Girart de Roussillon est une chanson de geste de dix mille décasyllabes qui raconte les guerres de Girart contre le roi Charles II le Chauve.

Girart de Roussillon, chanson de geste du cycle de Doon de Mayence Ce personnage et son histoire ont fait l'objet d'une étude accessible sur le site Persée Voir ici.

Le roi Charles et les filles de l'Empereur de Constantinople Lors de la fête de Pentecôte, le pape appelle les gens de la cour du roi Charles à s'unir pour aller secourir l'empereur de Constantinople, père de deux filles, dont l'aînée est promise à Charles et la cadette à Girart, un baron très puissant de sa cour et son ami. Après plusieurs batailles contre les païens, de nombreux messagers sont envoyés chez l'empereur, dont Girart lui-même. Le père des deux jeunes fiancées couvre de richesses les Français venus les chercher, mais Girart accélère les choses et se fait présenter les deux femmes. La première, Berthe, est d'une très grande beauté, d'un noble maintien, très cultivée et bien éduquée, parle de nombreuses langues et n'a pas son égal en éloquence, beauté et intelligence. Mais la seconde, faisant son entrée, ravit encore plus l'assemblée : on reconnaît que celle-ci est d'une beauté incomparable. Tout le monde repart, les poches remplies et le cœur plein de promesses et d'espérances.

En rentrant à la cour de France, Charles interroge les premiers messagers arrivés sur les deux femmes ; on lui vante les nombreux mérites de sa future, Berthe, mais il s'afflige de savoir que son vassal va épouser la plus belle des deux sœurs, l'accusant même d'avoir choisi seul. S'ensuit alors une discussion féroce pour faire changer d'avis Charles : tous ses barons tentent de le raisonner, le pape même s'en mêle : beaucoup ont juré sur leur vie à l'empereur de Constantinople qu'ils feraient épouser Berthe à Charles. Mais le roi de France n'en démord pas, tant et si bien que Girart est contraint de céder Elissant au roi, en échange d'un accord qui provoquera de nombreux maux : il lui demande surtout de lui donner en alleu sa terre de Roussillon, c'est-à-dire qu'elle ne dépendrait plus de Charles et que Girart en serait le seul maître. Charles accepte, demandant en contrepartie de garder son droit ancestral à venir chasser sur les terres de Girart.

Le ton monte entre le roi Charles et Girart Cette tradition lui permet de faire une percée sur les terres de Girart, dont il craint la trop grande puissance. Passant par la forêt d'Ardennes, il galope jusqu'à Roussillon, où il somme Girart de lui remettre ses terres ; celui-ci refuse, et se déclare prêt à se défendre, mais il est trahi par son sénéchal, Richier de Sordane, qui confie les clefs de Roussillon à Charles, et le roi en profite pour attaquer et piller le château que Girart occupe momentanément et qu'il doit fuir car il était blessé. Il se réfugie à Avignon, où il retrouve ses parents et vassaux venus - trop tard - lui porter secours : Fouque le sage, Boson le belliqueux, Seguin de Besançon, Fouchier, avec qui il décide de riposter depuis Dijon. Il menace ensuite le roi installé à Roussillon, qui sort en compagnie d'une petite troupe pour poursuivre l'insolent : mais celui-ci l'attend plus loin avec une grande armée, et le roi se fait moucher, puis part se réfugier à Reims, la route de Roussillon lui étant barrée par les hommes de Girart. Celui-ci reprend possession de l'un de ses châteaux, et son cousin Fouque tue le traître Richier qui tentait de s'enfuir.

Tentatives d'apaisement Charles enrage, et prépare une bataille rangée ; Girart en est averti, mais malgré les conseils pacifistes de Fouque, décide de tenir tête au roi. Fouque obtient cependant d'aller à Orléans voir le roi pour présenter une offre et ainsi éviter un conflit ouvert. De son côté, Charles demande conseil à ses barons, qui restent divisés sur l'identité du déclencheur de troubles : certains rejettent la faute sur Girart, et d'autres au contraire sur Charles (notamment Thierry de Scanie, autrefois réduit à l’infamie par Drogon, le père de Girart, et tiré de la misère par le roi, qu'il sert fidèlement, mais aussi sagement). Le roi refuse d'être jugé responsable de la situation, et rejette les conseils de paix que lui proposent ses barons. Plus tard, Fouque paraît chez le roi pour l'inciter à la paix, voyant qu'il se prépare à livrer une bataille féroce contre Girart ; mais le roi s'y refuse, et Fouque à la suite des menaces et de l'inimitié de celui-ci se voit dans l'obligation de déclarer la guerre.

Première grande bataille puis réconciliation Les deux armées se retrouvent sur la plaine de Vaubeton. Toutes les forces de Girart sont présentes, Allemands, Provençaux, Gascons et autres, tout comme celles du roi. Une bataille effroyable s'ensuit, dans laquelle meurt un nombre effroyable de chevaliers. Parmi eux notamment Drogon, tué par Thierry de Scanie, et Odilon (blessé à mort, et mort quelques jours après la fin de la bataille, toujours par Thierry). Les pertes sont nombreuses des deux côtés, mais une manifestation surnaturelle engage les deux parties à faire la paix : des flammes descendent du ciel pour enflammer les enseignes des deux belligérants. Les barons de Charles font envoyer à Girart Thibert de Vaubeton pour conclure un accord, et le maître de Roussillon s'en va demander conseil sur son lit de mort à son oncle Odilon. Celui-ci l'engage fortement à la paix, ainsi que ses propres fils (Fouchier, Boson, Fouque, Seguin, cousins de Girart) ; mais Girart ne veut la paix qu'en échange de la promesse de bannissement de Thierry. Charles accepte, si Thierry n'est banni de sa cour que pendant sept ans. Une paix semble conclue.

Cependant le roi est assailli de toutes parts par des païens qui profitent de son affaiblissement de Vaubeton. Il appelle au secours Girart, et leur force commune leur permet de repousser les ennemis ; c'est ainsi qu'ils se réconcilient, Charles étant trop heureux d'avoir pu conserver sa souveraineté grâce à Girart. Plusieurs années s'écoulent, dans une grande harmonie, les deux hommes étant très amis et se conseillant l'un l'autre. Au bout de la septième année, Girart accepte que revienne Thierry de Scanie ; mais au cours de tournois organisés en son honneur, Thierry et ses fils sont assassinés sournoisement par Boson, qui voulait venger son père, et Fouchier, son frère, vole le roi.

Nouvelles batailles Le roi Charles accuse Girart d'avoir orchestré ces exactions, lui confisque ses terres, le somme de venir lui prêter allégeance et justifier ses prétendus actes ; son messager sera Pierre de Mont-Rabei, un jeune noble plein de fougue. Celui-ci s'offusque du refus de Girart d'obéir aux désirs du roi, et défie, s'emporte, mais ne parvient pas à faire réussir son ambassade, et repart plein de rancune chez Charles, à qui il raconte plus ou moins fidèlement le contenu de l'entrevue. Le roi attaque ensuite un château de Girart, Mont-Amele. Malgré les conseils de Fouque, Girart riposte, et une grande bataille s'ensuit, mais il perd contre Charles, qui fait prisonnier nombre de ses barons. Le vainqueur refuse tout accord que lui proposent les perdants, sauf si on lui livre Boson, le meurtrier de Thierry, ce qui est refusé. Begon, le messager de Girart, tente de le défendre, et d'expliquer ses actes, rappelant notamment que le roi avait organisé une embuscade pour tuer Girart si celui-ci s'était présenté à sa cour après l'accusation portée contre lui du meurtre de Girart.

Begon revient penaud chez Girart, lui racontant la fierté de Charles, qui de son côté lui avait rappelé que beaucoup de vassaux de Girart étaient en train de passer dans son camp, mécontentés du traitement de Girart. Fouque explique à Girart que ces désertions sont dues au comportement colérique, cruel et obstiné adopté par le maître de Roussillon. Girart cependant arrive à surprendre Charles à Civaux, faisant fuir ses troupes prises par surprise. Puis le roi réagit, et écrase Girart. Celui perd presque tous ses appuis (Charles en a acheté certains, comme les Gascons et les Provençaux), ne lui restent que les fidèles Bourguignons ; ses terres lui sont prises l'une après l'autre. À Montbrun, ville livrée par trahison, Girart se rend avec tous ses hommes et attaque au petit matin les troupes du roi, qui se dispersent. Un millier de chevaliers se réfugie à l'abbaye de Vaucouleurs, que Girart incendie et pille.

Prise de Roussillon par le roi Charles La guerre se poursuit ainsi pendant cinq ans, entre exactions et sacrilèges opérés dans les deux camps, qui mettent à feu et à sang les terres qu'ils traversent. Le roi assiège la ville de Roussillon, qu'un traître lui offre sur un plateau avec la complicité de sa femme, qui vole les clefs de la ville ; ses troupes attaquent pendant la nuit. Girart est contraint de s'enfuir, la mort dans l'âme car sa femme est restée à Vienne. Cependant elle est sauvée par Boson, qui l'emmène avec lui jusqu'à Girart ; tous s'enfuient à Dijon, où ils préparent une bataille dans laquelle prendront part Bourguignons et Bavarois, derniers appuis de Girart, ainsi que tous les soldats qu'il pourra payer avec l'argent qui lui reste. De son côté, le roi se réjouit d'avoir repris la ville de Roussillon à son ennemi, mais ses barons lui apprennent qu'un des voisins de Roussillon bloque toutes les routes y menant ; revenu à Orléans, il décide sous conseil de faire fortifier Roussillon pour la préparer à une attaque éventuelle de Girart. Celui-ci est prévenu par le biais de Fouque, contacté par Belfadieu, engagé sur place par Charles et qui avait déjà été en contact avec lui lors de sa venue à la cour du roi avant la bataille de Vaubeton. Les ennemis du roi attaquent alors un convoi de ravitaillement, et Girart remporte une victoire chère payée. Envoyant un messager à la cour du roi pour lui demander la paix, il tente de vaines négociations qui ne sont plus utiles à ce moment-là de la guerre. Il se prépare à encore livrer bataille, mais ses ressources s'amenuisent. La prochaine bataille doit avoir lieu près de Châtillon-sur-Seine ; cependant un baron prisonnier de Girart le trahit et fait prévenir Charles des intentions de son ennemi.

Défaite et fuite de Girart La dernière bataille commence : elle signe la défaite de Girart ; Fouque est fait prisonnier, Boson est tué, Girart se retrouve seul et s'enfuit à Besançon, où sa femme prévenue de la tournure des événements le rejoint. Elle l'engage à chercher à se mettre en sécurité, et accompagné de six autres personnes, tous deux quittent la ville juste avant l'attaque de Charles. En chemin, ils croisent des hommes du roi, et les attaquent, mais sont défaits; Girart s'enfuit et se réfugie chez un ermite en compagnie de sa femme et d'Enjoïs, une jeune noble accompagnant la comtesse. L'ermite tente de faire renoncer Girart à toute sa rancœur, mais Girart en garde toujours contre Charles ; il décide de se rendre chez un parent de sa femme, Oton, roi de Hongrie, qui l'aidera à rassembler ses forces, et escompte attaquer Charles en traître pour se venger. L'ermite lui montre son péché et le sermonne ; il arrive à lui faire abandonner ses derniers équipements guerriers. Girart reprend la route, et apprend par des marchands rentrant de Bavière et de Hongrie, qu'Oton est mort et que des soldats cherchent à capturer Girart sur le chemin de Hongrie. Mais Berthe trouve une ruse pour éloigner les marchands qui n'ont pas reconnus le couple en guenilles : elle prétend avoir assisté aux funérailles de Girart, et les marchands répandent la nouvelle de la mort de Girart dans tout le pays ; celle-ci parvient aux oreilles de Charles, qui s'en réjouit.