L'histoire de la DGSE retrace l'évolution de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), le principal service de renseignement de la France. Si la fondation légale de la DGSE date de 1982, sa structure est issue du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), le service de renseignement de la France libre de Charles de Gaulle. De nombreuses fois renommé, son nom est changé en DGSE en 1982 par Pierre Marion.
Quatrième République
Genèse et origine Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Deuxième Bureau est dissout par le régime de Vichy. Plusieurs services de renseignement sont alors créés, à la fois par Vichy, et par les mouvements de la Résistance. Charles de Gaulle crée notamment le BCRA. En 1943, le rapprochement entre Henri Giraud et Charles de Gaulle permet une fusion de leurs services de renseignement respectifs. Le décret du du comité français de la Libération nationale acte la fusion du BCRA et des services de renseignement de Rivet dans une nouvelle structure, la direction générale des Services spéciaux (DGSS).
Jacques Soustelle est placé à la tête de la DGSS. Elle reprend la forme du Deuxième Bureau. Le , 1944, la DGSS est renommée en direction générale des Études et Recherches (DGER). La fin de la guerre approchant, de Gaulle réfléchit à une modification du nom et de l'organisation de la DGER. Il se place à l'écoute des telles qu'elles furent formulées au cours des débats importants qui avaient eu lieu depuis l'année 1943"Les services secrets gaullistes à l'épreuve de la politique (1940-1947)" par Sébastien Laurent, dans Politix, revue des sciences sociales du politique en 2001, à la suite d'une communication en séminaire de doctorat à l'Université de Paris-X-Nanterre en avril 2000. .
Lors du Conseil des ministres du , la DGER est renommée Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE).. Le service est transféré au boulevard Mortier, dans la caserne des Tourelles. Une séparation stricte est prévue entre le SDECE et la direction de la Surveillance du territoire (DST) : si le premier a pour mission de protéger la France des opérations extérieures de menaces ennemies, la DST a l'entière compétence dans le domaine du renseignement intérieur. Le SDECE subit ainsi la même interdiction de renseignement sur le territoire que son ancêtre, le Deuxième Bureau, avait subi à partir de 1899 au moment de l'affaire Dreyfus. La direction de la DST, créée en , est confiée au résistant Roger Wybot. vignette|Plan de la caserne des Tourelles, camp d’internement pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1947, la caserne devient le siège du Service de documentation extérieure et de contre–espionnage (SDECE), puis en 1982 de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Archives nationales de France. Le , Emmanuel d'Astier de La Vigerie formule des critiques contre le SDECE afin d'obtenir un délai de réflexion de trois mois, au moment du vote des crédits budgétaires à l'Assemblée constituante. Le président de cette assemblée, Vincent Auriol, en a tenu compte en demandant que le SDECE soit contrôlé par un comité interministériel et que son budget soit placé sous le contrôle de la commission spéciale de défense nationale.
Réseau stay-behind Le SDECE se donne pour mission de . Il crée ainsi le réseau stay-behind français, qui permet d'exfiltrer des hautes personnalités en cas d'invasion soviétique afin de créer un gouvernement en exil. Les historiens font référence à ces plans connus sous des noms divers : « Arc-en-ciel », « Rose des vents » ou « Mission 48 », mais aucune source d'archives ne les confirme"Mythes et réalités d’une stratégie « stay-behind » au début de la guerre froide (1945-1954)" le 22 avril 2016 par Elie Tenembaum, pour le site « Fragments sur les temps présents », créé en 2008 avec Nicolas Lebourg, Sylvain Crépon, Gaël Brustier, Jean-Yves Camus, Stéphane François, et Olivier Dard .. Le réseau sera supprimé par Pierre Marion à la demande du président de la République François Mitterrand dans les années 1980.
Épuration politique En , le SDECE est brutalement épuré. Le , environ 350 fonctionnaires du SDECE sont radiés ou mutés d’office en raison de leur orientation politique réelle ou supposée"Le colonel Morlanne (V) : le SA dans la guerre froide" .
Création du service action
Le colonel Pierre Fourcaud, directeur adjoint du SDECE, veut doter celui-ci d’un service Action (SA). En , il demande et obtient de rejoindre le colonel Jacques Morlanne en Asie, qui va monter avec lui ce projet. Toutefois, le directeur du SDECE, le socialiste Henri Ribière, n’est pas très enthousiaste, estimant que les . Il . Ce point de vue est partagé.
Toutefois, un inattendu provient de l'accord de partenariat stratégique Blum-Byrnes. Une partie secrète, signée le , concerne les services spéciaux. Un colonel américain ayant visité le SDECE avait déploré qu’il n’ait pas de « service Action ». Les États-Unis étant le principal bailleur de fonds de la France, Henri Ribière doit s’incliner et créer en ce , aussi appelé . Il est basé au 6 boulevard Suchet, au bord du bois de Boulogne. Sa direction est confiée à Jacques Morlane, promu commandant le .
Grèves de 1948 Pendant la grève des mineurs de 1948, les puits sont bloqués à partir du , amenant le ministre de l'intérieur Jules Moch à mobiliser 60 000 soldats et policiers avec des chars pour enfoncer les barricades. Le , 300 hommes du service action du SDECE cantonnés dans les Pyrénées à Mont-Louis partent en camions à Blois, en vue d'une possible intervention à Paris puis sont redirigés vers la caserne Schramm d'Arras, dans le Pas-de-Calais, puis vers les mines du Nord. Dissimulés derrière l'uniforme des gardes mobiles, ils vont se déployer un peu partout dans la région et notamment à Labourse, Beuvry, Nœux-les-Mines et Barlin.
Les officiers contactent les délégués de la Confédération générale du travail, leur disant qu’ils n’essaieront pas d’intervenir contre eux tant qu’aucune attaque n’est tentée sur les installations stratégiques"Histoire politique des services secrets français" par Roger Faligot, Jean Guisnel et Rémi Kauffer, aux éditions La Découverte en 2012 mais des parachutistes échangeront "Le 11ème choc", par Erwan Bergot, aux Presses de la Cité, en février 1986.
Infiltration de l'URSS De 1949 à 1951, programme secret Minos, consistant à envoyer des agents dans les pays sous occupation soviétique. Sous l'autorité de François Thierry-Mieg, directeur de cabinet de Henri Ribière, Robert Maloubier et Marcel Pellay pour le service Action, Minos consistait en l’entraînement commando de jeunes volontaires est-européens. Jusqu'au début des années 1950, plusieurs parachutages périlleux eurent lieu derrière le rideau de fer.
Renseignement sur Hô Chi Minh Le SDECE mène des opérations dans le cadre de la guerre d'Indochine. Les négociations de paix de la conférence de Fontainebleau de l’automne 1946 sont un échec relatif. Le président du Conseil, Georges Bidault, confie au SDECE la mission d'espionner Hô Chi Minh. L'objectif est de savoir ce qu'il pense de la conférence qui a eu lieu, ainsi que de photographier les documents personnels dont il dispose pour mieux connaître ses positions..
Morlanne envoie René Obadia et Goetghebeur sur l'aviso Dumont d'Urville pour lancer la mission. Le SDECE réussit à accéder aux précieux documents et en prend des clichés. Ils sont toutefois presque inutilisables, faute d'une luminosité suffisanteLe colonel Morlanne (III) : naissance et structuration du Service Action.
Soutien à l'armée en Indochine
La situation ne s'améliore pas en Indochine. Le SDECE subit des revers : en 1947, le SA perd une centaine d’hommes, dont trois chefs de groupe : Guy de Wavrant (le ), Francis Klotz (le ) et Urbain Jolivet de Riencourt (le ).
Le SDECE coopère avec la Central Intelligence Agency (CIA) en Indochine à partir de l'accession au pouvoir d'Harry S. Truman, favorable à l'endiguement communiste. Des missions Action sont menées en commun, et la CIA fournit au SDECE cent postes radio avant 1952.
Lorsque la guerre s'intensifie, le SDECE lance l'opération Condor. Elle est dirigée par le colonel Jean Sassi à Diên Biên Phu le .
Guerre d'Algérie
Le SDECE est fortement impliqué dans la Guerre d'Algérie.
Le , le SDECE appuie l'armée française pour détourner l'avion Douglas DC-3 d’Air Atlas que des leaders algériens (Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf) prenaient en direction de Tunis. L'opération est menée par Jean-Baptiste Allemand, alias colonel Germain, délégué du SDECE pour l'Afrique du Nord..
En 1956, le SDECE lance l'opération Oiseau bleu. Le SDECE envisage de détacher de la rébellion du Front de libération nationale (FLN) plusieurs centaines de Kabyles puis de les transformer en commandos clandestins, opérant avec des tenues et des armes analogues à celles de l'Armée de libération nationale (ALN), qui est le bras armé du FLN. Ils seraient ainsi chargés de mettre en œuvre un véritable « contre-maquis » en Kabylie. L'opération est un échec cuisant, les armes fournies par le SDECE finissant par être utilisées par le FLN.
En réponse à l'échec de l'opération Oiseau bleu, le SDECE met en œuvre la Bleuite, aussi appelée le « complot bleu ». Il s'agit d'une opération d'infiltration et d'intoxication à grande échelle, montée à partir de 1957. L'opération dure jusqu'en 1959.
Opérations au Québec Le SDECE mène des opérations au Québec..
Renseignement aux Etats-Unis Dans les années 1950, le SDECE ne dispose que d'un agent à Washington. Il a peut-être été retourné par James Jesus Angleton.
Tentative de neutralisation de Nasser Le SDECE est chargé, en 1956, de neutraliser Gamal Abdel Nasser à Port-Saïd. L'opération est finalement annulée.
Lutte contre les trafics d'arme en Méditerranée L'armée navale repère en un yacht transportant un stock important d'armes en Algérie, qui serait en provenance d'Égypte. Considérant que Gamal Abdel Nasser soutient la rébellion algérienne, le SDECE est chargé d'infiltrer les milieux de trafiquants d'armes de la Méditerranée. Le service est soupçonné d'opérations arma car plusieurs cargaisons d'armes sont coulés entre 1956 et 1960.
Toutefois, le SDECE ne coule aucun navire soviétique, peut-être pour des raisons diplomatiques. L'URSS achemine ainsi des armes au Maroc qui les livre ensuite au FLN.
Présidence de Charles de Gaulle
Réformes et ménage Le retour au pouvoir de Charles de Gaulle est marqué par des réformes importantes dans les services de renseignement. Le SDECE est lui-même touché, les principaux cadres étant renvoyés.
Affaire Martel Anatoli Golitsyne, un transfuge du KGB, est emmené aux États-Unis en 1961. Il est questionné par la CIA, et révèle que le SDECE serait infiltré par le KGB, qui disposerait même d'une taupe au sein du cabinet du président de la République. L'affaire Martel qui en découle sème le trouble au sein du SDECE.
Affaire Ben Barka Le service est impliqué dans plusieurs affaires qui secouent la Cinquième République dans les années 1960. La plus importante d'entre elles est l'affaire Ben Barka.
Le , un informateur du SDECE nommé Antoine Lopez participe à l'arrestation de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka. Ce dernier sera assassiné dans des circonstances troubles et son corps ne sera jamais retrouvé. Le colonel Marcel Le Roy, dit Finville, est injustement mis en cause. Mais compromis tout au long de l'affaire, le SDECE sera rattaché en au ministère des Armées dirigé par Pierre Messmer.
Opération en Afrique Le SDECE met en place l'opération Persil, une action de déstabilisation du régime guinéen de Sékou Touré par l'inondation du pays de faux billets et le soutien aux maquis du Fouta-Djalon depuis la frontière sénégalaise..
Le SDECE est soupçonné d'avoir organisé l'assassinat à Genève (Suisse) en 1960 de Félix Moumié, militant nationaliste et opposant camerounais.