Le préservatif ou condom (ou capote, dans le registre familier) est un étui mince et souple, imperméable au sang, au sperme ainsi qu'aux sécrétions vaginales et péniennes, fabriqué en latex ou en polyuréthane. Il en existe deux types : le préservatif externe (masculin) et le préservatif interne (féminin).

Le préservatif s'avère être très efficace pour empêcher la transmission des infections sexuellement transmissibles (IST) par les sécrétions vaginales, péniennes et le sperme mais n'offre pas de protection face aux IST présentes sur les surfaces cutanées de la zone génitale. Ainsi le préservatif, correctement utilisé lors d'une relation sexuelle avec pénétration, est le seul contraceptif qui protège de la transmission du VIH et de l'hépatite B. Il ne constitue pas, en revanche, une protection efficace contre d'autres IST occasionnant un nombre important de décès, comme la syphilis (30% de protection seulement)Haute autorité de santé - Commission nationale d'évaluation de dispositifs médicaux et des technologies de santé - Préservatif masculin lubrifié : « Efficacité sur la syphilis : 30 % » ou encore le papillomavirus humainStop HPV - Les papillomavirus humains - « Le préservatif ne protège pas efficacement des HPV, mais reste nécessaire contre les autres Infections Sexuellement Transmissibles (IST). », responsable de plusieurs types de cancers dont le cancer du col de l'utérus et contre lequel seule la vaccination s'avère efficace. Enfin, il ne permet pas non plus de se protéger contre l'herpès génital Martin ET, Krantz E, Gottlieb SL. « » Arch Intern Med. 2009;169:1233-1240. responsable de conséquences psychologiques et sociales importantes pour la personne atteinteCarenity - Herpès génital, entre sentiment de honte et manque d'informations : « Le sentiment de honte est caractéristique de cette pathologie… L’herpès génital est encore perçu comme une maladie honteuse. Il est donc difficile pour une personne atteinte d’en parler à ses proches et même aux professionnels de santé. Aborder le sujet avec son partenaire peut aussi être compliqué du fait de l’épidémiologie complexe de la maladie qui laisse libre cours à toutes les interprétations. » et dont la transmission au fœtus durant l'accouchement, appelée herpès néonatal, occasionne une importante mortalité et des séquelles lourdesRCOG (2014) Management of Genital Herpes in Pregnancy| Royal College of Obstetricians and Gynaecologists. London.

Histoire Antiquité et Extrême-Orient On trouve des protecteurs de pénis sur des peintures de l'Égypte antique, mais il semble s'agir d'étui pénien à visée décorative ou magique, plutôt que de préservatif au sens moderne. Des mentions font également état, dans la Grèce antique vers 1200 av. J.-C., d'étuis façonnés à partir de vessies de poisson.

À l'époque romaine, des vessies d'animaux sont utilisées comme moyen de protection du pénis au cours de rapports sexuels.

Les Chinois fabriquaient des préservatifs avec du papier de soie huilé. Les Japonais se servaient du kabutogata, un étui pénien rigide fait d'écailles de tortue, qui servait à la fois de contraceptif et, éventuellement, de prothèse pour les érections défaillantes. Les Japonaises pouvaient s'en servir comme godemichet, et se placer aussi des boules de cuivre à clochettes (boules de geisha) dans le vagin, pour un accompagnement musical.

Période pré-moderne vignette|Une page extraite de De Morbo Gallico (La maladie française, traité de Gabriel Fallope sur la syphilis. Publié en 1564, il décrit, peut-être pour la première fois, l'usage du préservatif. Gabriel Fallope propose l'utilisation de ce que certains ont d'abord cru être un préservatif, , pour se protéger de la syphilis dans De morbo gallico, publié après sa mort en 1564, après avoir testé son efficacité sur . Il écrivait en fait : , indiquant qu'il s'agissait d'un remède posé après la relationGabriel Fallope (1523-1562) sur medarus.org.

Origines Les origines exactes du préservatif ou condom restent inconnues.

Le terme condum (condom) apparait au début du dans des poèmes anglais. En 1709, le journal anglais Tatler évoque le préservatif, appelé « condom », comme ayant été conçu par un « éminent » médecin anglais éponyme, mais le succès de son invention aurait fini . Cette théorie, la plus fréquemment citée, attribue l'invention à un docteur Condom ou Conton, médecin du roi d'Angleterre Charles II alors ennuyé par le nombre de ses enfants illégitimes. Une autre version fait de Condom non pas un médecin, mais un colonel de la garde. En fait, les historiens n'ont pu retrouver aucune trace d'un personnage nommé Condom « Searching for Dr Condom » BMJ 2008;337:a1166.

Il existe d'autres théories marginales. Le terme « condom » serait l'accusatif du latin condus, du verbe condere, « enfermer, protéger ».

Il existe en France une ville nommée Condom, mais le nom du lieu n'a aucun lien avec l'objet en question. Kendü, un terme persan, désigne par ailleurs un long récipient fabriqué à partir de boyaux d'animaux utilisé pour garder le blé…

Dans la littérature médicale, le mot « condom » apparaît dans un traité sur les maladies vénériennes de Daniel Turner (1667-1741) en deux volumes, dont le premier est paru en 1717 à Londres sous le titre Siphylis [sic]. Les deux volumes de l'ouvrage ont été traduits en français et publiés à Paris en 1767 : Dissertation sur les maladies vénériennes.

Le premier médecin français à mentionner le condom est Jean Astruc (1684-1766) dans son De morbis venereis (1734). Il semble avoir lu Turner, car il utilise la même expression que lui : « entrer en lice avec une pique bien cuirassée ».

Fabrication vignette|Casanova et sa « redingote anglaise ». La fabrication des condoms, du jusqu'au milieu du , se fait à partir de membranes animales, et relève du domaine de la triperie. Le condom se prépare à partir de baudruche, ou de caecum de mouton, d'agneau ou autre animal – chèvre, veau… L'utilisation de vessie de poisson n'est pas démontrée.

Il existait trois modèles de qualité différente, selon la matière première et le traitement : commun, fin et superfin. Les superfins sont les plus élaborés : la matière première subit plusieurs lavages, et est ensuite parfumée, puis séchée sur des moules en verre, ce qui leur donne « un beau glacé ». Leur fragilité nécessitait de les doubler, en les mettant l'un dans l'autre, de façon inséparable.

À la fin du , des historiens mentionnent, à Londres, une guerre commerciale des prospectus entre deux fabricantes de condoms, Mme Philips et Mme Perkins, qui se vantent d'avoir des commandes dans toute l'Europe, et de fournir jusqu'aux ambassadeurs et capitaines de navire.

Ils sont appelés « gants des dames », « peaux divines », « chemisettes », etc. À Paris, dans les années 1820, on peut se procurer des condoms aux galeries marchandes du Palais Royal, chez les « marchands de taffetas ciré ».

Utilisation Giacomo Casanova (1725-1798) lui donne le nom de « redingote anglaise » et fait un usage important de ce Il donne la préférence aux condoms les plus fins, mais en testant leur résistance en les gonflant d'air.

Français et Anglais se rejettent mutuellement l'origine du condom, les anglais l'appelant french letter ou french baudruche. Ce refus d'assumer l'invention dans les deux pays indiquerait que l'origine du condom se situe d'abord dans les milieux libertins ou de prostitution comme un moyen de protection masculine, et non pas comme un moyen contraceptif.

Les textes médicaux de l'époque signalent le peu d'efficacité (fragilité) et les inconvénients (sensations émoussées) du condom d'origine animale. Ce qui était déjà établi par Madame de Sévigné à propos du préservatif en baudruche .

Daniel Turner signale en 1717 que beaucoup préfèrent risquer une chaude-pisse ; Philippe Ricord (1800-1889) compare le condom à un simple parapluie que « l'orage peut briser ou enlever […] et qui n'empêche pas d'avoir les pieds mouillés ».

De façon générale, les médecins de cette époque discutent du condom pour sa valeur de protection antivénérienne, et refusent le plus souvent de discuter de sa valeur contraceptive. Ce qui entretient dans l'esprit du public l'association condom/prostitution.

Période moderne Les premiers préservatifs en caoutchouc (à partir du latex naturel) sont proposés à partir de 1855, pour être remplacés dans les années 1930 par des préservatifs en latex synthétique.

En 1839, l'américain Charles Goodyear découvre la vulcanisation du caoutchouc, et l'anglais Thomas Hancock en dépose le brevet en 1843. Les premières fabrications de préservatifs en caoutchouc débutent en Angleterre, apparemment à l'initiative de la firme fondée par Charles Macintosh. Cette fabrication ne représente qu'une très faible part de l'industrie du caoutchouc, puisqu'en 1872, la fabrique de préservatifs n'occupe que quelques dizaines d'ouvriers travaillant l'hiver, le reste de l'année étant consacré à la production de ballons pour enfants.

Les deux tiers de la production anglaise (« capotes anglaises ») partaient à l'étranger, ceux de qualité supérieure vers l'Europe du Nord et la Russie, et ceux de qualité inférieure vers la France et les pays méditerranéens. De qualité variable, épais et peu résistants, ils étaient aussi lavables et réutilisables. Au début du , ces modèles en gomme atteignaient couramment près de deux millimètres d’épaisseur, portaient une couture latérale et étaient conçus pour plusieurs usages, faute de pouvoir être fabriqués plus fins. Un catalogue de 1908 vante même les étuis en vessie de poisson, décrits comme « plus durables » et « plus fins », donc moins perceptibles que le caoutchouc.

Des condoms courts, ne recouvrant que le gland et le serrant à sa base, au niveau du sillon balano-préputial, sont présentés lors de l'exposition universelle de 1876. D'origine américaine, ils sont vendus en Angleterre sous le nom de « American tips », et en France sous le nom de « Bout américain ».

En France, au tournant des , les préservatifs sont vendus dans les bureaux de tabac et les lupanars, au prix de 50 centimes, ce qui est encore trop cher pour les pauvres. Des médecins de l'époque signalent qu'ils sont largement utilisés dans les milieux aisés (protection et contraception), mais peu connus des classes populaires qui pratiquent le plus souvent le coitus interruptus.

Des condoms « fantaisie » avec des noms de marque évocateurs se multiplient à Paris, tels que « L'explorateur », « Le rêveur », « Le délicieux », « Le porc-épic », « Le conquérant », « L'inusable », « Le cocorico », « La sainte-nitouche », et « Le bibi chatouilleur ».

Des immigrés de l'époque, le plus souvent italiens participèrent aussi à la création et démocratisation du préservatif en France, souvent à références artistiques, notamment en 1882, le créateur de mode Alessandro Denes qui en confectionna un modèle portant comme thème du fameux opéra Carmen.

En 1912, à Berlin, Julius Fromm met au point le premier préservatif sans couture en trempant un mandrin en verre en forme de pénis dans une solution de caoutchouc, ce qui permet d’obtenir des capotes nettement plus fines et régulières. Le décollage commercial est d’abord porté par la prophylaxie militaire : durant la Première Guerre mondiale, des préservatifs sont distribués dans les bordels de soldats pour limiter les maladies vénériennes. Dans la République de Weimar, l’entreprise de Fromm (marque « Fromms Act ») passe à la production de masse, déploie des distributeurs automatiques et des slogans publicitaires tels que « Die Konkurrenz platzt », avec une part de marché qui atteint ponctuellement 95 %.