Léon Noël, né le à Paris 9 et mort le aux Monins à Toucy (Yonne), est un conseiller d'État, diplomate, homme politique, industriel et essayiste français.

Haut fonctionnaire puis ambassadeur avant-guerre, il représente le ministère des Affaires étrangères lors de la négociation d'armistice dans la clairière de Rethondes en mais refuse de signer. Engagé dans la Résistance, gaulliste, député, il est le premier président du Conseil constitutionnel de la République de 1959 à 1965.

Biographie Jeunesse et études Léon Noël naît le à Paris. Fils d’un conseiller d'État, fervent catholique, il reçoit un enseignement à domicile jusqu'à l'âge de treize ans puis entre directement en classe de troisième au lycée Condorcet où il devient "bachelier és-lettres philo (latin, science)" en 1905. Inscrit à la Faculté de droit de Paris, il est docteur en droit (sciences politiques et économiques, mention Très Bien) en 1912 pour une thèse intitulée . Il souhaite alors rejoindre le Conseil d'État, comme son père avant lui, et s'inscrit à l'École libre des sciences politiques (Sciences Po) pour l'année universitaire 1911-1912. Il obtient une dérogation pour n'assister qu'aux quelques cours qui lui sont nécessaires pour sa préparation au concours.

Haut fonctionnaire Auditeur au Conseil d'État en 1913, il devient chef de cabinet de Maurice Colrat de Montrozier, député et ministre, entre 1912 et 1914. Il retourne au Conseil d’État où il est maître des requêtes de 1924 à 1926, chef adjoint du cabinet du ministre de l'Intérieur en 1921 et chef du cabinet civil du général Guillaumat, ministre de la Guerre, en 1926Le gâchis des années 30, Jean Vanwelkenhuyzen, Tom 1, éd. Racine, Bruxelles, 2008..

Il est nommé délégué général du Haut-commissariat de la République française dans les provinces du Rhin en , poste qu'il occupe jusqu'à la fin, en , où il supervise la délicate opération d'évacuation des dernières troupes françaises. Il devient la même année préfet du Haut-Rhin ( - ). Il est directeur de la Sûreté générale et Secrétaire général du ministère de l'Intérieur en 1931 puis directeur de cabinet du président du conseil Pierre-Étienne Flandin, son parent et ami, puis de Pierre Laval de 1931 à 1932. Il devient conseiller d'État la même année. De 1932 à 1935, il assiste en Tchécoslovaquie, comme ministre plénipotentiaire, à la montée du nazisme. Il devient en le premier secrétaire général de la présidence du Conseil. Il participe en cette qualité à Conférence de Stresa. Il est invité à devenir membre du conseil d'administration du Comité France-Allemagne en .

Seconde Guerre mondiale Il est ensuite ambassadeur de France à Varsovie de 1935 à 1939 où il assiste aux prémices qui conduiront au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En tant que porte-parole des intérêts français en Pologne, il se trouve dans une situation difficile au moment du déclenchement de la guerre, quand la France n'est pas disposée à remplir immédiatement ses engagements d'alliance. Après avoir traversé la frontière roumaine avec le corps diplomatique, il contribue à l'internement de Józef Beck et Edward Rydz-Śmigły. Soutien du gouvernement de Władysław Sikorski, il est ambassadeur auprès du gouvernement polonais en exil en France (à Angers puis Bordeaux) jusqu'en .

Appelé en à siéger, comme représentant des Affaires étrangères, dans la Commission d'armistice que dirige le général Huntziger, il refuse d'apposer son paraphe au bas des armistices franco-allemand et franco-italien, signés dans la clairière de Rethondes et à Rome en présence de Hitler et du maréchal Badoglio.

Le , l’autorité occupante demande la désignation à Paris d’un interlocuteur de haut niveau pour l’administration militaire allemande. Léon Noël est désigné le pour « représenter le gouvernement de la République comme délégué général auprès du chef de l’administration militaire allemande dans les territoires occupés ainsi que d’assurer la coordination des services administratifs établis dans ces territoires ». Il est difficile d’imaginer nomination plus susceptible de déplaire aux occupants, qui obtiennent du gouvernement de Vichy (Laval) son remplacement rapide. Il prend les devants puisqu'après avoir commencé à organiser cette nouvelle fonction, devant l’ostracisme des occupants et le peu de moyens que lui donne le régime de Vichy pour remplir sa fonction, il donne sa démission au chef de l’Etat le et se retire le . L’autorité occupante obtient la nomination en de Fernand de Brinon, qui fait de ce poste jusqu’à la fin de l’Occupation un haut lieu de la collaborationServir l’Etat français , Marc Olivier Baruch, Fayard 1997 p.90.

Le maréchal Pétain témoigne de l’estime qu’il lui porte en insérant son nom parmi les sept désignés pour assurer la fonction de chef de l'État après sa mort Gaullisme et grand capital, Henri Claude, Ed. Sociales, 1961Léon Noël, de Laval à de Gaulle, via Pétain, Yves Beauvois, Presses universitaires du Septentrion, 2001. Mais sa distance avec ce tout nouveau régime de Vichy peut se mesurer par une lettre circulaire de sa plume datée d' qui ne laisse place à aucune ambiguïté concernant ses convictions : Les patrons sous l'Occupation Par Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Ed. Odile Jacob, 1995

Il se rallie à de Gaulle en 1943. Il devient sous l'Occupation l'un des chefs de file intellectuels de la Résistance parisienne et nationale, notamment en organisant régulièrement chez lui, dans son appartement du 41 rue Saint-Dominique, des réunions clandestines. Il reçoit notamment Jean Cavaillès, à qui il présente quelques grands industriels désireux d'aider les réseaux, Jacques-Henri Simon et Pierre Brossolette, avec qui il s'entretient une dernière fois « deux ou trois jours » avant son arrestation, en . Noël passe ainsi la guerre entre Paris et Toucy dans l'Yonne.

À la mi-, précédant la nomination de René Cassin, Léon Noël fait tout pour obtenir la vice-présidence du Conseil d'État, avec le soutien de François de Menthon, le garde des Sceaux, ainsi que d’Alexandre Parodi et de René Mayer, tous deux maîtres des requêtes et reflétant sans doute l’esprit du Palais-Royal. Dans ses carnets, Léon Noël attribue à Georges Bidault l’échec de sa nomination, tout comme au secrétariat général du Quai d’Orsay, sans évoquer la position du GénéralRENE CASSIN : ENTRE MEMOIRE ET HISTOIRE, Droits fondamentaux, n° 8, janvier 2010-décembre 201, prof. Emmanuel DECAUX Lien pdf..

Gaulliste Après la guerre, il devient successivement administrateur du Crédit foncier de France et administrateur des chemins de fer du Midi (1941-1951), administrateur de la Compagnie générale d'assurances (1947), membre du conseil d'administration de la Compagnie foncière de France (filiale du Crédit foncier de France) (1949-1951) et de plusieurs sociétés : Rhône-Poulenc, la société Esso-Standard, et diverses sociétés d'assurances.

Il rallie le RPF en 1947, préside sa commission des affaires étrangères (1948), est nommé membre de la commission administrative puis siège à son conseil de direction. Il est également nommé membre et vice-président du conseil national du mouvement (1949), au sein duquel il retrouve, notamment, Paul Claudel et Raymond Aron. Il se fait élire député RPF de l’Yonne de 1951 à 1955. À la suite du général Koenig, il se récuse auprès de De Gaulle qui lui propose la direction du groupe RPF à l'assemblée, qui est finalement présidé par André Diethelm, alors vice-président de l'assembléeF. Turpin, G.H. SoutouAndré Diethelm: 1896-1954 : de Georges Mandel à Charles de Gaulle, Les Indes savantes, 2004De Gaulle, Jean Lacouture, éd. Le Seuil, Paris, 1984, 1985 et 1986.. Peu séduit par la fonction parlementaire, découragé par l'effondrement du parti gaulliste (qu'il évoque en 1956 dans Notre dernière chance, ie De Gaulle), il ne sollicite pas le renouvellement de son mandat aux élections législatives de . Il est de ceux qui favorisent et accompagnent le retour au pouvoir du général de Gaulle. Membre en 1944 de l’Académie des sciences morales et politiques, il en est élu président en 1958. Il est également membre de l'Académie de Stanislas .. Léon Noël devient l'un des juristes les plus écoutés du nouveau régime. Il devient le premier président du Conseil constitutionnel de 1959 à 1965. Il émet des doutes sur la constitutionnalité du projet de révision de la Constitution visant à instaurer l’élection du président de la République au suffrage universel direct sans passer par la voie parlementaire. Il se place cependant délibérément au service du « parlementarisme rationalisé » voulu par le général de Gaulle, qu’il présente rétrospectivement comme une réponse aux dysfonctionnements parlementaires des républiques précédentesLéon Noël, De Gaulle et les débuts de la Ve République, Paris, Plon, 1976..

Dans ses Mémoires d’espoir, de Gaulle écrit à son propos : « Tout ce que peut offrir une vaste expérience juridique, administrative, diplomatique et politique, quand elle est jointe à la valeur d'un esprit d'envergure et l'ardeur d'un patriote, Léon Noël l'apporte aux avis qu'il me donne sur le fonctionnement de nos nouvelles institutions. »

Il remplit en 1966 une dernière mission pour le compte du gouvernement : il est chargé par le Premier ministre d'établir une proposition de réforme concernant l'organisation, la composition et le fonctionnement des services de police ainsi que leurs rapports avec la justice - sujet qu'il connaît bien pour l'avoir suivi de près depuis son passage à la tête de la Sûreté générale.

Autres activités

Membre (1943), membre du conseil (1958) puis président (1963-1964) de la Société de l'histoire de France., membre de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne en 1927, il en devient président (1946-1956) puis président d'honneur jusqu'à sa mort. Il est également président d'honneur de la Société des Études Staëliennes en 1962Cahiers staëliens, Numéros 1-6 Par Société des études staëliennes. et membre de la Société Chateaubriand. À l'instar de Paul Doumer, il est un familier du Centre international de synthèse et un assidu du salon de Madame Henri BerrÉtudes Sur/Studies On Helene Metzger Par Hélène Metzger, Gad Freudenthal, 1990. Il est membre du Conseil de l’ordre national du Mérite. Membre du Cercle de l'Union.

Il est un grand ami de la poétesse Marie Noël (1883-1967) (sans lien de parenté).

Anecdote Évoquant quarante-trois ans plus tard l'affreuse scène dont il accepta stoïquement d'être l'un des protagonistes [la négociation d'armistice], Léon Noël met l'accent sur le ton qu'employa Wilhelm Keitel : . De Hitler, le frappa De Gaulle, Tome 1 p. 380, Jean Lacouture, éd. Le Seuil, Paris, 1984, 1985 et 1986..

Œuvres Ouvrages thumb|right|270px|Commémoration du Soldat inconnu, Ambassadeur Noël, 1935, Pologneright|270px|thumb|Ambassadeur Léon Noël, 1935, Varsovie Un témoignage : le diktat de Rethondes et l'armistice franco-italien de , paru en 1945, sans nom, puis Flammarion, 1954 L’Agression allemande contre la Pologne, Flammarion, 1946 Camille Barrère, ambassadeur de France, Tardy, 1948 Conseils à un jeune Français entrant dans la diplomatie, La Jeune Parque, 1947 Témoignage d'un chef, le général Guillaumat, Alsatia, 1949-1950 L'instabilité ministérielle en France, 1955 Notre dernière chance, Geldage, 1956

Comprendre de Gaulle, Plon, 1972 Le sort des institutions de la , Plon, 1973 La Traversée Du Désert, Plon, 1973 De Gaulle et les débuts de la , Plon, 1976 Énigmatique Talleyrand, Fayard, 1976 les Illusions de Stresa, France-Empire, 1976 Le statut de l'Église de France après la Séparation : l'Affaire des associations diocésaines, Auxerre, 1978 La Guerre de 39 a commencé quatre ans plus tôt, France-Empire, 1979

La Tchécoslovaquie d'avant Munich, Publications de la Sorbonne, 1982 La Pologne entre deux mondes, Publications de la Sorbonne, 1984

Articles du Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne