L'abbaye de Saint-Maur initialement appelée abbaye des Fossés est une ancienne abbaye aujourd'hui disparue, à Saint-Maur-des-Fossés. Les vestiges et le domaine de l'abbaye ont été transformés en un parc d'agrément nommé Parc de l'abbaye.

Historique

Fondation Une abbaye avec une église (dite « Abbatiale I ») est bâtie en 639, sous la régence de la reine Nanthilde mère de Clovis II, sur un castrum en ruines, situé dans une presqu'île constituée par un méandre de la Marne, sur le territoire de la future commune de Saint-Maur par un diacre de Paris nommé Blidegisilus. Elle prend le nom de « Saint-Pierre-du-Fossé » faisant ainsi référence au relief du lieu qui est très pentu jusqu'à la rivière Jean Heuclin Hommes de Dieu et fonctionnaires du roi en Gaule du nord du Ve au IXe siècle (348-817) « Histoire » Presses Universitaires du Septentrion, Paris 1998 158. Mentionné dès le Babolein en est le premier abbé. Audebert évêque de Paris s'interdit dès 643 d'intervenir dans l'organisation du monastère qui en 658, reçoit l'immunité royale de Clotaire III. Les plus anciens documents originaux des archives de l'abbaye sont deux chartes la première vers 695-701 de Childebert IV et la seconde du Henri Bordier. « Deux chartes inédites du VIIIe siècle, relatives à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés ». Dans : Bibliothèque de l'école des chartes. 1850, tome 11. 56-65. La chapelle Notre-Dame des Miracles dont les ruines sont encore visibles dans le « Parc de l'Abbaye » marque selon la tradition l'emplacement de l'église primitive dans laquelle fut inhumé Babolein.

Décadence et renaissance thumb|Exemption accordée par Louis-le-Pieux à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés de tous les droits de péage et de circulation datant du . Archives nationales. Au début du , l'abbaye est l'une des premières en 816 à bénéficier de la vaste réforme imposée par Louis le Pieux et l'église (dite « Abbatiale II »), dédicacée le , est rebâtie par l'abbé Benoît (813-839), sous l'égide du comte Bégon de Paris. Elle reçoit en 861 des vignes et un embarcadère dans l'actuelle Bry-sur-MarneJean-Charles Picard, «Un monde rural s'édifie» dans Alain Croix (dir.) Histoire du Val-de-Marne. Messidor/Conseil général du Val-de-Marne, 1987, .

Le , l'abbaye recueille sur instructions de Charles le Chauve, les reliques de saint Maur en provenance de l'Abbaye Saint-Maur de Glanfeuil, près de Saumur, alors menacée par les Vikings. L'abbé Udon/Eudes de Glanfeuil (mort en 886), devient alors abbé de Saint-Maur et Glanfeuil un prieuré. L'« Abbatiale III » est reconstruite vers 920 pour l'abbé Rainaud par le comte Haganon favori de Charles le Simple.

Après l'abbatiat d'Adhelnée vers 925, Saint-Maur tombe comme beaucoup d'autres abbayes en décadence et est aux mains d'abbés laïcs les comtes de Paris : Hugues le Grand, Hugues Capet et Bouchard le vénérable également comte de Vendôme, Montoire et Lavardin puis de Corbeil et de Melun. Le monastère est dirigé par un certain « abbé » Mainard qui préfère entraîner ses moines à la chasse au chien et au faucon plutôt que se consacrer à la vie religieuseSelon la Vita de Bouchard le Vénérable composée à Saint-Maur en 1058 par le chancelier Eudes de Saint-Maur.. Le moine Adic se plaint de ces dérèglements auprès du comte Bouchard le Vénérable qui confie en 989 le soin de réformer le monastère à Saint MayeulSeigneurs de Villemomble et Villebéon. Étienne Pattou. Sur racineshistoire.free.fr. de l'Ordre de Cluny. Le beau-fils de Bouchard, Thibault de Corbeil, abbé de Cormery, devient abbé régulier de Saint-Maur à partir de 1005Dominique Barthélemy, La société dans le comté de Vendôme de l'an mil au Fayard 1993, 291.

Sur les traces du comte Bouchard : dominations châtelaines à Vendôme et en Francia vers l'an Mil, Acte du colloque Hugues Capet 987-1987. La France de l'an Mil, Paris - senlis, 22-25 juin 1987, Paris, 1992, éd. Picard, p. 99-109., année du décès de Bouchard le vénérable et l'« Abbatiale IV » est réédifiée et dédicacée solennellement le sous l'abbé Eudes II. C'est une vaste église romane de pèlerinage à crypte sous le chœur avec une nef triple de six travées avec un ou plusieurs clochers.

Moyen Âge thumb|Vestige de l'abbaye de Saint-Maur. En 1058 Guillaume Guerlenc comte de Corbeil, devient avoué de l'abbaye où il se retire comme moine après un vœu.

Selon une légende médiévale le , un certain Rumolde sculpteur sort brièvement de son atelier pour répondre à un appel qu'il croit entendre. Lorsqu'il revient il constate que la statue de Vierge à l'Annonciation en bois polychrome à peine ébauchée sur laquelle il travaillait est achevée. Il s'agit d'une œuvre « acheiropoïète » connue sous le nom de Notre-Dame des Miracles « Virgo audiens » ; des conversions, des grâces et des miracles lui ont été attribués. Elle se trouve désormais dans une chapelle de l'église paroissiale Saint-NicolasAndré Kaspi et Joëlle Conan, Saint-Maur-des-Fossés. Quand la banlieue peut avoir une âme, Paris, Découvertes Gallimard Histoire, 2010 15..

En 1096 le prieuré de Saint-Maur-sur-Loire est perdu à la suite des intrigues du comte Foulques IV d'Anjou qui veut se venger du roi Philippe Ier de France qui lui a pris son épouse Bertrade de Montfort. Les abbatiats de Thibaud II (1107-1134) et d'Ascelin (1134-1153) sont marqués par une intense activité artistique, manuscrits et ornementation du cloitre; la plupart des sculptures conservées datent de cette époque. A cette période le roi Louis VI fait remise aux moines du cens de 3 sous perçu pour le transfert des marchandises à l'embarcadère d'Olins, en 1110.

En 1134 l'abbé d'Ascelin reçoit d'Étienne de Senlis l'évêque de Paris, l'abbaye de Saint-Éloi en la cité qui est rattachée à Saint-Maur. À cette date, l'Abbaye de Saint-Maur devient propriétaire du domaine de cette abbaye qui comprenait le bourg Saint-Paul autour de l'église Saint-Paul-des-Champs, les terres agricoles qui s'étendaient de l'emplacement de la rue Saint-Antoine jusque sur le territoire de l'actuel de Paris et au-delà à Charenton et l'exercice du droit de basse, moyenne et haute justice sur les habitants.

Un premier miracle autour des reliques de Saint-Maur eut lieu au . D'autres miracles suivirent et l'abbaye devint un des grands pèlerinages d'Île-de-France. D'abord fixé le fête de Saint-Maur il est déplacé à la Saint-Jean le . On vient y prier de toute l'Europe pour guérir la goutte (dit « mal de saint Maur ») ou l'épilepsie (dit « mal de saint Jean »). Dès la fin du , l'abbaye n'est plus connue que sous le nom de « Saint-Maur-des-Fossés » qui apparait en 1247 et s'impose pendant la décennie 1280.

Dans une bulle du pape Innocent II, de l'année 1136, il est fait mention pour la première fois de la chapelle Saint-Bon de Paris appartenant à l'abbaye de Saint-Maur-des-FossésFélix et Louis Lazare : Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monumentsJean de La Tynna : Dictionnaire topographique, étymologique et historique des rues de Paris (1817).

Le Pierre de Chevry, prieur de Saint-Eloi est élu abbé en remplacement de Jean d'Auxonne (1251-1256) qui s'était « montré détestable » et avait été déposé il aurait endetté l'abbaye ce qui a provoqué une réorganisation de la communauté à la demande du roi Saint Louis . Pendant 30 ans Pierre de Chevry marque la vie monastique de Saint-Maur d'une empreinte très forte. Il est le premier des abbés mitrés du monastère et comme les évêques il porte un anneau, une dalmatique et une crosse. Il institue de nouveaux offices comme ceux de Chambrier, Cellérier et Trésorier. En 1273 l'abbé Pierre fait commencer un nouveau Polyptyque c'est-à-dire un état général des domaines de l'abbaye. En 1275 il fait réaliser un Cartulaire où recueil des chartes qui, réuni au Polyptyque, forme un ouvrage de 600 pages dit le « Livre Noir ». Ce document est une source d'informations sur les mœurs et l'organisation sociale du . À sa mort le Pierre de Chevry est inhumé dans la chapelle Saint Martin qui était ouverte sur le transept nord de l'abbatiale et qu'il avait fait rebâtir. En effet les travaux de reconstruction en style « gothique » du chœur et du chevet de l'église qui atteint désormais 86 mètres de longueur sont achevés vers 1281.

Vers 1358, pendant la guerre de Cent Ans, l'abbaye héberge les troupes du Dauphin, futur roi Charles V. Des fortifications sont entreprises, dont il reste aujourd'hui la tour occidentale, dite « tour Rabelais ». En janvier 1378 l'empereur Charles IV du Saint-Empire, roi de Bohême, vient de Prague rendre visite à son neveu Charles V de France et fait un pèlerinage à Saint-Maur pour y guérir de la goutte. Il réside à l'Abbaye avec son fils et héritier Venceslas et y rencontre le roi de France les 12 et . En 1430 les Armagnacs puis les Anglais s'emparent successivement de l'abbaye et la pillent. Au , le logis de l'abbé à l'Abbaye est le théâtre de la signature de deux traités :

Le premier traité de Saint-Maur est signé le à Saint-Maur-des-Fossés par, entre autres, Jean sans Peur et Isabeau de Bavière. Il fut ensuite présenté par Jean V de Bretagne au Dauphin qui résidait alors à Saumur Le régent rejeta certainement ce traité.

Un second traité de Saint-Maur est signé le entre le roi de France Louis XI et les Grands du royaume révoltés au cours de la guerre de la ligue du Bien public.

Fin de l'abbaye vignette|La tour Rabelais. vignette|Bâtiment des Hierosimes de saint-Maur des fossés par Jacques Cellier, fin . L'abbaye tombe en commende en 1493 au profit de Raoul V du Fou évêque d'Évreux, avant d'être sécularisée en 1533 par son dernier abbé le cardinal et évêque de Paris, Jean du Bellay. Elle devient un chapitre de chanoines. C'est là que le cardinal, devenu premier doyen, accueille Rabelais en 1536Accusé d'apostasie et d'irrégularité, Rabelais est absous par le pape mais, par le bref de Paul III de 1536, doit s'engager à regagner un monastère bénédictin de son choix et à ne plus pratiquer d'opérations chirurgicales. Le cardinal du Bellay lui offre de le recevoir dans le monastère dont il est l'abbé. Or, comme l'abbaye est devenue un chapitre de chanoines juste avant que Rabelais n'y vienne, une nouvelle dispense doit être demandée au pape pour régler ce problème de dates, et permettre à Rabelais de retrouver sa liberté en toute légalité..

À partir du , les bâtiments, mal entretenus et mal gérés, menacent ruine. En 1735 l’archevêque de Paris interdit le grand pèlerinage de la Saint-Jean, puis le , Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, décide de supprimer le chapitre et de le rattacher à celui de Saint-Louis-du-Louvre. Les bâtiments sont vendus en 1751 au prince de Condé et démolis. La chapelle Notre-Dame-des-Miracles est fermée lors de la Révolution française.

En 1858-1861 un propriétaire des lieux Édouard Bourières réunit les différentes parties du site, il fait fouiller le bas-côté de l'église abbatiale et la crypte romane. Il transforme les écuries des chanoines en une curieuse villa néo-renaissance qui subsiste encore. Le domaine qui était passé au sénateur Adolphe Maujan est cédé aux sœurs dominicaines qui l'occupent de 1920 à 1958 avant de le revendre à la Caisse des Dépôts. Le site est enfin racheté par la ville de Saint-Maur en 1962.

Aujourd'hui, l'abbaye n'existe plus et a laissé place à un square au coin de l'avenue de Condé et de la rue de l'abbaye. Quelques ruines subsistent, telles : la tour Rabelais, la villa Bourières du ou encore d'anciennes fortifications. Les vestiges de l'abbaye sont classés au titre des monuments historiques depuis le .

Explorations archéologiques vignette|upright=0.5|alt=Une statue-colonne du cloître représentant saint Nicolas nourrisson dans les bras de sa mère|Saint Nicolas se détourne du sein de sa mère pour respecter le jeûne. Statue-colonne du cloître du .