Le palais du Trocadéro est un édifice de la seconde moitié du , de tendance éclectique, d'inspirations mauresque et néo-byzantine. Situé dans le , sur la colline de Chaillot, entre la place du Trocadéro et les jardins du même nom, il était composé d'une salle de spectacle de prolongée de chaque côté par deux ailes courbées, accueillant chacune un musée (le musée des monuments français et le musée d'ethnographie), ainsi que des salles de conférences.
Construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1878, il n'est pas destiné à survivre à l'événement ; si le bâtiment est finalement conservé pendant une soixantaine d'années, il est l'objet de nombreuses critiques concernant son style architectural, son progressif délabrement et la mauvaise acoustique de sa grande salle, rapidement désertée par les orchestres. Il est démantelé en 1935 en vue de l'Exposition universelle de 1937, afin de laisser la place à un nouvel édifice, le palais de Chaillot.
Histoire Passé du site Projets
vignette|gauche|Vue d'artiste de ce qu'aurait donné la construction du palais du roi de Rome.|alt=Aquarelle réalisée par un architecte de Napoléon ) présentant une gravure du palais vu depuis le Champ de Mars. Plusieurs bâtiments et projets architecturaux se sont succédé à l'emplacement où a été élevé le palais du Trocadéro. À l'origine, les lieux font partie de l'ancien domaine du maréchal de Bassompierre, compagnon d'armes d'Henri IV. En 1651 est fondé par Henriette-Marie de France un couvent de l'ordre de la Visitation, détruit pendant la Révolution française..
En , l'empereur décide la construction sur le site du palais du roi de Rome, un édifice projeté pour être la résidence de son fils (soit un mois avant la naissance de celui-ci). Il doit être le centre d'une cité impériale administrative et militaire..Le « palais du roi de Rome » de Rambouillet est en fait un hôtel particulier datant du règne de Louis XVI, réaménagé sous le Premier Empire. Le projet de Chaillot correspond davantage à un palais que l'hôtel du duc d'Angiviller, gouverneur du domaine de Rambouillet, fait construire entre 1784 et 1785 par l'architecte Jacques-Jean Thévenin ; son lien avec le roi de Rome est aussi plus fort, car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire de la construction de Jacques-Jean Thévenin. C'est pour des raisons touristiques et de prestige que la ville de Rambouillet utilise le nom de « palais du roi de Rome ».. Les architectes chargés du projet sont Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine.
Autre projet, envisagé par Antoine-Marie Peyre en 1824, la « villa Trocadéro » est un projet urbanistique centré sur une place semi-circulaire, organisé autour de la commémoration de la victoire récente au Trocadéro en Espagne par le duc d'Angoulême en 1823, laissant aux acquéreurs des parcelles le choix de l'architecture., citant .. En 1839, Camille Moret conçoit pour les lieux un projet de tombeau pour Napoléon et, en 1841, Hector Horeau propose d'ériger une statue colossale de l’Empereur de de haut..
Le sculpteur Antoine Étex, après avoir proposé en 1848 un monument à la Liberté., envisageait en 1858 un au centre d'une place circulaire accueillant le palais impérial et les hôtels des ministères.. En 1868, Hector Horeau propose un nouveau projet envisageant une statue colossale de la . Mais rien de tout cela ne fut réalisé.
Le « Trocadéro » Le nom de « Trocadéro » provient du fort du Trocadéro, qui défendait le port espagnol de Cadix. En effet, le , il est enlevé par le corps expéditionnaire français commandé par le duc d'Angoulême, qui avait été envoyé par son oncle, le roi de France Louis XVIII, pour rétablir le roi Ferdinand VII sur son trône d'Espagne. Le site du Trocadéro fait donc référence à une victoire militaire française. En 1826, au cours d'une reconstitution de ce fait d'armes lors d'une parade militaire devant le roi de France Charles X, la configuration des lieux sert à figurer cette bataille : la colline de Chaillot représente le « fort du Trocadéro » et doit être alors « conquise » à partir du Champ-de-Mars d'où partent les « troupes » françaises (un fort en carton-pâte est construit sur la colline).
Puis on élève sur place un arc de triomphe provisoire et on pose la première pierre d'une caserne militaire qui ne voit finalement jamais le jour. L'obélisque qui devait également surgir au centre de la colline ne dépasse pas lui non plus le stade de projet. Les bonapartistes proposent même d'ériger le tombeau de l'Empereur en ces lieux, avant que les cendres ne trouvent leur place à l'hôtel des Invalides.
Cependant, le sommet de la colline reste à l'état de friche jusqu'à son arasement et son nivellement pour la création de la place du roi de Rome (place du Trocadéro) en 1869 et également le terrain en contrebas jusqu'à l'aménagement des jardins du Trocadéro en 1876.
Le bâtiment de l'exposition universelle de 1878
vignette|Exposition universelle de 1878. Vue panoramique de la partie centrale de l'exposition (Archives nationales - F/12/11919 - Pièce 11). vignette|Travaux du palais en 1878.|alt=Gravure représentant les travaux du palais du Trocadéro, sur l'aile Passy, en 1878. vignette|Le président de la République Patrice de Mac Mahon inaugure l'exposition universelle de 1878 du haut du palais du Trocadéro.|alt=Gravure représentant l'ouverture de l'exposition par le président du haut d'une tribune située en haut du palais.
Dès le milieu des années 1860, la colline de Chaillot subit des , afin de servir de panorama aux installations de l’exposition universelle de 1867 situées sur Rive gauche et de constituer le parc du Champ-de-Mars.. La place qui s'appelle alors encore « place du roi de Rome » est reliée au pont d'Iéna par un escalier en granit.
Dès 1876, on parle d'aménager les lieux pour l'exposition universelle de 1878. Il est alors projeté dans le programme du Concours pour l'exposition universelle de 1878 d'édifier une . Le palais est conçu par les architectes Gabriel Davioud et Jules Bourdais, s'inspirant de la Giralda de Séville, du Palazzo Vecchio de Florence et surtout d'un projet du baron Haussmann datant de 1864, une salle de , l'Orphéon, qui aurait dû voir le jour place du Château d'Eau.. Il est le fruit d'un concours, dont les exigences sont la présence d'une salle des fêtes de et de galeries d'exposition ; s'étaient présentées, mais le projet Davioud-Bourdais était en fait déjà retenu.. Celui-ci comporte deux ailes, en forme de demi-cercle, reliées par une partie centrale, circulaire et flanquée de deux tours, dans le style mauresque ou néo-byzantin ; du côté de la place, le pignon est « à la flamande »., même si d'autres commentateurs évoquent moins l'orientalisme du projet qu'un style fantaisiste, désormais propre à toutes les expositions universelles depuis le Crystal Palace de Londres, en 1851.
Les travaux du palais du Trocadéro ont lieu entre et . ; en 1877 la place est rebaptisée « place du Trocadéro » alors qu'en juillet de la même année, . Les moyens de l’époque obligent encore les ouvriers à manœuvrer sur des . En octobre, la toiture commence à être posée et le lit de la cascade creusé à la mine (cette cascade descend du corps central aux jardins sous la forme d'une fontaine). vignette|gauche|Plan des pavillons d'exposition dans les jardins du palais pour l'exposition universelle de 1900.|alt=Plan des pavillons d'exposition dans les jardins du palais pour l'exposition universelle de 1900.
Le palais du Trocadéro n’a pas vocation à dépasser le stade de l’exposition., mais finalement il subsiste, du fait de son coût beaucoup plus élevé que les projections de départ (douze millions de francs or au lieu de sept millions et demi, ce qui avait par la suite conduit la Ville de Paris à se désengager du chantier, au profit de l'État..
Le palais du Trocadéro accueille également les expositions universelles de 1889 et de 1900, dont les installations sont surtout réparties sur le Champ-de-Mars (la plus notable étant la tour Eiffel, construite elle aussi initialement de façon éphémère). Le , un supplément du Figaro note : .. Lors de l'exposition de 1900, les pavillons des colonies et protectorats français sont installés dans les jardins du palais et le pont d'Iéna est . (il est complètement agrandi en 1935, de ).
Un palais de musées décrié vignette|Le palais lors de l'Exposition universelle de 1900 ; au premier plan, les pavillons des puissances invitées.|alt=Photographie colorisée des pavillons de l'exposition de 1900 dans les jardins du Trocadéro avec, au loin, le palais. vignette|Une salle d'exposition du musée des Monuments français (musée de sculpture comparée).|alt=Photographie en noir et blanc d'une salle d'exposition du musée des Monuments français (date inconnue). vignette|Ouvroir de de Talleyrand le , dames de charité offrant un repas et du travail aux femmes. Le palais accueille le musée des Monuments français, créé en 1879 par Eugène Viollet-le-Duc, ainsi que le premier musée parisien d'ethnographie, fondé par Ernest Hamy, ancêtre du musée de l'Homme. Les jardins du Trocadéro sont dessinés par Adolphe Alphand. À partir de 1880, un observatoire populaire, fondé par Léon Jaubert, y était installé. Entre 1878 et 1925, un musée indochinois, conséquence des découvertes de l'explorateur Louis Delaporte, occupe un tiers de l'aile Passy du palais ; les objets présentés sont ensuite transférés au musée Guimet, sauf 624 plâtres du temple d'Angkor qui restent au Trocadéro, donnés en 1936 au musée des Monuments français, qui se trouve dans le nouveau palais de ChaillotIls sont par la suite découpés en morceaux avec soin et stockés jusqu'en 1945 en banlieue parisienne, puis jusqu'en 1973 dans les sous-sols du palais de Tokyo, puis de l'abbaye de Saint-Riquier dans la Somme, réserve du musée Guimet et du musée national des arts et traditions populaires ; ils sont restaurés à partir de 2002...
Contrairement à d'autres monuments parisiens décriés au départ, mais rapidement acceptés par les élites et la population (l'opéra Garnier ou la tour Eiffel), le palais du Trocadéro fait l'objet de nombreuses et récurrentes critiques dans les décennies qui suivent sa construction : le désamour d'architectes et d'écrivains, un style jugé obsolète et l’acoustique de la salle des fêtes.
Eugène Viollet-le-Duc s'en fait néanmoins le défenseur, mais il meurt en 1879.. La presse et diverses personnalités se moquent du bâtiment, à l'image de l'humoriste Touchatout qui compare la statue surplombant le dôme de la salle des fêtes à une ou de Joris-Karl Huysmans qui parle du palais comme d'un , tandis que l'écrivain André Billy déclare . Même lors de sa destruction, peu de voix s'élèvent pour protester : Julien Green parle d'abominations mauresques, et l’architecte moderniste Georges-Henri Pingusson s'enthousiasme de voir que l'exposition de 1937 a . réagit également contre les ornementations délabrées, qui, prévues pour la seule exposition de 1878, n'avaient pas été conçues pour durer si longtemps. Les courants d'air des galeries et l'acoustique de la grande salle posaient aussi un problème récurrent depuis la construction de l'édifice, malgré plusieurs tentatives d'y remédier. C'est en fait l'architecture même de la salle qui fait défaut. Cette conclusion pousse les architectes à opter pour la destruction de la salle des fêtes tout en conservant les deux ailes en 1937..