Frédéric Spitzer ou Frédéric Samuel Spitzer (1815-1890) est un marchand, collectionneur d'art et faussaire autrichien, actif à Paris.

Marchand d'art et de curiosités, il se spécialisait dans l'art médiéval et de la Renaissance et a constitué une importante collection, appelée lors de sa vente posthume Collection Spitzer et qualifiée par les collectionneurs contemporains de huitième merveille du monde. Plus tard, des études ont prouvé qu'il a fait fabriquer et commercialisé des faux.

Sa fille Catherine Coche de La Ferté est une poétesse française, et son petit-fils, Étienne Coche de La Ferté, un homme de lettres français.

Biographie Jeunesse Frédéric Spitzer naît le à Vienne. ou à Presbourg., fils du fossoyeur d'un cimetière juif de Presbourg..

Après avoir participé à la Première guerre d'indépendance italienne en 1848, Spitzer voyage à travers l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique et les Pays-Bas.

Carrière Inspiré par ses contacts avec des collectionneurs anglais, Frédéric Spitzer commence à collectionner des objets d'art et des antiquités en revendant très cher un tableau de Albrecht Dürer acheté pour seulement cinq florins, ce qui jette les bases de sa fortune. Il prend notamment conscience des armes et armures anciennes, qu'il achète en grand nombre à Vienne pour les revendre à Londres. Il n'arrive pas à se lancer dans cette ville, où il est installé depuis les années 1840, et décide de s'installer en 1852 à Paris..

Il devient dans la capitale française le premier antiquaire et collectionneur d'objets du Moyen Âge à la fin de la Renaissance et ses affaires prospèrent. Trois ans plus tard, il établit la succursale Spitzer à Aix-la-Chapelle : « Kunst- und Antiquaten-Handlung », où il vend de nombreuses antiquités au baron Adolphe de Rothschild. Son magasin, situé dans son hôtel particulier parisien construit en 1878 au 33, rue de VillejustPeter R. De Clercq, Scientific Instruments: Originals and Imitations : the Mensing Connection : Proceedings of a Symposium, held at the Museum Boerhaave, Leiden, 15-16 October 1999, ., près de l'Arc de triomphe, devient un lieu de rencontre populaire de l'aristocratie, des personnalités politiques et du monde de l'art (la famille Rothschild compte également parmi sa clientèle) et se fait appeler le « musée Spitzer ». Par sa capacité à répondre à une demande grandissante d'art décoratif chez la classe bourgeoise ; à s'arracher les œuvres qui ne sont plus à la mode pour les revendre plus tard plus cher ; et à cultiver une aura d'autorité en commandant des textes savants, Frédéric Spitzer est un marchand d'art en avance sur son temps. Un article de 1893 le décrit ainsi :

Le « Musée Spitzer » présente des armes, des armures, des tapisseries, des meubles, de la faïence, des reliquaires, de l'orfèvrerie, des horloges, etc. ; il rivalise avec les musées d'arts et métiers émergents en Angleterre et en Allemagne au point d'être appelé la .. Certains de ses objets d'art proviennent notamment des collections de Louis Fidel Debruge-Duménil, du Prince Soltykoff, d'Achille, baron Seillière, d'Alessandro Castellani et de Julien Gréau..

Lorsque la guerre franco-prussienne éclate en 1870, Frédéric Spitzer envoie la majeure partie de sa collection à Londres, où elle est rachetée par Richard Wallace. Il part avec sa collection d'armes et armures à Vienne, que le baron Anselm von Rothschild achète pour . Tout cela lui permet d'acheter la collection Caran à Lyon.

Frédéric Spitzer est fait chevalier de troisième catégorie de la Couronne de fer en 1875 et a été chevalier ou officier de la Légion d'honneur française.

Vers la toute fin de sa vie, Frédéric Spitzer s'associe à Émile Molinier pour créer un ouvrage de six volumes particulièrement soigné avec des illustrations sur sa collection : La Collection Spitzer : Antiquité - Moyen Âge - renaissance. Seul le premier volume est publié de son vivant (Paris, Quantin, 1890), mais des instructions sont laissées pour les suivants.

Fin de vie et descendance Frédéric Spitzer meurt le à Paris et est enterré au cimetière de Passy (1re division).

Il laisse une veuve, née Maria-Victoria Feist avec deux filles mineures, Catherine-Julie Spitzer, née à Chatou le qui épousera en 1891 l'avocat Alexandre Paul Coche de La Ferté (1864-1931) et sera poétesse Marguerite-Jeanne Spitzer, née à Paris le qui épousera en 1900 l'architecte Adolphe Augustin Rey (1864-1934)

toutes trois de nationalité autrichienne et instituées héritières par testament du , la mère étant nommée tutrice par le défunt en vertu de ce même testament. En , la veuve Spitzer obtient sa naturalisation ainsi que la reconnaissance de ses deux filles comme Françaises afin de faire lever les scellées par les autorités françaises en vue de l’inventaire de la succession ce à quoi s’oppose, sans succès, le consul d’AutricheTribunal de la Seine (Audition des Référés), . – Prés. M. Aubepin – Veuve Spitzer c. Consul d’Autriche dans Édouard Clunet, André Henri Alfred Prudhomme, Journal du droit international, 1890 (en ligne) ..

Collection Devenir de la Collection Spitzer

Comme aucun acheteur n'a pu être trouvé pour son magasin trois ans après sa mort, il a été vendu aux enchères en 1893, comme le prévoyait son testamentTribunal civil de la Seine, ch. , présid. M. Poncet, - Coche-Spitzer c. Mannheim – Gazette des Tribunaux citée dans La Revue de l'art ancien et moderne du , (en ligne) .. En présence de représentants des grands musées européens et de collectionneurs privés internationaux, la « Vente aux enchères du siècle » de ce qui est connu comme la Collection Spitzer et qui s'étend sur trois mois avec ses plus de à , a atteint de francs (soit l'équivalent de de dollars en 2014, selon Cordera).

Le collectionneur (1835-1909) acheta une bonne partie de la collection et légua plus tard des œuvres au British Museum, à la National Gallery de Londres et au Victoria and Albert Museum. Plus tard, une plus grande partie de la collection de Spitzer, composée d'œuvres d'art ou décoratives médiévales et de la Renaissance, a été vendue lors d'une vente de cinq séances aux Anderson Galleries à New York (du 9 au ).

Révélations sur la production de faux Il faut attendre le début des années 1900 pour voir des restaurateurs allemands remettre en question l'authenticité de certaines œuvres, qui semblent fausses ou tellement altérées qu'on ne pourrait les considérer comme authentiques.

En 1978, une partie des œuvres conservées à Londres au Victoria and Albert Museum a été officiellement jugée frauduleuse : des objets ont été assemblés à partir de pièces différentes et des faux ont été volontairement commandés à des artisans, preuve en est un document contenant des instructions pour fabriquer ces objets. Spitzer a en effet chargé le restaurateur allemand (1827–1909) et d'autres de modifier des objets ou de créer des faux qui pourraient être revendus sur le marché en tant qu'œuvres d'art authentiques de la Renaissance et de la période médiévale. Le Metropolitan Museum of Art de New York, qui possède alors 45 œuvres provenant de la Collection Spitzer, les retire de ses collections exposées.

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie . . Edmond Bonnaffé, Le Musée Spitzer, Paris : Imprimerie de l'art, 1890. Catalogue des objets d’art et de haute curiosité antiques, du Moyen Âge & de la Renaissance... (collection Spitzer), 2 vol., 1893. La collection Spitzer et la presse du monde entier, 1892-1893 (recueil de coupures de presse relatifs à la collection d’objets d’art de Frédéric Spitzer, voir notice en ligne). J. Hayward, in: The Burlington Magazine, , 1970, p. 669ff.

Liens externes

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