Sébastien est un saint martyr romain ayant vécu, selon la tradition chrétienne, au . Il est fêté selon le Martyrologe romain le en Occident et le en Orient.
Né à Narbo Martius, en Gaule (aujourd'hui Narbonne, en France), Sébastien est citoyen de Milan, en Italie. Militaire de carrière, il est pris d'affection par les empereurs Dioclétien et Maximien Hercule, qui le nomment centurion. Durant la persécution de Dioclétien, il est pourtant exécuté sur ordre des souverains pour avoir soutenu ses coreligionnaires dans leur foi et accompli plusieurs miracles. D'abord attaché à un poteau et transpercé de flèches (sagittation), il est finalement tué à coups de verges après avoir miraculeusement guéri la première fois.
Patron des archers, des fantassins et des policiers mais aussi troisième patron de Rome (avec Pierre et Paul), saint Sébastien est surtout invoqué pour lutter contre la peste et les épidémies en général. Souvent représenté dans les arts, il est devenu un symbole homoérotique à la Renaissance avant d'être considéré comme une icône homosexuelle à partir du , aspects qui sont sans doute liés aux libres représentations picturales depuis la Renaissance, qui privilégient une beauté corporelle prêtée au martyr, bien que celle-ci ne soit nulle part attestée dans les sources patristiques du et du .
Dans les sources chrétiennes En effet, il existe très peu de détails historiques concernant la vie de saint Sébastien. Celui-ci est évoqué pour la première fois au par saint Ambroise, évêque de Milan, dans un sermon (XX - Ps. 118). Ce Père de l'Église y explique que Sébastien est originaire de Milan, mais montre surtout qu'il était déjà vénéré à l'époque.
Dans les Actes de saint Sébastien (), également attribués à Ambroise de Milan, et La Légende dorée de Jacques de Voragine (rédigée vers 1265), saint Sébastien est présenté comme un Gaulois. À Narbonne, une église, construite sur le lieu présumé de sa maison natale, lui est dédiée.
Hagiographie selon La Légende dorée Vie de saint Sébastien thumb|upright|210px|Georges de La Tour, Saint Sébastien soigné par sainte Irène (vers 1645), Paris, musée du Louvre. D'après Jacques de Voragine, saint Sébastien est originaire de Narbonne, en Gaule, mais citoyen de Milan. Bien que fervent croyant, il est nommé centurion par les empereurs païens Dioclétien et Maximien Hercule, qui lui vouent une grande affection. Sébastien n'embrasse toutefois la carrière militaire que dans le but d'aider ceux qui partagent avec lui la foi chrétienne.
Accompagnant, un jour, deux prisonniers chrétiens, les jumeaux Marc et Marcellin, Sébastien les conforte dans leur foi, malgré l'insistance de leur famille, qui les presse d'abjurer le christianisme pour échapper au martyre. Impressionnée par les paroles de Sébastien, une femme muette nommée Zoé s'approche du militaire, qui lui rend alors la parole. Ce miracle impressionne grandement les témoins de la scène, qui se convertissent ensuite en nombre, ce qui donne lieu à de nouvelles guérisons.
La nouvelle de ces événements ne tarde pas à se répandre et arrive bientôt jusqu'à Chromace, préfet de la ville de Rome. Atteint d'une maladie grave, ce dernier sollicite l'aide de Sébastien et du prêtre Polycarpe, qui promettent de le guérir s'il permet la destruction d'un grand nombre d'idoles. Ce n'est cependant qu'après que Chromace a renoncé à s'adonner à la divination qu'il retrouve la santé, non sans qu'un ange soit apparu dans son palais. Ce nouveau miracle amène la conversion de , issues de la maison du préfet.
Pendant ce temps, la persécution contre les chrétiens s'intensifie et Sébastien est dénoncé par le préfet Fabien à l'empereur Dioclétien. Se sentant trahi, le souverain condamne Sébastien à être attaché à un poteau au milieu du Champ de Mars avant d'être percé de flèches par ses archers. , Sébastien est ensuite laissé pour mort et abandonné. Guéri de ses blessures, Sébastien retourne au palais impérial quelques jours plus tard. Il reproche alors à Dioclétien et à Maximien Hercule leur attitude vis-à-vis des chrétiens. Mais, loin de se repentir, les deux souverains le font battre à coup de verges, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Son corps est ensuite jeté aux égouts pour empêcher les chrétiens de le vénérer. Dès la nuit suivante, cependant, saint Sébastien apparaît à sainte Lucine, pour révéler où se trouve son corps. Sa dépouille est alors enterrée à Rome, auprès des apôtres Pierre et Paul.
Certaines versions de La Légende dorée situent la date du martyre de saint Sébastien , c'est-à-dire près d'un siècle avant la Persécution de Dioclétien, alors que d'autres indiquent l'année 287, ce qui correspond au règne de Dioclétien, mais pas aux persécutions subies par les chrétiens.
thumb|upright|Josse Lieferinxe, Saint Sébastien intercédant pour les pestiférés (1497-1499), Baltimore, Walters Art Museum.
Miracle postérieur à la mort de saint Sébastien D'après La Légende dorée, une terrible peste frappe la péninsule italienne et la ville de Pavie en est la principale victime. Alors que les morts s'accumulent, un ange se manifeste aux habitants de la cité pour leur apprendre que l'épidémie prendra fin une fois qu'un autel dédié à saint Sébastien y aura été élevé. Une fois l'autel édifié dans l’église Saint-Pierre-aux-Liens, la peste disparaît et des reliques de saint Sébastien sont transportées de Rome à Pavie, pour honorer le martyr.
Pendant la pandémie de Covid-19, il a été avec sainte Rita et saint Roch un des saints les plus invoqués.Which Saint to pray for fighting against a Covid infection? A short survey.
Cultes et patronages Reliques thumb|upright|Reliquaire de saint Sébastien, Ebersberg, Allemagne.
Selon certaines sources, le corps de saint Sébastien aurait été transporté de Rome à Soissons, en l’abbaye Saint-Médard. Ses ossements ont ensuite été disséminés à la cathédrale Saint-Protais-et-Gervais, à Hartennes, Serches, Cœuvres (1793), Saponay, Montigny-Lengrain (1857), Margival (1792). Le crâne est divisé en deux : une moitié est confiée à l'abbaye d'Ebersberg en Allemagne, l'autre est à Soissons.. Un reliquaire conservé à Narbonne a été ouvert le pour être exposé au public le : un morceau du crâne de saint Sébastien se trouverait dans ce reliquaireL'Indépendant ; bulletin paroissial.
Pour d'autres, le corps de saint Sébastien est toujours au Vatican. Il aurait été transféré, en 826, des catacombes pour être transféré près de la basilique qui lui est dédiée à Rome, sur la via Appia. La basilique Saint-Sébastien-hors-les-Murs est visitée depuis 1552 par les pèlerins du Tour des sept églises.
Des reliques de saint Sébastien sont dispersées dans des églises catholiques de tous les continents. thumb|upright|Guido Reni, Saint Sébastien (vers 1615), Rome, musées du Capitole. Patronages Saint Sébastien, comme saint Georges, est l'un des saints militaires martyrs des premières Églises chrétiennes. Leur culte a débuté au pour culminer à la fin du Moyen Âge, aux . Les détails de leur martyre sont révélateurs de l'attitude des chrétiens de l'époque : de tels saints étaient Athleta Christi (champion du Christ) et « gardiens du Paradis ».
Protecteur contre la peste, saint Sébastien est parfois compté comme l'un des quatorze saints auxiliaires (intercesseurs). La connexion du martyre par « sagittation » (frappé de flèches) avec la peste n'est pas due au hasard : au début de l'Iliade, Apollon, le dieu-archer en colère, par ses flèches, envoie une pestilence contre les Achéens : Mais dans la mythologie gréco-romaine, chaque pouvoir redoutable appelle le pouvoir inverse, le Dieu qui frappe peut être aussi celui qui guérit.
Par extension, saint Sébastien a pu être considéré, à partir des années 1980, comme un intercesseur contre l'épidémie du sida, particulièrement au sein de la communauté homosexuelleKarim Ressouni-Demigneux, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, sous la direction de Didier Eribon, Éditions Larousse, 2003, . En Provence, saint Sébastien protège aussi des convulsions et des coliques.
Saint Sébastien est le patron de plusieurs villes dans le monde, dont Bratislava (capitale de la Slovaquie), Qormi (à Malte), et Caserta, Avella, Mistretta et Assolo (en Italie), ainsi que Melilli et Cerami (en Sicile). Il est même le troisième saint patron de Rome après saint Pierre et saint Paul. Il patronne également les villes de Palma de Majorque et de Saint-Sébastien (en Espagne). Dans cette dernière, le est ainsi l'occasion de festivités et de célébrations appelées Tamborrada. Saint Sébastien est aussi le patron de Rio de Janeiro (au Brésil), qui a été fondée le , et qui s'appelait à l'origine .
Selon les pays, saint Sébastien est considéré comme le saint patron des soldats en général et des fantassins (armée de terre) en particulier, des gardes suisses, des conquistadores, mais aussi des athlètes et, en France, des archers en particulier, et par extension des officiers de policeSous l'Ancien Régime, le terme archer désigne un officier subalterne de police. .
En Provence, saint Sébastien est un saint de bravade (avec saint Pancrace, saint Jean, Saint Georges...), jeu de combat rituel accompagnant la fin des processions (luttes, courses et poursuites, batailles à coups de mottes de terre, de fruits, de fleurs, pétards et décharges de mousquets...)Charles Galtier 1990, op.cit., p. 72..
Syncrétismes Les cultes afro-brésiliens, syncrétisme de religions chrétiennes et païennes, associent saint Sébastien à Ogoun, en particulier dans l’État de Bahia, ou à Oxossi. De la même manière, saint Sébastien est associé à Grand Bois dans le vaudou haïtien.
Évolution de l'image de saint Sébastien dans les arts
Au Moyen Âge : un saint martyr et intercesseur thumb|upright|Élément de la mosaïque des saints martyrs de la basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne. Saint Sébastien est le quatrième personnage en partant de la gauche. Au Moyen Âge, saint Sébastien est généralement représenté par les artistes comme un vieillard barbu. Son plus ancien portrait connu est une mosaïque réalisée entre 527 et 565 : elle se trouve dans la basilique byzantine Sant'Appolinare Nuovo de Ravenne et montre le martyr au milieu de vingt-cinq autres saintsThe Iconography of Saint Sebastian: https://www.alessandro-giua.it/SEBASTIAN/. Dans cette œuvre, Sébastien est doté d'une auréole et tient dans la main une couronne de laurier, qui symbolise sa victoire sur le martyre. Il n'a en revanche ni flèche, ni archer qui pourraient rappeler les souffrances auxquelles il a survécu. Les références au martyre par sagittation ne commencent en réalité à apparaître que vers l’an 1000, mais elles s’imposent progressivement jusqu’à faire oublier que saint Sébastien est mort sous des coups de bâton.
À une époque où les hommes croient que la peste et les autres maladies se répandent par l'air, à la vitesse des flèches mortelles, cette représentation de saint Sébastien n'a rien de surprenant. De fait, comme le montre l'inscription présente sur la fresque de Benozzo Gozzoli Saint Sébastien protégeant le peuple de San Gimignano (« Sancte Sebastiane Intercede Pro Devoto Populo Tuo » c'est-à-dire « Saint Sébastien intercède pour ton peuple dévot »), le martyr apparaît d'abord comme un intercesseur entre Dieu et les hommes en période d'épidémie. Il n'est donc pas surprenant de le compter parmi les saints les plus souvent représentés durant la période suivant la Peste noire.