L'Art de parti en France désigne un rapport et un discours de l'écrivain et poète Louis Aragon lors du congrès du Parti communiste français, à Ivry, en banlieue parisienne, qui le voit entrer au comité central comme titulaire, salué par le secrétaire général Maurice Thorez, de retour d'URSS. Ce discours sera republié sous le titre , dans J'abats mon jeu, un ouvrage écrit par Louis Aragon en 1959, combat l'ouvriérisme et l'aventurisme dans l'art. Aragon y souligne que l'art de parti qui est la sienneAragon l'inclassable : essai littéraire : lire Aragon à partir de La Mise à mort et de Théâtre/Roman par Valère Staraselski aux éditions L'Harmattan en 1997 .
Peu avant la publication de L'Art de parti en France, la militante communiste proche d'Aragon Annie Kriegel, qui s'appelle alors Annie Besse, écrit que Intelligentsia, catalogue de l'exposition à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, ouvrage collectif aux Éditions Beaux-Arts de Paris . Un discours qui séduit Thorez, repris en brochure Ce texte d'une centaine de pages, restait, selon le quotidien L'Humanité en 1997, un événement important de l'année 1954L'Humanité du 5 septembre 1997 et le biographe d'Aragon Pierre Juquin en cite de nombreux extraits dans son ouvrage de référence de 2012.
Le texte de 1954 est réédité sous forme de brochure, signe de l'adhésion forte de Maurice Thorez qu'on a entendu commenter et approuver Aragon sur les enregistrements du congrès. Il avait précédé par un autre, du même auteur titré Réflexions sur l'art soviétique, paru dans Les Lettres françaises du et s'en inspirantCritique de l'ouvrage Écrits sur l’art moderne consacré à Louis Aragon, paru aux éditions Flammarion, 2011, dans la revue Histoires littéraires .
Les antécédents Les années 1930 Dès les années 1930, le peintre communiste Fernand Léger avait décidé d'opposer à la « querelle du réalisme » un « nouveau réalisme » à sa façon, marquée par ses séjours à New York, qui s'éloignait spectaculairement du « réalisme socialiste » à la française.
Le congrès de 1950 Lors du congrès d'avril 1950 du PCF, Maurice Thorez avait déjà abordé ce sujet en fustigeant les ou encore , en visant directement Jean-Paul Sartre, qui venait de critiquer les positions staliniennes du PCF. Il avait alors déclaré, après avoir salué un tableau du peintre André Fougeron contre la répression policière : .
Jean Marcenac, l'un des plus proches journalistes d'Aragon, par qui il avait été chargé par ce dernier Éluard, Picasso et la peinture (1936-1952) par Jean-Charles Gateau Librairie Droz, 1983 , avait déjà défini l'axe de cette ligne, voulue par Maurice Thorez, deux mois après, en pourfendant la peinture abstraite dans un article de l'hebdomadaire Les Lettres françaises du , en y écrivant : Biographie Le Maitron de Jean Marcenac .
L'axe du texte de 1954 Le texte pour axe principal de Les Situationnistes: une avant-garde totale par Éric Brun CNRS éditions en 201 et revenir à celle prônée par Maurice Thorez et lui-même en 1946 et en 1950.
Le retour de Thorez à la tête du PCF au congrès du PCF : « L’art de parti en France ». Le PCF s’est ainsi à cette occasion lui-même lancé dans une forme d'aventure esthétique politique, , pour essayer de formuler par un texte , selon Élodie Lebeau, doctorante en histoire de l'art et histoire à l'université de Toulouse.
Dans ce texte, Aragon écrit entre autres, et dénonce apportée aux questions de qui été en éloignant en URSS Maurice Thorez, dont .
Les éléments nouveaux par rapport à 1950 Le texte de 1954 définit un peu plus la politique culturelle voulue par Maurice Thorez par des éléments nouveaux, en dénonçant la dérive vers l'ouvriérisme attribuée à son ex-dauphin Auguste Lecœur et au peintre André Fougeron, qui disparaît alors des publications communistes et se voit diabolisé en général« Fougeron le maudit » par Harry Bellet dans Le Monde du . Peu avant la publication de la plaquette L'Art de parti en France, Louis Aragon, qui encensait jusque-là Fougeron, l'avait attaqué de manière virulente, L'Humanité, 8 juin 2008. dans un article publié lors du salon d'automne 1953.
Dans le texte de 1954, Louis Aragon s'en prend plus globalement à ce qu'il appelle l'ouvriérisme et l'aventurisme, incarnés selon lui par Auguste Lecœur, l'ex-rival de Maurice Thorez et Jacques Duclos à la tête du PCF, brutalement écarté trois mois plus tôt, et y dénonce un peu plus loin , qu'il illustre, pour la dénoncer, par une formule puisée dans un article d'Auguste Lecœur datant de 1950. Il stigmatise "Lucien Wasselin évoque les liens entre Louis Aragon et Maurice Thorez", en février-mars 2014.
Les réactions Mais le texte d'Aragon s'attire dès sa parution en 1954 une critique sévère de l'Internationale lettriste, pour qui cette publication d'Aragon marque le refus du PCF, alors encore influent dans les universités, d'abandonner sa politique de jdanovisme artistique.
Les suites Bien plus tard, douze ans après le rapport et la plaquette de 1954, L'Art de parti en France de Louis Aragon, un comité central du PCF réuni en région parisienne dans la ville d'Argenteuil en 1966, l'historique « comité d'Argenteuil », et l'abandon de la , lancée dans les années 1930, selon Élodie Lebeau. Il s'agit alors aussi de trouver un moyen de décourager la ligne du parti par les étudiants, qui en échange ne doivent pas s'en mêler, comme l'exige le « comité d'Argenteuil » en 1966"Une fidélité sans faille" par PATRICK JARREAU, Le Monde du 25 décembre 1982 , année de forte contestation au sein de l'Union des étudiants communistes.
Plus tard va se développer dans les milieux universitaires plus ou moins proches du PCF une critique « réparatrice », qui cherche vigoureusement à contredire et effacer une image, , Louis Aragon, en évoquant chez lui une , démarche qui reprend dans les années 1990 par un effort pour , quitte à oublier l’allégeance d’Aragon à Staline pendant trois décennies, au motif que certaines de ses prises de position des années 1950 ont été jugées beaucoup plus tard .
Sources « L'art de parti. Le parti communiste français et ses peintres (1947-1954) » par Jeannine Verdès-Leroux. Actes de la Recherche en sciences sociales 1979"L'art de parti. Le parti communiste français et ses peintres (1947-1954)" par Jeannine Verdès-Leroux . Actes de la Recherche en Sciences Sociales 1979 . Emmanuelle Cordenod-Roiron, « Aragon derrière l’emblème politique : où en est-on ? » dans la revue Itinéraires, 2011"Aragon derrière l’emblème politique : où en est-on ? par Emmanuelle Cordenod-Roiron, dans la revue Itinéraires en 2011 . « Le PCF et la querelle des réalismes », dossier rédigé par Élodie Lebeau, doctorante en Histoire de l'art et Histoire, à l'université de Toulouse et directrice des pages « Regards » de la revue Cause commune. Pierre Juquin, Aragon, un destin français. 1939-1982, éditions La Martinière, 2012Aragon, un destin français. 1939-1982 par Pierre Juquin aux éditions La Martinière, 2012 .
Notes et références
Catégorie:Histoire de la peinture Catégorie:Histoire du communisme Catégorie:Œuvre de Louis Aragon