L'histoire des Juifs à Lublin remonte à environ 700 ans, quand Lublin a obtenu les droits de ville. Profitant de longues périodes de tolérance religieuse et de prospérité économique, la communauté juive de Lublin a prospéré. Lublin a été un symbole de l'orthodoxie juive, du développement de l'hébreu et du yiddish, et du développement de la science juive. Pour cette raison elle a été surnommée l' ou la .

Son histoire s'est terminée par une extermination presque complète de ses membres pendant la Shoah et l'occupation de la Pologne par l'Allemagne nazie.

Lublin est une ville de Pologne orientale qui compte actuellement un peu moins de .

La communauté juive de Lublin Du Moyen Âge au Le premier document attestant de la présence de Juifs à Lublin date du règne du roi Casimir III (1309-1370). Selon des sources non documentées, le roi aurait accordé les premiers privilèges à la communauté juive locale: A. Kopciowski: Zarys dziejów Żydów w Lublinie (Aperçu de l'histoire des Juifs à Lublin) in: Żydzi w Lublinie – Żydzi we Lwowie. Miejsca – Pamięć – Współczesność (Juifs à Lublin - Juifs à Lwów. Lieux - Mémoire – Modernité); rédacteurs: J. Zętar, E. Żurek et S. Żurek; Lublin; 2006; page: 13. Cependant, des informations concernant des membres de la communauté juive ne sont confirmées historiquement qu'à partir de la seconde moitié du siècle. On ignore par contre où se trouvaient le quartier juif, la synagogue et le cimetière: M. Bałaban: Żydowskie miasto w Lublinie (Ville juive à Lublin); Lublin; 1991; page: 11.

En 1453, le roi Casimir IV Jagellon accorde aux Juifs de Lublin le privilège de libre-échange, qui entraine une croissance dynamique de la population juive à Lublin à la fin du st au début du siècle. Le fait que le rabbin Jacob de Trente, accusé d'un crime rituel, vienne s'installer à Lublin en 1475, confirme l'existence d'une communauté déjà bien organisée: T. Radzik: Żyli z nami (Ils ont vécu avec nous) in: Lublin w dziejach i kulturze Polski (Lublin dans l'histoire et la culture de la Pologne); rédacteurs: T. Radzik et A. Wituski; Lublin; 1997; page: 260. thumb|250px|right|Le château et le quartier juif

La position géographique favorable de la ville, à l'intersection de plusieurs routes commerciales, conduit de nombreux commerçants juifs à installer leurs activités dans la région. Mais cette activité commerciale florissante entraine de nombreux conflits avec les commerçants chrétiens de la ville. Le roi décide alors en 1518, d'imposer certaines contraintes au commerce juif dans Lublin: A. i R. Kuwałkowie: Żydzi i chrześcijanie w Lublinie w XVI i XVII wieku (Juifs et chrétiens à Lublin aux et siècles) in: Żydzi w Lublinie. Materiały do dziejów społeczności żydowskiej Lublina (Juifs à Lublin. Documents pour l'histoire de la communauté juive de Lublin); tome: 2; rédacteur: T. Radzik; Lublin; 1998; page: 12.

Les Juifs d'installent à Podzamcze, près du château, ainsi que dans la partie nord et nord-est de la colline du château. Le privilegium de non tolerandis Judaeis (privilège de refuser les Juifs) obtenu du roi par les citoyens de Lublin en 1535, interdit aux Juifs de s'installer à l'intérieur de l'enceinte de la ville: A. Kopciowski: Zarys dziejów Żydów w Lublinie (Aperçu de l'histoire des Juifs à Lublin); 2006; page: 14. Cette restriction a pour effet de dynamiser le quartier juif de Podzamcze, et amène à la division de la ville entre quartier juif et quartier chrétien qui durera jusqu'en 1862.

La communauté juive de Lublin devient rapidement une des plus grosses communautés de Pologne. Les privilèges royaux, tels que celui accordé par le roi Sigismond en 1523 qui instaure l'égalité des droits entre les Juifs et les autres communautés de Pologne, et celui de 1556 qui confirme l'autonomie juridictionnelle et administrative interne de la communauté: R. Kuwałek et W. Wysok: Lublin – Jerozolima Królestwa Polskiego (Lublin - Jérusalem du Royaume de Pologne); Lublin; 2001; pages: 14 et 15, ainsi que d'autres réglementations légales, contribuent au développement du commerce et de l'artisanat juif. La communauté juive de Lublin devient d'un point de vue richesse la troisième communauté de Pologne, après celle de Cracovie et de Lvov. En 1550, la communauté compte environ .

En 1518, Salomon Szachna, un rabbin et érudit célèbre, fils d'un intermédiaire commercial royal Josko Szachnowicz, fonde une yechiva qui devient bientôt réputée dans toute l'Europe. L'ouverture officielle du bâtiment de la yechiva, construit en vertu du privilège royal de 1567, se déroule après la mort de Szachna. Salomon Luria connu sous le nom de Maharshal devient le premier recteur de la yechiva: A. Winiarz: Lubelski ośrodek studiów talmudycznych w XVI wieku (Lublin centre des études talmudiques au siècle) in: Żyli z nami... (Ils vivaient avec nous...); rédacteur: T. Radzik; page: 35 à 39. Parmi les recteurs qui ont marqué l'institution, on peut citer Mordecai Yoffe et Meir ben Gedalia. En 1547, ouvre une imprimerie hébraïque, la troisième en Pologne après celles d'Oleśnica et de Cracovie. En 1578, Kalonimus Joffe fonde une nouvelle imprimerie qui deviendra rapidement célèbre pour sa publication de centaines d'œuvres de littérature religieuse hébraïque de très haut niveau éditorial: J. Zętar: Drukarnie hebrajskie w Lublinie (Imprimeurs hébreux à Lublin); Scriptrores; 2003; nr 27; page: 57.

En 1567, la communauté reçoit un privilège royal pour construire une synagogue en briques. Elle est bâtie rue Jateczna sur la pente nord de la colline du château, et est connue sous le nom de Maharshal-szul, pour honorer le premier recteur de la yechiva, le rabbin Salomon Luria. Quelques années plus tard, à l'intérieur du bâtiment est construite une petite synagogue appelée d'après le rabbin Meir ben Gedalia, connu sous le nom de Maharam: M. Bałaban: Żydowskie miasto w Lublinie (Ville juive à Lublin); Lublin; 1991; page: 14. Au fil du temps, un complexe synagogal est créé autour de la synagogue, devenant le centre de la vie juive. Il comprend les bureaux de la communauté, la yechiva, un Beth Midrash (Maison d'étude), le mikvé (bain rituel) et des boucheries cachères.

Au siècle, une grande partie de Podzamcze est inondée par la rivière Czechówka. Malgré cela, le quartier juif s'agrandit et peu à peu s'étend sur les marais asséchés autour du château. Des maisons juives sont aussi construites dans le quartier avoisinant Kalinowszczyzna. En 1568, la ville juive obtient le privilège de non tolerandis Christianis, interdisant aux Chrétiens de s'installer dans la ville juive: A. Kopciowski: Zarys dziejów Żydów w Lublinie (Aperçu de l'histoire des Juifs à Lublin); 2006; page: 16.

C'est probablement à la fin du siècle, mais plus certainement dans la première moitié du siècle que le vieux cimetière juif de Lublin est établi. Selon des informations datant de la fin du siècle, une des tombes portait la date de 1489/1490. Le cimetière lui-même est mentionné pour la première fois dans des sources historiques en 1555, quand un décret royal confirme le droit pour les Juifs d'utiliser la colline Grodzisko pour des enterrements. Mais cette date ne semble être qu'une régularisation d'un fait existant, car la plus vieille tombe encore existante date de 1541: A. Trzciński: Wartości historyczne, religijne i artystyczne starego cmentarza żydowskiego w Lublinie (Valeurs historiques, religieuses et artistiques de l'ancien cimetière juif de Lublin) in: Żydzi Lubelscy. Materiały z sesji poświęconej Żydom lubelskim {Juifs de Lublin. Documents de la session consacrée aux Juifs de Lublin); rédacteurs: W. Hawryluk et G. Linkowski; Lublin; 14-16 décembre 1994; publié en 1996; pages: 89 et 90.

Entre 1580 et 1764, le Conseil des Quatre Pays ((Waad Arba Aracot), installé par le roi Étienne Báthory va se réunir à Lublin. C'est l'organe dirigeante juive autonome dans la Pologne de la république des Deux Nations, nommé pour faciliter la collecte des taxes pour le trésor royal. Cependant, le Waad se transforme rapidement en une institution unique en Europe, exerçant des fonctions culturelles, religieuses et judiciaires: M. Bałaban: Żydowskie miasto w Lublinie (Ville juive à Lublin); Lublin; 1991; pages: 43 à 49.

En 1602, la population juive dans la ville représente près de 20 % de la population totale. La période de prospérité de la communauté juive prend fin au milieu du siècle. Les guerres vont affecter profondément la population juive. L'évènement le plus tragique est l'incendie en 1655 de la ville juive par l'armée moscovite-cosaque lors du soulèvement de Khmelnytsky et l'assassinat d'environ voire de Juifs selon les historiens: M. Bałaban: Żydowskie miasto w Lublinie (Ville juive à Lublin); Lublin; 1991; page: 58. Le complexe de la synagogue rue Jateczna est sérieusement endommagé, comme la majorité des maisons juives du quartier. La destruction est parachevée par l'armée suédoise en 1656. Après ces évènements, la population juive décimée commence à s'installer dans la vieille ville. Quelques années plus tard, ils en sont expulsés et doivent se réinstaller à Podzamcze. Les sessions du Waad ne se tiennent plus à Lublin et les grandes foires sont transférées à Łęczna, ville située à environ de Lublin. La reconstruction de la communauté est difficile dans la période hostile de la Contre-Réforme. Des restrictions économiques constantes de la part des autorités locales ont pour but de limiter le développement économique de la communauté juive: A. Kopciowski: Zarys dziejów Żydów w Lublinie (Aperçu de l'histoire des Juifs à Lublin); 2006; page: 15.

En 1703, le roi Auguste II pour remercier la loyauté des habitants de Lublin pendant la guerre contre l'armée suédoise de Charles XII reconfirme les privilèges antérieurs accordés aux Juifs. Mais la communauté juive de Lublin ne sera pleinement rétablie que dans la seconde moitié du siècle. La communauté compte alors près de , résidant non seulement dans le quartier juif de Podzamcze, mais aussi dans le quartier voisin de Kalinowszczyzna et dans deux banlieues séparées, Piaski et Wieniawa: J. Muszyńska: Żydzi w Lublinie w 1774 roku (Les Juifs à Lublin en 1774); in: Żyli z nami... (Ils vivaient avec nous...); rédacteur: T. Radzik; page: 118.

En 1759, Lublin est visité par le pseudo-messie, Jacob Frank. Son enseignement qui fait référence au judaïsme, au christianisme et à la Kabbale est violemment critiqué par la communauté juive orthodoxe: M. Bałaban: Żydowskie miasto w Lublinie (Ville juive à Lublin); Lublin; 1991; pages: 89 à 91. Malgré le fait que le frankisme n'est pas réussi à s'imposer comme mouvement significatif, certains de ses partisans se sont convertis au catholicisme et se sont fondus dans la culture polonaise.

Du siècle jusqu'à la Première Guerre mondiale Au tournant du et siècle, Lublin devient un centre important du judaïsme hassidique. Le rabbin Yaakov Yitzhak Horowitz, connu comme le Hozeh de Lublin (le Voyant de Lublin) arrive à Lublin dans les années 1780, où il reçoit un accueil assez froid des rabbins locaux. Il emménage donc à Wieniawa situé à environ de Lublin où existe une petite communauté juive. Peu de temps après, ayant rallié des adeptes parmi les Juifs de Lublin, il décide de s'installer au 28 rue Szeroka dans le centre de Podzamcze. Il y établit le premier Klaus (maison de prière hassidique) où il enseigne. Il est considéré par les hassidim comme l'Ange de Dieu et un faiseur de miracles, mais il est considéré comme hérétique par les rabbins orthodoxes. Il est si populaire que des milliers d'hassidim viennent de toutes les régions de la Pologne pour le rencontrer.

Horowitz meurt tragiquement en 1815, en tombant d'une fenêtre de sa maison. Alors que ses partisans estiment qu'il a été puni pour avoir demandé la venue du Messie avec trop d'insistance, ses opposants pensent que l'accident est survenu parce qu'il était en état d'ébriété. Sa tombe est toujours visitée de nos jours par de nombreux pèlerins juifs.