Le palais de Chaillot est situé sur la colline de Chaillot à Paris, dans le arrondissement, place du Trocadéro-et-du-11-Novembre. Il est réalisé pour l'Exposition universelle de 1937 par les architectes et grands prix de Rome Léon Azéma, Jacques Carlu et Louis-Hippolyte Boileau, en lieu et place du palais du Trocadéro1878 - Le Trocadéro... D’une exposition à l’autre - Vues du Trocadéro, avant et après 1935..

Il est, avec le palais de Tokyo et le palais d’Iéna, l'un des trois édifices permanents résultant de cette Exposition universelle.

Histoire

Passé du site

Sous l'Ancien régime

Plusieurs bâtiments et projets architecturaux se sont succédé à l'emplacement où va s'élever le palais du Trocadéro. Un édifice, « l'Hermitage » ou « Maison de Beauregard », est acquis en 1583 par Catherine de Médicis qui projette d'y construire une maison de plaisance qui devait être inspirée des villas antiques, sous la direction de l'architecte Étienne Dupérac. Au , les lieux sont acquis par Pierre Jeanin, puis font partie du domaine du maréchal de Bassompierre, compagnon d'armes d'Henri IV, qui agrandit ce manoir. Le château est acquis en 1651 par les religieuses du couvent de la Visitation Sainte-Marie à l'initiative d'Henriette d'Angleterre qui y sera inhumée. Ce couvent abandonné au début de la Révolution française est détruit en 1794 par l'explosion de la poudrerie de GrenelleEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 7..

Les projets du 270px|left|thumb|Projet de palais du roi de Rome par Charles Percier et Pierre Fontaine (1811). 270px|left|thumb|Projet d'aménagement de la colline de Chaillot par Antoine-Marie Peyre (1824).

En 1811, l'empereur décide de la construction sur le site du palais du roi de Rome, un édifice projeté pour être la résidence de son fils (soit un mois avant la naissance de celui-ci). Il devait être le centre d'une cité impériale administrative et militaireFrédéric Masson, Napoléon et son fils, 1904, Paris, éd. Goupil et Cie, .Roger Wahl, Un projet de Napoléon : le Palais du Roi de Rome, Neuilly-sur-Seine, 1955, .Le « Palais du Roi de Rome » de Rambouillet est en fait un hôtel particulier datant du règne de Louis XVI, réaménagé sous le Premier Empire. Le projet de Chaillot correspond davantage à un palais que l'hôtel du duc d'Angiviller, gouverneur du domaine de Rambouillet, construit entre 1784 et 1785 par l'architecte Jacques-Jean Thévenin ; son lien avec le Roi de Rome est aussi plus fort, car lié à l'essence même du projet, alors que le lien entre Rambouillet et le fils de Napoléon correspond à une période très courte de l'histoire de la construction de Jacques-Jean Thévenin. C'est pour des raisons touristiques et de prestige que la ville de Rambouillet utilise le nom de « Palais du Roi de Rome ».. Les architectes responsables du projet sont Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine. Il devait être, de l'aveu même de son concepteur, l'architecte Pierre-François-Léonard Fontaine, .

En 1824, Antoine-Marie Peyre conçut un projet de « villa Trocadéro »Charles Gabet, Dictionnaire des artistes de l'école française au , 1831, 551.. Il s'agissait d'un vaste projet immobilier centré sur une place semi-circulaire, laissant aux acquéreurs le choix de l'architectureFrançoise Waquet, Les Fêtes royales sous la restauration, 1981, 99 citant G. Hubert, « L'Art français au service de la Restauration », Revue des Arts, 1955, , 210-216.. Le nom de « Trocadéro » provient du fort du Trocadéro, qui défendait le port espagnol de CadixEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 11.. En effet, le , il est capturé par le corps expéditionnaire français commandé par le duc d'Angoulême, qui avait été envoyé par son oncle, le roi de France Louis XVIII pour rétablir le roi Ferdinand VII sur son trône d'Espagne. Le site du Trocadéro faisait ainsi référence à une victoire militaire française.

En 1826, au cours d'une reconstitution de ce fait d'armes lors d'une parade militaire devant le roi de France Charles X, la topographie des lieux servit à figurer cette bataille : la colline de Chaillot représente le « fort du Trocadéro » et devait être alors « conquise » à partir du Champ-de-Mars d'où partirent les « troupes » françaises. Le projet visait à édifier en face l’École militaire, un obélisque célébrant la prise du fort de Trocadéro par le duc d'Angoulême en 1823 et des casernes pour abriter trois bataillons de la garde royale (1824)

On éleva sur place un arc de triomphe provisoire et on posa la première pierre d'une caserne militaire qui ne vit jamais le jour. L'obélisque qui devait surgir au centre de la colline ne dépassa pas le stade du projet.

Sous la monarchie de Juillet, il fut proposé d'ériger en ces lieux le tombeau de l'empereur, avant que les cendres ne trouvent leur place aux Invalides. Ainsi, en 1839, Camille Moret conçut pour les lieux un projet de tombeau pour Napoléon et, en 1841, Hector Horeau proposa d'ériger une statue colossale de l’empereur de de hautMichael Paul Driskel, As Befits a Legend: Building a Tomb for Napoleon, 1840-1861, Kent State University Press, 1993 , 54-55..

En 1848, le sculpteur Antoine Étex, proposa un monument à la LibertéAdolphe Napoléon Didron, Annales archéologiques, 8, 1848, 225-226..

En 1858, il projetait un « phare ou fontaine monumentale » au centre d'une place circulaire accueillant le palais impérial et les hôtels des ministèresAntoine Étex, « Cours élémentaire de dessin », 1859, 3..

En 1868, Hector Horeau proposa quant à lui un nouveau projet envisageant une statue colossale de la « France intelligente éclairant le monde »Françoise Boudon, « Hector Horeau », 1978, 143..

Mais rien de tout cela ne fut réalisé. Après l'arasement de et nivellement de la colline pour l'exposition universelle de 1867 puis création d'une place et d'un escalier, les terrains en contrebas à l'emplacement des actuels jardins du Trocadéro restèrent à l'état de friche jusqu'en 1876.

Le palais du Trocadéro

right|thumb|Le palais du Trocadéro pendant l'exposition universelle de 1900, vu des jardins.

Dès le milieu des années 1860, la colline de Chaillot subit des , afin de servir de panorama aux installations de l’exposition universelle de 1867 situées en rive gauche et de constituer le parc du Champ-de-MarsEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 12.. La place qui s'appelle alors encore « place du roi de Rome » est reliée jusqu’au pont d'Iéna par un escalier en granit. Le palais du Trocadéro est construit pour l'exposition universelle de 1878 sur les plans d'inspirations mauresque et néo-byzantine des architectes Gabriel Davioud et Jules Bourdais, avec des jardins de l'ingénieur Alphand. Lors de l'exposition universelle de 1937, le bâtiment est détruit et remplacé par le palais de Chaillot, qui en garda une partie de l'ossature et la configuration de deux ailes en demi-cercles.

Le palais du Trocadéro n’a pas vocation à dépasser le stade de l’expositionEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 20. mais finalement subsiste. Il voit passer les expositions universelles de 1889 et de 1900, dont les installations sont surtout réparties sur le Champ-de-Mars (la plus notable étant la tour Eiffel, construite elle aussi initialement de façon éphémère). Le , un supplément du Figaro note : Esprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 42.. Lors de l'exposition de 1900, les pavillons des colonies et protectorats français sont installés dans les jardins du palais et le pont d'Iéna est Esprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 64. (il est complètement agrandi en 1935, de 14 à ).

Il accueillit pendant son existence le musée des monuments français créé en 1879 par Eugène Viollet-le-Duc ainsi que le premier musée parisien d'ethnographie fondé par E. Hamy, ancêtre du musée de l'Homme. Les jardins du Trocadéro furent dessinés par Adolphe Alphand. À partir de 1880, un observatoire populaire, fondé par Léon Jaubert, y était installé.

Le palais de Chaillot vignette|Le palais de Chaillot vu de la tour Eiffel. Le projet

Le palais du Trocadéro sera finalement détruit, remplacé par le palais de Chaillot bâti pour l'exposition universelle de 1937, qui reprendra lui-même l'essentiel de l'ossature de l'ancien édifice, notamment les ailes et les verrières et la fondation des colonnadesPascal Ory, Le palais de Chaillot, page 78. (seule la partie centrale du palais du Trocadéro laissera la place à une esplanade, ce qui implique de creuser sous terre pour enfouir le nouveau théâtrePascal Ory, Le palais de Chaillot, page 76.). Sont également conservées les , visibles dans la galerie des moulages du muséeEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, p. 16. bien que la structure générale devienne en béton armé, les piles porteuses étant doublées de pierres meulières, les murs étant édifiés en moellons de pierre, en parpaings de béton, en briques pleines ou creuses alors qu'ils sont ensuite recouverts de plaques de pierre de Bourgogne et de pierre reconstituée (derrière ces plaques se trouvent encore les murs de pierre de l'ancien palais du Trocadéro) ; les planchers sont constitués de dalles de béton armé alors que les menuiseries sont métalliques (elles ont été posées assemblées). Le nouveau projet est représentatif d'un style épuré et néoclassique dit « de l'entre-deux-guerres », contrastant avec l'ancien bâtiment, jugé trop éclectique, voire indéfinissable ; Azéma parle même d'un projet bien qu'il ne faille pas y voir une résonance particulière à l'architecture totalitaire, ce type de bâtiment étant courant à cette période également aux États-Unis ou au Royaume-UniEsprits des lieux : Du Trocadéro au palais de Chaillot, pages 70 et 71..

vignette|gauche|Le projet proposé par Auguste Perret. Parmi les projets initiaux n'ayant pas été retenus, on compte celui d'Auguste Perret, qui entrait dans le cadre de son désir de créer un axe allant de la porte Dauphine à la place d'Italie. Au Trocadéro, il propose de créer une « cité des musées », quatre grands édifices reliés par une colonnade d'environ , plusieurs terrasses permettant plus bas de rejoindre la Seine. La crise économique et la chute du gouvernement Daladier, partisan du projet, conduit dès lors à choisir une idée moins coûteuse, qui reprend pour partie la structure de l'ancien palais du TrocadéroBruno D. Cot, « Paris. Les projets fous… auxquels vous avez échappé », cahier central publié dans L'Express, semaine du 29 mars 2013, p. IV-V.. thumb|Palais de Chaillot.