Saint-Bris, généralement appelée la marquise de Lambert, née à Paris en 1647 et décédée à Paris le , est une femme de lettres et salonnière française.

Sous la Régence, quand la cour de la duchesse du Maine, au château de Sceaux, s'amusait à des frivolités et quand celle du duc d'Orléans, au Palais-Royal, se livrait à des débauches, le salon de la marquise de Lambert passait pour le temple des bienséances et du bon goût, en réaction contre le cynisme et la vulgarité de l'époque. Pour les beaux esprits du temps, c'était un véritable honneur d'être admis aux célèbres « mardis », où l'on respirait encore l'esprit de dignité et le bon ton du Grand Siècle.

L'influence du salon est telle qu'on y verra le « berceau de l'Encyclopédie.» et une contribution significative au féminisme des Lumières.

Biographie Officiellement fille unique d'Étienne de Marguenat, seigneur de Courcelles, et de sa femme, Monique Passart († 1692), Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, perdit son père, maître-des-comptes à la chambre des comptes de Paris, en 1650, alors qu'elle n'était âgée que de trois ans. Si l'on en croit Tallemant des Réaux, Étienne de Marguenat ne pouvait être son père car sa femme l'avait fait enfermer et avait de nombreux amantsTallemant des Réaux, Historiettes, tome IV, pages 234-238.. Elle fut élevée par sa mère et par le second mari de celle-ci, le poète Bachaumont, qui lui inculqua l'amour de la littérature. « Toute jeune, écrit son ami Fontenelle, elle se dérobait souvent aux plaisirs de son âge pour aller lire en son particulier, et elle s'accoutuma dès lors, de son propre mouvement, à faire des extraits de ce qui la frappait le plus. C'étaient déjà ou des réflexions fines sur le cœur humain, ou des tours d'expression ingénieux, mais le plus souvent des réflexions. »

Le , elle épousa Henri de Lambert, marquis de Saint-Bris, officier distingué qui devait être lieutenant général et gouverneur du Luxembourg.. Leur union fut très heureuse et ils eurent deux enfantsOutre deux filles mortes en bas âge. : un fils, Henri-François de Lambert qu'elle vit épouser la Marquise de Locmaria avec réticence, et une fille, Marie-Thérèse de Lambert (†1731), qui devint comtesse de Sainte-Aulaire par son mariage avec Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire.

La de Lambert devint veuve en 1686 et éleva ses deux enfants, encore jeunes, en soutenant de longs et pénibles procès contre sa belle-famille pour sauver leur fortune.

vignette|gauche|Portrait de la de Lambert, par Nicolas de Largillière. En 1698, elle loua la moitié nord-ouest de l'hôtel de Nevers, situé dans la rue de Richelieu, à l'angle de la rue ColbertL'hôtel a été presque entièrement détruit en 1878. Une plaque en rappelle le souvenir sur le bâtiment de la Bibliothèque nationale.. À partir de 1710, dans son beau salon décoré par Robert de Cotte, elle lança son célèbre salon littéraire. Selon son ami l'abbé de La Rivière : . Elle recevait deux fois par semaine : les gens de lettres les mardis et les personnes de qualité les mercredis, sans chercher cependant à établir une barrière infranchissable entre les deux mondes ; tout au contraire, elle aimait intéresser la bonne société à la littérature et montrer aux écrivains les avantages de la fréquentation du monde, et les habitués pouvaient passer sans contrainte d'un jour à l'autre.

Les mardis commençaient vers une heure de l'après-midi. Après le dîner, qui était très fin, avaient lieu des « conférences académiques » sur un thème de philosophie ou de littérature. Les discussions politiques ou religieuses étaient absolument proscrites. Chaque invité se devait d'émettre une opinion personnelle ou de lire quelques morceaux de ses dernières œuvres : dès le matin, dit l'abbé de La Rivière, . La maîtresse de maison, qu'on comparait à Minerve, dirigeait ce que les plus critiques appelaient un « bureau d'esprit ». Elle encourageait les littérateurs à la meilleure tenue morale et contribuait à orienter le mouvement des idées vers les formes nouvelles : c'est de son salon que partirent les attaques de Houdar de la Motte contre la règle des trois unités, contre les vers ou contre Homère, que de Lambert trouvait ennuyeux, ce qui ne l'empêchait pas de recevoir des partisans des Anciens comme Anne Dacier, le Père d'Olivet ou Valincour.

Fort peu dévote, la de Lambert soutint les Lettres persanes et parvint à faire élire Montesquieu à l'Académie française. Elle fut l'une des premières femmes du monde à ouvrir sa porte aux comédiens comme Adrienne Lecouvreur ou Michel Baron.

Fontenelle et Houdar de la Motte étaient les grands hommes de son célèbre salon, où l'on pouvait croiser aussi Marie-Catherine d'Aulnoy, la poétesse Catherine Bernard, l'abbé de Bragelonne, le père Buffier, l'abbé de Choisy, Dacier, le mathématicien Dortous de Mairan, Fénelon, le président Hénault, Marivaux, l'abbé Mongault, Montesquieu, l'avocat Louis de Sacy, l'un des favoris de la maîtresse de maison, le marquis de Sainte-AulaireD'après le président Hénault, la marquise de Lambert l'aurait épousé en secret sur la fin de sa vie., la baronne Staal, Madame de Tencin qui recueillit les hôtes de la marquise à sa mort en 1733 ou encore l'abbé Terrasson.

Le salon de la de Lambert passait pour l'antichambre de l'Académie française. Selon le marquis d'Argenson, .

de Lambert, dit Fontenelle, .

Œuvres vignette|Portrait d'Anne-Thérèse Marguenat de Courcelles, de Lambert, par François de Troy. Postérité intellectuelle de Lambert s'intéressait particulièrement aux questions d'éducation. Elle a composé des Avis d'une mère à son fils (1726), que Friedrich Nietzsche cite dans Par-delà le bien et le mal (§ 235), de même que Avis d'une mère à sa fille (1728) qui sont pleins de noblesse et d'une grande élévation de pensée. Lambert revendique à cet effet l'influence de Fénelon : .

Ses Réflexions sur les femmes n'étaient pas destinées à l'impression, et lorsqu'elles furent publiées sur la foi de copies destinées aux amis de l'auteure, celle-ci en fut vivement affligée et se crut déshonorée. Elle fit racheter une grande partie de l'édition pour la détruire, ce qui n'empêcha pas plusieurs réimpressions clandestines et même une traduction en anglais. Ce texte évoque avec finesse les paradoxes de la condition féminine :

Sans rejeter les attraits de la féminité, l'auteure s'insurge contre la vanité de l'éducation des femmes, reprochant à Molière . Or, estime-t-elle, c'est la vacuité intérieure qui conduit à la dépravation morale : une éducation relevée est donc un rempart contre le vice.

Elle a également publié des traités (L'Amitié, La Vieillesse) et quelques portraits et discours rédigés pour ses hôtes.

Elle avait un véritable talent pour forger des maximes en leur donnant un tour neuf et original : . Péchant parfois par excès de recherche, elle montre souvent de l'énergie et de la concision. Ses écrits sont remarquables, selon Fontenelle, et, selon Auger, .

La marquise de Lambert n'était nullement dévote, même si elle condamnait l'irréligion comme de mauvais ton« La dévotion est un sentiment décent chez les femmes et convenable à tous les sexes ». : . Elle annonce ainsi le Siècle des Lumières et ses idées philosophiques.

Liste chronologique vignette Lettre de madame la Marquise de ***, sur les Fables Nouvelles [d'Antoine Houdar de La Motte]. Avec la réponse servant d'apologie, Paris, 1719, in-12. Avis d'une mère à son fils, Paris, 1726, in-12. Réflexions nouvelles sur les femmes, ou Métaphysique d'amour, Paris, 1727, in-12 (réimpr. La Haye, 1729, in-12 ; Londres, chez J. P. Coderc, 1730, in-8) (texte intégral sur la base Gallica). Avis d'une mère à sa fille, 1728. Traité de l'Amitié, 1732. La Vieillesse, 1732 Lettres à diverses personnes, Paris, 1748, in-12.

Les Avis d'une mère à son fils et les Avis d'une mère à sa fille ont été réimprimés ensemble sous le titre de Lettres sur la véritable éducation (Amsterdam, 1729, in-12) et souvent réédités, soit ensemble, soit séparément, notamment avec une préface et des notes par Dufresnoy (Paris, 1822, 2 vol. in-18).

Les Œuvres de de Lambert ont été publiées à diverses reprises : Lausanne, 1748, in-12 ; 1751, in-12 ; éd. Auger, 1808, in-8 ; éd. Robert Granderoute, Paris, Librairie Honoré Champion, coll. Classiques Français des Temps Modernes, 1990. Outre les ouvrages précités, elles renferment des écrits qui n'avaient pas été publiés en volume : Psyché, en grec Âme ; La Femme ermite, nouvelle ; des Portraits, Dialogues, Discours. Œuvres de la marquise de Lambert, Paris, 1808 (texte intégral sur la base Gallica).

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie Ouvrages Vie de la marquise de Courcelles, écrite en partie par elle-même, Suite de la vie de la marquise de Courcelles (par le président Bouhier), ses lettres, correspondance italienne de Gregorio Leti relative à cette dame, publié par Chardon de La Rochette, Paris, Xhrouet, 1808. . . Études littéraires sur la marquise de Lambert et de Staal, Mémoires de l'académie d'Aix, 1873. . Une amie de Fontenelle, Mémoires de l'Académie de Toulouse, 1878. P. de Lescure, Les Femmes philosophes, 1881. Octave Gréard, L'Éducation des femmes par les femmes, 1886. Robert Dauvergne, La marquise de Lambert à l'hôtel de Nevers, 1947. Cardinal Georges Grente (dir.), Dictionnaire des lettres françaises. Le , nlle. édition revue et mise à jour sous la direction de François Moureau, Paris, Fayard, 1995. Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières. 1715-1789, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2003 . Articles . . R. Marchal, « de Lambert et son milieu », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century . E. Mc Niven Hine, « de Lambert, her Sources and her Circle », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century . G. Menant-Artigas, « Boulainvilliers et de Lambert », Studies on Voltaire and the Eighteenth Century .

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