Le luxe (du latin luxuria) est le mode de vie consistant à pratiquer des dépenses somptuaires et superflues, dans le but de s'entourer d'un raffinement fastueux ou par pur goût de l'ostentation, par opposition aux facteurs ne relevant que de la stricte nécessité. Par extension, le luxe désigne également tous les éléments et pratiques permettant de parvenir à ce niveau de vie. L'aspect d'inutilité du luxe est à la base de l'expression « C'est du luxe ! », familière dans son utilisation pour qualifier quelque chose de superflu. Un produit de luxe désigne un produit d'une très grande qualité, raffiné, coûteux et rare, même si de nos jours les frontières du luxe sont tenues volontairement floues par les entreprises commercialisant produits et prestations.
Histoire du luxe vignette|gauche|upright|Parure ostentatoire au Soudan, en 2022. Selon le dictionnaire Larousse le luxe est le . Gilles Lipovetsky, un philosophe français, défend que Mais que cette définition unique du luxe ne tient plus dans les sociétés modernes. L'anthropologue Nicolas Chemla affirme . Le sociologue Frédéric Monneyron défend que . La psychothérapeute Catherine Bronnimann y voit un marqueur de classe sociale, ceux ayant les moyens économiques de se procurer et de porter des produits le faisant afin de combler un "désir d’appartenance à une classe".
Le luxe véritable n'apparaît généralement pas dans une seule forme ou réalisation et s'accorde mieux avec une certaine profusion semblant si possible illimitée. Le luxe est donc naturellement associé à la richesse qui permet des investissements qui visent le pur agrément et non le profit. Dans le luxe, l'abondance s'associe au superflu pour conférer un sentiment de grande aisance matérielle et de raffinement du goût. Au , cette sensation particulière a été fixée par Voltaire dans une formule un rien paradoxale : Poème . Hormis certaines publications strictement économiques, comme celles de Boisguillebert et de Vauban, les écrits de Voltaire « constituent la première défense française du nouveau modèle de société bourgeoise méritocratique et libérale qui sous-tendait le débat sur le luxe ». La première déclaration importante de Voltaire en faveur d'une nouvelle société commerciale apparaît dans ses Lettres philosophiques de 1734, et découlent de la connaissance antérieure de Voltaire pour les types de sociétés telles qu'elles se sont profilées aux Pays-Bas, et en Angleterre, ainsi que de sa lecture avide du Spectator. Voltaire avance par la suite dans les pas de Jean-François Melon, qui avait publié son Essai politique sur le commerce en 1734. Melon et Voltaire son des disciples de Mandeville: on attribue généralement à Voltaire le mérite d'avoir donné de l'importance au débat sur le luxe en France avec son Mondain de 1736, qui est directement inspiré de La Fable des abeilles de Mandeville. Les Lettres marque également le début d'une forme de défense du luxe propre à Voltaire : l'« apologie du luxe et de l'activité commerciale comme substituts du fanatisme religieux. ».
Pour Mandeville, . Dans sa Fable de 1714, il montre que c'est l'orgueil qui pousse les individus à préférer le luxe à une certaine frugalité : la fraude, la vanité et le luxe soutiennent les sociétés prospères ( ). Mandeville explique aussi certaines conséquences du luxe : (Remarque L) ; il génère aussi des immondices, (il parle de Londres où l'on se débarrassait communément des immondices dans la Tamise, fera-t-on ) . Le type de société mis en évidence par Mandeville est construit sur les passions : les hommes y sont à la fois et . Dans La Fable des abeilles, les abeilles lassées de leur société corrompue (pourtant considérée comme la grande nurserie des Sciences et de l'Industrie) s'en sont remises à quelques divinités, qui les libérant de la fraude, les ont également affranchies du luxe ; cette vie « simple et modérée » a vite amené le déclin de leur essaim, qui baigné par le « Contentement & l’Honnêteté » a fini par gagner le sombre creux d'un arbre où il réside toujours. Pour Mandeville, la simple vertu ne peut faire vivre les nations ; ceux qui voudraient faire revivre un âge d'or, doivent être autant libre, , une dernière référence à un certain âge d'or où l'humanité nue n'avait qu'à étendre la main pour cueillir sa nourriture aux branches des chênes.
C'est sans doute en Asie que se situe pendant plusieurs siècles l'épicentre de l'idée de luxe, avec ses pierres précieuses, ses laques, ses épices ou la soie, loin de la notion de productivité actuelle. Caton, vers -195, attaque les Romains qui rompent avec la traditionnelle simplicité ou rusticité de leur cité. La condamnation du luxe et l'opposition à Carthage sont des thèmes récurrents de son œuvre (il s'oppose à l'abrogation de la loi Oppia, loi somptuaire qui imposait des limites à l’exhibition du luxe féminin). L'ivoire et le bois de citrus sont, sous sa plume, la partie d'un luxe qui abuse de produits carthaginois trop présents à son goût. Innovation apparemment récente, les pavements subissent la même condamnation ; la maison romaine devait avoir originellement un sol de terre battue et il était somptuaire d'y substituer un , l'opus signinum, qui remonte seulement à la fin du . Les fouilles réalisées à Byrsa montrent, d'autre part, que l'usage de pavements est alors depuis longtemps d'un usage courant à Carthage. Carthage sera détruite par les Romain en -146.
En France, une étape importante dans l’émergence d’une tradition du luxe est le développement de la culture du mûrier pour le ver à soie, sous Henri IV, dans le midi et le centre, même si la fabrication de la soie existait à Lyon depuis la Renaissance. Une autre étape, à l'époque de Louis XIV et sous l'impulsion de son ministre Jean-Baptiste Colbert, est la constitution des grandes manufactures. Le luxe n'est pas considéré par tous, dans cette France du , comme un stimulant économique : au contraire, il était généralement accusé de nombre de maux comme de s'accroître au détriment des besoins élémentaires des pauvres ou de favoriser la corruption des mœurs, en particulier celles de la jeunesse.
Pour autant, Paris acquiert à cette époque une réputation de même si cette évolution n'est pas du goût de tous : . Ce développement d’une tradition du luxe en France s’accélère avec l’émergence d’une profession, les marchandes de modes, en contact avec une clientèle intéressée par les mécanismes de l’ostentation et de la séduction, les membres de cette Cour vivant désormais dans l’entourage immédiat du Roi depuis Louis XIV, et se voulant au-dessus des contingences communes. Ces marchandes de modes constituent un rouage déterminant entre les producteurs d’étoffe, les manufacturiers, les couturiers d’une part, et les consommateurs d’autre part. Elles sont à la fois en prise directe avec ces derniers, et donneurs d’ordre des différentes activités concernées. Elles vont diffuser constamment de nouvelles tendances, introduire une variation continuelle des parures, et cristalliser également cette notion de luxe autour de la figure de quelques créateurs, dont la fameuse Rose Bertin. À la veille de la Révolution française, on ne veut plus simplement une robe dans la haute société, on veut du Bertin. Suit, une soixantaine d'années plus tard, sous le Second Empire, la création de marques telles que Cartier, Hermès ou Vuitton. La bourgeoisie a supplanté la noblesse et revendique le droit au luxe. C’est également sous ce Second Empire que Charles Frederick Worth, couturier français d'origine britannique bénéficiant du soutien du régime impérial, lance ce qui va devenir la haute couture, en y associant une dimension de rêve et de mystère.
Bien plus tard, autour de quelques grands couturiers, parfumeurs et industriels, la constitution de grands groupes de l'industrie du luxe se réalise aux environs des années 1990, sur l'héritage historique d'artisans devenus marques de luxe internationales.
La France, concentre d'ailleurs plus de la moitié des quinze marques les plus importantes, qu'elles soient françaises ou appartenant à un groupe national. Les années 2010 voient également se développer d'importantes entreprises du luxe, dans les cosmétiques par exemple, en France.
Cette tradition du luxe qui s’implante en France et en Europe gagne aussi dès le le nouveau continent, et notamment les États-Unis. Dans cette société initialement très puritaine, le luxe se conçoit comme une des récompenses du travail, un signe de la réussite dans la compétition, et de l’achèvement du processus de civilisation. Il y est « public », et s’affirme y compris dans les buildings, du Woolworth Building à la Trump Tower. Il est une partie intégrante du projet social américain. Il repousse les frontières de la consommation, comme la conquête de l'Ouest a repoussé les frontières du pays, et il s’exprime dans un « goût américain » qui rejette l’entassement hétéroclite des styles et des époques de l’Ancien Monde.
En Asie, dans un pays tel que le Japon, le luxe a été longtemps, comme en France, le privilège de l’aristocratie. Puis avec l’ouverture à l’Occident, et surtout la défaite de 1945 suivi d’un spectaculaire redressement du pays qui devient l’une des grandes puissances économiques du monde, la consommation de produits de luxe est devenue preuve du succès. Certaines marques occidentales deviennent des marqueurs de la réussite. Une nouvelle culture du luxe y est cependant en train d’y émerger au , prenant davantage de distance avec l’Occident, pour affirmer son identité propre. En Chine, l’attrait pour le luxe n’est pas tourné vers les siècles passés et un certain « âge d’or » en la matière, mais vers le monde.
Dans le sous-continent indien, l’idée de luxe reste imprégnée de la riche histoire culturelle de cette contrée, qui a été historiquement au carrefour de différentes civilisations. Deux termes sont associés à cette notion. Le premier, vilas, d’origine sanskrit, évoque le plaisir et l’excès. Le second, aish, d’origine arabe, est lié au plaisir sensuel, au confort, et ouvre sur l’idée de profiter de la vie jusqu’au bout. Aishwarya, qui malgré la ressemblance, n’a pas de lien étymologique avec aish, signifie, en hindi, opulence, ostentation, et est issu d’une racine, ish, évoquant les Dieux. Il n’y a pas d’idée de «péché» associé : le luxe et la fortune sont le résultat de la place tenue dans la société. Mais l’hindouisme exhorte les personnes vivant dans le luxe à savoir s’en dégager temporairement et à en faire bénéficier leur entourage, le vrai sage étant celui qui renonce à tout. L’Inde a également hérité de l’empire moghol le goût de la mise en scène somptueuse du pouvoir.
Poids économique des entreprises du luxe Le luxe s'exprime dans tous les domaines où le plaisir importe, puisqu'il y contribue par un registre particulier et quelquefois le constitue presque entièrement, particulièrement pour ceux qui ont le goût du luxe. Ainsi, le luxe peut-il participer à un type de bonheur et être subjectivement vécu sous des apparences fort modestes. Comme l'écrit en 1751 Denis Diderot dans l'article « Luxe » de lEncyclopédie : . Un produit de luxe représente avant tout un label de qualité : l'acheteur sait par avance qu'il a été produit grâce à un savoir-faire au sommet de l'« état de l'art » d'une profession et est donc prêt à payer la qualité d'un tel produit.