La , également appelée loi islamique, représente dans l'islam les normes et règles doctrinales, sociales, cultuelles et relationnelles édictées par la révélation, mais discernées et interprétées par la science du droit islamique, le fiqh. Le terme de charia utilisé en arabe dans le contexte religieux signifie « chemin pour respecter la loi divine ». Certains juristes religieux considèrent la charia comme l'émanation de la volonté divine, tandis que d'autres la considèrent plutôt comme un don divin servant avant tout les intérêts de l'humanité. La pratique de la charia et la place qui lui est accordée dans les ordres normatifs politiques varient considérablement historiquement et géographiquement, y compris au sein des États avec l'islam comme religion d'État..

Certains aspects de la charia sont considérés comme incompatibles avec les droits de l'homme, notamment en ce qui concerne la liberté d'expression, la liberté de religion, la liberté sexuelle et la liberté et les droits des femmes.

Définition Étymologie En arabe, la première racine possible du mot « charia » , ou ferait en tout cas référence à un chemin droit et clair..

La seconde racine possible du mot « charia » serait šarʿ qui signifie « la voie qui mène à l'eau ». ou, dans un contexte pastoral et de nomadisme, « le chemin qui conduit à l'abreuvoir »., ou encore un endroit irrigué où les êtres humains et les animaux viennent boire (à condition que la source d'eau soit un ruisseau ou une rivière en mouvement).

Dans un contexte religieux, la racine du mot peut être interprétée par extension comme « la voie qui mène à la source de la vie » ou le « chemin vers une vie meilleure », ou encore comme « le chemin qu'il faut suivre ».

Signification Le sens du mot charia reste difficile à circonscrire en langue étrangère du fait « de la diversité des usages et de la pluralité des significations que confèrent les acteurs à ce terme », et renvoie à un cheminement plutôt qu'à un « code figé »... Dans son sens le plus large, la charia se compose : vignette|Manuscrit en caractères arabes sur la discorde selon la charia, Tombouctou (Mali), v. 1797-1864. de lilm ut-tawhid ou asl ad Dîn, considéré comme le premier pilier de la foi musulmane Al-Îmâne (). ; du tasawwuf pour les soufis, en tant que représentation de lihsan (littéralement, la bienfaisance), en tant que système éthique et mystique ; du fiqh, l'interprétation temporelle des règles de la charia. Il est quelquefois traduit par jurisprudence islamique, par référence aux avis juridiques pris par les juristes de l'islam..

La charia n'a jamais été codifiée dans un livre de lois, mais elle se comprend plus comme une opinion partagée par les musulmans, fondée sur de nombreuses sources.. .

Trois significations distinctes et interdépendantes sont parfois retenues pour le mot charia. : une loi sacrée que Dieu a révélée aux hommes par l'intermédiaire de son dernier prophète ; pour certains musulmans, un idéal collectif qui viendrait démentir une réalité décevante ; un projet de société alternatif, dans une acception plus contemporaine.. .

Selon Hocine Benkheira, la sharî'a se définit comme le contenu prescriptif qu'on peut dégager en mobilisant les disciplines intellectuelles du fiqh..

Conservation du terme arabe Des spécialistes soulignent le fait que le mot « charia » est repris en français sans être traduit, comme d'autres mots arabes, par exemple « halal » . , « fatwa », « jihad », particulièrement quand ils font référence au domaine islamique. Pour Julien Loiseau, cette non-traduction est une manière de suggérer que la réalité désignée est « sans équivalent », inassimilable. De même pour Lena Salamyeh, spécialiste en jurisprudences islamique et juive, l'absence de traduction de « charia » produit un effet d'exotisme, obscurcit la réalité dont on parle, voire alimente des attitudes xénophobes. La reprise du mot arabe s'expliquerait, selon cette chercheuse, soit par une connaissance insuffisante des études islamiques, soit par des « habitudes problématiques » des spécialistes francophones de cette discipline. Baudouin Dupret, chargé de recherches au CNRS, admet que la non-traduction peut témoigner d'un souci de fidélité à l'usage arabe, mais il considère que dans un contexte occidental de controverses récurrentes au sujet de l'islam, il est préférable de traduire ce terme polysémique, pour éviter une représentation essentialiste de cette religion.. De plus, traduire oblige l'énonciateur à préciser le sens qu'il donne à « charia », car les significations du mot sont variables.

Traductions proposées Selon Lena Salaymeh, le mot n'est pas une vraie transcription de شريعة (sharīʿah), car le terme francisé aurait pris à travers son histoire coloniale un sens séculier différent du concept islamique qu'il est censé refléter : selon Salaymeh, l'usage correct pour parler de شريعة dans les langues des ex-empires coloniaux est soit d'employer la graphie et la prononciation arabes, soit de dire .. Pour Baudouin Dupret et Léon Buskens, bien que la notion de ou d'un droit musulman monolithique soit en grande partie un produit de la colonisation occidentale, cette notion se serait aujourd'hui naturalisée..

Origines Dans le Coran vignette|Coran manuscrit d'Afrique du Nord, s. Le mot charia (ou ses dérivés : charʿ et chirʿah) est cité dans le Coran comme la voie à suivre par les musulmans :

Tahar Mahdi, docteur en droit musulman comparé, affirme que « dans tout le Coran, qui compte et , le mot charia n'est mentionné qu'une seule fois dans un seul verset (L'Agenouillée 45/18) »..

Selon la tradition islamique, la charia a été révélée sur une période de , correspondant à la durée de la prophétie. Considérée comme étant l'ensemble des normes, la charia est une voie immuable. À l'intérieur de cette voie se trouve le fiqh, qui est une matière en constante évolution car il est « l'intelligence - entendement, explication et interprétation de la Sharî'a » et par ce fait peut varier en fonction des faqih.

Racines historiques Dans le monde arabo-musulman, selon Sadik Kirazli, les pratiques de sulh dans la charia trouvent leurs racines dans la pratique islamique du qisas..

La charia naît d'un processus long de mise en place prenant place sous le gouvernement des omeyyades et des abbassides. Jusqu'au milieu du , le terme charia n'a pas encore son sens actuel et n'est employé que très rarement pour désigner certaines injonctions contenues dans le Coran. Selon Pierre Lory, directeur à l'EPHE : , particulièrement à partir des hadîths.. Les peines appliquées en islam prennent racine dans les lois et usages en cours à l'époque de Mahomet.

Sources légales vignette|, Livre de la charia selon l'imam Abu Bakr al-Ajurri, . Seyyed Hossein Nasr, dans son ouvrage , décrit la façon dont la charia a été codifiée. Selon lui, le Coran contient potentiellement toute la loi divine, mais pas de manière explicite, ni factuelle. Un processus graduel a donc permis de codifier cette loi dans une forme exotérique qui soit applicable à tous les domaines de la vie d'un musulman. À l'opposé, selon Ali Abderrazik et les réformistes musulmans du début du , « le corpus de règles juridiques contenu dans le Coran et les hadith est définitivement insuffisant pour former un droit.

Pour les sunnites, les principes de la loi divine contenus dans le Coran ont été expliqués dans les hadîths de la sunna, qui forment ensemble la deuxième source primaire de la loi. Ces sources (Usul al-Fiqh) ont par la suite été acceptées et comprises par consensus (ijmâ') dans la société islamique de l'époque. Enfin, le raisonnement par analogie (qiyâs) a permis de compléter cette loi lorsque cela était nécessaire, cité par Riffat Hassan in Que signifie être musulman aujourd’hui? lire en ligne une sélection de ses articles.

Le Coran et les hadiths sont les deux sources les plus importantes, acceptées par l'ensemble de la communauté musulmane (oumma). Lijma et le qiyas ne sont pas reconnues par les chiites, et les différentes écoles (madhhab) divergent quant à l'utilisation du qiyas.

À ces sources s'ajoutent plusieurs autres secondaires, comme l'opinion personnelle (le ray), lijtihad (effort de réflexion personnelle basée sur les principes généraux de l'islam) ou la coutume (ma`rouf ou `âdah). C'est ainsi que des coutumes préislamiques ont été intégrées dans la loi musulmane.

Historique Définition progressive L'ijtihad (effort de clarification intérieure) permet aux savants de contextualiser et d'adapter les normes en accord avec les sources révélées. Selon le juriste Yadh Ben Achourancien doyen de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, il est inexact de penser que la charia est inerte et immuable. Ce dernier explique qu'elle évolue en fonction des changements de conjonctures diplomatiques et sociologiques, et n'est pas à envisager comme un système contraint à la stagnation, citant de nombreux exemples d'adaptations de la charia..

Jusqu'au milieu du , la connaissance religieuse a été produite uniquement en se basant sur l'ensemble de l'apprentissage et du raisonnement. À cette époque, le résultat de ces activités humaines n'était pas appelé charia mais « connaissance de la religion ». Le terme charia n'était employé que très rarement pour désigner certaines injonctions contenues dans le Coran. Lʿilm peut être rapproché de la tradition et le fiqh de la raison. À cette époque de l'histoire de l'islam, la raison et la tradition étaient considérées par les musulmans comme complémentaires et Rahman pense qu'il y a peu de doutes sur le fait que la charia et la raison n'étaient pas distinctes. À la fin de cette période, la loi a été fixée par le consensus (ijmâ') et une méthodologie de législation a été définie.

À la fin du et au , les rationalistes qui ont développé le mutazilisme opposent la raison à la tradition (charia). Ils ont donc considéré que la théologie et les principes moraux pouvaient être questionnés par la raison humaine. Cette position permettait donc de faire sortir de la charia les principes du Bien, du Mal et de la métaphysique théologique. Les musulmans orthodoxes de cette époque s'opposèrent à cette position et s'efforcèrent de renforcer le pouvoir et la volonté de Dieu par opposition aux mutazilites. Cette opposition a conduit l'orthodoxie musulmane à rejeter explicitement la raison humaine selon l'interprétation de Rahman.

Le mouvement acharite, qui émerge au , tente de faire la synthèse de ces deux positions. En conséquence, tous les sujets pratiques qui ont un impact sur la vie réelle (dont la loi et l'éthique), sont sous l'autorité de la charia ; et tous les sujets purement métaphysiques ou théologiques sont sous l'autorité de la raison. La distinction faite va permettre de distinguer la théologie, qui sera dorénavant appelée « principes de la religion » (asl ad Dîn), et les principes moraux et légaux, désormais connus sous le nom de charia.

vignette|upright=1.15|Monnaies islamiques des Califes bien guidés, (656). Buste imitant le souverain sassanide . Derrière, se trouvent un croissant, une étoile, Basmala et le feu zoroastrien. Son utilisation par un musulman est considérée comme une apostasie dans le fiqh classique. Les pratiques (indiquant une compréhension laïque) sont complètement exclues par les commentaires et les fatwas apportés par les oulémas plus tard.