Libres d'obéir (sous-titré Le Management, du nazisme à aujourd'hui) est un ouvrage de Johann Chapoutot, historien spécialiste d'histoire contemporaine et du nazisme.
Résumé
Dans cette étude, Johann Chapoutot interroge l’essence du management et en explore la généalogie. L’Europe conquise, il fallait l’administrer. Face à cette nécessité de gérer un immense territoire avec une pénurie de ressources humaines, le Reich entreprit de transformer son administration. Le principe central de cette réorganisation fut la délégation des pouvoirs et la responsabilisation des cadres ; le modèle, l’armée prussienne. Après-guerre, les mêmes hommes appliquèrent le même système aux entreprises, avec succès : ils avaient créé les conditions du miracle économique ouest-allemand.
Cet essai est centré sur la personnalité de Reinhard Höhn, juriste et membre influent du parti nazi. À partir de cette étude de cas, Chapoutot souligne la continuité intellectuelle entre le penseur politique nazi d'avant 1945 et le théoricien du management et fondateur de l'Académie des cadres de Bad Harzburg dans l'Allemagne libérale d'après 1945. Sans assimiler le management à une entreprise criminelle, l'auteur montre comment l'organisation du IIIe Reich s'inscrit dans notre modernité.
Réception Marcel Guenoun, ancien directeur de l'IGPDE, conteste l'existence d'une méthode de management public spécifiquement nazie qui préfigurerait la Nouvelle gestion publique, et l'influence majeure prêtée à l'école de Bad Harzburg ou à Höhn lui-même. Il regrette que Johann Chapoutot « ne tienne pas compte des nombreux travaux socio-historiques sur le développement des idées managériales publiques en Allemagne » et relève de nombreuses approximations et assertions « en opposition parfois frontale avec les travaux disponibles en sciences administratives et en gestion publique », pour conclure par un jugement mitigé. S'il approuve la démarche d'exploration des dangers d'oppression dans le management, il regrette un ouvrage incomplet qui « ne voit que ce qui résonne entre le management nazi et le management et efface tout ce qui dissone », au risque de se résumer « à fournir des arguments rapides et à charge à des personnes déjà convaincues que le management c'est le mal ».
Yves Cohen, directeur d'études de l'EHESS, salue une écriture brillante et une première partie consacrée « à une remarquable mise au point de la posture antiétatique du nazisme et de quelques-unes de ses conséquences ainsi qu’à l’exploration du recyclage de cadres de la SS au plus haut de l’enseignement de la gestion en RFA », mais pointe de nombreuses faiblesses dans la seconde, insistant sur le manque de maîtrise du sujet : « On ne comprend pas comment un historien expérimenté qui se lance dans l’écriture d’un chapitre sensible de l’histoire du management ne paraisse pas le moins du monde s’être familiarisé avec ce que dit cette discipline. », pour conclure : « L’enquête est très insuffisante et l’ouvrage ne nous dit finalement rien de l’effet du nazisme sur le management d’après 1945 ».
Yannik van Praag, dans la revue Témoigner de la Fondation Auschwitz, apprécie les éclairages de l'ouvrage « sur l’idéologie nazie et sur certaines réalités de l’Allemagne d’après-guerre », et l'inscription de l'histoire du 3ème Reich dans le cadre plus global de l'essor industriel et de l'organisation du travail. Il déplore cependant la fragilité de « certaines articulations entre l'avant et l'après-guerre » et questionne la démarche de Chapoutot : « L’auteur se défend d’attribuer au nazisme une paternité au management moderne, mais c’est pourtant ce qu’il semble laisser induire, sans véritable démonstration, le livre étant pour l’essentiel construit sur l’itinéraire d’un seul homme. Il en résulte une ambiguïté qui laisse perplexe. ». Il juge globalement le livre passionnant et source d'un débat bénéfique à la recherche, tant sur le nazisme que sur le management.
Thibault Le Texier, chercheur au CESSP, estime que le livre est un .. Selon d'autres détracteurs dont Aurélien Rouquet, rédacteur en chef de la Revue française de gestion., l'auteur userait d'analogies injustifiées et se placerait désormais sur le terrain du pamphlet plutôt que sur celui de la recherche académique..
Bibliographie . . . . . . . . Les influences nazies du management sur France Culture : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-grande-table-idees/les-influences-nazies-du-management-moderne-6089887
Notes et références
Catégorie:Essai français paru en 2020 Catégorie:Livre d'histoire Catégorie:Nazisme Catégorie:Management