Philippe Leclerc de Hauteclocque, plus connu sous le nom de général Leclerc ou maréchal Leclerc, né Philippe de Hauteclocque le à Belloy-Saint-Léonard (Somme) et mort dans un accident d'avion le près de Colomb-Béchar (Algérie française), est un militaire français, l'un des principaux chefs militaires de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale. Figure majeure de la Libération, il est notamment connu pour avoir commandé la blindée.

Officier anticonformiste et brillant, il se révèle un stratège et un organisateur hors pair. Fait prisonnier en 1940 pendant la bataille de France, il s'évade et rejoint l'Angleterre. Il prend alors pour nom de guerre « Leclerc » (il sera autorisé à l'ajouter officiellement à son patronyme en 1945.). Il rencontre à Londres le général de Gaulle, qui lui confie pour mission de rallier l'Afrique-Équatoriale française à la France libre.

Après y être parvenu, il remonte vers la Libye, où il prend l'oasis de Koufra. Il prononce alors le serment de Koufra : Après plusieurs batailles dans le Maghreb, la « colonne Leclerc » stationne au Maroc en 1943, où elle prend le nom de blindée (ou ). En , son unité prend part à la bataille de Normandie, puis est la première unité à entrer dans Paris lors de sa libération. Le , la libère Strasbourg.

Fait compagnon de la Libération, Philippe Leclerc de Hauteclocque, après avoir dirigé la réorganisation de l'Indochine, meurt en 1947 dans un accident d'avion dans le Sahara algérien. Il est élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume.

Situation personnelle Origines vignette|redresse=.6|Armes des Hauteclocque. Philippe François Marie de Hauteclocque naît le au château de Belloy-Saint-Léonard, dans le département de la Somme. Il est issu de la famille de HauteclocqueLe lien « Généalogie de la famille de Hauteclocque » n'ayant pas été mis à jour n'est plus en état de fonctionner, voir Notice historique et généalogique sur la Maison de Hauteclocque, 1163-1901, par le comte Alfred de Hauteclocque à cette adresse sur Gallica., originaire de la province d'Artois dont une branche a fait souche en Picardie, de noblesse chevaleresque dont l'existence est prouvée depuis 1340Régis Valette, Catalogue de la noblesse française, Robert Laffont, 2007, p. 101.Selon un ouvrage familial, la première mention est en 1127. Régis Valette fait toutefois débuter la filiation suivie et prouvée en 1340. Les Hauteclocque ont reçu des lettres de chevalerie en 1752, leur devise étant « On entend loing haulte clocque. ».

Il est le petit-fils de Gustave de Hauteclocque (Arras, 1829 – Naples, ), historien et archéologue, maire de Bermicourt et de Marie-Henriette de Morgan-Frondeville (1834-1908). Le couple a trois fils : Henry (1862-1914, mort pour la France), Adrien (1864-1945) et Wallerand (1866-1914, mort pour la France).

Il est le fils d'Adrien de Hauteclocque (1864-1945) et de Marie-Thérèse Van der Cruisse de Waziers (1870-1956), fille elle-même de Louis Van der Cruisse de Waziers (1820-1907) et de Léontine du Passage (1841-1913).

Philippe de Hauteclocque grandit au sein d'une fratrie de six enfants : Guy de Hauteclocque (1892-1965) qui épouse Madeleine de Gargan (sœur de la maréchale Leclerc), dont postérité ; Françoise de Hauteclocque (1895-1919), qui épouse Renaud de Chaumont-Quitry (sans postérité) ; Madeleine de Hauteclocque (1897-1935), religieuse dominicaine ; Yvonne de Hauteclocque (1900-1967), qui épouse Pierre Bodard de La Jacopière, dont postérité ; Colette de Hauteclocque (1906-1990), qui épouse Jacques de Baynast de Septfontaines, dont postérité.

Ses parents assurent son éducation jusqu'à l’âge de . Il entre en quatrième en 1915 au collège de La Providence d'Amiens, évacué à Poitiers au cours de la Première Guerre mondiale, où il poursuit ses études en lycéeJosé Brice, Patton-Leclerc, éd. Société des Écrivains, 2014 , 190 p., .Christine Levisse-Touzé et musée Jean Moulin, Philippe Leclerc de Hauteclocque, 1902-1947 : la légende d'un héros, éd. Paris-Musées, 2002 , 159 p., .Michel Marmin, Leclerc, Éditions Chronique, 2013 , 136 p. ; Philippe fait ses études chez les Jésuites..

Formation En 1922, après avoir préparé le concours à Sainte-Geneviève de Versailles, il est admis à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Metz et Strasbourg-1922-1924), dont il sort cinquième en 1924.. Il entre alors à l'École d'application de la cavalerie de Saumur, dont il sort major en 1925.

Pour sa biographe Christine Levisse-Touzé, Philippe de Hauteclocque se dote d'une canne par habitude de la chasse qu'il affectionne. Cette canne lui permet de fouiller les fourrés à la recherche de gibier..

Le futur maréchal Leclerc habite une maison, face à la gare de Saint-Cyr-l'École, avec sa famille de 1932 à 1938. Il est alors, en tant que capitaine, instructeur à l’école spéciale militaire. Charles, l’un de ses enfants, y fait ses premiers pas.

Vie privée Il épouse, le , Thérèse de Gargan (1903-1996), fille d'Auguste de Gargan (1861-1902) et d'Henriette d'Irumberry de Salaberry (1866-1944). Ils ont six enfants : Henri Leclerc de Hauteclocque (1926-1952, mort pour la France). ; Hubert Leclerc de Hauteclocque (1927-2015)., maire de Tailly (Somme) de 1965 à 2008., commandeur de la Légion d'honneur, qui épouse, le , Marie-Églé de Buxeuil de Roujoux. D'où : Bénédicte., Sylvia(+), Marie-Thérèse et Gilone ; il joua un rôle important au sein du syndicat des propriétaires forestiers privés, notamment en 1963 pour assouplir le projet de la loi « Pisani ». ; Charles Leclerc de Hauteclocque (1929-2016), commandeur du Mérite agricoleCharles Leclerc de Hauteclocque, fils du général., qui épouse Geneviève de Chabot-Tramecourt. D'où : Henri, Florence, Catherine, Yolaine et Gautier ; Jeanne Leclerc de Hauteclocque (1931-2018), qui épouse, le , Robert Galley (1921-2012), engagé dans les FFL à Londres en 1940, compagnon de la Libération, grand officier de la Légion d'honneur, député de l'Aube, ministre, maire de Troyes. D'où deux enfants : Philippe et Alexis Galley ; Michel Leclerc de Hauteclocque (1933-2014), colonel de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, qui épouse, le , Béatrice Guilhem de Pothuau. D'où : Isabelle, Arnaud, Sabine, Emmanuel, Hélène et Xavier ; Bénédicte Leclerc de Hauteclocque (1936-2026), qui épouse, le à Tailly, Gérard de Francqueville (1926-2017), chevalier de la Légion d'honneur, d'où : Philippe, Pierre-Emmanuel, Thibault et Laure.

De tradition catholique et fervent pratiquant, il manifeste toute sa vie son attachement à sa foi.

Parcours militaire Débuts Le lieutenant de Hauteclocque a pour première affectation le de cuirassiers à Trèves en Rhénanie-Palatinat ; après y avoir passé un an, il obtient une affectation au , au Maroc. Il participe à la « pacification » du territoire au cours de la guerre du Rif, durant laquelle il se distingue. En 1929, le commandement du lui est confié.

Au cours d'un second séjour au Maroc, il est promu capitaine en 1934 et obtient la Légion d'honneur. En 1938, il réussit le concours d'entrée à l'École de Guerre, dont il sort major en 1939.

Il est « issu d'une famille Action française jusqu'en 1940 »., signale que l'engagement dans l'Action française de la famille .. Il lit l'Action française, sans adhérer à l'ensemble de la doctrine, appréciant surtout l'exaltation des valeurs de la France monarchique contenues dans ce journal et le fait qu'il fonde sa politique sur cette notion : . Chevauchant à la tête de son escadron lors de la revue du et passant devant la tribune officielle où se tiennent Léon Blum et Édouard Daladier, il aurait brocardé ce dernier d'un .

Il rompt avec l'Action française en 1940, jugeant que le mouvement trahit ses idées et fourvoie les élites qui le suivent. Il se défait également, à cette même époque, des préjugés antisémites des milieux maurrassiens. Toutefois, il maintient sa lecture quotidienne de L'Action française pendant ses conquêtes africaines.. Après la guerre, il n'évoque plus Charles Maurras que pour juger sa philosophie critiquable et fera détruire les exemplaires du journal conservés à Tailly.

Campagne de France (1939-1940) En mai 1940, le capitaine Philippe de Hauteclocque est chef du à l'état-major de la d'infanterie, qui fait mouvement vers la Belgique au et dont certains éléments se trouvent encerclés dans la poche de Lille durant les derniers jours du mois de mai.

Le , alors que la capitulation du groupement Molinié est proche et qu'il est devenu inutile, le capitaine de Hauteclocque obtient de son chef, le général Musse, l'autorisation de tenter de traverser les lignes allemandes pour échapper à la captivité. Il part vers la porte de Douai et récupère une bicyclette abandonnée. Il va mettre le cap au sud, échapper plusieurs fois à la capture et abandonner casque et ceinturon, guidé par la rage de s'échapper pour reprendre le combat.

Le , il est capturé en vêtements pseudo-civils et à bicyclette. Fouillé, il est trahi par un certificat de paiement de l'école militaire. Lors de son interrogatoire à la mairie de Bohain-en-Vermandois par un officier allemand, il affirme être réformé comme père de famille de six enfants, attestant de cela par une prescription de quinine qu'il avait avec lui et qui mentionnait le nombre de ses enfants. Il subit la raillerie de l'officier qui s'étonne qu'à , il ne soit pas en train de défendre son « Vaterland ». Certainement fatigué de ramasser des prisonniers, l'officier l'invite à décamper de façon dédaigneuse, non sans avoir affirmé que :

Leclerc n'oubliera jamais cette insulte, à laquelle il s'abstient néanmoins de répondre. Il rejoint les lignes françaises en traversant le canal du Nord et réintègre alors une unité combattante.

Le , il participe à une contre-offensive dans la plaine de Champagne. Il est blessé à la tête, à Magnant dans l’Aube. Les blindés allemands ont ouvert le feu sur la maison dans laquelle il se trouvait et une partie du plafond s'est effondrée sur lui. La blessure ne semble pas l'affecter, à tel point qu'il continue le combat, jusqu'à ce qu'il soit de nouveau fait prisonnier.

Son cheval, Iris XVI, sera abattu par les troupes allemandes à l'École de Saint-Cyr le , après avoir tué un soldat d'une ruade...

Évasion vers l'Angleterre Le , il parvient à s'évader de l'hôpital d'Avallon et prend le parti de continuer sa route, désertant, pour poursuivre la lutte. Il atteint Paris le .

Le , à Grugé-l'Hôpital, il fait faire de faux papiers au nom de Philippe Leclerc, un nom de famille fréquent dans la Somme.

À bicyclette, malgré l'occupation allemande, il rejoint sa femme et leurs six enfants sur les routes de l'exode, près de Libourne en Gironde. Après les avoir mis au courant de sa volonté de se battre, il se rend à Bayonne où il obtient le un visa pour le Portugal, mais pas pour l'Espagne.

Repassant la ligne de démarcation le , il est le lendemainen train. à Perpignan où il obtient son visa pour l'Espagne. Arrivé le 12 à Cerbère par le train, il est brièvement arrêté le 13 à Port-Bou par les douaniers espagnols qui le font conduire à Figueras pour interrogatoire et jugement, à cause d'un excédent de devises étrangères au lieu des autorisés. On lui confisque tout, sauf des dollars, cachés dans ses chaussettes..

Mais il s'échappe à nouveau, prend le train pour Madrid et de là celui de Lisbonne, où il arrive le . Embarqué le sur le , il arrive à Londres le .

Il se présente au général de Gaulle le . Afin d'éviter que des représailles ne soient dirigées contre sa famille, il a pris le pseudonyme de « François Leclerc », le patronyme étant très fréquent en Picardie et à Belloy mêmeUn témoignage publié anonymement dans la Revue de la France Libre, bis, juin 1965 et intitulé « La ténacité de Leclerc et l'épopée de son ralliement », évoque également le pseudonyme « François Leclerc »..Selon (tiré à ), en revanche : .