la main, un boycott des restaurants universitaires, mais aussi un meeting à la cité universitaire de Dolet et un défilé dans la ville puis devant le CROUS de Clermont-Ferrand, suivis d'une journée d’action « pour le changement de règlement intérieur de la cité U » qui réunit « centaines d’étudiants » « Pour appuyer leurs revendications, les étudiants ont boudé le restaurant universitaire », La Montagne, 15 mars 1968 .

Puis le , 350 étudiants en premier cycle de Sciences, soit près de 80 % des effectifs, débrayent spontanément et demande une entrevue au doyen « pour protester contre le manque d’encadrement et de locaux, la surcharge des programmes de premier cycle et le manque d’information sur les conditions d’examens ».

Le , près de 300 étudiants de Lettres prennent part à la mobilisation contre « la sélection » annoncée par la réforme Fouchet. À ce problème de fond, s'ajoutent des déconvenues matérielles car si la faculté de Droit vient de s’agrandir de nouveaux locaux – ceux dits de La Rotonde – les étudiants de sciences dénoncent solennellement le manque de professeurs.

Week-end des 4 et 5 mai