La bataille de Crète oppose les troupes britanniques et alliées (néo-zélandaises, australiennes et grecques) aux parachutistes et chasseurs alpins allemands pendant 11 jours, du 20 au . Ce fut la dernière bataille de la campagne des Balkans.
Le matin du , le Reich lance une invasion aéroportée de la Crète, nom de code « opération Merkur ». Les parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Máleme, Héraklion, et Réthymnon. Leur mission est de s’emparer de ces trois aérodromes afin de permettre l'atterrissage de renforts aérotransportés par la Luftwaffe qui dispose de la maîtrise du ciel, puisque la Royal Navy, maîtresse des mers, empêche tout débarquement amphibie.
Pendant deux semaines, la bataille fait rage ; au moins allemands sont tués, et . Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg comptent , , et une grande partie des troupes est capturée (environ ). La victoire est essentiellement celle des chasseurs alpins, aucune opération aéroportée d'envergure n'est plus lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre. Les Fallschirmjäger sont alors employés comme fantassins sur tous les fronts.
Prémices vignette|Régions de la Grèce avec la Crète en bleu foncé.
Novembre 1940 Le , un convoi de vaisseaux britanniques jette l'ancre dans la baie de la Soude. Le gouvernement grec fait savoir aux Britanniques qu'il retirerait la de l'armée grecque du front albanais et l'enverrait en Crète, à condition que l'armée britannique organise la défense de la Crète.
Le , Hitler donne l'ordre à ses troupes de prendre possession de la Grèce en employant massivement les forces aéroportées et aériennes. Le but de l'opération est le contrôle de la Méditerranée orientale.
Décembre 1940 Hitler donne des directives ultra-confidentielles aux responsables de ses troupes aéroportées pour s'emparer des points d'appui britanniques sur les îles grecques.
Janvier 1941 Le commandement militaire unifié de la Crète, basé à La Canée, charge les milices locales d’empêcher par tous les moyens l'atterrissage des parachutistes allemands ainsi que l'approche par l'ennemi des aérodromes et des avions.
Mars 1941 Dans la nuit du 25 au , au large du golfe de la Soude, une opération commando de marins italiens de la Flottiglia MAS, sur six canots à moteur MTM Barchino, coule le croiseur lourd britannique . Après ce raid de la baie de La Sude, il devient évident pour les alliés que l'attaque allemande est imminente. Il leur faut défendre la Crète.
L'enjeu est de taille : la Crète possède trois aérodromes (Máleme, Réthymnon et Héraklion) et une piste d'atterrissage de fortune à Kastelli à l'ouest de la presqu'île d'Akrotiri, ainsi qu'une base navale facilement accessible à Kolpo, sur la presqu'île d'Akrotiri. En occupant la Crète, la Luftwaffe pourra s'en servir comme base aérienne contre les forces britanniques en Méditerranée orientale. Pour les Allemands, laisser la Crète aux mains des Alliés menacerait les champs pétroliers roumains de Ploiești, à quatre heures de vol, vitaux pour l'Allemagne, surtout en pleine préparation de l'opération Barbarossa.
Avril 1941 Le , les troupes de la Wehrmacht et des Waffen-SS viennent de terminer victorieusement la campagne des Balkans par la capitulation de l'armée royale grecque.
Le , un hydravion de la Royal Air Force évacue en Crète Georges II de Grèce et le prince héritier.
Le , la néo-zélandaise forte de hommes débarque en Crète. Toujours le , Hitler signe la directive 28 ordonnant de préparer l'opération MerkurJohn Killen, La Luftwaffe, Paris, Robert Laffont, 1968, . : l'invasion de la Crète.
Le est marqué par l'arrivée en Crète du général néo-zélandais Freyberg, combattant célébré de la Grande guerre, décoré de la croix de Victoria en 1916. C'est un héros national en Nouvelle-Zélande et un ami de Churchill depuis 1914. Le général ne pense pas rester sur l'île qui lui paraît de toute façon indéfendable. Il s'attend à être envoyé en Égypte afin d'y reconstituer le corps expéditionnaire néo-zélandais. Dès qu'il apprend que Wavell lui a confié la mission de tenir sur place, il se met à l'œuvreKeegan, Intelligence in War..
Mai 1941 Freyberg prend en main la Creforce, ensemble disparate des unités réfugiées dans l'île : Australiens, Néo-Zélandais, Écossais et Gallois, soit vingt mille hommes dont une moitié seulement de troupes de combat. Ils ont perdu en Grèce leurs unités d'appui et de soutien, en particulier l'artillerie, les transmissions, le train des équipages. En sous-effectifs, les bataillons d'infanterie ont perdu leurs mortiers, leurs réseaux téléphoniques de campagne, ne sauvant que les armes individuelles et les fusils-mitrailleurs. Ils sont également dépourvus de moyens d'enfouissement (pelles, pioches). Les artilleurs, les soldats des ateliers, des services, au total , la moitié de l'effectif, sont à peine armés, tous n'ont pas de fusil et ne connaissent pas le métier de fantassin. Les lignes téléphoniques ne sont pas enterrées mais posées sur des piquets. Quelques canons pris aux Italiens en Grèce sont disponibles mais sans appareils de visée. Quelques chars britanniques obsolètes complètent l'effectif. Vingt mille soldats grecs sont enfin présents mais mal armés. En tout, affronteront , parachutistes et chasseurs de montagneKeegan, Intelligence in war, ..
Chiffrés par Enigma, les plans d'invasion de la Luftwaffe sont transmis de la flotte aérienne au et corps aériens et à la parachutiste. Interceptés en temps réel par les stations d'écoute britanniques, les , , et , ils sont en partie décryptés par le GC&CS de Bletchley Park. Certains passages sont corrompus, illisibles. D'autres font allusion à des paramètres inconnus des spécialistes anglais dont la connaissance des forces armées allemandes est encore imparfaite. Le capitaine Sandover, Special Liaison Officer de Freyberg, reçoit immédiatement, non pas des traductions exactes de la partie décryptée des messages interceptés, mais des synthèses paraphrasées dont certains passages sont ambigus.
Chaque synthèse est montrée une seule fois à Freyberg, avant d'être brûlée par Sandover. Ces synthèses mélangent la Luftlande-Infanteriedivision (qui est retenue ailleurs), la de montagne et le régiment de renfort de la de montagne. Les unités parachutistes sont sous-estimées. Les références au trafic maritime exagèrent l'hypothèse d'un débarquement amphibie. Or Freyberg n'a pas le droit de discuter de ces renseignements avec son état-major. Une partie des troupes britanniques est donc disposée face aux points vraisemblables de débarquement. Si ces troupes alliées avaient été déployées de façon à tenir sous leur feu les aérodromes, la première vague aéroportée aurait été anéantie.
À l'époque, l'histoire militaire n'offre aucun exemple d'invasion aéroportée. Les quelques opérations aéroportées allemandes de relèvent d'une aide intégrée aux opérations militaires et non d'opérations à part entière. Aux Pays-Bas, la Luftwaffe avait essuyé de lourdes pertes. Aussi, il n'y a aucun précédent dont Freyberg aurait pu tenir compte.
Le commencent, conformément au plan d'opération, les bombardements systématiques, par l'aviation allemande, de la Crète, en vue de préparer l’attaque.
Le , Freyberg déclare être prêt à défendre la Crète. Sous condition d'un soutien efficace de la marine, précise-t-il, il arrivera à tenir l'île. C'est un changement de discours par rapport à ses précédentes doléances à Wavell, où Freyberg disait, quelques jours auparavant, qu'il fallait reconsidérer la décision de tenir la Crète.
Le , un avion de reconnaissance Henschel Hs 126 est abattu aux environs de Rethymnon. Les photographies aériennes trouvées à bord montrent qu'une seule des positions de la défense peut être identifiée. Celle-ci est immédiatement remaniée. L’excellent camouflage des positions et l'absence de tirs anti-aériens incitent les Allemands à penser que la zone de Rethymnon est pratiquement sans défense.
Opération Merkur
Effectifs vignette|300px|L'assaut aéroporté allemand.
Les Allemands engagent deux divisions d'élite. La parachutiste (général Student) est composée de trois régiments de trois petits bataillons parachutistes, et ses bataillons d'appui : anti-char, pionniers formés comme fantassins, reconnaissance, mitrailleuses lourdes. Elle est renforcée du Luftland Sturmregiment (planeurs DFS 230). Durement éprouvée en Grèce, la de montagne (général Ringel) comprend deux régiments à trois bataillons de chasseurs, un régiment d'artillerie, un bataillon anti-chars, un bataillon de reconnaissance, un bataillon de pionniers. Elle est renforcée d'un régiment de la de montagne.
Au premier jour de l'assaut, les Alliés sont cinq fois plus nombreux avec la d'infanterie britannique, la d'infanterie néozélandaise, la d'infanterie australienne et l'équivalent d'une division grecque (vingt mille hommes) mais très mal équipée.
Ordre de bataille complet : effectifs de la bataille de Crète.
Le plan d’invasion (Merkur) est simple : lâcher par surprise, tôt le matin, plusieurs milliers de paras et de soldats portés par planeurs, en plusieurs vagues, sur les points d'appui de Héraklion (colonel Brauer), Máleme (Sturmregiment du général Meindl) et Réthymnon (colonel Sturm), en vue de s’emparer des trois aérodromes, tandis que la capitale, La Canée et la rade de la Soude sont enlevées par le régiment du colonel Heidrich. La Luftwaffe doit neutraliser les défenses de ces points. Plus tard dans la journée, environ doivent être débarqués par deux flottilles légères de caïques. La conquête des divers aérodromes de l’île doit permettre d’acheminer rapidement des renforts transportés par Ju 52.
Précision importante, les parachutes allemands n'ont pas d'élévateurs sur les parachutes. Incapables de diriger leur descente, les hommes se balancent au bout d'un anneau accroché au harnais, entre les deux épaules. L'atterrissage est rude. Les paras ne sont armés que d'un pistolet lors de l'atterrissage. Une fois au sol, ils se précipitent sur les containers qui contiennent fusils, pistolets-mitrailleurs, mitrailleuses et munitions. Pendant plusieurs longues minutes, ils sont quasiment désarmés.
À l'inverse, les soldats portés par planeurs sont complètement équipés, mais ils doivent s'extraire, à moitié assommés, des carlingues de leurs engins souvent ciblés par des tirs concentrés. De plus, les Junkers 52 qui transportent les chasseurs alpins sont lents et vulnérables, particulièrement pendant l'approche et l'atterrissage. Par contre, ils déposent non seulement des hommes tout équipés, avec leurs mitrailleuses et leurs mortiers légers, mais plus encore avec par exemple des mortiers de et des obusiers de montagne démontés en fardeaux, ainsi que les équipes de servants et les munitions.
Le parachutage initial est prévu sur trois zones : Groupe Ouest (Generalmajor Meindl) avec le Sturmregiment : Máleme Groupe Centre (Generalleutnant Süßmann) avec les et paras : Chania, Rethymno, Souda Groupe Est (Generalleutnant Ringel), avec le para : Héraklion (Iraklio)
20 mai L'assaut