L’Ours brun de l’Oussouri (Ursus arctos lasiotus), également appelé Ours brun d’Ézo ou encore Grizzly noir, est une sous-espèce de l’Ours brun, un mammifère carnivore de la famille des Ursidés.
Décrit en 1867 par John Edward Gray d'après un spécimen du nord de la Chine doté d'oreilles particulièrement touffues, cet ursidé massif, dont le pelage varie du brun foncé au noir presque intégral. figure parmi les plus grandes formes d'ours bruns d'Asie, les mâles pouvant atteindre voire dépasser les .
Son aire de répartition s'étend à travers l'Asie du Nord-Est, englobant l'Extrême-Orient russe (notamment le kraï de l'Oussouri, la région de l'Amour et l'île de Sakhaline), le nord-est de la Chine, la péninsule coréenne ainsi que le nord de l'archipel japonais (Hokkaidō et les îles Kouriles méridionales). Omnivore opportuniste au régime très diversifié composé de végétaux, de fruits, d'invertébrés, de bétail et de poissons migrateurs tels que les salmonidés, il partage son habitat continental avec le Tigre de Sibérie, avec lequel il entretient des relations de prédation et de concurrence directe. Bien que l'espèce globale soit classée en préoccupation mineure, plusieurs de ses sous-populations isolées (notamment dans les îles Kouriles d'Itouroup et de Kounachir ou en Chine) sont vulnérables ou en danger face au braconnage, à l'abattage de gestion et à la fragmentation de leur habitat. L'animal occupe enfin une place centrale dans la culture traditionnelle régionale, particulièrement chez le peuple Aïnou, pour qui il incarne la divinité montagnarde Kimun-kamuy au cœur du rituel de l'Iyomante.
Dénominations Nom scientifique valide : Ursus arctos lasiotus (Gray, 1867) selon ; Synonymes :
Nom normalisé anglais : Ussuri brown bear ; Nom vulgaire typique en français : Ours brun de l’Oussouri. ; Autres noms vulgaires : Ours brun d'Ézo, Ours brun de l’amour, Grizzly noir de Mongolie, Grizzly noir ; Noms vernaculaires : Ours brun, Ours.
Taxonomie L'Ours brun de l'Oussouri a été décrit scientifiquement comme une espèce distincte en 1867 par le zoologiste britannique John Edward Gray sous le nom binominal d'. La description repose sur un spécimen vivant reçu par la Société zoologique de Londres en provenance du nord de la Chine (« North China »), localité type du taxon. Dans sa courte note descriptive, Gray rapproche l'animal du groupe formé par l'ours brun européen (Ursus arctos), le grizzly (U. ferox) et l'ours du Japon en raison de sa tête large, arrondie vers l'arrière, pourvue d'un museau modérément large et de grandes oreilles saillantes. Il s'en distingue toutefois nettement par ses oreilles recouvertes à l'extérieur et surtout à l'intérieur de longs poils doux formant une touffe proéminente qui comble la cavité auriculaire (d'où l'épithète spécifique latine lasiotus, « aux oreilles poilues »). Le pelage, presque entièrement noir à l'exception d'un museau brunâtre, est plus long que celui des formes d'Europe (Ursus niger) et du Japon (Ursus japonicus) à la même saison, avec une large touffe de poils allongés recourbés vers l'avant sur la gorge, sans aucune marque claire en chevron sur la poitrine. Gray précise également que ce taxon se distingue nettement par sa morphologie crânienne des formes montagnardes d'Asie à tête allongée et étroite comme l'ours de Syrie ou l'ours Isabelle.
Phylogénie La taxonomie traditionnelle a souvent proposé d'inclure les populations d'Hokkaidō au sein du taxon continental de l'Ours brun de l'Oussouri (Ursus arctos lasiotus), parfois désigné comme l'un des ancêtres des ours côtiers géants. Cependant, la phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) fondée sur les études phylogéographiques mondiales et mitogénomiques complètes (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017) indique qu'une telle mise en synonymie s'avère de moins en moins pertinente sur le plan évolutif.
Alors que la souche continentale de l'Ours brun de l'Oussouri et des îles Kouriles forme un ensemble homogène strictement restreint au Clade 3b aux côtés de l'Ours brun du Kamtchatka, la population insulaire d'Hokkaidō présente une structure polyphylétique complexe issue de vagues d'immigration successives via les ponts terrestres glaciaires du Pléistocène. Si la lignée de l'est d'Hokkaidō partage effectivement le Clade 3b avec l'ours de l'Oussouri, celle du centre de l'île forme une entité distincte (Clade 3a2) apparentée aux ours eurasiens septentrionaux et d'Alaska occidental, tandis que la lignée du sud d'Hokkaidō diverge au sein du Clade 4, formant une branche sœur très ancienne des grizzlis continentaux nord-américains. Assimiler l'Ours brun d'Ézo à l'Ours de l'Oussouri dissimule ces origines indépendantes et cette profonde hétérogénéité génétique :
Description vignette|gauche|L’ours brun de ‘l’Oussouri peut avoir le pelage presque entièrement noir
Les ours bruns présents à Hokkaidō pèsent généralement de , bien qu'un individu particulièrement grand de ait été capturé en 2015. Les ours bruns du Kamtchatka sont nettement plus imposants, atteignant selon la littérature russe ; toutefois, ces chiffres ne sont pas corroborés par les registres de chasse russes. Ils peuvent être parfois plus grands que l’Ours brun de Béring : le plus grand crâne, mesuré par Sergueï Ognev (1931), n'était que légèrement plus petit que celui du plus grand Ours kodiak enregistré à l'époque .
Écologie et comportement vignette|droite|Ours brun de l’Oussouri dans la Réserve naturelle de Boureïa, dans le Kraï de Khabarovsk, en Russie. Répartition et habitat Cet ours brun est présent dans le kraï de l'Oussouri, à Sakhaline, dans l'oblast de l'Amour, vers le nord jusqu'aux îles Chantar, à Itouroup, dans le nord-est de la Chine, sur la péninsule coréenne, à Hokkaidō et sur l'île Kounachir. Jusqu'au , les ours habitaient les îles de Rebun et Rishiri, ayant traversé le détroit de La Pérouse『野生動物調査痕跡学図鑑』 p. 356 pour les atteindre. Ils étaient également présents sur Honshū au cours de la dernière période glaciaire, mais ont disparu soit en raison de la compétition avec les ours noirs d'Asie坪田敏男, 山崎晃司, 2011, 日本のクマ: ヒグマとツキノワグマの生物学, University of Tokyo Press, soit par la perte d'habitat liée au changement climatique. Il existe trois groupes génétiques, distincts depuis au moins 3 millions d'années, qui ont atteint Hokkaidō via Honshū à différents momentsMano T., ヒグマ研究におけるユーラシア東部の重要性とサケとクマがつなぐ海と森, 5.ヒグマ:海と陸との生態系のつながり、極東ロシアと北海道のヒグマ, pp. 99-112Mano T., Masuda R., Tsuruga H., ヒグマをとおしてみた北海道・極東・ユーラシア.
En Corée du Nord, il existe deux principales zones de population : la province de Chagang et les monts Hamgyong. Les ours bruns de Corée du Nord vivent principalement autour des sommets montagneux.
Habitudes alimentaires L'ours brun de l'Oussouri possède un régime alimentaire omnivore et opportuniste extrêmement varié, consommant des dizaines d'espèces d'herbacées, de fruits et graines, ainsi que divers animaux terrestres et aquatiques. La consommation de végétaux remplit deux fonctions distinctes : l'apport direct de nutriments via des plantes riches comme les ombellifères ou les fruits, et la régulation digestive (prévention de la constipation) grâce à des végétaux très fibreux tels que les laîches (Carex), l'ours ne disposant pas des enzymes ni de la flore bactérienne nécessaires pour dégrader la cellulose en nutriments.
Les végétaux herbacés consommés comptent une large variété de plantes sauvages, notamment des ombellifères dont les zones de croissance constituent des sites d'alimentation privilégiés. Contrairement à une idée répandue, l'ours évite généralement le faux arum (Lysichiton camtschatcensis) lorsqu'il trouve le chou puant (Symplocarpus foetidus), bien plus appétant. À partir de la fin de l'été et en automne, il recherche activement les fruits et les graines tombés au sol ou directement dans les arbres, tels que les baies de mûrier (Morus), les cônes de pin nain, les sorbes (Sorbus sambucifolia, Sorbus matsumurana) ou encore les myrtilles (Vaccinium ovalifolium). Lorsqu'il casse des branches garnies de fruits pour les ramener vers lui en hauteur, il les empile souvent sous son fessier.
La composante animale du régime inclut des insectes déterrés au sol (notamment des fourmilières dont il apprécie l'acide formique ou des larves de coléoptères), des invertébrés aquatiques comme les écrevisses, des oiseaux ainsi que des poissons migrateurs (salmonidés) durant les périodes de fraie. Les parties non digestibles de ces proies (exosquelettes de crustacés et d'insectes, poils, plumes) sont rejetées intactes dans les fèces. L'animal exploite également les charognes (poissons ou mammifères marins échoués sur les côtes) et pratique occasionnellement le cannibalisme sur ses congénères. Lors de la prédation sur de grands vertébrés ou du bétail, l'ours commence généralement par consommer les masses musculaires avant d'entamer les extrémités des membres, délaissant le plus souvent la tête et les viscères.
À Sikhote-Aline, les individus vivent principalement dans des tanières creusées à flanc de colline, bien qu'ils s'abritent parfois dans des affleurements rocheux ou s'installent au sol. Les rencontres avec l'Ours noir d'Asie (Ursus thibetanus ussuricus) demeurent marginales sur le continent, ce dernier occupant préférentiellement des altitudes plus élevées et des pentes plus raides.
À Sakhaline, les ours bruns sortant d'hibernation au printemps se nourrissent de myrtilles rouges, de fourmis et de carcasses de l'année précédente, avant de se tourner vers les jeunes pousses et les rhizomes des herbes hautes ; dans le sud de l'île, ils consomment surtout des cadavres, des insectes et des rameaux d'érable. Durant l'été, leur alimentation insulaire s'élargit aux baies de chèvrefeuille, d'if, de vigne d'Amour (Vitis amurensis), de nerprun, de groseilles et d'aronia, tandis qu'en août dans le centre de Sakhaline, les poissons peuvent représenter jusqu'à 28 % de leur bol alimentaire. Sur le continent à Sikhote-Aline, ils recherchent au printemps les glands, les noix de Mandchourie et les pignons de pin de Corée, tout en prélevant le cambium et la sève des sapins en début d'été.
À Hokkaidō, le régime alimentaire comprend de petits et grands mammifères, notamment le cerf Sika, des poissons côtiers et des insectes. L'attrait marqué des ours pour les productions agricoles, maïs, melons, betteraves sucrières, riz, y est particulièrement documenté et contribue au développement d'individus de forte corpulence dépassant parfois les 400 kg.
Interactions avec les tigres vignette| Exposition de taxidermie représentant un ours brun combattant un tigre de Sibérie, Musée de Vladivostok.