Marivaux, né Pierre Carlet, baptisé le à Paris et mort le dans la même ville, est un journaliste, romancier et dramaturge français.
Surtout connu pour son théâtre et attaché aux Comédiens italiens, Marivaux est aussi romancier et journaliste, toujours spectateur solitaire d'une société en pleine transformationArticle « Marivaux », Encyclopædia Universalis, 1992, , ..
Il est élu à l'Académie française en 1742.
Il est le cinquième auteur le plus joué par la Comédie française..
Biographie Patronyme Il existe peu de documents et d'informations concrètes, précises et référencées sur la vie de Marivaux ; nombre de celles qui circulent à son sujet sont donc erronées ou infondées.. Trois exemples justifient la prudence dont il faut entourer toute biographie de Marivaux et l'importance de référencer toute information.
Le nom « Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux » n'apparaît jamais comme tel et n'a aucun fondement administratif ou généalogique. Marivaux est né Pierre Carlet. À son entrée à la faculté de droit, il se fait appeler Pierre Decarlet. En 1716, il utilise pour la première fois le nom de « Carlet de Marivaux », en signature de l'épître de l'édition de son Homère travesti.. Quant à Chamblain, c'est le nom de famille de son cousin germain du côté maternel, Jean-Baptiste Bullet de Chamblain, accolé dans des catalogues de libraires..
Éléments biographiques Marivaux est issu d'une famille de nobles originaires de Normandie qui avait fourni un sénateur au Parlement de Rouen. Son père, Nicolas Carlet, travaille dans l'administration de la marine jusqu'en 1698, puis à la Monnaie, où il a acheté, le , une charge de contrôleur-contre-garde à la Monnaie de Riom, dont il est devenu directeur, probablement vers 1703C'est-à-dire contrôleur des Finances.. Sa mère, Marie-Anne Bullet, est la sœur de Pierre Bullet, architecte du roi, qui ouvrira à Marivaux les portes de la Cour..
En 1698, la famille part s'installer à Riom. Il est élève au collège des Oratoriens de Riom de 1704 à 1711Jean Ehrard (dir.), Le Collège de Riom et l'enseignement oratorien en France au , Paris, CNRS Éditions ; Oxford, Voltaire Foundation, 1993., et poursuit sa formation à Limoges, à la fin de ses études secondaires. Il entame des études de droit, mais fréquente surtout les salons littéraires de la ville, où il déclare Molière dépassé. Mis au défi, il écrit, en une semaine, sa première pièce, Le Père prudent et équitable, qui est joué à Limoges en 1708La vocation littéraire de Marivaux n'est donc pas, en soi, la conséquence de la ruine de la famille en 1720..
En , il entreprend, en dilettante, des études à l'École de droit de Paris, plus pour plaire à sa famille que par vocation.. Logé à Paris chez son oncle Pierre Bullet, mort en 1716, il entame, la même année, une carrière de journaliste et de dramaturge en 1716.
Le , il épouse Colombe Bologne, fille d'un riche avocat originaire de Sens, conseiller du Roi, dont la dot permet au ménage de vivre dans l'aisance. Prosper Jolyot de Crébillon signe l'acte comme témoinLui-même attaché à la Cour des aides (Almanach royal, 1717, ), pourrait avoir mis en relation Marivaux et sa future épouse.. La fille unique du couple, Colombe Prospère naquit moins de 7 mois plus tard, le Françoise Rubellin, « Marivaux », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 12 février 2013. ; elle entre à l'abbaye Notre-Dame-du-Trésor de Bus-Saint-Rémy en 1745 et y termine sa vie.
Son père meurt le . La famille est vraisemblablement fortement affectée par la banqueroute de Law en 1720.
Le , il est admis à la licence en droit.. Reçu avocat, il n'exercera jamais.. Il perd son épouse en 1723. Marivaux est élu à l'Académie française en 1742. Malade depuis 1758, Marivaux succombe à une pleurésie le .
Carrière littéraire Son premier texte est une comédie d'intrigue en un acte et en vers le Père prudent et équitable, ou Crispin l'heureux fourbe jouée dans un cercle d'amateurs en 1706 à Limoges et éditée en . En 1712, il édite son premier roman Les Effets surprenants de la sympathie.
Moderne contre les Anciens vignette|redresse|gauche|Édition princeps du Telemaque travesti.
Sa rencontre avec Fontenelle et la fréquentation du salon de Madame de Lambert sont déterminantes.. Il fréquente les « Modernes », et singe les Anciens en traitant dans un esprit néo-précieux enjoué et décalé le patrimoine culturel des écrivains classiques, notamment la littérature homérique, dont il parodie les adaptations contemporaines, avec l'Homère travesti ou L'Iliade en vers burlesques, brocardant, en 1716, l'abrégé de l'Iliade en alexandrins d'Houdar de la Motte, qui est en soi une réponse critique à la traduction en prose d'Anne Dacier.., et Le Télémaque travesti, dont le tome premier n'a paru en 1736, mais qui était rédigé depuis 1714, et qui parodie Les Aventures de Télémaque de Fénelon, parues en 1699..
Le Théâtre italien En 1720, il s'essaie néanmoins à la tragédie classique, en cinq actes et en vers, avec Annibal, joué en à la Comédie-Française, mais ne rencontre pas le succès, et ne reviendra jamais à ce genre..
Il doit son premier succès, la même année, à Arlequin poli par l'amour joué par les acteurs italiens de Luigi Riccoboni. Marivaux apprécie le jeu des comédiens italiens et devient l'auteur attitré de la troupe. La jeune Silvia Balletti devient son interprète idéale et il écrit spécialement pour elle..
Il révolutionne le genre de la comédie : à la comédie de caractères et de mœurs succède la comédie sentimentale, qu'il explore au travers des deux Surprises de l'amour ou de La Double Inconstance, mais surtout de ses pièces devenues de grands classiques du répertoire : Le Jeu de l'amour et du hasard (1730), Le Legs (1736) et Les Fausses Confidences (1737)..
Il compose également des comédies sociales sur des sujets tels que la relation maitre-valet, la liberté et l'égalité entre les individus (L'Île des esclaves en ), ou la situation des femmes (La Nouvelle Colonie en ).. Placées dans des cadres utopiques, ces pièces, qui ont eu peu de succès à leur création, développent ses réflexions sur les relations humaines et ancrent Marivaux dans les Lumières.
Néanmoins, ses succès ne sont jamais éclatants ; les Comédiens Français et leur public ne l'apprécient pas et le Théâtre-Italien reste une scène parisienne secondaire.
Marivaux s'est toujours tenu à l'écart des « Philosophes » et n'a jamais fait partie d'aucune coterie et n'a jamais cherché à tisser autour de lui un réseau de sympathisants dans la république des lettres, malgré son amitié personnelle avec le financier et philosophe Helvétius., qui, très riche, lui payait une pension, comme à beaucoup d'autres gens de lettres.
Le moraliste Parallèlement, il expose ses réflexions dans des journaux dont il est l'unique rédacteur, à la fois conteur, moraliste et philosophe : Le Spectateur françois (25 livraisons entre 1721-1724), inspiré du Spectator anglais, L'Indigent Philosophe (1727) et Le Cabinet du philosophe (1734). Il y décrit la société cloisonnée et hiérarchisée de son temps. Il dépeint avec humour les travers de ses contemporains, développe ses conceptions esthétiques, défend son goût pour une écriture spontanée et son droit de rire des hommes en général « et de moi-même que je vois dans les autres.».
Le romancier vignette|redresse|Édition princeps de La Vie de Marianne.
Marivaux est, avec l'abbé Prévost, un des écrivains qui ont le plus profondément réfléchi sur le paradoxe de l'écriture romanesque.
Sa principale œuvre romanesque est La Vie de Marianne dont la rédaction s'étend sur environ quinze ans (-). L'héroïne, âgée, raconte sa vie, mais entremêle son récit de considérations sur l'amour, l'amitié, la sincérité, la reconnaissance sociale du mérite personnel. Ce roman couvre une semaine de la vie de son héroïne. Il demeure inachevé, mais Marie-Jeanne Riccoboni lui a donné une suite en 1761, Suite de la vie de Marianne.., assez médiocre pastiche néanmoins apprécié par les contemporains, et peut-être même Marivaux lui-même..
Les thèmes de La vie de Marianne se retrouvent dans Le Paysan parvenu, un roman d'apprentissage publié en qui raconte la venue à Paris et l'ascension sociale de Jacob, aidée par ses succès amoureux.
L'académicien À partir de , il fréquente les salons de Anne-Thérèse de Lambert, Marie du Deffand, et surtout Claudine de Tencin, qui devient pour lui une amie précieuse. Grâce à elle., après plusieurs échecs et l'opposition menée par Pierre-Joseph Thoulier d'Olivet, Marivaux est élu à l'unanimité à l'Académie française, le , contre Voltaire.
Académicien modèle, très assidu aux séances, il y prononça plusieurs discours - Réflexions en forme de lettre sur le progrès de l'Esprit humain (1744), Réflexions sur l'esprit humain à l'occasion de Corneille et de Racine (1749), Réflexion sur les Romains et les anciens Perses (1751), sans jamais se dérober aux charges, aux corvées multiples qui lui étaient imposées. Dès lors, il ne composera plus que quelques pièces, à destination de la Comédie-Française, d'ailleurs éditées sans être jouées, et un dialogue, L'Éducation d'un prince (1753).
Théâtre Si le travail de Marivaux en tant que romancier et journaliste reste peu connu, la classification de ses pièces proposée par Marcel ArlandThéâtre complet, Gallimard, 1949. montre que la connaissance de son théâtre, abondant, est elle aussi bornée au seul registre des comédies d'amour, aux dépens en particulier des comédies morales.
La chronologie montre par ailleurs que Marivaux n'a pas abordé successivement ces registres, mais les a alternés tout au long de sa carrière littéraire, attestant ainsi d'une volonté et de capacités à utiliser tous les ressorts de la comédie.
Cinq comédies d'intrigue Le Père prudent et équitable ( ; éd. à Limoges en 1712) ; La Fausse Suivante ou Le Fourbe puni (), Le Dénouement imprévu () ; La Méprise () ; La Joie imprévue ().
Deux comédies héroïques Le Prince travesti () ; Le Triomphe de l'amour ().
Quinze comédies morales Le Legs () ; Les Sincères () ; Le Préjugé vaincu () ; L'École des mères () ; L'Héritier de village () ; Le Petit-Maître corrigé () ; L'Île des esclaves () ; L'Île de la raison ou Les petits hommes () ; La ColonieRéécriture de La Nouvelle Colonie (, non publiée). () ; L'Amour et la Vérité () ; Le Triomphe de Plutus () ; La Réunion des Amours () ; Le Chemin de la fortune () ; Félicie (lue à l'Académie française en 1757, non jouée ; publiée dans Le Mercure en ) ; Les Acteurs de bonne foi (1748, publiée dans Le Conservateur en novembre ).
Registre le plus présent dans le théâtre de Marivaux, celui-ci prolonge ses études journalistiques et le positionne, dans le sillage de Molière, comme un observateur des caractères, mais également dénonciateur des hiérarchies sociales de son temps. C'est à travers ces textes en particulier que Marivaux peut être rattaché au mouvement des Lumières..
Deux drames bourgeois
La Mère confidente () ; La Femme fidèle ().
Dix comédies d'amour Arlequin poli par l'amour () ; La Surprise de l'amour () ; La Double Inconstance () ; La Seconde Surprise de l'amour () ; Le Jeu de l'amour et du hasard () ; Les Serments indiscrets () ; L'Heureux Stratagème () ; Les Fausses Confidences () ; L'Épreuve () ; La Dispute ().
Autres pièces Arland n'ignore pas les limites de sa classification et renvoie à d'autres tentatives ; la sienne exclut d'ailleurs Annibal (), Mahomet second (1726 ? Tragédie inachevée en prose), La Commère () et La Provinciale ().
Deux pièces sont perdues : L'Heureuse Surprise, et L'Amante FrivoleLue à l'Académie française le , selon Larroumet, , p. 616..
Cadre thématique Castigat ridendo mores