L'estampe (« Le Massacre des enfants de Niobé ») est une gravure d'interprétation réalisée par William Woollett en 1761. Gravée à l'eau-forte et pointe sèche sur cuivre sur cinq états d'après le tableau éponyme de Richard Wilson (exposé en 1760 à la avec succès), elle satisfait une commande de John Boydell dans le but de convaincre les Français d'importer des estampes britanniques.

Le sujet est tiré des Métamorphoses d'Ovide (livre 6, vers 146-312). Niobé, fille de Tantale et reine de Thèbes par son époux le roi Amphion, est punie pour s'être vantée de sa fécondité et avoir osé suggérer, parce qu'elle avait sept fils et sept filles, qu'elle était supérieure à la déesse Léto. Apollon et Artémis, les seuls enfants de Léto, sont indignés d'une telle présomption et ils tuent à coups de flèches presque tous les enfants de Niobé par vengeance. Lorsque Niobé sort de son palais, elle est horrifiée par le spectacle des corps de ses enfants et demeure pétrifiée.

Obtenant un grand succès en Angleterre, l'estampe devient la toute première estampe britannique à être exportée vers le continent européen, et entame un processus de renversement du marché de l'estampe entre la France et l'Angleterre. L'estampe consacre Woollett comme graveur et enrichit Boydell, qui avait beaucoup investi en payant extraordinairement bien son graveur, ce qui a eu pour effet de valoriser et encourager le travail de qualité des graveurs en Angleterre.

Autour de l'œuvre Sujet : la légende de Niobé

La légende de Niobé est rapportée par deux sources littéraires antiques majeures : les Métamorphoses d'Ovide (livre 6, vers 146-312)Édition Villenave 1806 : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/meta/06.htmÉdition Boxus et Poucet, Bruxelles, 2006 : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/metam/met06/m-06-146-411.htm et l'Iliade d'Homère.

Selon Ovide, Niobé était fille de Tantale et reine de Thèbes par son époux le roi Amphion. Elle fut punie pour s'être vantée de sa fécondité et avoir osé suggérer, parce qu'elle avait sept fils et sept filles, qu'elle était supérieure à la déesse Léto. Apollon et Artémis, les seuls enfants de Léto, s'indignèrent d'une telle présomption et ils tuèrent à coups de flèches presque tous les enfants de Niobé par vengeance. Lorsque Niobé sortit de son palais, elle fut horrifiée par le spectacle des corps de ses enfants et demeura pétrifiée ; c'est ainsi que pris de pitié, Zeus la métamorphosa en rocher, qu'il plaça sur le mont Sipylos (au nord-est de l'actuelle Izmir, en Turquie), d’où coulent ses larmes sous la forme d’une source.

Selon Homère, Niobé avait six fils et six filles et se vantait de la supériorité de sa fécondité par rapport à Léto, qui n'avait que deux enfants : les divinités jumelles Apollon et Artémis. En punition pour sa fierté, Apollon tua tous les fils de Niobé et Artémis toutes ses filles. Dans sa Bibliothèque (Livre III), Apollodore le Mythographe mentionne tout de même la survie de Chloris, qui allait devenir l'épouse de Nélée et la mère de Nestor. Les corps des enfants morts restèrent en l'état pendant neuf jours parce que Zeus avait transformé tous les Thébains en pierre, mais le dixième jour, ils furent enfin enterrés par les dieux. Niobé retourna alors dans sa maison phrygienne, où elle fut transformée en rocher sur le mont Sipylos, qui continue de pleurer lorsque la neige fond au-dessus..

Modèle : le tableau de Wilson vignette|gauche|Tableau original de Richard Wilson (1760, centre d'art britannique de Yale, New Haven, États-Unis).|alt=Niobé est au centre, serrant un petit enfant vers elle et levant les yeux vers le ciel. À gauche, Apollon et Artémis tirent des flèches sur ses enfants. Plusieurs sont déjà morts ou blessés ; les autres, à droite, tentent de s'échapper. Il y a une masse d'arbres cassés à l'extrême gauche, une forteresse et une mer orageuse avec un éclair à droite. est une huile sur toile réalisée par le Gallois Richard Wilson en 1760. Mesurant , elle est exposée la même année pour la première fois en Angleterre lors de l'exposition inaugurale de la « », plus connue comme «  » ; mais elle est désormais conservée aux États-Unis dans la collection Paul Mellon du centre d'art britannique de Yale... Wilson expose également à cette occasion deux paysages plus petits : et .

À l'occasion de l'exposition de 2010 à la galerie Richard L. Feigen & Co. de New York intitulée , le critique et historien de l'art N. F. Karlins explique que, bien que la tradition de la peinture de paysage britannique soit incarnée par deux grands artistes du , ils doivent beaucoup à Richard Wilson, qui reste moins connu qu'eux. Karlins considère en effet que le travail de Richard Wilson se situe à la charnière entre les paysages continentaux façon et les scènes de la nature propres au romantisme britannique ultérieur..

Selon lui, la pièce maîtresse de cette exposition, qui propose une douzaine de tableaux de Wilson et quatre autres d'artistes qui l'ont influencé, est , où le paysage et la scène mythologique ont la même importance. montre un ciel turbulent, illuminé par la foudre, au-dessus d'une montagne boisée, où a lieu la fameuse scène dans laquelle Apollon et Artémis tirent des flèches sur les nombreux enfants de Niobé pour venger leur mère Léto.

Quand le tableau est montré à la Royal Academy en 1760, cette scène fait sensation : qualifiée d'« arcadienne », elle contourne la vision classique et plaisante de l'harmonie et de la sérénité, pour une autre composition, qui devient , ce qui est très novateur de la part d'un Britannique : .

Il existe quatre versions de ce tableau, le présent tableau de 1760 étant la deuxième. La première date de 1750 selon Grant ou d'environ 1754-1755, selon le site du centre Paul Mellon consacré à Richard Wilson., et est réalisée en Italie pour Francis Egerton ( de Bridgewater) dans un style proche de Claude Joseph Vernet. La troisième date d'environ 1765 et appartient à la collection de Richard L. Feigen. ; la quatrième date d'environ 1768 et est conservée à la bibliothèque nationale du pays de Galles.

À ces versions s’en ajoute une cinquième, produite vers 1760 et qui a disparu lors d'un incendie pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir appartenu aux collections de la National Gallery.. Enfin, on connaît une autre version, datant d'environ 1760 et attribuée à l'atelier de Wilson, qui est conservée au musée des Beaux-Arts de Boston..

Ces tableaux ont été copiés par de nombreux peintres et graveurs.

L'estampe de Woollett Description Niobé est au centre, serrant un petit enfant contre elle et levant les yeux vers le ciel. À droite, juchés sur un nuage, Apollon et Artémis tirent des flèches sur ses enfants. Plusieurs sont déjà morts ou blessés ; les autres, à gauche, tentent de s'échapper. Il y a une masse d'arbres cassés à l'extrême droite, une forteresse et une mer orageuse avec un éclair à gauche..

Les arbres sont abattus, la pluie descend en torrents de la montagne sur laquelle, sous quelques buissons, on aperçoit un troupeau de moutons à l'abri de la tempête : les effets de la foudre apparaissent près de la ville en feu ; et l'agitation violente de l'étendue d'eau entre les montagnes est , cité par ..

Considérations techniques Comme pour la plupart de ses estampes, William Woollett combine les techniques de l'eau-forte et de la pointe sèche . Le rendu de l'eau dans les paysages est l’un des points forts de Woollett, qui travaille habituellement plusieurs mois sur ses planches.

Woollett étant un spécialiste de la gravure de paysage, c'est Anthony Walker qui se charge des personnages qui apparaissent au premier plan de la composition...

L'estampe, d'une dimension originale de , a été réalisée suivant cinq états. : état : l'eau-forte d'après le tableau. Sur l'exemplaire du British Museum, il est inscrit que seulement quatre épreuves de cet état auraient été tirées ; état : l'éclair d'épaisseur et de dimensions égales, et, au centre de la composition, une partie des ciels, dans le lointain, laissés en blanc ; état : l'éclair légèrement ombré ; des hachures sont ajoutées dans la partie supérieure des nuages, à gauche de la longue branche de l'arbre, au-dessus des rochers sur lesquels les vagues s'écrasent. Les ciels sont délicatement posés au centre de la composition ; état : ajout du nom de l'artiste. Dans l'édition de 1849 de son Dictionary, Michael Bryan remarque que, dans un catalogue écrit par Boydell, il est fait mention de seulement deux épreuves tirées de cet état : . Dans Voyage d'un Iconophile (Paris, 1834), Duchesne dit : . ; état : état publié « après la lettre », à l'intérieur de la « cuvette », apparaissent les mentions d'usage juste en dessous de l'image : le titre, et, de gauche à droite ; ; . Enfin, de gauche à droite : ; et les dimensions de l'image hors-cadre avec la mention .

Contexte de création L'auteur, William Woollett vignette|Portrait de William Woollett par Gilbert Stuart.|alt=Peinture en couleurs. Un homme en vêtements et coiffe amples rouge et blanc est assis sur un fauteuil en velours vert. De trois quarts, il regarde vers le spectateur ; sa main droite tient une pointe sèche posée sur une plaque de cuivre, qu'il tient avec sa main gauche. William Woollett naît à Maidstone le ; son père est hollandais.. William découvre son talent après avoir gravé le symbole du pub de son père, une tête de Turc sur un pot d'étain. Son père l'envoie alors à Londres, où il devient l'apprenti de John Tinney de Fleet Street et étudie à la St Martin's Lane Academy..

Sa première estampe importante date de 1761, lorsque l'ambitieux éditeur John Boydell lui passe commande de . : cette œuvre rencontre un grand succès.

Woollett se spécialise dans la gravure d'interprétation d'après les grands maîtres anglais et continentaux. Ses deux autres estampes les plus réussies sont , qui a également un grand impact sur le marché de l'estampe, et , toutes les deux d'après Benjamin West.

En 1766, Woollett est reçu à l', dont il devint par la suite secrétaire. Le , il est nommé graveur du roi. Il vit modestement pendant de nombreuses années au 11 Green Street, Leicester Square, puis à Charlotte Street, Katlibono Place. Il aurait eu l'habitude de tirer un coup de canon depuis le toit de sa maison quand il avait terminé une plaque importante..

William Woollett meurt à Londres le , des suites d'une blessure subie quelques années auparavant alors qu'il jouait aux .. Il est enterré dans le vieux cimetière de St. Puncraa, une pierre tombale ordinaire marquant son lieu de repos.

Dans son (1903), Michael Bryan lui donne une place toute particulière dans l'histoire de la gravure :

La commande de John Boydell vignette|Portrait de John Boydell peint par un anonyme d'après un portrait de William Beechey, réalisé en 1801.|alt=Peinture en couleurs. Homme en pied portant une perruque et des vêtements de dignitaire : une grande robe noire bordée d'or est attachée sur la poitrine par une chaîne en or. Au premier plan à gauche, une épée posée contre un meuble sur lequel sont disposés des livres et une couronne. À droite de la figure et en arrière-plan, un meuble recouvert de velours rouge et des colonnes parées de draps rouges. En 1761, l'éditeur britannique John Boydell (1719-1804) décide qu'il doit essayer de commercer avec les Français en nature, malgré les refus essuyés par le passé en raison de la mauvaise qualité des gravures britanniques. Pour amorcer ce changement, il se doit d'être en mesure de proposer une estampe vraiment spectaculaire. Il engage pour cela William Woollett, l'un des meilleurs graveurs d'Angleterre du moment, pour produire une gravure d'interprétation de de Richard Wilson, un tableau qui a rencontré un grand succès à la première exposition de la Society of Artists en 1760. Woollett avait déjà gravé avec succès le tableau de 1663 de Claude Lorrain Le Père de Psyché sacrifiant au Temple d'Apollon pour Boydell un an auparavant..