Vicente Blasco García (Torrella, 1735 – Valence, 1813) est un théologien, philosophe et chanoine espagnol.
Après des études de philosophie, Blasco enseigna pendant trois ans la doctrine thomiste à l’université de Valence, avant de se rendre à Madrid et d’être nommé en 1768 — grâce à son protecteur, le philologue et anti-jésuite Francisco Pérez Bayer — précepteur à la cour royale, où il présida, aux côtés notamment du même Pérez Bayer, maître d’œuvre des réformes éducatives entreprises par la nouvelle équipe gouvernementale, à la mise en place d’un nouveau modèle d’enseignement. Ayant obtenu le canonicat de la cathédrale de Valence, il devint en 1784 recteur de l’université de Valence, auquel titre il élabora un nouveau plan d’études, le plan Blasco, aboutissement du processus de rénovation scientifique engagé un siècle auparavant par les novatores, précurseurs des Lumières espagnoles.
Ledit plan, qui fut fin prêt en , consacra la mainmise du centralisme bourbonien sur l’université de Valence aux dépens de l’autorité locale (archevêché et municipalité de Valence), et devait servir de canevas à un plan d’études général applicable à toute l’Espagne. Le plan Blasco comprenait des mesures institutionnelles —réaménagement du calendrier scolaire, hausse des heures de cours, gestion financière autonome hors tutelle de l’archevêché et de la municipalité, recettes propres — et éducatives — modernisation des méthodes pédagogiques, création de nouvelles fonctions et d’infrastructures nouvelles en appui à l’enseignement et à la recherche (notamment laboratoire de chimie, observatoire astronomique, cabinet de physique, amphithéâtre anatomique et jardin botanique), et attention plus grande portée à l’enseignement pratique. Le contenu des enseignements fut mis au diapason des tendances européennes modernes, en particulier par le biais de préconisations de certains auteurs et ouvrages comme matériau de base des études : abandon du galénisme en médecine, en faveur des théories de Boerhaave ; introduction du droit naturel et du droit national au détriment du droit romain, en privilégiant Van Espen ; en théologie, refrènement de l’influence jésuitique et promotion du rigorisme moral et de certains auteurs considérés jansénistes, etc. La mise en œuvre du plan put s’accomplir dans la durée grâce à la nomination à vie de Blasco au poste de recteur, en infraction aux statuts de l’université, mais autorisée par le ministre Floridablanca ; Blasco recteur fut ainsi la préfiguration du recteur fonctionnaire de la Couronne. L’accueil généralement favorable que sera réservé au plan (abstraction faite de quelques résistances) s’explique par son adéquation à l’état d’esprit alors dominant (rigorisme moral, tendance philojanséniste, engouement pour l’histoire critique, intérêt pour la Bible, etc.) et par des facteurs politiques (le plan allant dans le sens du régalisme bourbonnien, contre la papauté).
Biographie
On sait peu de choses de l’enfance de Vicente Blasco García, sauf qu’il naquit au sein d’une fratrie de sept enfants, et que ses parents étaient, comme ses grands-parents, originaires de la comarque de La Costera. De 1749 à 1750, il suivit des études de philosophie thomiste à l’université de Valence, sous la direction — et suivant les orientations philosophiques antijésuitiques — du professeur et chanoine Joaquín Segarra. Il y a lieu de rappeler que les Lumières d’Espagne connurent leurs premières manifestations à Valence, avec, dans le domaine des sciences, des figures telles que Tomás Vicente Tosca, et , attachés à introduire la science moderne en association avec les courants intellectuels européens, et, dans le champ de la critique historique, des personnalités comme le doyen Manuel Martí et son héritier spirituel Gregorio Mayans y Siscar..
D’autre part, Blasco adhéra le à l’ordre militaire de Montesa et de saint Georges d’Alfama.
Blasco enseigna la philosophie thomiste à Valence, dans le cadre d’un cursus triennal, de 1763 à 1766. En 1768, il se rendit à Madrid, pour y remplir la mission confiée à lui dès 1761 par le Conseil des ordres (Consejo de las Órdenes, institution de régulation des ordres militaires en Espagne) et dissiper les dissensions suscitées par la publication du bullaire de l’ordre de Montesa.
Cependant, le philologue hébraïste Francisco Pérez Bayer obtint en la nomination de Blasco au poste de précepteur de l’infant Francisco Xavier, puis, à la mort de celui-ci, à celui de sous-précepteur de l’infant Gabriel. (Rappelons que jusqu’à l’avènement des Bourbons, les princes de la famille royale étaient placés sous la tutelle des jésuites et recevaient d’eux leur instruction. À la suite de la cédule royale de 1767 portant expulsion des jésuites, l’instruction des enfants de Charles III passa aux mains de Pérez Bayer, qui fut désigné précepteur des princes royaux Francisco Javier et Gabriel. Cette mutation permit la mise en place d’un nouveau modèle d’enseignement, sous la direction de Pérez Bayer, du thomiste montésien Vicente Blasco, et du piariste Felipe Scío de San Miguel.) Pérez Bayer, clef de voûte des réformes éducatives entreprises par la nouvelle équipe gouvernementale, s’appliqua à placer à la cour de Madrid, aux postes civils et ecclésiastiques importants, ses amis appartenant au cercle de l’archevêque .
La sobrecédula royale en date du octroya à Blasco sans autre condition le canonicat de la cathédrale de Valence ; cette fonction, dont il prit possession le , était un passage préalable et nécessaire pour pouvoir être nommé recteur de l’université de Valence, poste auquel il accéda en 1784. C’est lui qui se vit alors confier la mise au point d’un nouveau plan d’études, le dénommé plan Blasco, considéré par nombre d’auteurs comme l’aboutissement du processus de rénovation scientifique engagé un siècle auparavant par le mouvement dit novator (ou preilustrado, précurseur des Lumières). Pérez Bayer non seulement faisait partie du comité d’évaluation qui approuva le plan d’études, mais encore promit de faire don de sa bibliothèque à l’université, en contrepartie de la mise en œuvre du modèle d’organisation proposé par Blasco. Alors qu’en expirait le mandat rectoral triennal de Blasco, un Ordre royal signé par le comte de Floridablanca le , passant outre au patronage de la municipalité de Valence et au privilège de celle-ci de proposer les candidats aux chaires universitaires et de nommer le recteur, accorda à Blasco le titre de recteur à vie de l’université de Valence, office qu’il remplit effectivement jusqu’à sa mort en 1813.
Le plan d'études Blasco Investiture de Blasco comme recteur et amorce du plan d’études
Le , succédant au chanoine Francisco Cebrián y Balda, et à l’issue d’un scrutin où il devança le chanoine Joaquín Segarra de seulement deux voix, Blasco fut nommé recteur de l’université de Valence. Cité par .. Dans la lettre de remerciement qu’il rédigea au lendemain de sa nomination et qui valait déclaration d’intention, le recteur Blasco exposa quelques-uns des buts qu’il se proposait de poursuivre lors de l’exercice de son mandat : « je m’appliquerai de toutes mes forces à faire honneur à votre confiance [c’est-à-dire : de la ville de Valence], à contribuer à l’avancement des lettres, et à conserver le crédit et la bonne renommée de cette insigne Université ». L’université de Valence se trouvait alors régie par les statuts (Constituciones) de 1733 ; en son sein se poursuivaient les querelles entre thomistes et antithomistes, lors même que depuis 1768 il avait été ordonné que la philosophie et la théologie eussent à s’enseigner sans distinction d’école théologique ; d’autre part, un rapprochement avec l’augustinisme avait été opéré sous le rectorat de Juan Antonio Mayans..
Le piariste Juan Florensa indique que « tout au long de ce premier mandat triennal, [Blasco] se voua tout entier à la préparation de la réforme universitaire dont ce centre [d’enseignement] avait un si grand besoin»J. Florensa (1966), . Cité par .. Dans une lettre adressée au roi, Blasco dépeignit le mauvais état financier et éducatif de l’université, laquelle, bien qu’on y « travaille avec une incessante application et qu’on y fasse des progrès dans les sciences, l’enseignement public pourrait progresser beaucoup plus, en changeant la méthode ancienne par laquelle elle est régie et en l’ordonnançant d’après les lumières de notre temps », et demanda les aides nécessaires à son assainissement. Les propositions de réforme de Blasco se limitaient pour l’heure à : 1) améliorer la méthode : « notamment pour ce qui est des heures d’enseignement, de l’ordre des matières et des auteurs au moyen desquels on enseigne, et pour ce qui est des candidatures à l’occupation des chaires et des conditions préalables au dépôt de candidature » ; 2) augmenter les dotations des chaires, « de façon à ce qu’avec celles-ci les maîtres puissent subsister modérément, et que l’on puisse distinguer par quelque récompense ceux qui auront travaillé et excellé »Secretaría de Gracia y Justicia. Leg. 948. Lettre de Vicente Blasco (au roi) du . Cité par ..
D’emblée, Blasco se déclara en faveur d’une réforme immédiate dans la faculté de théologie, cela afin de désamorcer les tensions scolastiques et parce qu’il considérait peu appropriée la méthode d’étude appliquée jusque-là. Cité par .. Il proposa que certaines mesures soient adoptées sans attendre, dès cette même année universitaire 1784, et que le recteur de l’université désigne deux professeurs parmi ceux alors en fonction pour qu’ils lancent et poursuivent le cursus de théologie à destination des nouveaux étudiants ; qu’à cet effet, ces professeurs choisissent pour support de leur cours celui qui leur convient le mieux parmi les auteurs suivants : Billuart, Gori, , , Antonio Cabades Magi… ; et enfin, que pour cette année le recteur nomme également deux docteurs comme suppléants auxdites chaires pour les quatre ans du cursus..
Le de la même année 1784, Floridablanca adressa au recteur et au corps professoral de Valence une note ordonnant l’exécution du plan d’enseignement de théologie et reproduisant, aux dires du contemporain León Esteban, « quasi textuellement la requête du recteur Blasco ».. La proposition de réforme de la théologie fut effectivement adoptée mot pour mot, ce qui atteste de la confiance la plus absolue de la Cour (incarnée en l’espèce par la personne de Floridablanca) dans le recteur Blasco..
Par là même aussi, la Junta de Patronato valencienne (réunissant l’archevêché et la municipalité) venait de s’effacer devant la Cour de Madrid ; c’est au recteur en effet et au corps professoral qu’incomba la mise au point du nouveau plan d’études, dont par conséquent restait exclu le Patronato. Celui-ci, réuni le , en appela au pape pour qu’il déclare que la nomination des titulaires des chaires de théologie ne soit pas du ressort exclusif du recteur. La Junta de Patronato, en plus de faire opposition aux réformes de Blasco, d’entraver et de gêner leur mise en œuvre, anticipa la fin du mandat rectoral de trois ans (venant à expiration le ) et décida de nommer d’ores et déjà un nouveau recteur en la personne du chanoine Joaquín Segarra, qui accepta le poste. C’est alors que l’intervention de Pérez Bayer fut décisive, celui-ci écrivant le à Floridablanca pour solliciter une prorogation de trois années du mandat de Blasco et rencontrant chez le pouvoir central un acquiescement total..
Finalisation du plan et mise en œuvre