de Barcelone (en ), dit le Saint « » (né en 1113 à Barcelone - mort le à Borgo San Dalmazzo, Italie), est un comte de Barcelone, de Gérone, d'Osona et de Cerdagne, de 1131 à sa mort.
Son règne marque un renforcement sans précédent du pouvoir des comtes de Barcelone. À la suite de son mariage avec l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille, prévu par les , en 1137, assura l'union de ses domaines propres et du royaume d'Aragon : il porta le titre de « prince » d'Aragon et de comte de Ribagorce à partir de 1137.
À la mort de son frère, le comte de Provence Bérenger-Raimond, il assure la tutelle de son neveu, Raimond-Bérenger. Il est pour cette raison parfois désigné sous le nom de de Provence.
Il profite également de l'affaiblissement des Almoravides pour étendre ses possessions vers le sud. Chargé de la défense du royaume d'Aragon, il repousse d'abord les musulmans des terres qu'ils avaient enlevées aux Aragonais après la défaite de Fraga. Allié aux rois de León, , et de Navarre, , il fait la conquête de la puissante cité d'Almería en 1144. Il s'empare ensuite des régions de Lérida et de Tortose entre 1147 et 1152, fixant les limites méridionales de la Catalogne.
affronte également les comtes de Toulouse, Alphonse Jourdain et son fils , dans le sud du royaume de France et en Provence, au cours de la « grande guerre méridionale ». De grands seigneurs comme les vicomtes de la famille Trencavel; ., les comtes de RodezFrédéric de Gournay, « Guerre et paix en Rouergue à l'époque féodale », dans Guerre et paix en Rouergue: , Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, 1999, p. 39-45; Frédéric de Gournay, Le Rouergue au tournant de l'an mil: De l'ordre carolingien à l'ordre féodal, , Rodez/Toulouse, Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron/CNRS-Université de Toulouse-Le Mirail, 2004, p. 387 et suivantes. et les vicomtes de Narbonne., changent fréquemment de camp, au gré de leurs intérêts et de la conjoncture politique du moment.
Biographie Jeunesse Raimond-Bérenger est le fils du comte de Barcelone, , et de sa troisième épouse, Douce de Gévaudan. Celle-ci est l'héritière des comtés de Gévaudan, par son père, , et de Provence, par sa mère, Gerberge de Provence. Il naît en 1113 à Barcelone. Dès 1126, son père l'associe, avec son frère cadet, Bérenger-Raimond, au pouvoir, puisqu'il rencontre le roi d'Aragon, .
À la mort de , le , il hérite du comté de Barcelone et des autres comtés catalans, avec les comtés de Carcassonne et de Razès. Son frère Bérenger-Raimond, reçoit quant à lui l'héritage de leur mère, avec la Provence et le Gévaudan. s'entoure des mêmes conseillers que son père, comme l'archevêque de Tarragone, , et sénéchal de Catalogne, Guillaume Raimond de Montcada.
Règne Premiers conflits dans le sud de la France En 1132, le comte de Melgueil, , meurt en laissant sa fille Béatrice, âgée de sept ans, sous la garde conjointe du comte de Toulouse, Alphonse Jourdain, et du seigneur de Montpellier, . Afin d'écarter Alphonse, négocie les fiançailles de Béatrice avec le frère de , .
En 1134 est tué à la bataille de Fraga le vicomte de Narbonne, . Profitant de la minorité de l'héritière, Ermengarde, Alphonse Jourdain se rend maître de Narbonne vers 1139Caille 1995, .Macé 2003, .. À la fin de l'année 1142, Alphonse Jourdain prévoit même d'épouser Ermengarde : ce projet matrimonial, qui ferait passer de façon permanente la vicomté de Narbonne sous contrôle toulousain, menace directement les intérêts de Martin Aurell, Les Noces du comte : Mariage et pouvoir en Catalogne (785-1213), Paris, Publications de la Sorbonne, 1995, p. 413.. Fin 1142, une coalition de seigneurs méridionaux se réunit pour s'opposer aux projets du comte de Toulouse, avec l'appui de et sous la direction du chef de la famille Trencavel, , vicomte de Carcassonne, d'Albi et de RazèsCaille 1995, ., qui lui rend hommage pour la vicomté de Carcassonne. Sur les conseils du comte de Barcelone, Ermengarde épouse Bernard d'Anduze, fidèle du vicomte Roger et cousin des seigneurs de Montpellier. En 1143, le comte Alphonse, vaincu par ses ennemis et fait prisonnier, est contraint de restituer Narbonne à ErmengardeCaille 1995, .. La même année, porte assistance au seigneur de Montpellier, qui était en difficulté à la suite d'une révolte nobiliaire.
La succession d'Aragon thumb|left|upright|Charte originale des , le 11 août 1137.
thumb|upright|Représentation de , Pétronille et leur fils, Alphonse (Généalogie des rois d'Aragon, Abbaye de Poblet, vers 1400).
Durant les premières années de son règne, il entretient des relations compliquées avec son puissant voisin, le roi d'Aragon, qui poursuit l'expansion de son domaine au sud de l'Èbre, mais qui menace aussi les frontières des comtés de . En 1133, occupe Mequinenza et Horta de Sant Joan, avant de mettre la main sur toute la région entre le Matarraña et l'Ebre. La pression ne se relâche qu'en 1134, après l'échec d' devant Fraga, qui trouve la mort en faisant le siège de la ville.
En 1135, rencontre le frère et successeur d', , à Besalú. Celui-ci, consacré à la vie cléricale par ses parents, avait été moine à l'abbaye Saint-Pons de Thomières, puis à Saint-Pierre-le-Vieux de Huesca, avant d'être nommé évêque de Huesca et de Roda-Barbastro. Il avait été élu roi d'Aragon en 1134 par une assemblée de nobles aragonais réunis à Jaca et avait abandonné à regret la vie cléricale.
Le , Raimond-Bérenger obtient de la main de sa fille, âgée de seulement un an, Pétronille par les . Le traité entre et son beau-père stipulait que ses descendants gouverneraient conjointement les deux Etats. Même si Pétronille mourait avant que le mariage soit consommé, le comte de Barcelone hériterait de la couronne d'Aragon. Les deux royaumes devraient conserver leurs lois propres, leurs institutions et leur autonomie, et rester distinct sur le plan des lois mais unis sous le règne d'une seule dynastie. Cet accord permettait à la Catalogne et à l'Aragon de gagner en force et en sécurité. D'un autre côté, la formation du Portugal, qui faisait sécession de la Castille, contribua à l'équilibre entre les différents royaumes chrétiens de la péninsule.
Le , transmet tous ses pouvoirs à son gendre, sans toutefois abdiquer : ne conservant que le titre de roi d'Aragon, il retrouve la vie monastique et se retire dans le monastère Saint-Pierre-le-Vieux. reçoit les serments de fidélité des nobles aragonais à Huesca et prend la tête des deux États avec le titre de comte de Barcelone et « prince » d'Aragon est le dernier monarque catalan à utiliser en premier lieu le titre de comte de Barcelone. À partir de son fils , les comtes de Barcelone utilisent d'abord le titre de rois d'Aragon.. Il quitte ensuite l'Aragon et emmène Pétronille à la cour de Barcelone.
La situation ne satisfaisait cependant pas les ordres militaires des Templiers, des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et du Saint-Sépulcre, qui avaient été désignés en 1131 par comme ses héritiers« d'Aragó », Gran Enciclopèdia Catalana, consulté le 12 décembre 2012.Antonio Ubieto Arteta, Creación y desarrollo de la Corona de Aragón, ., avant d'être écartés par les partisans de . En 1140, trouve un accord avec les Hospitaliers, puis avec les chevaliers du Saint-Sépulcre en 1141, et enfin les chevaliers du Temple en 1143. Ces accords sont conclus après que le comte ait fait d'importantes concessions et donations aux ordres militaires. Le pape confirme plus tard, en 1153, ces accords, par une bulle Gerónimo Pujades, Crónica Universal del principado de Cataluña, , , , éd. José Torner, Barcelone, 1832, pp. 363-368..
Les tentatives navarraises Le royaume de Navarre, soumis à d'Aragon, avait repris son indépendance en 1134, les nobles navarrais se choisissant comme roi. Dès 1138, œuvre à la réincorporation de la Navarre, sans succès. Il obtient seulement, en 1154, du pape , que les diocèses de Navarre, d'Aragon et de Catalogne soient soumis à l'archevêché de Tarragone.
Premières expéditions contre les musulmans vignette|upright=1.2|Les conquêtes de . vignette|upright=1.2|Le comté de Barcelone de 1115 à 1144. Rapidement, entame la reconquête de plusieurs villes aragonaises, perdues à la suite de la défaite de Fraga : en 1141, il a déjà repris, dans la vallée de l'Ebre, Pina de Ebro et Velilla de Ebro, et dans la vallée du Cinca, Alcolea de Cinca et Chalamera. En 1142, c'est au tour de Monzón, tandis qu'il organise le repeuplement de Daroca.
Il cherche à gagner le soutien du roi de León, , qui avait espéré obtenir la main de Pétronille en 1136. lui cède Soria avec toutes les possessions aragonaises au-delà du Système ibérique. Il accepte également une suzeraineté théorique du roi de León sur les terres qui faisaient partie de l'ancien royaume taïfa de Saragosse.
En 1144 éclate une révolte des nobles d'al-Andalus contre les Almoravides, considérés comme des intrus par les musulmans d'Espagne, accusés d'avoir saccagé la culture raffinée des royaumes taïfas. Mais les rebelles manquent de coordination et les différentes factions se divisent et se combattent les unes les autres, donnant naissance à de nouveaux royaumes taïfas. Souhaitant profiter de la situation chaotique d'al-Andalus, organise plusieurs expéditions. En 1144, il mène une expédition qui parvient à Lorca, dans le royaume taïfa de Murcie. En 1146, ses opérations le mènent jusqu'à Valence. L'année suivante, il cherche à pacifier complètement la basse vallée du Cinca, progresse vers Fraga, et s'empare d'Ontiñena.
La question provençale
À la mort de son frère, en 1144, reçoit la tutelle de son neveu, Raimond-Bérenger, et de la Provence. Il se trouve confronté à la révolte des seigneurs des Baux, soutenus par Alphonse Jourdain, entre 1145 et 1146.
La croisade contre Almeria conclut en la paix à San Esteban de Gormaz avec le roi de Navarre et , afin de mettre fin temporairement à la guerre de succession navarro-aragonaise. Son but est de les rallier afin de préparer une croisade contre Almería pour l'année suivante. Il obtient même l'appui du pape , qui convoque en 1147 une nouvelle croisade contre les Almoravides, accordant aux croisés les mêmes avantages que ceux qui participent à la deuxième croisade d'Orient, partie la même année.
Almeria est alors le principal centre commercial d'al-Andalus et une base pour les pirates. Les Génois apportent leur aide à la croisade et envoient et bateaux à Barcelone, auxquels s'ajoutent qui font déjà route vers le cap de Gata. L'armée d', à laquelle se sont joints et le comte d'Urgell, , quitte Tolède en mai et parvient devant Medinaceli en juillet. L'armée de , accompagné du seigneur de Montpellier, , avance par mer avec l'aide des Génois et même des Pisans venus de Minorque. À la fin du mois d'août, l'armée de débarque devant Almeria avec les machines de guerre, les catapultes et les tours de siège, tandis qu'arrive . Le , la ville est prise d'assaut par plus de . Une partie de la population est massacrée, tandis que l'autre est faite prisonnier. Le , l'alcazaba tombe aux mains des croisés qui font un butin de 30 millions de maravédis. vignette|upright=1.2|Le comté de Barcelone de 1144 à 1148.
La conquête de la Nouvelle-Catalogne En 1147, et organisent la conquête de Lérida.. Le comte de Barcelone concentre ses forces à Gardeny en 1149. Au mois d'octobre, l'attaque est menée simultanément contre Lérida, Fraga et Mequinenza : les trois villes tombent rapidement entre les mains de . Les nouveaux territoires ne sont cependant pas annexés au comté de Barcelone. Ils constituent les domaines de la Nouvelle Catalogne, avec le marquisat de Tortose et le duché de Lérida. Vers 1152, conquiert le château de Miravet, qu'il cède aux Templiers, et une quarantaine d'autres forteresses le long de l'Ebre. L'année suivante, il s'empare de Siurana et des .