vignette|240px|Bible de Gutenberg, vers 1455.

On appelle par convention Vulgate la réunion des livres de la Bible, traduits en Latin pour la plupart à nouveaux frais par Jérôme de Stridon à la fin du ; d'autres livres (surtout le Psautier et le Nouveau Testament) ont seulement été révisés par Jérôme à partir des traductions vieilles latines antérieures à Jérôme.

Il faut donc distinguer plusieurs familles de bibles latines que le langage courant qualifie de Vulgate. la Vulgate hiéronymienne est un titre uniforme qui désigne l'ensemble des traductions hiéronymiennes, bien que celles-ci ne répondent pas à un projet éditorial systématique et intégral; la Vulgate proprement dite est une codification ecclésiastique indépendante de l'initiative de Jérôme, bien que réunissant une grande partie de ses traductions. les différentes recensions de la Vulgate, en particulier la Vulgate sixto-clémentine, caractérisées par le respect de la tradition textuelle de Jérôme et des textes associés : Les recensions antérieures à Jérôme sont appelées « Vieilles latines » («Vetus Latina ») mais ne relèvent pas d'un projet homogène unique et ne portent pas le titre de Vulgate. Les traductions d'Érasme au sont des recensions savantes personnelles, mais ne concernent que le Nouveau Testament et sont sans rapport ni avec Jérôme, ni avec les codifications reçues par l'Église catholique. La révision de la Vulgate pour l'Église catholique latine promulguée en 1979 par Jean-Paul II sous le titre de "Nova Vulgata" (« Néo-Vulgate ») n'a de Vulgate que le nom. Bien qu'elle s'en défende, elle rompt avec le respect de la tradition textuelle philologique des traditions hiéronymiennes établies par l'édition maior critique des Bénédictins de San Geronimo in Urbe (Rome 1910-1984). En choisissant de les corriger, parfois sans motif réel, à partir de la connaissance moderne des langues bibliques premières (grec et hébreu), on rompait avec la tradition philologique ancienne et moderne qui veut que la critique textuelle biblique respecte l'unité philologique des traditions textuelles sans intervention anachronique à partir de critères hétérogènes et surtout anachroniques.

Recensions de la Vulgate La Vulgate a pris la forme d'une collection homogène, codifiée en un ou plusieurs volumes après saint Jérôme et non par lui, entre le et la fin du . Elle s'est progressivement imposée comme la forme de la Bible courante et commune ("Vulgata") reçue par les Églises d'Occident. Elle correspond à un certain canon ou liste de livres bibliques reçus par l'usage, relativement stable mais non figé. Les livres s'y suivent dans un ordre qui varie énormément jusqu'au . Chaque livre est précédé de pièces liminaires composées principalement (mais non exclusivement) d'écrits de saint Jérôme : préfaces, lettres, sommaires récapitulatifs et de listes de chapitres.

La Vulgate a connu plusieurs recensions successives, toutes caractérisées par le souci de transmettre la tradition hiéronymienne et les recensions associées dans le respect de leur cohérence philologique et sans les corriger par le recours aux langues premières. On distingue ainsi la Vulgate hiéronymienne (originale), la recension d'Alcuin au , la recension des bibles atlantes des , la Vulgate des libraires de Paris du , les recensions dominicaines et franciscaines partiellement éclairées par la littérature des correctoires bibliques. En 1454, Gutenberg fait d'une recension dérivée de la bible des libraires de Paris le premier livre imprimé en Europe : c'est la Bible de Gutenberg. Le texte de la Vulgate est fixé en détail par le pape Clément VIII en 1592, dans une version dite « sixto-clémentine » qui fait autorité dans l’Église catholique romaine jusqu'en 1979 ;

Terminologie Le terme vulgate vient du latin vulgata, qui signifie « rendue accessible, rendue publique », lui-même de vulgus, qui signifie « foule ». Le terme Vulgate (vulgata) appliqué à la version latine de la Bible est anachronique concernant le travail de Jérôme de Stridon : ce n'est qu'à partir du début du qu'il sert à désigner habituellement les bibles latines dont les versions ont été plus ou moins stabilisées depuis l'édition faite à Mayence vers 1450. Afin d'identifier ce texte stabilisé, le Concile de Trente de 1546 utilise l'expression « vetus et vulgata editio »..

Quand Jérôme ou son contemporain Augustin d'Hippone utilisent le terme vers le , c'est plutôt pour désigner la Bible grecque commune non révisée — ou les traductions latines antérieures à Jérôme et que celui-ci juge d'ailleurs inexactes. — connue sous le nom actuel de Vetus Latina (« vieille [bible] latine »).

Enfin, le texte connu sous le nom de Vulgate de nos jours n'était toujours pas fixé au ni son usage réellement « vulgarisé » : celui-ci commencera à réellement se répandre aux alentours de 850, notamment grâce à la diffusion des bibles carolingiennes illustrées dites « Bibles de Tours », la Bible de Moutier-Grandval ou encore la Bible Vivien. Pendant tout le Moyen Âge, cependant, le texte dit de la Vulgate continue à se diffuser avec de nombreuses variantes textuelles.. À la fin du , cependant, le texte des Bibles latines contenu dans les manuscrits bibliques, mais aussi dans les livres liturgiques (missels, lectionnaires…), reste encore hétérogène et on peut ne pas lire exactement le même texte latin dans deux Bibles complètes différentes.

Contenu La Vulgate est « un ensemble composite qui ne saurait simplement être identifié avec le travail de Jérôme », car la Vulgate contient aussi des Vetus Latina..

Jérôme de Stridon vignette|260px|Saint Jérôme par Le Caravage.

Traductions de l'Ancien et du Nouveau Testament À partir du , le nombre croissant de convertis au christianisme qui sont de langue ou de culture latine nécessite que les textes sur lesquels s’appuie cette religion leur soient accessibles. Cette demande est rencontrée par des traducteurs locaux, sans coordination ni systématisme. Il en résulte une grande variété de manuscrits et de versions des textes, aggravée par les processus de copie qui peuvent occasionner des fautes, des adaptations, ajouts ou retraits de la part des copistes..

Au , les traductions latines des textes de la Bible qui se répandent en Occident sont réalisées à partir de la version grecque et sont caractérisées, à l'origine, par leur littéralisme. Elles seront désignées par la suite sous le terme générique de Vetus latina, « vieille latine », dont il existe deux types de variantes : l'une africaine, la plus ancienne, et l'autre européenne mais qui dépendent toutes de la Septante grecque.. Ces traductions en latin finissent par devenir fort diverses en qualité et en précision, cumulant les fautes de copies et laissant à désirer tant sur le plan de l'exactitude ou de la conformité vis-à-vis des versions grecques récentes que sur celui de la qualité littéraire : la médiocrité stylistique combinant les fautes de grammaire ou de syntaxe à l'étrangeté du vocabulaire paraît indigne de la parole de Dieu aux lettrés chrétiens..

Ainsi, à cette époque, il existe presque autant de versions des textes bibliques qu'il y en a de copies, et l'évêque de Rome, Damase (366-384), vraisemblablement préoccupé par cette grande diversité des textes qu'il étudie, commande à Jérôme — un de ses collaborateurs occasionnels. qui a été ordonné par Paulin II d'Antioche, un évêque considéré comme schismatique par certains nicéens radicaux de l'épiscopat oriental. — d'en produire une version fiable.

Nouveau Testament vignette|upright=0.9| dans la Bible de Gutenberg.C'est donc vraisemblablement à l'instigation de DamaseCe point est débattu ; . que Jérôme traduit les Évangiles à Rome, entre 383 et 384, en s'appuyant sur les manuscrits grecs d'une version courante en Orient. Plutôt que de composer une traduction renouvelée qui pourrait heurter les habitudes, il révise une version européenne de la Vetus Latina des Évangiles — vraisemblablement une version d'Eusèbe de Césarée. — dont il améliore la fluidité et la couleur latine.

Ancien Testament

Concernant l'Ancien Testament, la plupart des chercheurs contemporains s'accordent sur le fait que Jérôme a accompli son travail de traduction entre 390 et 405.. Doué d'une bonne connaissance du grec qu'il perfectionne durant six ans à Antioche., Jérôme apprend l'hébreu lors de sa retraite dans le désert syrien avec un moine d'origine juive converti au christianisme puis il noue une relation avec certains érudits juifs, relation qu'il poursuit tout au long de sa carrière.. Faisant face à des difficultés d'interprétation, il se rend en Palestine pour consulter les docteurs juifs, spécialistes du texte hébreu. Son désir est de retrouver la veritas hebraica par-delà l'héritage grec. Néanmoins, le niveau de maîtrise de l'hébreu par Jérôme demeure en débat au sein de la recherche du ..

Jérôme traduit l’Ancien Testament à partir d’un texte hébreu proche du texte massorétique., à Bethléem entre 390 et 405.. Il s'appuie également sur la version grecque issue de l'édition officielle d'Eusèbe, commandée par l'empereur Constantin à l'issue du premier concile de Nicée de 325., version qui est également la source des grands onciaux du . Concernant l'ordre des traductions, la recherche actuelle propose la datation suivante : les Prophètes, Samuel, les Rois, les Psaumes. et Job sont achevés vers 393 ; Esdras, Néhémie et les Chroniques vers 394-396 ; les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques vers 398 ; enfin le Pentateuque, Josué, les Juges, Ruth et Esther entre 398 et 405.

Il n'a pas traduit les livres deutérocanoniques, à l'exception de ceux de Tobie et de Judith, deux livres que Jérôme traduit depuis l'araméen ; il a aussi traduit les additions au livre d'Esther à partir du grec de la Septante, et les ajouts au livre de Daniel à partir du grec hexaplaire de Théodotion..

Psautier Jérôme a produit deux révisions du Psautier romain et une traduction du livre des Psaumes. La première est une révision du psautier vieux latin connu sous le nom de Psautier romain, effectuée entre 382 et 385. Cette révision n'a pas été conservée comme telle.. Elle subsiste partiellement dans les passages communs au Psautier Romain et au Psautier hexaplaireconservée.

De retour à Bethléem entre 386 et 389, Jérôme se livre ensuite à une nouvelle révision du même Psautier romain, mais cette fois ci à partir du texte hexaplaire (en grec) de la Septante d'Origène, c'est-à-dire de la réception du Psautier hébreu lu par les juifs hellénophones d'Alexandrie. Le Psautier hexaplaire hiéronymien doit être distingué de la version adaptée à l'usage liturgique dans l'espace germano-franc (Gallia)Gaule à partir de la seconde moitié du . C'est à lelle seule que convient le titre de Psautier gallicanMartin Morard, "Fortunes et tribulations du Psautier Romain ou les recensions latines du Psautier hébreu traduit à partir du grec" in : Sacra Pagina, IRHT-CNRS, 2026. Consultation du 01/06/2026. [avec comparaison mot à mot du Psautier romain et du Psautier gallican].. Bien qu'il existe d'autres ., l'édition de la Bible réalisée à la fin du et au tout début du par Alcuin n'inclut que le Psautier hexaplaire à à l'exclusion du Psautier iuxta Hebreos et du Psautier romain, pourtant encore en usage dans la liturgie.. Le psautier hexaplaire, dans une version proche du Psautier gallican, est également la seule recension du Psautier de la Vulgate sixto-clémentine.

Enfin, Jérôme a traduit les Psaumes à partir du texte hébreu mais cette version n'a jamais fait l'objet d'une utilisation liturgique et est absente de la Vulgate sixto-clémentine.

Vetus Latina La Vetus latina n'appartient pas à la Vulgate. Seuls les traductions vieilles latines de certains livres bibliques ont été intégrées à la Vulgate hiéoronymienne. Nouveau Testament