France nouvelle est un mensuel créé à Alger en par le Parti communiste français, dont neuf numéros paraissent dans la Résistance jusqu’en , et qui deviendra en 1945 un hebdomadaire conservant cette périodicité jusqu'à sa disparition en 1979.

Historique La création en Algérie Le journal est fondé en Algérie française en par des dirigeants du Parti communiste français envoyés ou déportés à Alger, Joanny Berlioz, François Billoux, Florimond Bonte, Étienne Fajon et André Marty et consacre une pagination importante à l'actualité internationale. Le fondateur officiel est Florimond Bonte, signataire avec Arthur Ramette d'une lettre écrite au nom du groupe ouvrier et paysan françaisConstitué en remplacement du groupe parlementaire communiste, dissous pendant la drôle de guerre., demandant que la Chambre examine des offres de paix de l'URSS, puis condamné le par le militaire de Paris à de prison, d'amende et de privation de ses droits civils et politiques. Transféré avec du PCF au pénitencier de Maison-Carrée en Algérie, il est libéré après le débarquement allié en Afrique du Nord en 1943 et nommé délégué à l'Assemblée consultative provisoire par le Comité français de libération nationale.

En , il est aussi rédacteur en chef du journal LibertéMarie-Cécile Bouju, Lire en communiste, ., considéré comme successeur du journal La Lutte sociale, et organe de la délégation du Comité central du PCF en Algérie. Le titre, censuré après des batailles avec les autorités, est le point de départ de France nouvelle. Jean Cristofol est directeur-gérant, avant de partir en pour Marseille, dont il sera élu maire peu après la Libération. En prévision de la reparution de titres en métropole, Bonte se voit confier l'ensemble de l'appareil éditorial des communistes, sous le contrôle d'André Marty et d'Étienne Fajon, futur directeur de L'Humanité.

À la Libération, France nouvelle stoppe sa parution pendant plus d'un an avant de recommencer à être publié le . Il prend alors comme sous-titre « organe central du parti communiste français », qui complète L'Humanité par des textes longs d'approfondissement, des discours ou documents officiels. Il réunit au tout début des les signatures de Florimond Bonte, qui est au même moment rédacteur en chef de L'Humanité, mais aussi d'André Marty, Laurent Casanova, Francis Cohen, Auguste Lecœur, François Billoux, ou encore Annie Besse. Florimond Bonte, grand spécialiste de la politique étrangère du PCF et admirateur inconditionnel de Staline qu’il qualifiait dans France nouvelle du de Biographie Le Maitron de Florimond Bonte.. Sa maquette s'inspire d'un autre hebdomadaire communiste fondé pendant la guerre, Action (hebdomadaire), avec lui aussi un dessin politique en première page chaque semaine et dont le directeur et le rédacteur en chef.

Le virage éditorial de 1952-1954 Sur les questions internationales, le journal se retrouve rapidement en concurrence avec un autre hebdo du PCF Démocratie nouvelle, créé en par le numéro deux du Parti communiste Jacques DuclosLa revue Démocratie nouvelle cesse de paraître, Le Monde, , 21 octobre 1968. et qui recrute en 1951 un journaliste expérimenté, Paul Noirot, ancien de l'Agence France-PresseBiographie Le Maitron de Paul Noirot..

En 1952, l'année de la disparition du concurrent Action, la couverture de la politique étrangère dans la pagination du journal commence à être réduite significativement, pour tomber sous les 30 % en 1955. En , au moment de l'éviction d'Auguste Lecœur de la direction du PCF au mois de mars, un des contributeurs importants du journal, son directeur Florimond Bonte est évincé de la section de politique extérieure du PCF, qui accueillera en 1955 un nouveau responsable, Raymond Guyot, à la place de Maurice Kriegel Valrimont. Puis à partir de l'été 1954, la direction du PCF se déclare insatisfaite du contenu du journal et décide de diminuer encore l'importance de la couverture de la politique étrangère. Une première réunion marque ce virage le . François Billoux, très proche de Maurice Thorez, vient d'alors d'entrer au secrétariat du PCF. Une autre réunion au mois d'août estime qu'il faut changer l'éditorial et la fonction du journal même s'il est décidé de conserver Florimond Bonte à la direction.

Finalement, lors de la déstalinisation réclamée par le Rapport Khrouchtchev en , dévoilée dans les mois qui suivent, les prises de position très favorables à cette évolution de Florimond Bonte lui font perdre son poste de directeur en Jacques Girault, Des communistes en France : années 1920-années 1960, Publications de la Sorbonne, 2002, .. François Billoux devient alors le directeur du journal sur une ligne rédactionnelle marquée par l'anti-américanisme et la critique de l'action du colonel Nasser en Égypte, accusé d'être au service des États-Unis et de la guerre froide.

L'investissement contre la guerre d'Algérie France nouvelle s'investit contre la guerre d'Algérie, dans le sillage de l'action contre les guerres coloniales menée très tôt par Raymond Guyot, qui dirige depuis 1950 une petite équipe à l'écoute des échos des casernes pour publier un journal de quatre pages Soldat de France et le propose une loi interdisant mais sans pouvoir empêcher Edgar Faure, successeur de Pierre Mendès-France, renversé le , de lancer le rappel des jeunes soldats. Raymond Guyot joue alors un rôle important dans les manifestations contre le départ des soldats rappelés au Maroc ou en Algérie comme la grande mutinerie de la caserne Richepanse à Rouen en , racontée par un grand article dans France nouvelleArticle dans « France nouvelle » n° 515. En , des soldats de la caserne Richepanse se révoltent contre leur envoi en Algérie...., qui cause des dizaines de blessés parmi les manifestantsArticle dans l'hebdomadaire France Dimanche, .Serge Laloyer, La révolte des rappelés de la caserne Richepanse, Institut d'histoire sociale CGT.. Le PCF a voté les pleins pouvoirs au président du conseil Guy Mollet peu après sa nomination début 1956 mais dès le début du mois de mai, François Billoux présente au Comité central du PCF une liste de dizaines de manifestations de jeunes contre la guerreLe développement du front unique pour la paix en Algérie: Rapport présenté au Comité central du Parti communiste français, tenu à Arcueil les 9 et 10 mai 1956, . et en , Raymond Guyot puis les dirigeants du PCF soutiennent publiquement l’initiative personnelle du jeune communiste Alban Liechti de refuser de servir en Algérie avec l'idée que d'autres jeunes communistes suivent son exemple. Son fils Piere refusera par exemple d'être incorporéBiographie Le Maitron de Raymond Guyot..

Ouverture sur le monde arabe avec Charles Haroche France nouvelle compte parmi ses signatures les plus prestigieuses, le premier journaliste marocain admis dans la presse d'expression françaisePatrick Apel-Muller, « Salut Charles Haroche », L'Humanité, , 24 février 2004., Charles Haroche, proche de Louis Aragon, qui l'avait soutenu pour devenir membre de la section de politique exérieure du PCF depuis 1947, et intégrer son quotidien Ce soir, en faillite en . En , lors du complot des blouses blanches, Charles Haroche a déjà intégré France nouvelle comme rédacteur diplomatique et reprend mot pour mot la propagande officielle soviétique y compris lorsque l'accusation semble se dégonflerJean-Jacques Marie, Les derniers complots de Staline : l'affaire des blouses blanches : 1953, Éditions Complexe, 1993, .. Journaliste pendant trente-trois ans à France nouvelle, Charles Haroche a en 1956 accepté d'écrire une critique favorable dans le journal, au moment où toute la critique avait mal accueilli le roman d'Aragon Le rendez-vous des étrangers, première étape vers l'écriture du célèbre recueil de poèmes publié en 1963, Le Fou d'Elsa. Dans la foulée, il est utilisé comme documentaliste pour Aragon, notamment pendant la phase préparatoire à ce projet de roman qui s'épanouira dans la durée, avec pour contexte dramatique la société andalouse de en 1490-1492, mêlant musulmans et juifs acquis au rationalisme lors la chute de Grenade, coïncidant avec la découverte de l'Amérique. Lors du rappel du contingent en Algérie au printemps 1956, Aragon souhaitait découvrir le point de vue des MauresRecherches croisées Aragon / Elsa Triolet, Presses universitaires de Franche-Comté, .Caroline Cazanave, L'épique médiéval et le mélange des genres, Presses universitaires de Franche-Comté, 2005., via les recherches permises par l'érudition et le carnet d'adresses de Charles Haroche.

L'arrivée de Maurice Kriegel-Valrimont Cette ligne anticoloniale de France nouvelle se renforce après les législatives de 1958. Maurice Kriegel-Valrimont, qui avait été directeur de Action et qui a perdu son siège de député, est nommé rédacteur en chef de France nouvelleMaurice Kriegel-Valrimont et Olivier Biffaud, Mémoires rebelles, Éditions Odile Jacob, 1999.. Le journal a perdu des lecteurs, de l'argent et souffre de la « langue de bois ».

Maurice Kriegel-Valrimont s'en ouvre à Maurice Thorez qui lui répond que ces pertes sont peu importantes et que . Maurice Kriegel-Valrimont augmente le prix du journal et parvient à faire croitre aussi la diffusion. Le journal mène des campagnes contre la torture en Algérie. Maurice Kriegel-Valrimont recrute comme adjoint Laurent Salini, ancien journaliste de Rouge-Midi, La Marseillaise puis rédacteur en chef du journal corse, Le Patriote en 1945. Il a bien connu Laurent Salini à l'Union française de l'information, l'agence de presse du PCF pour ses journaux de province, car ce dernier en avait été le rédacteur en chef à partir de 1954. Après son départ pour France nouvelle en 1958, il y sera remplacé par Gilbert Souchal, qui après Mai 68 rejoindra Paul Noirot, fondateur de Politique hebdo. Malgré son lien en 1959-60, avec Marcel Servin et à Laurent Casanova, oppositionnels à la ligne « stalinienne » de Maurice Thorez sur la guerre d'Algérie, Laurent Salini, auteur du livre Le Mai des prolétaires, deviendra ensuite chef du service politique et social de 1960 de L'Humanité jusqu’en 1978Biographie Maitron de Laurent Salini.. Les journalistes de France nouvelle constatent alors que leur titre confirme une liberté de ton jalousée dans l'autre journal communisteGérard Belloin, Mémoires d'un fils de paysans tourangeaux entré en communisme: l'enfance dure longtemps, éditions de l'Atelier, 2000..

Le , le journal est à l'honneur quand le secrétariat du PCF se rallie à l'idée de publier des extraits du rapport présenté par Jacques Duclos, à un meeting du Secours populaire. Le PCF en effet demande à Raymond Guyot s'il peut préparer une étude historique dans France nouvelle rappelant la lutte du mouvement ouvrier contre la guerre d'Algérie Marc Giovaninetti, « Le Parti communiste français et les soldats du contingent pendant la guerre d'Algérie : prôner l'insoumission ou accepter la mobilisation ? », revue Le Mouvement Social, 2015..

Les années d'après Kriegel-Valrimont Le célèbre rédacteur en chef du journal est ensuite emporté par les prémices de l'affaire Servin-Casanova. Alors que la direction du PCF se divise au sujet du rapport Khrouchtchev dénonçant les crimes du stalinisme et le culte de la personnalité, Maurice Kriegel, aux côtés de Laurent Casanova et de Marcel Servin, appuie la déstalinisation.

Pendant quelques mois, le PCF semble hésiter, mais Thorez l'emporte Olivier Bertrand, La disgrâce du camarade Kriegel-Valrimont.Héros de la Résistance, dirigeant du Parti, il est expulsé en 1961., Libération, , 30 décembre 1998. et prend prétexte de son refus d'affirmer que De Gaulle est aligné sur l'impérialisme américain. Avec Servin et Casanova, il est accusé officieusement de « khrouchtchévisme », et définitivement exclu de la direction du parti en , à l'occasion du du PCF, au cours de l'« affaire Servin-Casanova ».