Jean-Baptiste Colbert, baron de Seignelay et de Sceaux, dit le Grand Colbert, né le à Reims et mort le à Paris, est un homme d'État français.

À partir de 1665, il est l'un des principaux ministres de Louis XIV, en tant que contrôleur général des finances (1665-1683), secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire d'État de la Marine (1669-1683).

Entré au service du roi à la mort de son protecteur Mazarin, il incite Louis XIV à disgracier son rival Nicolas Fouquet. Inspirateur et promoteur d'une politique économique interventionniste et mercantiliste, ultérieurement appelée « colbertisme », il favorise le développement du commerce et de l'industrie en France par la création de fabriques, l'institution de monopoles royaux et le soutien de l'imprimerie. Il édicte de nombreux règlements dans les secteurs économiques et commerciaux, amorçant une harmonisation à l'échelle du royaume ; en tant que ministre de la Marine, il commande la première enquête relative à l'administration et à l'économie des colonies, où les planteurs pratiquent l'esclavage alors qu'il est officiellement interdit dans le royaume. Un premier édit, mis au point par son fils et successeur Jean-Baptiste, sera promulgué par en 1685 pour le réglementer. Il est repris dans le Code noir (publié sous Louis XV), couramment considéré comme une création posthume de Colbert malgré de sévères nuances d'historiens sur cette affirmation..

Colbert s'est inspiré des écrits de Barthélemy de Laffemas, économiste et conseiller d'Henri IVBarthélemy de Laffemas, Encyclopædia Universalis. : Laffemas avait notamment développé le commerce colonial et l'industrie textile, les deux secteurs auxquels Colbert s'est particulièrement consacré, avec la gestion des finances publiques.

Biographie Origines familiales et formation

Le premier Colbert connuFrançois de Colbert, Histoire des Colbert du au .., Jehan Colbert (vers 1450-1512), entrepreneur en maçonnerie à Reims, épouse vers 1492 la fille d'un collègue, Marie Thuillier, premier signe de cette endogamie qui caractérise les Colbert, leurs alliés et leurs milieuxComme le montre l'historien Jean-Louis Bourgeon, l'ascension des Colbert s'étale sur cent cinquante ans, la famille s'emparant de la moindre occasion et se distinguant par un dynamisme incroyable. Chaque génération offre plusieurs membres capables de maintenir l'ensemble et d'en promouvoir les meilleurs.. De leur union naissent une fille et deux fils : Gérard Colbert (1493-1574), sieur de Magneux et de Crèvecoeur, entrepreneur en maçonnerie, architecte, marchand et notable de Reims, marié vers 1519 avec Jeanne Thierry, ancêtre de Jean-Baptiste Colbert, et Jean (1501-1575), apothicaire, juge-consul de Reims, auteur d'une branche cadetteFamille Colbert consulté le 2 juillet 2019...

Au , c'est une famille de riches marchands et banquiers à Reims dont plusieurs branches sont anobliesLa famille Colbert prétendait descendre d'une illustre et antique famille écossaise. Le nom de « Colbert » vient d'un mot latin, collibertus (qui donne aussi, en français du Moyen Âge, « culvert »), signifiant « affranchi ». Le grammairien Gilles Ménage ayant signalé cette étymologie subira une certaine inimitié de la part de Colbert.

Jean-Baptiste Colbert est le fils de Nicolas Colbert (1590-1661), seigneur de Vandières, marchand et banquier à Reims puis à Paris (établi en 1629), receveur-général et payeur des anciennes rentes de la Ville de Paris assignées sur les Aides puis conseiller d’État, et de Mariane Pussort (fille d’Henri Pussort, conseiller d’État et membre du Conseil royal des Finances).

La jeunesse de Colbert est mal connue : après des études dans un collège jésuite, il est envoyé en 1634 à Lyon pour faire son apprentissage chez les Mascrany, banquiers associés aux Lumagne ; un peu plus tard, il va chez un notaire parisien, le père de Jean Chapelain.

Le , il épouse à l'église Saint-Eustache de Paris Marie Charon, fille du conseiller du roi et "intendant des turcies et levées" de la Loire.

Carrière politique Débuts dans l'administration (1640-1651) Jean-Baptiste Colbert entre au service de son cousin Jean-Baptiste Colbert de Saint-Pouange, premier commis du département de la guerre sous Louis XIII.

En 1640, alors qu'il est âgé de 21 ans, son père lui achète la charge de commissaire ordinaire des guerres, commis du secrétaire d'État à la Guerre, François Sublet de Noyers, fonction qui oblige Colbert à inspecter les troupes et lui donne une certaine notoriété auprès des officiers, tous issus de la noblesse.

En 1645, Saint-Pouange le recommande à Michel Le Tellier, père du marquis de Louvois, son beau-frère, alors secrétaire d'État à la Guerre. Celui-ci l'engage comme secrétaire privé, puis le fait nommer conseiller du roi en 1649.

Au service de Mazarin (1651-1661) En 1651, Le Tellier le présente au cardinal Mazarin qui lui confie la gestion de sa fortune, l'une des plus importantes du royaume. Il gérera ainsi la fortune de Mazarin pendant dix ans (1651-1661). Mais il va aussi se familiariser avec le système des finances royales et découvrir les questions navales.

Réputé cassant et peu disert, il n’est guère aimé de la Cour. Madame de Sévigné le surnomme « Le Nord ».

Chargé de veiller à la gestion des Finances de l'État, Colbert rédige en un mémoire accusant de malversations Nicolas Fouquet, surintendant des finances, en pointant que .

Peu avant sa mort (), Mazarin recommande à Louis XIV de prendre Colbert à son service, par la phrase célèbre : .

Pour le jeune roi, Colbert n’est d'ailleurs pas un inconnu. Louis XIV et Colbert partagent le même acharnement au travail, le même souci de l’information, le même goût de la grandeur du royaume. Le roi apprécie le grand commis zélé et fidèle qu’il côtoie depuis son enfance ballottée par la Fronde. Colbert vénère ce jeune souverain, son cadet de dix-neuf ans, dont il se veut l’éducateur respectueux et compétent en matière de marine. Mais, y compris au moment où il cumule les plus hautes charges du royaume, Colbert reste parfaitement conscient qu’il n’est qu’un informateur privilégié et écouté du roi et que celui-ci conserve seul le pouvoir de décision..

Disgrâce de Fouquet et ascension de Colbert (1661-1665) vignette|Restitution du Cabinet de travail de Colbert au château de Sceaux, 1683.

Colbert devient intendant des finances le , après la chute de Nicolas Fouquet, surintendant des finances et ennemi juré de Colbert. Colbert est, avec le jeune roi Louis XIV, un acteur principal dans cette chute. Pour commencer, il mène une campagne efficace de dénigrement visant Fouquet auprès du roi et du Cardinal Mazarin. Ensuite, il participe à la planification de l'arrestation de Fouquet et il gère, parfois personnellement, les perquisitions. En plus, il veille soigneusement à la composition du tribunal exceptionnel constitué pour le procès.

Les plans du roi et de Colbert fonctionnent parfaitement. Le , Fouquet est arrêté à Nantes par le sous-lieutenant des Mousquetaires, d'Artagnan. Ensuite, le procès, très suivi par les Français, durera trois ans. À la fin, les 22 juges rendent un verdict de 'coupable' et condamnent Fouquet à une peine de bannissement hors du royaume et de confiscation de tous ses biens. Cette peine ne plait pas au roi, qui la commue en prison à vie et envoie Fouquet à la forteresse de Pignerol.. Entre-temps, le roi supprime la charge de Fouquet, décidant de l'exercer lui-même avec l'aide d'un conseil réuni pour la première fois le : le Conseil royal des finances, dont Colbert est un des trois membres.

À partir de 1663, Colbert joue un rôle important dans la mise au pas des provinces, notamment pour juguler la puissance des nobles et mettre fin à une certaine impunité nobiliaire. Ainsi, le tribunal des Grands jours d'Auvergne siégera de à . Ce tribunal, qui a pour but de , statuera sur concernant des officiers corrompus et des nobles auteurs d'exactions. La condamnation de 87 nobles, 26 officiers et quatre ecclésiastiques est annoncée sur la place publique et durant les prônes vantant les mérites du roi protecteur et justicier.

Influences de Colbert sur la politique de l'État (1665-1683)

Le , Colbert reste seul contrôleur général des finances et sera désormais désigné le plus souvent par ce titre ; il devient le chef effectif de l'administration des Finances.

Dans son Mémoire sur les travaux de VersaillesArchives nationales., adressé à Louis XIV en 1665, il exprime son hostilité à tout projet de quelque ampleur.

Le , Colbert renforce son pouvoir en devenant secrétaire d'État de la Maison du Roi et secrétaire d'État de la Marine. Ces diverses charges lui permettent d'exercer une grande influence dans plusieurs secteurs d'intervention de l'État : finances, industrie, commerce, marine, police, justice, administration, travaux publics, postes, agriculture, aménagement du territoire, culture. Colbert contrôle donc près des deux tiers de l'activité et des finances du royaume.

Seules lui échappent les affaires étrangères et la guerre, confiées à Hugues de Lionne et à Michel Le Tellier, puis à son fils François Michel Le Tellier de Louvois (« Louvois »).

Tout en gérant les affaires de l'État et en enrichissant la France, Colbert amasse une fortune personnelle importante (environ 4,5 millions de livres), mais moins élevée que celle de Mazarin.

Décès et inhumation vignette|redresse|Jean-Baptiste Tuby et Antoine Coysevox, Monument funéraire de Colbert (1687), église Saint-Eustache de Paris« Monument funéraire de Colbert », notice sur pop.culture.gouv.fr..

Il refuse de recevoir Louis XIV sur son lit de mort, officiellement parce que son état ne le lui permettrait pas, il disait, selon ses proches : et : .

Après plus d'une semaine de souffrances atroces, Colbert meurt dans la journée du d'une crise de coliques néphrétiques. Le lendemain, l’enterrement a lieu la nuit à Paris dans l'église Saint-Eustache, sa paroisse. L’assistance est nombreuse, mais les obsèques se déroulent sous protection des archers. Certains de ses contemporains diront que ces obsèques hâtives ont eu lieu pendant la nuit afin de déjouer la menace des populations parisiennes hostiles.

Son tombeau, un chef-d'œuvre, est dessiné à la demande de sa veuve par Charles Le Brun et exécuté par les sculpteurs Jean-Baptiste Tuby et Antoine Coysevox. Il ne contient plus que ses jambes, tandis que le reste de sa dépouille a été transféré dans les catacombes de Paris en 1787Philippe Lefrançois, Paris souterrain, , Les Éditions internationales, 1950, ..

Récapitulatif de ses fonctions

Armoiries et devise

Devise ().

Mariage et descendance

vignette|redresse|Antoine Coysevox, Buste de Colbert, Paris, musée du Louvre. Jean-Baptiste Colbert épouse à Paris les 13 et , Marie Charron (Blois, - Paris, ), fille de Jacques Charron, seigneur de Ménars, Noizieux, grand bailli et gouverneur de Blois, intendant des turcies et levées de la rivière de Loire, capitaine des chasses du comté de Blois, conseiller du Roi en ses conseils, et de Marie Bégon. Elle est la sœur de Jean-Jacques Charron de Menars et cousine par alliance avec Alexandre Bontemps. Sa dot fut de . Elle fut inhumée avec son époux, dans l'église Saint Eustache de Paris. Ensemble, ils eurent neuf enfants : Jeanne-Marie Colbert (1650-1732) mariée en 1667 avec Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, duc de Chevreuse, pair de France, chevalier des ordres du Roi (1646-1712), dont postérité ; Jean-Baptiste Colbert (1651-1690), marquis de Seignelay, marquis de Châteauneuf sur Cher, marquis de Lonray, comte de Creully, secrétaire d'État à la Marine, commandeur et grand trésorier des ordres du Roi (1651-1690), marié 1°) en 1675 avec Marie d'Alègre (1660-1678), puis 2°) en 1679 avec Catherine Thérèse de Goyon Matignon (1662-1699), dont postérité ; Jacques-Nicolas Colbert (1655-1707), archevêque de Rouen, abbé de l'abbaye du Bec, membre de l'Académie Française ;