Hanne Karin Bayer, dite Anna Karina, est une actrice, chanteuse et écrivaine franco-danoise, née le à Frederiksberg Solbjerg (Danemark) et morte le dans le ..
Elle est l'une des premières collaboratrices du cinéaste Jean-Luc Godard, son premier mari, qui la fait jouer dans sept de ses films : Le Petit Soldat (1960), Une femme est une femme (1961), Vivre sa vie (1962), Bande à part (1964), Pierrot le Fou (1965), Alphaville (1965) et Made in USA (1966). Pour son interprétation dans Une femme est une femme, Karina remporte l'Ours d'argent de la meilleure actrice à la Berlinale. D'après Télérama, elle représente avec Jean-Pierre Léaud l'interprète la plus emblématique de la Nouvelle Vague. Elle a en outre travaillé avec Jacques Rivette (La Religieuse), Michel Deville (Ce soir ou jamais), Luchino Visconti (L'Étranger), George Cukor (Justine), Rainer Werner Fassbinder (Roulette chinoise) ou Volker Schlöndorff (Michael Kohlhaas).
En 1972, Karina créé sa propre société pour produire Vivre ensemble (1973), son premier film en tant que réalisatrice, qui est projeté dans le cadre de la Semaine de la critique lors du Festival de Cannes. Elle réalise également le film franco-québécois Victoria (2008). Outre son travail au cinéma, elle écrit plusieurs romans et mène une carrière de chanteuse, notamment aux côtés de Serge Gainsbourg (Sous le soleil exactement) durant les années 1960 puis pour un album signé Philippe Katerine, en 1999.
Biographie Jeunesse et débuts Hanne Karin BayerEn sol majeur, RFI, Je ne m'appelle absolument pas Blarke (...) Je portais ce nom là à l'école parce que ma mère ne voulait pas dire qu'elle avait divorcé est née le à Frederiksberg, au Danemark. Sa mère était propriétaire d'un magasin de vêtements et son père, capitaine de navire, a quitté la famille un an après sa naissance.
Elle a vécu avec ses grands-parents maternels pendant quatre ans, puis a passé les quatre années suivantes dans une famille d'accueil avant de retourner vivre avec sa mère et son beau-père violent à l'âge de huit ansFrance Info, Le Monde d'Élodie, 29 août 2018.. Enfant, sa mère la rabaissait et lui disait que ses yeux et son front étaient trop grands. Elle se décrit enfant comme ayant une « terrible envie d'être aimée », car elle se sentait non désirée et mal aimée. Elle a tenté à plusieurs reprises de s'enfuir de chez elle, essayant de trouver des bateaux qui l'emmèneraient en Suède ou en Amérique. Elle rêvait de devenir actrice depuis son plus jeune âge et voulait suivre des cours d'art dramatique, mais à l'époque, l'âge minimal requis pour les écoles d'art dramatique danoises était de 21 ans. vignette|gauche|Le café Les Deux Magots, où Anna Karina est abordée par Catherine Harlé. Lorsqu'elle est étudiante, elle va rarement à l'école et lorsqu'elle obtient de bonnes notes à ses examens, son école refuse de croire qu'elle l'a fait sans tricher. Cette injustice la pousse à quitter l'école à l'âge de 14 ans.
Après avoir quitté l'école, elle travaille comme liftière dans un grand magasin et comme assistante d'un illustrateur. vignette|Anna Karina à Schiphol en 1968. Elle commence sa carrière professionnelle au Danemark, où elle chante dans des cabarets et travaille comme mannequin dans des publicités. À 14 ans, elle est repérée dans la rue par Ib Schmedes, qui lui confie le rôle principal de son moyen métrage de quarante minutes La Jeune Fille aux souliers (1959), primé à Cannes. Cependant, comme les choses ne semblent pas aller bien à la maison, où un soir son beau-père la bat très violemment, elle décide de partir. Avec l'équivalent de 15 euros, qu'elle a reçus de son grand-père, elle fait de l'auto-stop jusqu'à Paris. Elle a déclaré que, bien qu'elle ait grandi au Danemark, elle était « fascinée » par la France et qu'après avoir voyagé à Paris à l'âge de 14 ans, elle voulait y retourner pour y vivre.
Au cours de l'été 1958, à l'âge de 17 ans, Karina arrive à Paris. Avec seulement de l'époque (15 euros actuels) et ne parlant pas français, elle a du mal à trouver un endroit où loger et doit demander à des prêtres du voisinage de lui trouver un endroit où dormir. Finalement, un jeune prêtre lui trouve une petite chambre dans la rue Pavée, dans Le Marais. Un jour, alors qu'elle est affamée et qu'elle erre dans Paris, elle se retrouve à Saint-Germain-des-Prés. Elle s'installe au café Les Deux Magots, où une femme, Catherine Harlé, l'aborde et lui demande si elle veut bien faire des photos. D'abord méfiante, Karina finit par accepter lorsqu'elle apprend qu'il s'agit d'une séance photo professionnelle pour le magazine Jours de France. Une fois la séance terminée, Harlé, tout en disant à Karina qu'elle n'est pas très douée, lui procure quelques contacts.
Elle commence à travailler comme mannequin et finit par réussir à poser pour plusieurs magazines, dont Elle dirigée par Hélène Lazareff, où elle rencontre Pierre Cardin et Coco Chanel. Karina a déclaré que lorsqu'elle a rencontré Chanel sur le plateau de la séance de photos de Elle, Chanel lui aurait dit : « Je crois que tu veux être actrice... Il faut que tu apprennes le français. Comment t'appelles-tu, petite fille ? » « Hanne Karin Bayer » a répondu Karina. Et Chanel de répondre « Non : Anna Karina - appelle-toi comme ça ».. Ce nom a été délibérément inventé pour évoquer le roman Anna Karénine de Léon Tolstoï. Elle est également apparue dans des publicités pour des marques telles que Coca-Cola, Pepsodent et Palmolive. Elle était encore mineure mais elle a gagné suffisamment d'argent pour se trouver un endroit où loger. Et comme elle voulait toujours faire de l'art dramatique, elle s'est assise dans les salles de cinéma et elle a regardé des films français pour apprendre la langue.
Carrière cinématographique Jean-Luc Godard, alors critique pour les Cahiers du cinéma, aperçoit Karina pour la première fois dans les publicités Palmolive dans lesquelles elle posait dans une baignoire remplie de mousse. Il était en train de faire des auditions pour son premier long métrage À bout de souffle (1960) et lui propose un petit rôle, mais elle refuse lorsqu'il mentionne qu'il y aurait une scène de nu. Lorsque Godard se dit interloqué par son refus, faisant remarquer sa nudité dans les publicités Palmolive, elle aurait répondu : « Non mais vous êtes fou ! Je porte un maillot de bain dans cette pub, c’est juste qu’il est recouvert par les bulles de savon. C’est vous qui m’avez imaginée nue ! ». Finalement, le personnage que Godard réservait à Karina n'est pas apparu dans le film. Godard lui a offert un rôle dans son film suivant Le Petit Soldat (qui n'est sorti qu'en 1963), qui porte sur les actions controversées de la France pendant la guerre d'Algérie. Elle y incarne une militante pro-algérienne. Karina, alors âgée de moins de 21 ans, doit persuader sa mère, dont elle est séparée, de venir de Copenhague signer le contrat pour elle. Le film a été immédiatement censuré, interdit dans les salles françaises en raison de son contenu faisant référence à la guerre d'Algérie Le Monde, 28 avril 2012.. Godard et Karina se marient peu de temps après le tournage du Petit Soldat.
En 1961, le public la découvre dans Ce soir ou jamais de Michel Deville, remplaçant au pied-levé Marie-José Nat (1940-2019) contre l'avis de Jean-Luc Godard. Mais à la sortie du film, il la trouve fabuleuse et lui propose le premier rôle dans Une femme est une femme où elle partage l'affiche avec Jean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy. Pour son interprétation du personnage d'Angela, elle obtient l'Ours d'argent de la meilleure actrice à la Berlinale 1961. Elle enregistre sa première chanson, tirée de ce film, La chanson d'Angela, dont les paroles sont signées par Jean-Luc Godard et la musique par Michel Legrand. Anna Karina s'impose comme l'égérie de Jean-Luc Godard pour lequel elle joue dans sept films dont Pierrot le Fou, Bande à part, Vivre sa vie ou encore Alphaville, et devient ce faisant une icône de La Nouvelle Vague. Elle chante dans de nombreux films, particulièrement des chansons de Serge Rezvani (qui signe Cyrus Bassiak).
La carrière d’Anna Karina ne se limite pas aux films de Jean-Luc Godard : elle obtient nombre de succès dans ceux d’autres réalisateurs. Dans les années 1960, elle tourne pour Agnès Varda, Chris Marker, Roger Vadim ou Jean Aurel. Sa prestation dans Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot (1967) de Jacques Rivette, en 1964, est remarquée, mais le film est interdit par la censure. Anna Karina est dirigée en 1967 par Luchino Visconti dans L'Étranger, aux côtés de Marcello Mastroianni. La même année, Anna Karina est l'héroïne de la seule comédie musicale signée par Serge Gainsbourg, Anna, téléfilm réalisé par Pierre Koralnik et dans lequel elle joue aux côtés de Jean-Claude Brialy et Serge Gainsbourg. Parmi les nombreuses chansons écrites pour elle par Gainsbourg, Sous le soleil exactement devient sa chanson la plus populaire et elle l'interprète sur les plateaux télévisés Archive INA.. Elle apparaît dans le documentaire Des écrivains à New York, dans Italiques en 1972Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 27 juillet 1972..
En 1973, Anna Karina fait ses débuts de réalisatrice avec Vivre ensemble, qu'elle écrit, produit, et dans lequel elle joue également, donnant son premier rôle à l'animateur radio Michel Lancelot. Le film est présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la critiqueLe Monde, 18 décembre 2019 : "Vivre ensemble" ressort en salles.
vignette|Anna Karina à la Casbah d'Alger en 1967 pendant le tournage du film L'Étranger, de Luschino Visconti, avec Marcello Mastroianni. Après avoir joué sous la direction de Franco Brusati, Benoît Jacquot ou encore Rainer Werner Fassbinder, Anna Karina revient au théâtre en 1978 dans une pièce écrite et mise en scène par Françoise Sagan, Il fait beau jour et nuit. En 1982, Anna Karina donne la réplique à Ava Gardner et Anthony Quinn dans Regina Roma de Jean-Yves Prat. Elle écrit, chante et joue également dans La Dernière Chanson en 1987 réalisé par Dennis Berry son quatrième époux. La même année, le film d'Alain Maline lui vaut son unique nomination à la Cérémonie des César, puis elle est l'invitée de Thierry Ardisson dans l'émission Bains de minuit aux Bains Douches, où Jean-Luc Godard lui fait la surprise de sa participation. Ils ne s'étaient pas revus et parlé depuis vingt ans, et les propos échangés sur leur relation amoureuse et professionnelle, ainsi que de leur séparation, les rendent particulièrement émus, chacun à leur façonBains de Minuit, Jean-Luc Godard et Anna Karina, vingt ans après, Institut national de l'audiovisuel, 25 décembre 1987..
left|vignette|Anna Karina, invitée d'honneur du festival Sous les projecteurs à Villandraut (Gironde) en 1994.