Guichard de Pontigny, né au début du et mort à Lyon le , est un homme d'Église français, moine cistercien, abbé de Pontigny à partir de 1136 puis archevêque de Lyon à partir de 1165.

Arrivant en 1136 à la tête de l'abbaye de Pontigny, il y construit l'église abbatiale, et accueille notamment Thomas Becket alors en exil d'Angleterre et que lui envoie le pape . Il est élu archevêque de Lyon en 1165 dans un contexte local complexe où les échos de la guerre entre l'Empire et la Papauté sont vifs. Malgré son élection il ne peut entrer en possession de son trône qu'en . Une fois en place, il solde le conflit avec le comte laïc de Lyon ; B. Galland, Le rôle de l’Église de Lyon au service du roi de France au , Église et État, Église ou État ? (Christine Barralis, Jean-Patrice Boudet), , Publications de la Sorbonne, 2014. Lire en ligne. en signant l'acte connu sous le nom de Permutatio. La transaction restitue de larges pouvoirs à l'archevêché lyonnais en disposant de la vente des droits comtaux.

Sur le plan religieux, sa principale réalisation est le lancement de la construction de l'actuelle cathédrale Saint-Jean à Lyon. Il assiste également à la naissance du mouvement de Valdo, dont il s'assure de l'orthodoxie mais qu'il ne réprime pas.

Origines et début de carrière Les origines de Guichard sont totalement inconnues. Les premières mentions remontent en 1136, où, alors moine à l'abbaye cistercienne de Cîteaux, il est nommé à la direction de l'abbaye de Pontigny. Il succède à Hugues de Mâcon, élu à l'évêché d'Auxerre, et devient ainsi le deuxième abbé de Pontigny.

Abbé de Pontigny vignette|Façade de l'abbatiale de Pontigny. |alt=Photo d'un bâtiment religieux en pierre Il existe très peu de documents sur l'époque où Guichard dirige l'abbaye ; cela se résume à deux lettres peu informativesCe sont deux lettres de recommandation au roi Louis VII et à Suger. Recueil des Historiens de la France, , ; PL, , 1413. et à une série de chartesPresque toutes publiées dans M. Garrigues, Le premier cartulaire de l'abbaye cistercienne de Pontigny (), Paris, 1981. ayant trait à l'administration de l'institution. Ces documents ne renseignent que maigrement sur Guichard lui-même.

Guichard supervise l'édification de l'église abbatiale, achevée peu avant 1150, ainsi que des bâtiments conventuels.

En tant qu'abbé, il accueille Thomas Becket en exil à la suite de son conflit avec le roi d'Angleterre , ce qui donne un éclat particulier à son établissementSur les conséquences du séjour de Thomas Becket sur l'abbaye de Pontigny, consulter : Robert-Henri Bautier, « Les premières relations entre le monastère de Pontigny et la royauté anglaise », Thomas Becket : Actes du colloque international de Sédières, 19-24 août 1973, Paris, 1975, .. En cette occasion, il entre pour la première fois en contact avec Jean Belles-mains. C'est ce dernier qui a conseillé à Thomas Becket de se réfugier à Pontigny en faisant l'éloge de GuichardLes lettres de Jean Belles-mains sont publiées dans Robertson-Sheppard, Materials for the history of Thomas Becket, Londres, 1881, , ep. , .. La venue de l'exilé anglais provoque une vive inquiétude dans l'ordre cistercien, dont plusieurs personnalités craignent des représailles de la part du monarque anglais contre l'ordre. Ainsi, l'abbé de Cîteaux, Gilbert, et celui de Clairvaux, Geoffroy d'Auxerre demandent à Guichard de chasser le religieux importun. Celui-ci refuse. Ce conflit mène finalement à la renonciation de son siège par Geoffroy d'Auxerre sous la pression d'une papauté soucieuse de tenir tête au souverain d'outre-Manche.

Cette fidélité touche Thomas Becket qui recommande vivement par la suite à la candidature de Guichard pour le siège de Lyon.

Élection et consécration à l'archevêché de Lyon vignette|gauche|Lettrine historiée représentant entre Frédéric Barberousse et son épouse. Historia de discordia et persecutione, quam habuit ecclesia cum imperatore Frederico Barbarossa, Oxford, Bodleian Library, MS. Laud Misc. 587. |alt=Image d'un livre montrant trois personnes, celle du milieu étant un homme d'Église Guichard est élu au début de 1165 dans un contexte complexe : l’église locale est divisée entre tenants de l’empereur et partisans du pape . Quelques années auparavant, une partie du chapitre de chanoines avait élu Dreux de Beauvoir sans que celui-ci ne soit jamais consacré par le pape, même si ce dernier avait commencé par le reconnaître.

Toutefois, Dreux de Beauvoir laisse des agents impériaux dirigés par Renaud de Dassel tenter de construire une forteresse aux abords de la frontière avec la France au niveau de Lyon. André Steyert propose qu’elle ait été située à Pierre-Scyze.

Cette initiative déplaît au pape qui demande, dans une lettre à Dreux, de refuser cette construction et au roi de FranceElle est traduite dans l'ouvrage collectif . de la détruire. Dreux de Beauvoir, craignant visiblement de perdre son trône, tente de le préserver en écrivant au roi de France une lettre le suppliant de ne pas écouter ses détracteurs et lui jurant sa fidélité.

Toutefois, six chanoines décident de procéder à un coup de force et élisent au début de 1165 Guichard de Pontigny comme nouvel archevêque, attirés peut-être par sa réputation irréprochable. Celui-ci est un fidèle du pape, qui réside alors à Sens près de l'abbaye de Pontigny, et est déjà une personnalité notable de la chrétienté. On ignore le nom de ces six chanoines mais les travaux de Jean Beyssac permettent de supposer la présence de Guy de Talaru et Eustache de Saint-Chamont.

vignette|Cartulaire reprenant la lettre de confirmation de la Primatie par . A.D.R. 10 G 576. |alt=Page d'un manuscrit en latin annoté sur son côté gauche

Devant cette initiative, les chanoines fidèles de Dreux se tournent vers pour lui enjoindre de se saisir de l’élection de l’archevêché, en rappelant que le pape avait initialement reconnu Dreux comme archevêque. Mais le roi de France ne répond pas à l’appel et, le , consacre Guichard à Montpellier. La date est connue grâce à une lettre de Thomas BecketElle est traduite dans l'ouvrage collectif .. Pour appuyer cette décision, confirme la primauté de l'archevêché de Lyon sur ceux de Tours, Rouen et Sens dans une lettreL'original est perdu mais a été recopié dans de nombreux recueils dont le Grand cartulaire du chapitre cathédral de Lyon conservé aux Archives départementales du Rhône, 10 G 576, . Elle est traduite dans l'ouvrage collectif . du .

Tout oppose Dreux et Guichard : le premier est rallié à l'empereur et à l'antipape Victor IV, tandis que le second est fidèle au pape. Ces différends politiques se doublent d'un clivage religieux. En effet, Dreux est membre de l'ordre de Cluny et, en tant que tel, familier de liturgies longues et fastueuses, ainsi que d'une architecture très décorée. Par ailleurs, issu du chapitre lyonnais, il fait tout pour favoriser ce dernier. Guichard est au contraire envoyé par le pontife pour réformer le chapitre et lui redonner une simplicité plus proche de sa vocation initiale, en s'appuyant sur son expérience cistercienne. En tant que disciple de Bernard de Clairvaux, Guichard est partisan de l'art cistercien, c'est-à-dire d'une architecture et d'une liturgie dépouillées et les plus sobres possiblesNicolas Reveyron & Ghislaine Macabéo, « Un chantier médiéval à étapes : — ». Dans ..

Michel Rubellin estime que Guichard n'aurait pas été intéressé par la charge d'archevêque. Il met en avant qu'il avait déjà cinquante-cinq ans au moment de sa nomination, et passé plus de trente ans à la tête de son abbaye. Il formule l'hypothèse que ce sont les soubresauts de son refus de renvoyer Thomas Becket qui auraient poussé à l'envoyer à Lyon, et pointe le fait qu'il met deux ans pour rejoindre la région de son nouveau siège, attendant manifestement que les conflits locaux soient réglés.

Dreux commence par refuser l’élection de Guichard et se place résolument du côté de l’empereur Frédéric Barberousse. Il est soutenu militairement par le comte Gérard de Mâcon, tandis que plusieurs puissants de la région, comme , ne prennent pas position. Finalement, envoie en 1166 une armée contre le comte de Mâcon, troupe qui obtient quelques victoires et fait reculer le noble mâconnais..

Dreux parvient à se maintenir encore un an, enjoignant à l’archevêque de Reims de renouveler l’excommunication contre lui le . En octobre, la situation évolue et le chapitre cathédral conclut un accord avec le comte de Forez, allié du roi de France ; le jour de la Saint-Martin, le , Guichard entre dans la ville.

À la fin de l’année 1167, Guichard participe à l’élection de l’abbé de Belleville, aux côtés de Humbert de Beaujeu.

Règlement du conflit avec le comte de Forez Le conflit entre l'église de Lyon et le comte trouve son épilogue sous l'égide de Guichard, en deux temps. Un premier accord signé par les chanoines puis remplacé par un accord définitif, le , qui renforce la puissance temporelle du trône épiscopal.

Premier accord : le rétablissement des pouvoirs du comte (1167) vignette|Fort lyonnais, monnaie anonyme frappée pour le compte de l'église de Lyon entre les . Médailler du musée des beaux-arts de Lyon.|alt=Photo d'une pièce de monnaie avec une croix en son centre

Le pape souhaitait le retour d'une paix durable dans la région. Il charga Pierre II de Tarentaise de négocier et celui-ci obtint un premier accord ratifié par le chapitre de chanoines de la cathédrale le 1167A. N. P 140-01 (892). Le texte est édité dans . Il est publié et analysé dans l'ouvrage collectif .. L'accord, influencé par les chanoines dont le sacristain Guy de Talaru, traduit l'appui dont bénéficie le comte au sein du chapitre.

L'accord rétablit le comte dans ses droits, prévoyant que l'ensemble des pouvoirs politiques () soient mis en commun entre le comte et l'archevêque. Les péages, les revenus, les « leydesTaxe sur le sel entrant dans la ville, terme typiquement lyonnais décrit par H. Hours dans le lexique de Archives départementales du Rhône. Répertoire numérique 1 G - 10 G. » des marchés, les juridictions, tout doit relever d'agents de l'archevêque et du comte en même temps. En cas de conflit, l'accord prévoit que ce soit le chapitre cathédral qui tranche. Seule la juridiction sur les clercs échappe au contrôle du comte.

Cet accord annule donc en partie des dispositions de la Bulle d'or conférée par Frédéric Barberousse dix ans plus tôt.

Le comte revient ensuite à Lyon pour, aux côtés de Guichard, aller demander pardon pour les dommages qu'il a fait subir aux possessions d'Ainay et promet à l'abbé de faire cesser les exactions de ses hommes contre les privilèges de l'abbaye. Il est possible qu'il agisse ainsi pour s'attirer les bonnes grâces de puissances ecclésiastiques rivales de l'archevêque.

Georges Duby considère cet accord comme avantageux pour le royaume de France (au détriment de l'Empire) et traduit le regain de l'influence française en lyonnais Dans ..

Second accord : le Permutatio (1173)

Toutefois, le partage trop parfait et l'enchevêtrement des droits historiques du comte laïc et de l'archevêque rendit probablement l'accord intenable sur le terrain.

La paix revenue après la soumission de Gérard de Mâcon à Vézelay en 1172, ne désirait probablement pas que le conflit chronique dégénère à nouveau en guerre contre le Saint-EmpireJ.-E. Dufour, 1946, .. D'autre part, Guichard fut sans doute tenté de revenir sur le premier accord trop favorable au comte mais aussi au chapitre. Il est possible que le pape ait encouragé une nouvelle négociation et pesé sur celle-ci, souhaitant que le prélat lyonnais dispose d'un pouvoir plus assuré sur ses terres.

En 1173, à une transaction définitive fut signée : le . Avec cette vente, le comte du Forez céda toutes ses possessions sur Lyon et plusieurs seigneuries proches de la cité archiépiscopale. En échange, l'archevêque abandonnait le pouvoir temporel et ses possessions en Forez et s'engageait à lui verser la somme de onze cents marcs d'argent.