Irma Hünerfauth, également connue sous le nom de IRMAnipulations, née le à Donaueschingen et morte le , est une peintre, graveuse, sculptrice et artiste d'objets allemande qui transforme les déchets de ferraille en sculptures, machines et objets d'art cinétique, se moquant de la société de consommation.
Elle se rebelle contre l'académisme et suit les tendances radicales de l'art contemporain dans l'Allemagne de l'après-guerre. Son travail la relie aux artistes de la modernité d'après-guerre (expressionnisme abstrait, Fluxus, informalisme, tachisme) ainsi qu'aux artistes du Nouveau réalisme, comme Niki de Saint Phalle, Jean Tinguely, Arman ou Daniel Spoerri..
Biographie Irma Hünerfauth est née le à Donaueschingen, elle est la fille d'un directeur de brasserie. En 1914, sa famille déménage à Munich. En 1917, à l'âge de neuf ans et sans en informer ses parents, elle se fait accepter dans un cours de dessin destiné aux adultes. De 1929 à 1931, elle fréquente la Blocherer-Schule für Gestaltung, puis, de 1931 à 1932, la Kunstgewerbeschule de Munich où elle est une étudiante de Helmuth Ehmckenich.
En 1933, elle épouse l'avocat Wilhelm Schäfer, avec qui elle a un fils. De 1935 à 1937, elle étudie la peinture à l'Académie des beaux-arts de Munich auprès du professeur Jank et du professeur Hess. En 1938, elle divorce et retourne près de Munich, dans la Dachauer Moos. L'année suivante, en 1939, elle épouse Jost Höpker, mais ils divorcent peu aprèsIrma Hünerfauth, Peter Lufft et Christoph Wiedemann, IRMAnipulations, Publisher Antje Kunstmann, Munich, 1990, ..
Irma Hünerfauth retourne vivre avec ses parents, en 1940, à Grosshesselohe près de Munich. En 1942, elle est évacuée à Chiemsee et, plus tard, dans la région de Landshut. Après la guerre, en 1945, la famille retourne à Grosshesselohe, où elle construit un atelier. Le , elle épouse son troisième mari, Franz Führer, également connu sous son nom d'artiste, Führer-Wolkenstein. Ils resteront mariés pendant . Franz Führer travaille comme directeur de construction pour les services publics de Munich. En tant qu'artiste, il travaille en étroite collaboration avec son épouse Irma et l'assiste dans les travaux électrotechniques pour ses projets d'art multimédia. Après sa retraite, il crée des objets d'art cinétique, des machines dites de recyclage.
En 1954, Irma Hünerfauth bénéficie d'un cours privé avec Conrad Westpfahl, un artiste important de l'art informel, qui l'amène à la peinture abstraite. En 1958, elle suit des cours de gravure et de lithographie.
Elle obtient en 1959 le Prix de l'Union des femmes peintres et sculpteurs à Paris pour sa peinture intitulée Düsternis (Obscurité). Cette récompense fait polémique, deux femmes artistes (Lentz et Strauss) manifestent leur désapprobation et l'une d'elles déchire la toile avec un couteau et Irma Hünerfauth devra la faire restaurerIrma Hünerfauth, Peter Lufft et Christoph Wiedemann, IRMAnipulations, Publisher Antje Kunstmann, Munich, 1990, ..
Le critique d'art Franz Roh et son épouse Juliane Bartsch sont les premiers partisans et mécènes du travail d'Irma Hünerfauth. Ils l'encouragent et le citent de façon élogieuse dans leurs critiques d'art. À la mort de Franz Roh, Irma Hünerfauth, très affectée, imprime une série de dix lithographies à sa mémoire.
En 1962, elle suit un cours de soudure et commence à sculpter de la ferraille.
En 1964, elle reçoit un prix au Herbstsalon de Munich (salon d'automne). L'année suivante, elle fonde le Groupe K à Munich avec les artistes Walter Raum (1923-2009), Dieter Stöver (1924-1988) et Hans Joachim StrauchGruppe K, Mappenwerk, 12 Originalgrafiken der Gruppe K, Munich, 1965..
Elle reçoit la médaille de bronze de la ville de Paris en 1966.
En 1968-69, Irma Hünerfauth se détourne de la peinture. Elle crée ses premiers projets d'expositions avec les artistes du Gruppe K, appelés le collage opto-acoustique pour piano et haut-parleurs. Avec son mari, elle crée des objets vibrants à partir de 1971. En 1972, elle crée ses premières sprechende Kästen (boîtes parlantes) sur les thèmes de la solitude, du premier amour et de la guerre. Tous ces objets ont nécessité une attention technique détaillée. Ces projets se font en partenariat avec Führer-Wolkenstein qui est décrit comme prudent, réfléchi et intense alors qu'elle est considérée spontanée, impulsive et avec une forte volonté ; ils se complètent bienIrma Hünerfauth, Peter Lufft et Christoph Wiedemann, IRMAnipulations, Publisher Antje Kunstmann, Munich, 1990, .. Führer-Wolkenstein décède le . Irma Hünerfauth lui construit un monument funéraire en ferraille au cimetière de Pullach, dans le district de Munich.
Elle commence alors à se spécialiser dans les « livres de prière d'artiste » ou Artist's Prayer Books comme elle les appelle. Elle utilise de la ferraille micro-électronique, déchets de matériel informatique, conducteurs électriques qu'elle assemble de manière fine et précise .
L'utilisation de ces matériaux ainsi que la construction des «boîtes parlantes» sont uniques et la distinguent des autres artistes-objets de l'époque.
En 1990, elle reçoit le Schwabinger Kunstpreis à Munich.
Elle meurt le à Kreuth (Tegernsee).
Elle rapporte des épisodes et des anecdotes de sa vie sur le site web qui lui est consacré.
Ses œuvres ont été présentées dans plus de 90 expositions à travers le monde et achetées par des musées renommés à Munich, Kaiserslautern et Washington.
Œuvre
Irma Hünerfauth signe toujours son travail avec le terme IRMAnipulations, un mot inventé lors d'une exposition au Goethe-Institut à Londres en 1983 et conservé par l'artiste comme une sorte de marque.
Peinture vignette| Sans titre, 1964. Peinture vignette| Chat, 1929. Aquarelle vignette| À la plage, 1957. Aquarelle Irma Hünerfauth commence sa carrière artistique comme peintre figuratif. Elle a reçu une solide formation académique à l'Académie des Beaux Arts de Munich, avec les professeurs Jank et Hess. Elle peint d'abord des paysages (par exemple Isartalbahnhof, 1938) et des portraits, principalement des personnes de sa famille (Familie Hünerfauth, 1946). Si elle avait persisté dans cette voie, elle serait sans doute devenue une peintre respectable de l'après-guerre de style impressionnisme. Cependant ses tableaux ont déjà un style qui lui est propre. Ils présentent des perspectives audacieuses et inattendues et une coloration inhabituelle. Franz Roh dit que son style ne se situe ni dans un tachisme pittoresque ni dans un constructivisme graphiquement linéaire, mais qu'il doit être compris entre les deuxIrma Hünerfauth, Peter Lufft et Christoph Wiedemann, IRMAnipulations, Publisher Antje Kunstmann, Munich, 1990, , .. Des éléments expressionnistes y figurent parfois, par exemple les formes de paysage bouleversés dans la peinture Pupplinger Au (1950) ou Mutter und Sohn (1952).
À partir de 1954, sous l'influence de Conrad Westpfahl, elle commence à peindre de manière abstraite. Une de ses dernières toiles, Winter in Gries (1958), renonce totalement à la perspective et stylise les bâtiments pour en faire des surfaces abstraites. Elle veut dorénavant supprimer tous les éléments décoratifs. Sa peinture peut alors être qualifiée de radicaleConrad Westpfahl, In: Irma Hünerfauth, exh. cat., Bruckmann, Munich, 1960.. Des émotions fortes s'y expriment de manière abstraite, avec un mélange chaotique de coups de pinceau et une frénésie excessive de couleurs, vigoureuse. Certains tableaux, souvent de grande taille doivent beaucoup à l'Expressionnisme abstrait et aux pionniers de l'Action painting, tels que Jackson Pollock, Joan Mitchell, Grace Hartigan et Helen Frankenthaler. Son travail est tantôt ludique, comme dans le tableau 16.1.1963 (1963), tantôt expérimental comme dans le tableau Die rote Schmach (1966), dans lequel elle fixe des fils métalliques à travers la toile comme un collage. Sa peinture abstraite unit l'expressivité émotionnelle à la rigueur graphique. Elle s'exprime sur la toile de façon ludique, entêtée, parfois curieuse mais aussi visionnaire
En 1969, elle peint Letzte Bild (Dernière image - 1969/1989), une plaque métallique perforée peinte sur laquelle les impulsions émotionnelles se déroulent comme si elles étaient entraînées par une force électronique. Dans le coin droit, on peut repérer un bouchon de vidange avec une chaîne simplement fixée sur une toile, un morceau de ferraille qui profane ironiquement le portrait.
Après Letzte Bild, elle arrête la peinture de façon inattendue et ne laisse qu'une collection assez réduite de tableaux (Wilhelm Schäfer ne compte que 45 tableaux restés dans le domaine de l'artiste, à l'exclusion des aquarelles et des dessins). Irma Hünerfauth veut faire d'autres expériences, tout comme d'autres artistes à cette époque.
Plus tard, elle reviendra en partie à la peinture figurative, par exemple dans des croquis de son travail en trois dimensions et aussi plus tard en peignant le tableau Mutter auf dem Weg zur Urmutter (1981).
Elle perfectionne sa technique des médias mixtes avec des collages et des applications à partir de différents matériaux, puis commence à bricoler et à construire et depuis lors, elle ne travaille plus qu'en trois dimensions. Ces objets (sculptures de ferraille, collages métalliques (assemblage), etc.) relient son travail au groupe Nouveaux RéalistesS. Partsch, AKL, World Biographical Dictionary of Artists, vol. 75, De Gruyter Saur, Berlin, 2012-2013..
Impressions Le développement de son travail graphique imprimé évolue parallèlement à sa peinture et devient finalement expérimental. Elle travaille parfois avec une perceuse de dentiste sur les plaques pour une série de pointes sèches. Elle réalise des linoléum et des lithographies. La plupart de ces gravures sont tirées en très petites éditions. Elle fait aussi des gaufrages (impressions en relief) sur lesquelles elle fixe des pièces en métal ou en tissu.
Elle repeint des reproductions de tableaux de Picasso, ironiquement en réponse au galeriste Peter Lufft qui a souvent assimilé ses intentions à celles de Picasso.
L'ensemble de gravures à la mémoire de Franz Roh est également remarquable, un hommage qui met l'accent sur l'amitié, la proximité et la mort.
Catalogues d'exposition / journaux d'artistes L'artiste commence à concevoir ses premiers catalogues d'exposition uniques en 1978. Il s'agit d'une sorte de rétrospective, façonnée d'après un journal d'artiste, faite de collages de découpes de brochures d'exposition et de rapports de presse précédents. Ces catalogues ont environ 50 feuilles chacun (), assemblées par deux vis en laiton. L'édition exacte est inconnue.
Boîtes vocales et objets Elle crée les premiers Sprechende Kästen (boîtes parlantes) en 1972. Les boîtes, uniques en leur genre, contiennent différents objets, débris techniques, qui sont mis en mouvement à l'aide d'un moteur ou commentés acoustiquement à l'aide d'une bande audio enclenchée par pression sur un bouton. L'artiste a développé ses propres manuels pour ces objetsIrma Hünerfauth, Ulmer Theater. 12.10.–15.11.1980, Gebilde aus Metall und Kram, cat., Ulm, 1980..
Un exemple de ces boîtes parlantes est la boîte Blaue Pistole en 1973. Elle est remplie de déchets industriels. Sa bande audio sans fin joue la voix de l'artiste récitant un texte de Meta Kristall :
Une autre boîte, fabriquée en 1983, est en plexiglas avec une couverture arrière collée, une bande audio avec la voix d'Irma Hünerfauth, de la musique et un texte de Meta Kristall.
On notera aussi dans cette section les objets parlants liés au pop art, Emanze (1990) et Krieg – auch Tiere leiden (1986) et l'installation spatiale Rockers To (1989).
Objets vibrants cinétiques