Le seau de Giberville est un artefact découvert lors de fouilles archéologiques sur le territoire de la commune de Giberville, dans l'actuel département du Calvados de la région Normandie, en France. Il est conservé au musée de Normandie à Caen.
Ouvrage daté de l'Antiquité tardive, il est retrouvé lors de fouilles menées dans les sur le site d'une nécropole mérovingienne. Pratique très ancienne, le dépôt de seaux dans les tombes reprend dans l'espace de la Gaule à partir du . Le seau de Giberville est retrouvé dans le contexte d'une nécropole utilisée de la fin du .
Constitué de bois d'if et de bronze, l'artefact est pourvu d'un riche décor interprété comme des représentations d'un empereur romain et d'une scène de chasse. Du fait de ce décor, le seau est interprété par le fouilleur comme un don d'un empereur à un membre d'une communauté barbare, objet conservé par la suite et enterré avec une femme au début du . Il est donc un témoin de la période de transition entre la fin de l'Empire romain d'Occident et le début de l'époque mérovingienne.
Même si des fragments d'autres seaux similaires existent, l'état de conservation remarquable ainsi que l'iconographie de l'exemplaire de Giberville en font un objet très rare.
Localisation Le seau est découvert lors de fouilles archéologiques d'une nécropole de à Giberville, au lieu-dit dans les années 1970. Giberville est située à de l'Orne et de son affluent, la Gronde et à au sud-sud-ouest du camp romain de Bénouville, fouillé en 1851.
Le nom de la localité n'est pas attesté avant 1066, puis en 1082, sous la forme Goisbertivilla. C'est une formation toponymique médiévale caractéristique en -ville au sens ancien de , dont le premier élément Giber- représente l'anthroponyme germanique Gausbert(us). Le nom du lieu-dit est une formation toponymique médiévale sans doute postérieure. Il signifie . Le toponyme garde le souvenir de la destination funéraire du lieu.
Histoire Contexte général Question historiographique vignette|gauche|alt=Carte de l'Empire romain avec les différentes frontières administratives|L'Empire romain en 395. La question des dernières décennies de l'Empire romain d'Occident et des relations avec les arrivants issus de entraîne une position historiographique à partir du , l'Empire dans cette optique acceptant la création d'entités politiques indépendantes en son sein. L'expression est répandue dans l'historiographie française de la fin du et du début du . L'historiographie exagère .
La question de l' prend en compte la romanité et la citoyenneté romaine, dont la nature est modifiée par l'édit de Caracalla de 212, par l'intégration de tous les hommes libres de l'Empire.
La notion de entre l'Empire romain et le monde barbare est remise en question par les travaux historiques et l'archéologie. Les changements à l’œuvre dans l'Antiquité tardive dans l'espace de la Gaule sont complexes, à la fois dans l'espace géographique et pour les différentes couches sociales. L'espace de la Gaule est fragmenté entre un nord , une Gaule armoricaine marginalisée du pouvoir romain et un sud encore administré par des élites romanisées jusqu'à la chute de l'Empire.
Les peuples fédérés installés dans l'Empire le sont dans des royaumes clients situés dans ses frontières mais : les clients fournissent des soldats auxiliaires, et Rome concède de l'argent et des aux élites barbares. Les rois barbares dans ce contexte ont autorité sur leur peuple uniquement. L'installation des royaumes clients prend place dans un mouvement mis en place à partir de 411 par Flavius Honorius et son Constance en Gaule, prenant acte des limites du système antérieur du en le remplaçant par une .
Changements du Les royaumes barbares sont au départ des dont les souverains souhaitent faire carrière dans l'armée romaine et assurer la subsistance de leurs peuples. Les guerriers barbares participent à la bataille des champs Catalauniques qui permet de faire reculer Attila et ses troupes.
vignette|alt=Vue d'une reproduction de deux pages d'un manuscrit ouvert, avec une page de texte et une page d'illustrations|La , fac-similé exposé en 2022-2023 au musée Jean-Claude-Boulard Carré Plantagenêt du Mans dans l'exposition Au pied du Mur consacrée à l'enceinte gallo-romaine de la ville.
La Gaule du Nord s'appauvrit du fait de l'absence de troupes à entretenir sur le , les élites se rapprochant du pouvoir franc. En effet, l'Empire souhaite désormais protéger en priorité la Gaule du sud et l'Italie. En 439, les Vandales prennent Carthage par rapport aux traités conclus ; l'impossible reprise de la capitale de l'Afrique romaine a pu conduire à l'acceptation des royaumes de la fin du par l'Empire romain d'Orient.
Au , le secteur du Nord de la Gaule, entre Somme et Loire, rejette l'autorité impériale dans . Même si peu de sources sont disponibles, le mouvement est peut-être lié à l'usurpation de Constantin III. L'usurpateur est tué par les troupes d'Honorius en 411 à Arles. Pendant la période troublée, les troupes du Rhin ou protégeant la Manche se retirent, ne pouvant empêcher de nouveaux arrivants. Les soutiens à l'usurpateur ou les personnes soutenant le sont pourchassés par le pouvoir central qui reprend pied et réorganise les défenses vers 411-416 selon les éléments issus de la ; cette reprise en mains reste cependant incomplète et les provinces armoricaines restent agitées tout au long du siècle, leur ralliement à Clovis pouvant être interprété comme le ralliement des élites religieuses à un chef chrétien dans un contexte marqué par l'arianisme présent en particulier chez les Wisigoths.
Histoire du site et de la nécropole Rites funéraires entre continuité et changements vignette|gauche|alt=Carte de l'actuelle Normandie avec délimitations des circonscriptions antiques|Carte des territoires des cités romaines sous le Bas-Empire romain dans l'emprise de l'actuelle Normandie.
Les rites funéraires romains sont composés d'un banquet funéraire, d'un sacrifice et de la mise en terre du corps ou de l'urne contenant les cendres du défunt. La sépulture contient du mobilier, lié au banquet mais aussi destiné à accompagner le défunt. Dans l'Antiquité tardive, selon les nécropoles fouillées de l'actuelle Normandie, les rites perdurent et une majorité d'inhumations est à signaler, toujours à l'écart des lieux d'habitation. Le christianisme fait disparaître ce dernier en rapprochant la dernière demeure des défunts des espaces occupés par les vivants.
vignette|alt=Stèle de pierre taillée en biseau et présentant un visage stylisé|Stèle funéraire découverte à Mondeville au début du et datée du .
Les mercenaires d'origine barbare adoptent les rites en usage, dont l'obole à Charon ou le dépôt d'éléments de vaisselle. Les rites liés à l'inhumation et les objets déposés dans les sépultures sont des marqueurs du niveau social du défunt ou de la défunte. Le cadavre est déposé dans un coffrage de bois présent dans une fosse et muni d'un couvercle. Les tombes sont surmontées d'un , avec une stèle ou tout autre élément pouvant comporter le nom de la personne inhumée.
Les nécropoles dans les campagnes ont une origine familiale autour d'une ou deux tombes, les tombes les moins pourvues en mobilier correspondant aux . Installées le long d'une voie de communication et en limite territoriale, leur utilisation peut durer de quelques générations à deux ou trois siècles. Les chapelles, dans le mouvement de christianisation, commencent à s'implanter dans les campagnes aux .
Les populations sont inhumées avec des vêtements traditionnels, dont les tissus ne sont pas conservés ; cependant, les fibules peuvent être retrouvées par les archéologues. Les sépultures de femmes comportent des épingles, témoignant de coiffes spécifiques. Les sépultures, marquées parfois par (comme à Airan), témoignent d'un avec des rites funéraires gallo-romains et une inhumation dans des costumes traditionnels. La présence étrangère est déduite selon les spécialistes de la présence de plusieurs objets spécifiques, fibules, épingles ou peignes. Les tombes masculines comportent des ceintures avec des plaques-boucles fabriquées dans les régions du Barbaricum.
vignette|alt=Localisation de Giberville sur la carte du Calvados actuel et en filigrane délimitations administratives du Bas-Empire romain|Localisation de Giberville sous le Bas-Empire romain.
Nécropole de la plaine de Caen occupée du L'occupation est ancienne dans ce secteur de la plaine de Caen, . Une ferme indigène est attestée ainsi qu'un enclos funéraire situé à de la zone du Martray. À environ de la ferme, les archéologues dégagent au des éléments datés du Haut-Empire, un bâtiment interprété comme une tannerie et un trépied de bronze.
La plaine de Caen a pu favoriser des . Le village a pu comporter une quinzaine de familles au haut Moyen Âge. Les fouilles permettent d'identifier deux nécropoles de cette période à Giberville. Les sépultures du secteur témoignent d', en relation avec une activité commerciale datant de l'Empire romain et pas seulement une activité agricole. L'étude anthropologique des squelettes ayant pu être analysés témoigne d'un aspect gracile surtout pour les femmes, et d'une taille moyenne de pour les hommes et pour les femmes, stature plus importante que dans la nécropole de Saint-Martin-de-Fontenay. La communauté avait sans doute . Au , les squelettes féminins restent graciles, mais la stature est plus haute ; les hommes sont moins grands mais plus robustes. La morphologie de la population change lentement avec sans doute une plus grande ouverture sur l'extérieur. La proportion des sépultures de non-adultes est de au et de au . La classe d'âge est surreprésentée dans les sépultures de non-adultes inhumés, et, pour le , la surmortalité concerne les . Les tombes du comportent une faible proportion d'hommes jeunes et une part équilibrée de femmes jeunes ou âgées de plus de . Au siècle suivant, la situation pour les femmes connaît une amélioration, mais une aggravation pour les hommes jeunes, dont la part dans la nécropole passe de à , cette évolution pouvant être liée à .
La nécropole est utilisée de la fin du . La tombe dans laquelle le seau est trouvé est datée pour sa part du début du . Seule une vingtaine de tombes tardives comportent des sarcophages. La nécropole est organisée en rangées et les sépultures sont orientées tête à l'ouest et pieds à l'est. Les archéologues retrouvent des traces de cercueils en bois. Une seule crémation est révélée par les fouilles.
Il existe des groupes de tombes. Certains caractères physiques étudiés par les archéologues permettent de supposer une parenté entre sujets inhumés à proximité les uns des autres. Les traces d'un enclos funéraire sont également retrouvées : cet enclos était matérialisé par une clôture dont on a retrouvé les marques de trous de poteaux, d'un diamètre de à ; un poteau d'un diamètre de contenait une qui avait comme fonction de signaler le site du cimetière. La taille de l'enclos n'a pas changé au cours de l'histoire de la nécropole. Les poteaux dépassaient le sol sur une hauteur d'environ et la chandelle faisait le double de cette hauteur. Les tombes étaient signalées par des stèles, blocs pointus en pierre.
vignette|gauche|alt=Vitrine de musée avec de nombreux bijoux à l'intérieur|Vitrine consacrée aux éléments de costume féminin du au musée de Normandie.
Christian Pilet évoque comme datation pour l’œuvre la fin du , tout comme Jean-Yves Marin qui concède que le seau est de fait de l'inscription fragmentaire qu'il porte. La tombe dans laquelle le seau est découvert était celle d'une femme au sein d'un groupe de sépultures entourant celle d'un individu portant des armes, épées ou hache. Les tombes de ces individus sont appelées par les archéologues . Les tombes féminines proches de ces sépultures ont livré un riche matériel, fibules, colliers, vaisselle en verre ou en bois.