Mathilde Mauté, parfois appelée Mauté de Fleurville, née à Nogent-le-Rotrou le et morte à Nice le , fut la jeune épouse de Paul Verlaine avant qu'il ne rencontre Arthur Rimbaud, ce qui précipitera la déliquescence du couple qui se sépare en 1874La séparation de corps et de biens est prononcée, le , elle sera transformée en divorce, le - ..

De cette union naît un fils, Georges Verlaine. Mathilde Mauté se remarie en 1886. Après la mort de Paul Verlaine survenue en 1896, elle écrit, en réponse à la biographie publiée par Edmond Lepelletier, en 1907, une autobiographie. Elle est publiée de manière posthume en 1935 sous le titre de Mémoires de ma vie.

Éléments biographiques Enfance (1853-1867) 150px|vignette|gauche|Portrait de Mathilde Mauté en 1859 par Colombe Peragallo. vignette|droite|Le château de Reynel. Mathilde Sophie Marie Mauté naît à Nogent-le-RotrouRue Charronnerie - ., le . Son père, Théodore Jean Mauté, rentier, vit de ses propriétés et sa mère, née Antoinette-Flore Chariat, est sans profession, mais donne à l'occasion des leçons de piano. Elle était veuve de Pierre Louis Sivry, décédé deux années à peine après leur union. De ce premier mariage était né un fils, frère utérin de Mathilde, Charles Sivry.

À l'époque de sa naissance, les parents de Mathilde résident à Parisau 45 de la rue Miromesnil - .. Sa mère, pour accoucher, se rend à son invitation chez sa belle-mère, Rosalie Mauté née Maugars, qui habite la demeure familiale à Nogent-le-Rotrou.

Théodore Mauté, ou l'un de ses aïeux, s'était, par coquetterie patronymique, adjoint la particule , Mathilde s'en accommodera également non sans dire à son père: . Et, de fait, la particule nobiliaire n’apparaît sur aucun acte officiel de Mathilde, ni sur son acte de naissance, ni sur son acte ou son contrat de mariage avec Paul Verlaine et pas davantage sur son acte de divorce ou tout autre document officielThéodore Jean Mauté fera plusieurs tentatives, toutes vaines, pour faire homologuer cette particule arguant du fait qu'il fut porté par une de ses aïeules dont la branche s'est éteinte (cf. Le Moniteur universel du , du ou le Mémorial de la noblesse, 1864, ).

Au printemps et à l'été, la famille de Mathilde prend ses quartiers à Nogent-le-Rotrou, rejointe par la grand-mère maternelle, Sophie Leroy. Les deux aïeules qui s'entendent à merveille adorent leurs enfants. En 1857, l'appartement de la rue de Miromesnil étant devenu trop exigu, la famille déménage et s'installe à la rue de Suresnes dans un vaste appartement où madame Mauté organise des soirées musicales.

vignette|upright=0.75|gauche|La maison au 14 de la rue Nicolet vers 1870.

En 1859, naît la sœur de Mathilde, Alice Marguerite.

En 1860, alors que Mathilde est âgée de , sa grand-mère paternelle meurt. Son grand-père, Jean René Mauté, étant décédé en 1851, la propriété est vendue. Théodore Jean Mauté achète alors le 14 de la rue Nicolet et la famille s'établit à Montmartre.

L'enfance de Mathilde se déroule paisiblement dans l'insouciance et la gaieté. Sa mère est une intime du duc de Rohan et de ses filles, Mathilde fréquente ainsi le château de Reynel où elle rencontre son amie, Osine de BeurgesJoséphine Marie Louise de Beurges (1853-1877) , fille d'Henri Charles Louis de Beurges (1822-1912) et d'Alexandrine de Rohan-Chabot (1831-1907). Pendant quinze années, la famille Mauté, invitée, s'établit au château Reynel pour les trois mois de la période de chasseFrançois Porché dans son appareil critique émet en 1934 une hypothèse selon laquelle la famille n'était pas présente en tant qu'invitée mais plutôt en qualité de domestiques qu'il faut entendre au sens élargi .

La mère de Mathilde est une pianiste confirmée, elle reçoit même en son temps, quelques leçons de Frédéric Chopin. et, par la suite, en donne elle-même, au jeune Claude Debussy pour préparer son entrée au Conservatoire de Paris. Elle fréquente les communautés russe et polonaise et y rencontre de nombreux artistes, elle était ainsi très liée au couple des Wagner et c'est depuis leur loge qu'elle assiste à la déconvenue du compositeur lors de la représentation de son opéra Tannhäuser, en 1861.

Le père de Mathilde est très mondain. Après des études en droit, un projet d'engagement dans la marine, il a finalement fait le choix, parce que ses rentes le lui permettaient, de ne pas travailler. Et contrairement à ce qu'en dit Edmond Lepelletier dans sa biographie de Verlaine, il ne fut jamais notaire. .

Madame Verlaine 250px|vignette|droite|Mathilde Mauté, par Alphonse Liébert, vers 1870 (image colorisée - voir l'original).La Bonne Chanson (Verlaine). 200px|vignette|gauche|Charles de Sivry dit Sivroche présenta sa demi-sœur à son ami Paul Verlaine. En 1868, son frère, Charles Sivry, surnommé Sivroche dans les milieux artistiques, souhaite présenter à sa mère de nouvelles amies rencontrées à Paris où elles tenaient salon, Nina de Callias et sa mère, Madame Gaillard. Chez elles, sans protocole ni mondanité, on rencontre en toute intimité une foule de poètes, littérateurs, peintres, sculpteurs et musiciens de talent. Mathilde, alors âgée de quatorze ans, accompagne sa mère et découvre ce qui est pour elle un nouveau monde. Elle y rencontre les frères Cros, Antoine-Hippolyte, Henry et Charles, Léon Dierx ou encore Anatole France.

Mathilde s'intègre au groupe et y pousse même la chansonnette, accompagnée par son frère, musicien, en interprétant Avec mes sabots, dondaine. Elles sont sur le point de prendre congé lorsque Verlaine fait son apparition. Mathilde le trouve , hélas, écrit-elle, cette première impression ne devait pas durer.

Sa seconde rencontre avec Verlaine se déroule chez Madame Léon Bertaux tandis que Charles Sivry, son frère, organise une répétition pour un spectacle musical de son cru où Verlaine et Edmond Lepelletier seront amenés à chanter. Verlaine ne remarque pas davantage Mathilde qui avait et, dit-elle, en paraissait douze. C'est à cette époque que Charles Sivry vante les mérites de son nouvel ami auprès de sa sœur et lui donne à lire les Poèmes saturniens et Fêtes galantes.

Le temps des accordailles Mathilde apprend certains poèmes de Verlaine que son frère a mis en musique. Plusieurs mois se sont écoulés lorsqu'un jour, son frère, étant rentré tard d'une soirée chez Nina de Callias, n'est pas encore descendu. Elle monte à sa chambre et tombe nez-à-nez avec Verlaine avec lequel elle engage la conversation : . Elle lui parle de certains de ses poèmes qui lui avaient particulièrement plu. Mathilde note à cet instant un changement dans son comportement, jusqu'à sa physionomie, son visage apparaissant comme et, confie-t-elle, à cet instant, Verlaine relate cet épisode dans Confessions, II, 5, 1895. Huit jours plus tard, Verlaine écrit à Charles afin de l'informer qu'il était épris de sa sœur et de s'enquérir s'il y avait des raisons d'espérer qu'une demande en mariage ne soit pas repoussée.

vignette|upright=0.75|gauche|Paul Verlaine vers 1866(image colorisée - voir l'original). vignette|upright=0.75|droite|Paul Verlaine, probablement à Fampoux vers 1870, dédicace une photographie à Nina de Callias :(image colorisée - voir l'original).

Charles montre la lettre à Mathilde, ils vont ensuite la montrer à Madame Mauté pour aller ensuite à trois trouver le père et lui demander ce qu'il en pense. L'accueil est pour le moins mitigé et le père de famille se refuse d'envisager le moindre engagement pour sa fille . Nous sommes en , Mathilde vient d'avoir seize ansDans ses Mémoires, elle écrit qu'elle vient d'avoir quinze ans . Charles rejoint alors Verlaine qui résidait à Fampoux chez un oncle pour lui expliquer qu'il y avait bel et bien des raisons d'espérer, mais qu'un engagement devrait encore attendre. C'est lors de la visite de Charles Sivry que Verlaine commence à composer La Bonne Chanson que lui inspire la jeune Mathilde avec laquelle il aspire à couler des jours heureux.

Verlaine fait parvenir à Mathilde son recueil par l'intermédiaire de son frère. Mathilde est ravie, elle demande à sa mère si elle peut répondre à son auteur pour l'en remercier, sa mère acquiesce finalement, mais toutes deux décident de n'en souffler mot au père.

De proche en proche, Verlaine, en visite chez les Mauté, présente sa mère qui, prenant congé, demande à Monsieur Mauté de lui rendre visite le lendemain ; celui-ci accepte poliment de s'y rendre, mais trouve cela prématuré et inopportun tout en lui donnant le sentiment que l'on tente de lui forcer la main. La mère intervient alors : son amour semble sincère, il occupe un poste, certes modeste, à l'Hôtel de ville et puis il a du talent et sûrement un avenir… Monsieur Mauté, ne voulant que le bonheur de sa fille, se laisse amadouer. Verlaine est désormais autorisé à faire sa cour à sa promise et le mariage est fixé à deux années plus tard.

L'hiver 1869-1870 s'écoule rapidement pour Mathilde, de soirées entre amis chez la mère de Verlaine, en visites chez Nina de Callias et non sans avoir à éconduire deux-trois nouveaux prétendantsElle dira à la mère de l'un d'entre eux qu'elle n'était pas pressée de se marier et que son père, de toute façon, refusait de lui donner une dot. Avec humour, elle signale que - . Mais Paul Verlaine n'a qu'une hâte, celle de voir ses épousailles précipitées dans le temps. En avril, il se montre davantage insistant. Sous les assauts de Mathilde appuyés par sa mère, Monsieur Mauté accepte qu'un mariage soit programmé pour le mois de . Outre les soirées, Verlaine passe désormais ses dimanches au côté de Mathilde à la rue Nicolet. Ils s'emploient à dénicher un appartement et vont de visite en visite. Madame Verlaine mère invite à la prudence financière, mais Mathilde, qui sait pouvoir compter sur le soutien de son père, fait opter pour un appartement spacieux à l'angle de la rue du Cardinal-Lemoine et du quai de la Tournelle, dont le balcon s'ouvre largement sur la Seine, Notre-Dame et l'Hôtel de ville.

Le temps des épousailles vignette|La nef et l'orgue de l'Église Notre-Dame de Clignancourt où leur mariage est célébré, le . En , Mathilde et Verlaine signent un contrat de mariage sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts et fixent leurs épousailles au . La date doit cependant être reportée au car Mathilde a contracté la variole. À sa suite, sa mère qui la soignait contracte la petite vérole à son tour. Verlaine se montre attentionné, mais craint la contamination et s'il prend des nouvelles de sa future à la porte du jardin, il préfère finalement s'établir un temps à la campagne, à Moissy.

Le , la guerre est déclarée et tous les hommes non mariés ne faisant pas partie du contingent sont appelés sous les drapeaux. Verlaine en est très affecté et affolé : pensant que son mariage n'aurait pas lieu, il appréhende et sanglote toute la nuit .

La célébration du mariage se déroule cependant comme prévu à l'église Notre-Dame de Clignancourt, le . Les témoins de Mathilde sont Paul Foucher et un ami de son père, l'orientaliste Louis-Pierre-Eugène Sédillot ; ceux de Verlaine, Léon Valade et M. Istace, . En raison de la guerre, peu de monde assiste au mariage, mais leurs proches, leurs connaissances se montrent néanmoins présents par des attentions. Ainsi, Louise Michel, amie de la famille, adresse un touchant poème à Mathilde.

Dans un premier temps, leur appartement n'étant pas encore tout à fait prêt, le couple s'installe chez les Mauté, rue Nicolet. Le couple file des jours heureux, Verlaine étant et cette , dit Mathilde, . L'appartement est situé en face de l'hôtel de ville, Verlaine y rentre à l'heure du déjeuner : .

vignette|gauche|Nina de Callias par Édouard Manet en 1873.