vignette|Cippe de Quintus Matisonius PollioDécouvert dans le puits de Trion en janvier 1886, Haut. 119 cm, larg. 38 cm. A. Allmer, P. Dissard, 1890, III, p. 326-327, n° 352 ; CAG n° 546 ., , Musée Lugdunum.
L'épigraphie lyonnaise regroupe l'ensemble des documents épigraphiques retrouvés sur le site de Lyon, en France. Dès la Renaissance, des ouvrages recensent les inscriptions antiques ou du haut Moyen Âge, et cette science se développe progressivement, les lettrés de l'époque regroupant les textes trouvés au hasard ou sur des pierres de remploi. Les premiers catalogues de grande ampleur sont réalisés au . Au cours du , les fouilles archéologiques augmentent considérablement la masse documentaire et la collection d'épigraphie lyonnaise est à présent l'une des plus importantes de France.
Historiographie de l'épigraphie lyonnaise Dès la Renaissance, des lettrés étudient l'épigraphie locale et établissent des catalogues d'inscriptions antiques. La création du musée des Beaux-Arts en 1801 permet de regrouper les découvertes. Des catalogues complets sont établis, en premier lieu par François Artaud. Au , plusieurs travaux d'érudition tendant à l'exhaustivité sont réalisés.
Renaissance À la fin du Moyen Âge, les épitaphes des évêques inhumés dans l'église Saint-Nizier sont recopiées. Il s'agit de la première trace de copie d'épigraphies lyonnaises.
À la Renaissance à Lyon, le recueil et l'étude des textes gravés antiques sont une passion pour les lettrés locaux et la grande majorité s'y adonnent dans le cadre d'un retour en grâce de l'étude de l'Antiquité en général. Les humanistes Pierre Sala, Symphorien Champier, Claude de Bellièvre, Guillaume Paradin, Guillaume du Choul écrivent sur ce sujet, composant les premiers recueils imprimés.
vignette|gauche|Pierre Sala, un des premiers épigraphistes lyonnais.Portrait tiré du Petit Livre d’Amour, Londres, The British Library.
Les deux plus anciens recueils sont composés au tout début du , et sont insérés dans des ouvrages plus vastes : Antiquités de Lyon par Pierre Sala et Antiquitate Civitatis Lugdunensis par Symphorien Champier. Seul le second a été publié en 1507 ; puis republié en 1537 avec l'ajout de la transcription de la table Claudienne. Ces deux textes ne compilent qu'une vingtaine de textes. À la même époque, l'humaniste et architecte italien Fra Giocondo édite un ensemble de quarante-six textes lyonnais, sans toutefois préciser la manière dont il les a recueillis.
Au cours du , trois recueils plus importants sont édités dans la cité rhodanienne. Claude de Bellièvre, qui fait acheter la table Claudienne par le consulat en 1528, compile dans un texte resté inédit à son décès quatre-vingts inscriptions ; compilation connue sous le titre de Lugdunum Priscum constituant alors le premier véritable corpus lyonnais. En 1559, le florentin installé à Lyon Gabriel Simeoni achève L'origine e le antichità di Lione où il regroupe quatre-vingt-dix textes. Ce manuscrit conservé à Turin est très utile par ses cent quarante illustrations, qui sont des sources uniques sur l'état des ruines antiques à cette époque. Il a été publié en 1846 par Jean-Baptiste Monfalcon mais sans les illustrations. Enfin, en 1573, Guillaume Paradin insère à la fin de ses Mémoires de l'histoire de Lyon une section avec soixante-dix inscriptions qui se révèlent fort exactes. Plus anecdotique, il existe également les écrits de Guillaume du Choul qui dans plusieurs de ses textes (Antiquités romaines et Discours sur la religion) note des inscriptions antiques. Toutefois, un de ses manuscrits où il avait copié des épigraphies gauloises est perdu.
Durant la Renaissance, les humanistes lyonnais sont en relation avec de nombreux savants européens notamment en ce qui concerne les études antiques. Ainsi, lorsque Jean MatalNotice Bnf réalise sa grande œuvre épigraphique à Rome, il ne manque pas de solliciter les humanistes lyonnais tel Du Choul. Il compile ainsi cinquante-cinq inscriptions recueillies par un ecclésiastique de Bourges. De la même manière, le Corpus absolutissimum de Jean Gruter est réalisé avec l'aide épistolaire de nombreux lettrés lyonnais comme Paradin.
Époque moderne vignette|Autel tauroboliquedécouvert en 1704 au Clos Brougeat. Haut. 140 cm, larg. 45 cm. A. Allmer, P. Dissard, 1888, I, p. 15-25, n° 5 ; CAG n° 515., ; Musées Lugdunum.
Au , Jacob Spon travaille à son tour sur l'épigraphie antique. Il publie Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon dans lequel il décrit de manière minutieuse les inscriptions dispersées dans la cité, pour un total d'environ cent-cinquante textes.
Au , il n'y a pas de travaux de grande ampleur sur l'épigraphie lyonnaise mais les sociétés savantes et les érudits publient régulièrement des articles sur le sujet : en particulier lorsque de nouvelles découvertes leur en donnent l'occasion. Ainsi, l'autel taurobolique trouvé en 1704 a suscité de nombreux travaux et monographies.
vignette|gauche|Buste de François Artaud, par Clémence Sophie de Sermézy, Musée des beaux-arts de Lyon.
Au sortir de la Révolution, la création du musée des Beaux-Arts va donner l'occasion à son directeur François Artaud et aux élites lyonnaises de regrouper en un lieu unique l'ensemble des découvertes lapidaires. Avant la mise en place des collections, Aubin-Louis Millin publie un état des lieux des inscriptions visibles en ville après les confiscations révolutionnaires.
Artaud installe les pierres gravées sous les voûtes du jardin intérieur du bâtiment, en les disposant de manière esthétique. Il publie également trois catalogues successifs, au sein desquels le nombre d'inscriptions augmente nettement, passant de 66 en 1808 à 150 en 1830 ; illustrant la politique volontariste d'acquisition. Cette politique, appelée de renfermement à l'époque, sera constamment poursuivie par ses successeurs, ce qui explique la concentration en un seul lieu de nos jours du corpus épigraphique lyonnais.
Les recueils d'Artaud sont augmentés par son successeur Ambroise Comarmond dans son ouvrage Description du Musée lapidaire de la Ville de Lyon. Cet ouvrage reprend le classement des pièces en fonction de leur place sous les arcades du palais Saint-Pierre, et ne propose pas de notices d'une grande exactitude scientifique.
Au milieu du , Alphonse de Boissieu étudie également l'épigraphie et rédige un important ouvrage, Inscriptions antiques de Lyon, et de nombreux articles sur tous les thèmes de l'antiquité lyonnaise. Son ouvrage principal, publié en fascicules et illustré de fac-similés lithographiés de Jean-Marie Fugère, est salué par les spécialistes de l'époqueTheodor Mommsen, Annali dell'Istituto di Corrispondenza Archeologica, 25, 1853, . et reste une référence durant plusieurs décenniesCet ouvrage reste utile de nos jours pour les descriptions qu'il propose des quelques pièces épigraphiques disparues depuis.. Ayant réalisé un travail bien plus solide que celui de Comarmond, Boissieu ne cesse d'accuser ce dernier de plagiat et classe les documents lapidaires par grandes catégories.
Au milieu du , Jean-Baptiste Monfalconnotice sur data.bnf.fr publie également de nombreux ouvrages sur l'épigraphie lyonnaise, sans apporter rien de mieux que l'ouvrage de Boissieu. On lui doit toutefois la réédition de la Recherche des Antiquités et Curiosités de la Ville de Lyon de Jacob Spon qu'il a éditée avec l'aide de l'épigraphiste Léon Renier et à laquelle il annexe un grand nombre d'inscriptions.
vignette|Auguste Allmer, 1899.
À la fin du , deux projets éditoriaux vont rassembler un corpus encore plus large : celui d'Auguste Allmer et Paul Dissard et celui de l'allemand Otto Hirschfeld. Ces deux œuvres maitresses permettent à l'épigraphie lyonnaise de disposer au tournant des de deux corpus complets et scientifiquement à la pointe de la recherche.
Le premier travail, réalisé en cinq volumes entre 1888 et 1897 par les codirecteurs du musée des Beaux-Arts bénéficie d'un important travail réalisé à la suite de fouilles entreprises dans la nécropole du quartier de Trion. Plusieurs publicationsNotamment : Auguste Allmer, Découverte de monuments funéraires et d'objets antiques au quartier de Trion : rapport lu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon dans la séance publique du 29 mai 1885, Lyon : Association typographique F. Plan, 1885, 47 p.-1 f. de planches. décrivent une centaine de nouvelles inscriptions et une synthèse est éditée en 1887. Le nouveau corpus reprend ainsi l'ensemble du travail accompli et décrit l'ensemble des collections du musée qui disposent alors de 480 pièces ; mais également les œuvres perdues ou non entrées au musée.
Le second travail est réalisé par Otto Hirschfeld, aidé par Allmer. Il intègre le recensement des inscriptions lyonnaises dans la première partie du volume XIII du monumental Corpus Inscriptionum Latinarum, qu'il publie en 1899 sous le titre .
vignette|gauche|Épitaphe du céramiste Trévère A...ranius V... - Détail du signe de l'asciaDécouvert dans les fondements de l'ancienne église de Vaise en 1846. Haut. 143 cm, larg. 77 cm, épais. 35 cm. A. Allmer, P. Dissard, 1889, II, p. 458-460, n° 173 ; Nouvel Espérandieu, t. II, 2006, n° 282, pl. 109 ; CAG n° 645 . , Musée Lugdunum.
Le développement de l'archéologie scientifique, puis des fouilles préventives va poursuivre l'enrichissement du corpus durant les . Il s'établit actuellement à environ neuf-cents textes, ce qui en fait le troisième corpus français après ceux de Narbonne et de Nîmes.
Au début du les seules entreprises éditoriales de grande ampleur sont en 1916 celle de Hirschfled et H. Finke, les addendas du C.I.L., puis en 1943 la publication d'index très détaillés. En 1963, les Inscriptions latines des trois Gaules publiées par Wuilleumier décrivent une centaine de nouvelles inscriptions. Et si en 1976, Marcel Le Glay et Amable Audin fournissent une trentaine de nouvelles pièces dans les Notes d'épigraphie et d'archéologie lyonnaises, de même que Descombes et Reynaud en 1978 dans un article de Rivista di archeologia cristana, il n'y a pas eu à ce jour de nouvelles publications globales des richesses lyonnaises.
À la fin des années 2000, comme le rythme des découvertes des dernières décennies du est resté élevé, se ressent le besoin de réaliser une nouvelle synthèse. Deux projets de grande ampleur vont la réaliser.
En premier lieu celui des Inscriptions latines de Gaule lyonnaise (I.L.G.L.) dirigé par François Bérardnotice sur archeo.ens.fr et François Richard. Ce groupe composé de personnes du CNRS, de l'université et du musée Lugdunum travaillent dans le cadre fixé pour les Inscriptions latines de Narbonnaise ; ; .
Le second projet est le R.I.C.G. dont le volume lyonnais a été dirigé par M.-H. Soulet.
Structure de l'épigraphie lyonnaise L'épigraphie lyonnaise ne couvre pas toutes les périodes de l'antiquité et du haut Moyen Âge ; elle est particulièrement riche pour les périodes 150-200 et . L'origine des pierres se concentre essentiellement autour de six zones : Fourvière, Vaise, la rive droite de la Saône, le bas de la Croix-Rousse, certains endroits de la presqu'île, et les voies romaines, pour les nécropoles. Les inscriptions nous renseignent sur tous les aspects de la vie de la cité, religion, rites funéraires, politique, artisanat et commerce.
Origine temporelle vignette|Coffret cinéaire d'Appia : détail du décor centralDécouvert dans les fondements de l'ancienne église de Vaise en 1846. Haut. 30 cm, larg. 61 cm, épais. 11 cm. A. Allmer, P. Dissard, 1890, III, p. 171-172, n° 259 ; P. Wuilleumier, Gallia, 1953, p. 132-133 ; P. Wuilleumier, , 1963, p. 96-97, n° 246 ; Nouvel Espérandieu, t. II, 2006, n° 275, pl. 107 ; CAG n° 597 , , Musée Lugdunum.
Les textes épigraphiques retrouvés à ce jour ne sont pas répartis uniformément sur l'ensemble des périodes historiques. La très grande majorité datent des époques antonine, sévérienne et de la période paléochrétienne ().