Monique Leyrac (née Monique Tremblay) est une actrice et chanteuse québécoise née le à Montréal et morte à Cowansville le .

Artiste aux multiples talents, elle commence sa carrière dans le milieu des cabarets montréalais. Elle se fait ensuite connaître au théâtre par ses interprétations dans de nombreuses mises en scène de Shakespeare, Racine, Molière, Feydeau et Brecht au Théâtre du Nouveau Monde, ainsi que dans des pièces contemporaines au Théâtre du Rideau vert. Ses interprétations, acclamées tant par le public que par la critique, lui méritent de nombreuses reconnaissances.

À la télévision, elle est connue pour son animation de l'émission de variétés Pleins feux ainsi que pour son rôle de la secrétaire Claire dans Les Enquêtes Jobidon. Dans le domaine de la chanson, Monique Leyrac prête sa voix aux textes de Gilles Vigneault, Claude Léveillée et d'autres auteurs du Québec, devenant l'une des principales interprètes québécoises de la décennie 1960. Francophile dans une période fortement influencée par la musique populaire anglo-américaine, elle tient à faire connaître des textes et des compositions de créateurs francophones. Son interprétation de Mon Pays lui mérite les grands prix du Festival international de la chanson de Sopot et du Festival de la chanson d'Ostende en 1965.

Également connue pour ses spectacles concepts sur des textes d'Émile Nelligan, Félix Leclerc, Charles Baudelaire, Jacques Prévert et Bertolt Brecht, Monique Leyrac a été l'une des interprètes du Québec les plus reconnues sur la scène internationale.

Biographie

Jeunesse

Origines Monique Tremblay vient au monde à Montréal, dans le quartier RosemontLes précisions sur le nom à la naissance, les parents et la profession du père sont tirées de l'acte de baptême (baptême 16, feuillet 4, registre de la paroisse de St-François-Solano-de-Montréal pour l'année 1928). Elle est la troisième de huit enfants de Thomas Tremblay, un menuisier originaire de Grande-Baie (Saguenay), et de son épouse Lucienne Laperle. Ses parents se sont connus en jouant de la musique; du violon pour le père et du piano pour la mèreMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 86..

Son enfance est marquée par la pauvreté. Son père étant au chômage à cause de la crise économique des années 1930, la famille doit déménager fréquemment. Comme elle le raconte dans ses souvenirs, Monique passe ainsi sa jeunesse dans un environnement en changement constant : « Et toute mon enfance je l'ai vécue dans Rosemont, Rosemont tout le temps, Rosemont Sainte-Philomène, sur la et sur la Avenue, puis Rosemont Saint-François Solano rue Orléans, mais surtout la rue Charlemagne, Charlemagne en bas de Masson, puis en haut de Masson, du côté impair d'abord, puis du côté pair, puis recôté impair et puis recôté pair…Monique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 7-8. ».

Très tôt, la petite Monique montre les signes d'une vive imagination et d'une forte personnalité. Avant même d'avoir l'âge d'aller à l'école, elle monte ses premiers spectacles avec ses sœurs et ses cousines habitant tout près de chez elle : « Perfectionnistes, nous défaisions les lits, mettions la maison à sac, vidant les tiroirs maternels pour un bout de ruban rose, toute guenille nous était bonne pour planter notre décor, habiller nos personnages et frapper d'admiration l'éventuel spectateur, en l'occurrence ma mère…Monique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 58. ». Inventant ses propres histoires, la future comédienne prend l'habitude de se donner déjà le premier rôle, un choix irritant passablement ses sœurs. Face à leurs récriminations, elle ironise : « Pourtant, comme disait Sarah Bernhardt, "te plains pas, t'as un beau rôle, tu m'écoutes tout le tempsMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 26-27.!" ».

Formation scolaire et engagement dans les Guides À l'automne 1934, Monique Leyrac entre à l'école Madeleine d'Ailleboust, située devant sa maisonÀ ses débuts, Monique Leyrac fréquente l'école « annexe » de plus petite taille située au coin des rues Dandurand et d'Orléans.. Malgré son tempérament de fille distraite et rêveuse, elle est également une grande lectrice et une élève très studieuse. Ses excellents résultats lui permettent de se démarquer rapidement de ses camaradesMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 30-31.. Comme elle le résume en ses propres mots : « J'aimais bien être la première en toutMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 145. ».

Impressionné par ses bonnes notes, un curé lui rend un jour visite, chez elle. Celui-ci l'encourage à se joindre aux Guides et lui remet une petite somme pour se procurer l'uniforme requis. Ravie, la petite Monique accepte son offre avec enthousiasme : « Plus qu'un souhait devenu réalité, j'eus l'impression d'une porte qui s'ouvrait sur l'univers. Et c'est dans la joie et la ferveur que je m'initiai aux principes, aux professions de foi de la grande confrérie de Baden-Powell et me préparai au soir de la veille d'armes et de la promesse solennelle […]. Cet engagement sur l'honneur vous avait un côté chevaleresque qui n'était pas sans rappeler les Chevaliers de la Table ronde, les Croisés du Moyen Âge et ce Don Quichotte entraperçus au hasard de mes lectures. J'y trouvai un appel au dépassement de soi. Un moyen de combattre sa peur, sa faiblesse, sa lâcheté, de repousser l'injustice, la tristesse, le médiocre quotidien, la tentation du néant. Un idéal, quoi!Monique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 97-98. ».

Elle s'épanouit dans ce milieu, devenant vite habile aux jeux d'adresse et de mémorisation. Surmontant sa timidité naturelle, gagnant en confiance, elle défie l'autorité : « Celles-ci [les sœurs enseignantes] d'ailleurs, sentant qu'on échappait à leur influence, ne savaient qu'inventer pour contrarier nos activités chez les Guides, et, tout en ayant l'air de les ignorer, sous n'importe quel prétexte nous retenaient en classe pour nous empêcher d'assister aux réunions. Certaine pourtant de mon bon droit, j'étais révoltée par cette attitudeMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 106. ». Avec deux consœurs, Monique fonde une société secrète, les « Chevalières des Trois X », dont elle sera la présidente et qui servira de tremplin à ses espiègleries : « Notre activité principale serait d'inventer chaque semaine un mauvais coup, un genre de B.A. à l'envers, qui non seulement ferait enrager la sœur, mais qui mettrait à l'épreuve notre sang-froid, notre détermination et notre courage, et, bien entendu, mettrait toute la classe en joie ».

Malgré des notes suffisantes pour passer directement de la cinquième à la septième année, Monique montre peu d'intérêt pour les études : « La vérité c'est que je m'ennuyais en classe. Il me suffisait de quelques minutes de concentration pour saisir l'essentiel de ce que la sœur expliquait, après je ne savais plus à quoi occuper mon esprit. Et j'avais découvert que s'occuper à inventer des mauvais coups, c'était amusant et puis, ça faisait rire mes amies. J'en éprouvais une grande fierté. Et puis, faire rire les autres, est-ce que ça n'est pas une façon de se prouver qu'on est aiméMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 148-149.? »

Naissance d'une vocation En 1941, à la suite de l'embauche de sa mère dans une fabrique de chapeaux, Monique quitte l'école pour s'occuper de la maisonnée : « Et je n'ai même pas eu le temps de le regretter, empoignée que j'ai été dès le premier jour par la besogne à abattre. D'abord, préparer les déjeuners et les enfants pour l'école, peigner les jumelles [ses sœurs], ensuite laver la vaisselle, faire les chambres, passer la vadrouille, épousseter partout, entretenir le feu, laver les planchers, faire à manger. Toutte!Monique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 158. ».

Composant avec cette nouvelle réalité « d'être devenue une grande personne à qui on pouvait confier la charge de maîtresse de maison en toute sécurité », la jeune Monique continue néanmoins à espérer un autre avenirMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 163.. Lectrice de romans d'Ernest Renan, d'André Maurois, de Pierre Benoît, de Paul Bourget, elle était également une amatrice de radio, connaissant bien les émissions et les chansons des vedettes de l'époque comme René Lecavalier, Roger Baulu et Lucille DumontMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 23-25, 41.. L'arrivée d'un piano droit à la maison lui permet de recevoir ses premières leçons de solfège de sa mère. Cette dernière « qui avait étudié chez les sœurs, [lui enseigne] comment, le dos bien droit, on doit garder l'avant-bras horizontal jusqu'au bout des premières phalanges, et comme de petits marteaux, laisser tomber ses doigts sur les notesMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 164. ». Elle apprend ainsi ses premiers airs de Mozart, Mendelssohn, Scarlatti, Chopin et Beethoven.

Débuts vignette|Monique Leyrac à ses débuts. Jeanne Maubourg À l'âge de quatorze ans, Monique se fait embaucher dans un atelier de fabrication de morceaux d'avions où travaille sa sœur aînée, pour l'effort de guerreMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 182-183.. Ce travail lui offre une sécurité financière, mais il est répétitif. C'est alors qu'elle commence à songer à devenir actrice. En effet, déjà à l'époque, elle commençait à pratiquer devant son miroir, « toute la gamme des émotions de la surprise à l'effroi, [pensant] à quelque chose de triste, [tirant] de vraies larmes, pour voirMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 195. ». Son contremaître l'encourage dans son ambition et lui fait part d'un cours d'art dramatique donnés par une certaine Jeanne Maubourg. Comédienne d'origine belge, Jeanne Maubourg était notamment connue pour son rôle dans la populaire émission La Pension Velder, ainsi que pour avait conté le récit d'Yvette Guilbert. L'histoire de cette chanteuse française qui avait réussi à imposer son talent aux scènes parisiennes à partir de ses débuts modestes dans un atelier de couture avait beaucoup ému MoniqueMonique Leyrac, Mon enfance à Rosemont, Éditions Primeur, 1983, p. 193-194..

La jeune fille écrit à madame Maubourg pour lui faire part de son ambition. Elle reçoit une réponse, deux mois plus tard, l'invitant à l'appeler au téléphone. Cette réponse l'émeut au plus haut point : « Ah! j'aurais voulu sauter en l'air, exulter, pousser des exclamations de joie, mais au lieu de cela, pour ne pas attirer l'attention, et comme je le faisais souvent depuis que je voulais devenir actrice, j'allai épier mon visage devant le miroir pour en saisir l'expression heureuse ». Elle se rend alors au domicile de la dame Maubourg, à l'hôtel La Salle, rue DrummondFrançois Dompierre, Monique Leyrac. Le roman d'une vie, Éditions La Presse, 2019, p. 26.Lettre d'Edmond Martin, Radiomonde, 24 juillet 1948, p. 18. Consulté le 26 février 2025..