L'aposiopèse, du grec (aposiôpêsis), « action de s'interrompre en parlant ou de cesser de parler, silence » [du verbe grec (aposiôpáô), « cesser de parler, se taire, garder secret »], est une figure de style qui consiste à suspendre le sens d'une phrase en laissant au lecteur le soin de la compléter. L'aposiopèse révèle une émotion ou une allusion se traduisant par une rupture immédiate du discours. L'aposiopèse est une ellipse proche de la réticence et de la suspension.

Exemples Le Quos ego de Neptune dans l’Énéide de Virgile où le dieu grec de la mer parle avec les vents :

Phèdre de Racine :

Bérénice (II, 4) de Racine :

Le Fils Naturel (IV, 2) de Diderot :

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin :

Claude Simon, La Bataille de Pharsale :

Définition Définition linguistique L'aposiopèse est une brusque interruption du récit qui se signale par une typographie et une ponctuation spécifique (comme l'usage trop fréquent des points de suspension, voire aussi l'absence de ponctuation comme les virgules délimitant les clauses signifiantes que le lecteur doit reconstituer pour tenter de trouver un sens au discours parmi plusieurs possibles, et même parfois aussi les points, comme si l'auteur ne voulait jamais terminer aucune phrase, et où le lecteur doit en chercher lui-même la fin).

Le discours semble alors suspendu et au récepteur d'en terminer la logique. Ce marquage formel en fait un synonyme des figures de la suspension et de la réticence (d'ailleurs l'aposiopèse a comme nom en rhétorique latine: reticencia) mais les différences sémantiques existent néanmoins. Par ailleurs, l'aposiopèse est une ellipse de construction : elle passe sous silence un fragment de phrase.

Genres concernés Le genre dramatique utilise beaucoup l'aposiopèse, Molière notamment, à des fins comiques comme dans L'École des femmes où il fait hésiter Agnès à dévoiler les ressorts de sa conduite à Arnolphe avec un jeune inconnu qui lui a rendu visite. Ici les aposiopèses matérialisées par des points de suspension dans les tirades d'Agnès font corps avec des stichomythies formant un dialogue alternant sur l'un et l'autre des personnages à effet comique :

Dans le roman ou la poésie, l'aposiopèse convient particulièrement au monologue intérieur et aux sous-conversations selon le mot de Marguerite Duras : ces fragments de pensée du personnage incluses à la narration. Pour D. Bergez, V. Géraud et J.-J. Robrieux, dans leur Vocabulaire de l’analyse littéraire comme chez Claude Simon dans La Route des Flandres.

Historique de la notion Vital Gadbois in Georges Mounin : Dictionnaire de la linguistique distingue l'aposiopèse de la figure de style dite de la suspension qui, contrairement à celle qui nous intéresse, n’interrompt pas mais retarde, rejette vers la fin de l’énoncé l’apparition d’une partie essentielle à la compréhension de ce dernier. Gadbois fait bien plutôt de l’aposiopèse un synonyme de la figure nommée réticence.

Figures proches Figure « mère » : ellipse Figures « filles » : aucune Paronymes : aucun Synonymes : suspension, réticence, anacoluthe Antonymes : déclaration

Voir aussi

Bibliographie Georges Mounin, Dictionnaire de la linguistique, Paris : P.U.F., 1974. D. Bergez, V. Géraud et J.-J. Robrieux, Vocabulaire de l’analyse littéraire, Paris : Dunod, 1994.

Lien externe Article aposiopèse dans le Dictionnaire International des Termes Littéraires (DITL)

Catégorie:Figure de style