L’histoire des Juifs à Chelm commence il y a plus de cinq cents ans. Une petite communauté juive existe à Chelm avant le , mais sera détruite en 1648 lors des massacres organisés par les Cosaques de Bogdan Khmelnitski. Reformée peu après, la communauté de Chelm va prospérer jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et compter alors environ , devenant ainsi la seconde communauté juive par importance de la région de Lublin, derrière la ville de Lublin elle-même.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la totalité des Juifs de Chelm sont assassinés par les nazis, à l'exception d'environ 200 personnes qui réussissent à se cacher. Si les Juifs de Chelm ont disparu, ceux-ci surnommés les « Sages de Chelm » survivent dans le folklore ashkénaze.
La ville de Chelm reçoit sa charte en 1235, et après des débuts modestes, va surtout prospérer au et au en tant que capitale du pays de Chelm, avant de décliner au en raison des guerres. La ville est rattachée en 1815 à l'Empire russe lors du congrès de Vienne, et le restera jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. En 1919, Chelm fait partie de la Pologne nouvellement indépendante. La ville est occupée en par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et sera délivrée en par l'Armée rouge.
Actuellement Chelm est une ville de la voïvodie de Lublin, dans le sud-est de la Pologne et compte environ .
La communauté juive de Chelm Les débuts de la communauté juive jusqu'au massacre de 1648 Les premiers Juifs arrivent à Chelm aux alentours de 1205, quand la ville fait partie de l'état polonais. Les premières références écrites de Juifs à Chelm datent du début du . Peu après une communauté juive indépendante est établie.
En 1543, il y a à Chelm 71 artisans, dont 25 Juifs. Un yechiva fonctionne en ville depuis le milieu du , avec parmi les enseignants Symeon Auerbach et Salomon Zalman. Une des figures les plus importantes à Chelm à cette époque est Judah Aron, rabbin de Chelm et de Bełżec, désigné souvent comme le docteur de la loi juive. Il est nommé par le roi Sigismond le Vieux pour être le percepteur des impôts pour tout le territoire de Chelm. Son fils, Elijah Ba’al Shem, est un fameux cabaliste et l'ancêtre de la famille Aszkenazy de rabbins, fameux dans l'Europe entière: R. Kuwałek: Chełm. Szlak chasydzki (Chelm. Route hassidique).
En 1550, 371 Juifs vivent en ville: P. Burchard: Pamiątki i zabytki kultury żydowskiej w Polsce (Souvenirs et monuments de la culture juive en Pologne); Varsovie; 1990; page: 157. Trois ans plus tard, un Juif appelé Joszko, est le détenteur du bail de percepteur des droits pour Chełm et Hrubieszów. En 1556, le roi Sigismond Auguste accorde un privilège qui protège la population juive: R. Kozyrski: Żydzi w dokumentach sejmiku ziemi chełmskiej w drugiej połowie XVII i na początku XVIII wieku (Les Juifs dans les documents du Conseil régional de Chełm dans la seconde moitié du et au début du ); Annuaire de Chelm; 2003; volume: 9; page: 366.
Dans la première moitié du , la communauté juive de Chelm devient une des plus importantes de la région. Le décret promulgué par le roi Sigismond le Vieux, interdit aux Juifs de Cracovie, Poznań, Lublin, Lwów et Chełm de se mêler des affaires des petites communautés juives en raison de leur forte position et leur tendance à la domination sur les petites communautés: Jizker-buch Chełm (Livre du souvenir); éditeur: M. Bakalczuk; Johannesburg; 1954; page: 15.
Dans les années 1606-1615, Samuel Eliezer ben Juda Edels, référé sous l'acronyme de Maharsha, est le rabbin de Chelm. En 1629, la ville compte dont environ 800 Juifs, soit 30,7 % du total. Certains Juifs vivant à Chelm travaillent dans l'agriculture, tandis que de riche marchands juifs occupent des postes importants dans le commerce international du cuir, de la laine et de la farine: Jizker-buch Chełm…page: 14. De nombreuses archives conservées montrent les liens économiques forts entre les habitants juifs et catholiques de Chelm, malgré quelques sérieux conflits comme ceux de 1580 et 1582 où les Juifs et la synagogue ont été attaqués: Jizker-buch Chełm…pages: 16 à 19. La période de prospérité et de développement de la communauté est interrompue par l'invasion des Cosaques commandés par Khmelnitski: en 1648, les Cosaques assassinent près de 400 Juifs, représentant 75 % de la population totale de la communauté juive de Chelm: Jizker-buch Chełm…page: 20.
La nouvelle communauté jusqu'au partage de la Pologne en 1795 La communauté juive va se reconstruire assez rapidement, et en 1660, elle est de nouveau représentée au Va'ad Arba Aratzot (Conseil des Quatre Pays). Une des ressources les plus importantes des Juifs de Chelm est la production et la vente d'alcool, ce qui représente la raison majeure des conflits entre la communauté et les résidents chrétiens de la ville. En 1765, Juifs vivent à Chelm, représentant environ la moitié de la population de la ville. Les marchands juifs de Chelm, en plus du négoce du cuir, contrôlent le commerce des chevaux. En 1783, les autorités municipales de Chelm et la communauté juive, signent un soi-disant pacte, qui stipule que la population juive devra payer 20 złotys polonais chaque année en échange d'être autorisée à vendre de l'alcool. Mais les Juifs mettent en doute la légalité de cette taxe et arrêtent de la payer. Jugée légale, les Juifs sont obligés de la payer avec les intérêts courus. Mais étant dans l'incapacité de la payer, le conseil de surveillance de la synagogue fait alors appel au Comité gouvernemental des Affaires intérieures afin d'obtenir un paiement échelonné, ce que le Comité accepte.
En 1789, le rabbin Hirsz ben Josef publie en polonais une réponse à l'ébauche de projet de réforme concernant la situation des Juifs dans la république des Deux Nations présenté par Mateusz Butrymowicz, membre du parlement polonais, lors de la session du Grand Sejm, et appelé Sposób uformowania Żydów polskich w pożytecznych krajowi obywatelów (La façon de transformer les juifs polonais en citoyens utiles): E. Bergman et J. Jagielski: Zachowane synagogi i domy modlitwy w Polsce (Synagogues et maisons de prière préservées en Pologne); catalogue; Varsovie; 1996; page: 31.La réponse du rabbin Myśli stosowane do sposobu normowania Żydów polskich w pożytecznych krajowi obywateli (Réflexions importantes pour la transformation des Juifs polonais en citoyens utiles pour le pays) est une défense des traditions et des coutumes juives: Marta Kubiszyn: Żydzi w Chełmie do 1918 r (Juifs à Chełm jusqu'en 1918); site: Leksykon Lublin.
À la fin du , 47 des 49 maisons sur la place du marché appartiennent à des Juifs: A. Trzciński: Śladami zabytków kultury żydowskiej na Lubelszczyźnie (Sur les traces des monuments culturels juifs de la région de Lublin); Lublin; 1990; page: 22. Le quartier juif se développe vers le nord de la place du marché. Les Juifs de Chelm travaillent principalement dans le commerce et l'artisanat. Quelques grandes sociétés appartenant à des Juifs sont aussi actives. Par exemple l'huilerie qui appartient à Kielman Frydman, la tannerie propriété de Szlomo Szajer et deux ateliers de production d'objets en laiton appartenant à Chil Uhr et Pinkas Lew.
Au cours du , les conditions de vie des Juifs de Chelm s'améliorent graduellement, mais dans les années 1790, la situation va de nouveau se détériorer pour plusieurs raisons dont les restrictions d'accès à certains marchés après le troisième partage de la Pologne en 1795.
Du jusqu'à la Première Guerre mondiale Au début du , l'hassidisme commence à se développer à Chelm. Nusan Note est un des premiers rabbins hassidiques de la ville. Le Maggid (prédicateur populaire) de Turzysk, disciple du fameux Dov Ber de Mezeritch est présent à la même époque à Chelm. De même, un des premiers rabbins de la dynastie de Najhauz s'installe à Chelm.
En 1860, la ville de Chelm compte dont Juifs, soit 71 % du total. Chelm accueille six foires annuelles et un marché hebdomadaire. À cette date, Chelm ne possède pas d'hôtel de ville. Le centre de détention, la banque et les bureaux municipaux sont logés dans la maison d'un Juif nommé Landau. Jusqu'en 1886, le royaume de Pologne perçoit des loyers des habitants de Chelm, pour la location de boutiques et de maisons. Les Juifs doivent payer une charge pour l'utilisation du mikvé (bain rituel) et de la synagogue et pour la vente des épices.
À la fin du , le tsadik Heshel Leiner de la dynastie hassidique d'Izbica-Radzyń, établit sa demeure dans la rue Lubelska.
Dans les années 1910-1918, Yosef Kagan est le rabbin de Chelm. Il est propriétaire d'une librairie et d'une pharmacie. Il est démis de son poste pour s'être rendu de façon illégale à Lwów et à Moscou pour y acheter de l'alcool. thumb|250px|right|Synagogue de Chelm
En 1913, Juifs vivent à Chelm. Ils constituent 54,5 % de la population de la ville: R. Kuwałek : Żydowskie gminy wyznaniowe w powiecie chełmskim w latach 1918–1939 (Communautés religieuses juives du poviat de Chełm entre 1918 et 1939); Annuaire de Chelm; 1995; volume: 1; page: 218. Avant la déclaration de la Première Guerre mondiale, les Juifs dominent le commerce en ville. Les dentistes Dwojra Lorbier, Chana Birenbaum et Chaim Liszczyn ont leur propre cabinet: K. Zieliński: Żydzi chełmscy w latach 1912–1918 (Les juifs de Chelm de 1912 à 1918); Annuaire de Chelm; 1995; volume: 3; page: 207. Les trois pharmacies de Chelm appartiennent à des Juifs, Jakub Horowitz, Szloma Birenbaum et Berek Gutharc (rue Lubelska). Plusieurs imprimeries juives fonctionnent à Chelm, propriété de Wajnsztajn, Bronfeld et Erlich. En plus de son imprimerie, Josef Bronsfeld possède une librairie, une papeterie et la fabrique de tampons en caoutchouc Kultura qui fonctionnera jusqu'en 1939.
En 1916, Chelm compte dont Juifs représentant 71,9 % de la population. En 1921, Juifs résident à Chelm, constituant 52 % de la population de la ville. La communauté possède une synagogue, une maison de prière, six écoles religieuses, deux mikvot (bains rituels) et un cimetière. La communauté supporte financièrement l'orphelinat au 80 rue Lubelska et une maison pour personnes âgées. Entre 1910 et 1914, un théâtre amateur juif se produit en ville.
La communauté dans l'entre-deux-guerres Pendant l'entre-deux-guerres, Chelm est, après Lublin, le second centre de population juive de la région de Lublin. En 1939, Chelm compte dont de Juifs, représentant 44,6 % de la population totale: R. Dąbrowski: Mniejszości narodowe na Lubelszczyźnie w latach 1918–1939 (Les minorités nationales dans la région de Lublin entre 1918 et 1939); Kielce; 2007; page: 93. La plupart des habitants juifs vivent du commerce et tous les 21 entrepôts de la ville appartiennent aux Juifs. Les Juifs possèdent 17 greniers à céréales et à farine, 10 boulangeries sur un total de 16, 8 étals de boucher, 6 sur 7 entrepôts de produits alimentaires, 2 sur 3 dépôts de produits ferreux.
La communauté juive de Chelm a sous sa juridiction les villages voisins de Okszów, Sielec (14 Juifs), Żółtańce, Kasiłan (7 Juifs), Kumów (21 Juifs), Serebryszcze (25 Juifs), et de Weremowice (18 Juifs): R. Kuwałek : Żydowskie gminy…page: 219. La communauté juive possède une synagogue au coin des rues Szkolna et Krzywa, une maison de prière rue Wesoła, un mikvé (bain rituel) et un cimetière. En 1922, Majer Najhaus est le rabbin principal de la ville. Il est issu d'une famille de tsadikim de Tomaszów Lubelski. Il est aidé dans sa tâche par Moszek Adamaszek, Binem Dychtrart et Gawiel Hochman en tant qu'assistants: R. Kuwałek : Żydowskie gminy…page: 222. La communauté possède en propre huit magasins qu'elle loue à différents commerçants. Il y a en plus 21 maisons de prière privées, la plupart située rues Adrianowska, Lubelska, Szkolna ou Wesoła. thumb|250px|right|Résidents de la maison de retraite juive en 1918