Laurent Dauthuille est un boxeur français né le à Viry-Noureuil et mort le à Rueil-Malmaison.
Après une brillante carrière dans les rangs amateurs pendant la Seconde Guerre mondiale, conclue par un titre de champion de France des poids moyens en , Laurent Dauthuille s'affirme comme l'un des meilleurs boxeurs professionnels français de la catégorie. Après avoir dominé Assane Diouf, Jean Despeaux et Robert Charron, celui que l'on surnomme « Tarzan » entrevoit les combats internationaux. Ses défaites contre Robert Villemain et Cyrille Delannoit en le poussent à l'exil au Canada pour relancer sa carrière.
Dans l'ombre de Marcel Cerdan, Laurent Dauthuille est l'un des premiers boxeurs français à combattre en Amérique. Animé par un esprit de revanche, il y enchaîne les succès contre les boxeurs renommés jusqu'à devenir un prétendant à la ceinture du champion du monde des poids moyens. Il obtient sa chance pour le titre mondial le à l'Olympia Stadium de Détroit. Opposé à Jake LaMotta, qu'il a battu dix-huit mois auparavant, Laurent Dauthuille domine nettement le combat avant d'être mis soudainement KO à de la fin du combat sur la dernière rafale de coups d'un LaMotta désespéré.
Le Tarzan de Buzenval reste un boxeur de classe mondiale jusqu'à une chute dans son escalier en . Il perd le dynamisme et la puissance qui ont fait sa force. Ses performances dans la deuxième partie de l'année inquiètent le milieu de la boxe. Pour protéger sa santé, la Fédération française de boxe lui retire sa licence en décembre, le forçant à prendre sa retraite contre son gré. Sa reconversion dans le catch et les différents métiers auxquels il s'essaie ne lui permettent pas de retrouver le prestige de ses exploits pugilistiques. Présenté comme « l'ex-champion de boxe », Laurent Dauthuille est avili. L'alcool aggrave sa déchéance jusqu'à son décès par suicide à l'âge de dans un relatif anonymat.
Biographie Jeunesse Laurent Dauthuille est né le à Viry-Noureuil dans l'Aisne. L'année suivant sa naissance, sa famille s'installe à Buzenval, quartier de Rueil-Malmaison.. Il est le premier garçon des sept enfants de Marcel Dauthuille, fossoyeur communal à Saint-Cloud et premier clairon de la clique de Buzenval et de Maman Dauthuille, caddie au golf de Saint-Cloud.. Laurent est confié au patronage paroissial chez les Cadets de Buzenval où l'abbé Legros lui apprend le clairon ainsi que les rudiments de la boxe anglaise et de la gymnastique. Bien qu'il excelle dans plusieurs sports, comme la natation, le jeune Laurent est maladroit et endormi, ce qui lui vaut le surnom de Gros Mou. À la mort du paternel en 1943, en période de guerre, il troque ce quolibet pour Petit Père. Peu assidu scolairement, Laurent Dauthuille est plus intéressé par l'école buissonnière, obligeant sa mère à le préparer au certificat d'études primaires qu'il passe néanmoins avec brio en obtenant la mention bien. Enfant, il préfère la nature et grimper aux arbres dans le bois de Saint-Cucufa, ce qui lui vaut le surnom de « Tarzan », « Tarzan français » ou encore « Tarzan de Buzenval ». Petit Père est mis en apprentissage par sa mère et devient tourneur sur métaux pendant trois ans. À la recherche d'argent, il s'intéresse à la boxe après avoir assisté en promenoir une soirée de boxe anglaise à la salle Wagram où il trouve les boxeurs assez médiocres et apprend que les bourses sont bonnes..
Carrière de boxeur Débuts prometteurs déçus En , Laurent Dauthuille commence à s'entraîner en boxe anglaise après avoir fini sa journée de travail dans la salle du Rueil Athletic Club dirigée par André Barrault, encaisseur à la Banque de France. Il remporte son premier combat douze jours après avoir mis les pieds à la salle pour la première fois. Malgré ses difficultés, son manque de nourriture et ses levers à pour aller travailler, Dauthuille brille sur les rings amateurs. Entre la fin 1941 et 1942, il remporte plus de cinquante combats.. Champion de Paris 1944, vainqueur du Critérium des amateurs, finaliste du Challenge L'Auto, le boxeur de Rueil-Malmaison devient champion de France un an et demi après la mort de son père sous les couleurs du Ring des Cloches des Halles... Au lendemain de ce succès obtenu face à Antoine Toniolo, il est décrit de la manière suivante dans les colonnes de L'Auto : « Dauthuille a du cran, du courage, il est puissant, résistant, dur au mal et il est doué pour se tailler une place parmi les « pros ». Sa boxe est celle d'un « battant » opérant surtout en courts crochets des deux poings ». Le Tarzan de Buzenval devient professionnel en 1944 et clôt son palmarès amateur avec , pour .
Il attire les foules chaque dimanche à l'Élysée-Montmartre. Ses victoires par KO contre Eugene Marchand et aux points contre l'ancien champion de France Robert Charron. accroissent sa réputation mais c'est son succès sur Assane Diouf qui lui offre le statut de vedette. vignette|droite|alt=Des boxeurs en peignoirs se tiennent debout sur un ring de boxe.|Laurent Dauthuille (troisième en partant de la droite) sur un ring à Amsterdam avant la revanche contre Luc van Dam. Après sa défaite contre Gustave Degouven et en amont de son combat contre le champion d'Italie Widmer Milandri, son manager déclare dans la presse que « ses incartades sont terminées [...] Les mauvais camarades ont été éloignés et, de sa propre initiative, il [Dauthuille] a décidé de ne plus mettre les pieds dans un bar sans être de ma compagnie ».. S'il domine Milandri, Dauthuille retrouve rapidement les plaisirs de la table et de la nuit.
Le , Laurent Dauthuille est battu aux points par Robert Villemain au Palais des Sports de Paris, dominé par la vitesse de son adversaire dans la deuxième partie du combat.. Il perd peu à peu son sentiment d'invincibilité et sa confiance, trouvant sur son chemin des boxeurs de grande valeur, comme le Belge Cyrille Delannoit contre lequel il s'incline à deux reprises au début de l'année 1948..... Son troisième succès contre Robert Charron n'y fait rien., la trajectoire sportive de Dauthuille est mauvaise. Le nouveau revers lors de la revanche contre Villemain en mai lui attire les critiques.. Pour une partie de la presse, ces défaites sont dues aux sorties dans les bars, les dancings, les boîtes de nuit d'un boxeur grisé par ses précédents succès ; on promet à Dauthuille une fin de carrière imminente.
En , Laurent Dauthuille épouse Andrée Hoffmann à La Celle-Saint-Cloud.. Dès le lendemain matin, le jeune marié s'envole pour Lausanne où il effectue une exhibition à l'occasion de l'arrivée de la quinzième étape du Tour de France 1948..
L'objectif de Dauthuille est alors d'affronter le Britannique Randy Turpin, mais celui-ci, souffrant, se fait remplacer par Jean Stock au Palais des Expositions de Genève.. Le Français n'arrive pas à se départager du remplaçant et concède un décevant match nul.. Après la rencontre, blessé à l'arcade gauche sur un coup de tête, il doit se faire poser trois agrafes.. Le combat envisagé contre Turpin n'aura jamais lieu.
Annoncé partant pour l'Amérique, Laurent Dauthuille quitte la capitale parisienne sur une défaite aux points face au champion italien Tiberio Mitri.. Physiquement en difficulté en fin de combat, le Français peine à tenir debout jusqu'au coup de cloche annonçant la fin du combat.
Exil canadien remarquable Pour relancer sa carrière, son manager André Barrault, qui considère par ailleurs que les juges français ne le favorisent pas, lui conseille de s'exiler au Canada. En , Laurent Dauthuille, son épouse et leur fille Josette s'installent dans un appartement de Montréal pour prendre un second départ. Les semaines qui suivent cette installation donnent raison à André Barrault. La vie saine du Canada permet au boxeur parisien de trouver le souffle et le dynamisme de ses débuts.. Outre-Atlantique, le Tarzan de Buzenval retrouve le plaisir de l'entraînement. Accompagné de son chien Pluto, setter irlandais, il court tous les matins à Mont-Royal..
Pour ses débuts canadiens, Laurent Dauthuille affronte un boxeur local, Pete Zaduc, qu'il bat aux points après que son adversaire ait échappé au KO sur le fil, se relevant après un compte de .. Son temps en Amérique étant compté, il enchaîne dès le mois suivant contre le vétéran américain Ernie Forte, qui met un terme à sa carrière après avoir été mis KO à la huitième reprise par le Français.... De retour au Forum de Montréal deux semaines plus tard, Dauthuille affronte un autre boxeur américain expérimenté, Ralph Zannelli, surnommé l'« Éventreur », contre lequel il impressionne et gagne nettement aux points.. Cette performance rapproche le Français de Montréal des prestigieuses réunions de New York et lui permet de bénéficier de nombreuses propositions...
S'espérant successeur du nouveau champion du monde des poids moyens, son compatriote Marcel Cerdan, Laurent Dauthuille continue à monter en prestige en affrontant en à domicile, à Montréal, l'Américain Jake LaMotta, classé quatrième au rang mondial... LaMotta ne fait pas le poids mais le clan français, confiant, n'exige ni une nouvelle pesée ni le forfait prévu pour cet incident. Avec dont son ami Robert Villemain qui l'assiste en bord de ring, la soirée montréalaise est historique avec une recette record de . Laurent Dauthuille monte sur le ring avec un short noir à parements rouges puis écoute la La Marseillaise chantée par l'artiste André Dassary. En grande forme, techniquement bien préparé, Tarzan boxe intelligemment à distance et en contre dans la première partie du combat avant de s'imposer physiquement dans la seconde partie face à un LaMotta exténué. Lors des trois derniers rounds, il suit son adversaire aux quatre coins du ring, multipliant les coups. La proclamation de la victoire du Canadien d'adoption soulève l'ovation des spectateurs. L'affrontement lui laisse des marques, touché notamment à l'arcade, il lui faut seize points de suture au visage après le combat..
À son retour de cette première tournée américaine réussie, Laurent Dauthuille est accueilli en champion par les médias français et la Fédération française de boxe.. Le boxeur se brouille avec son manager pour des motifs contractuels et financiers ; Barrault souhaite faire signer un contrat de cinq ans à son champion, ce dernier reproche à son entraîneur de n'avoir touché que nets sur toute sa tournée américaine.
En , Dauthuille enchaîne face au Canadien Johnny Greco au stade Delorimier de Montréal, enceinte de baseball transformée pour l'occasion en stade de boxe, sous le regard de .. La recette de est un nouveau record pour une soirée de boxe au Canada. Sur un tapis rendu glissant par la pluie, Dauthuille enchaîne en maîtrise, esquive les attaques de son adversaire et le contre jusqu'à porter l'attaque décisive dans la cinquième reprise. Deux mois plus tard, soutenu par un cortège de vedettes françaises exilées en Amérique comme Luis Mariano et Rudy Hirigoyen, Laurent Dauthuille confirme sans briller face à l'Américain Sonny Horne qu'il est l'un des meilleurs boxeurs du moment.... Face à un Américain toujours en mouvement, bon défenseur et encaisseur, Dauthuille ne peut conclure avant le terme prévu du combat, décevant ses supporteurs tout en ajoutant une victoire de prestige à son palmarès. Au lendemain de la mort tragique de Marcel Cerdan, Dauthuille est proposé par Émile Grémaux comme challenger de Jake La Motta dans L'Équipe..