La bataille de Valmy, qui a lieu le 20 septembre 1792, au début de la guerre commencée le 20 avril 1792 entre la France révolutionnaire d'une part, l'Autriche et la Prusse d'autre part, oppose l'armée prussienne commandée par le duc de Brunswick aux troupes françaises commandées par les généraux Kellermann et Dumouriez. Au terme de la bataille, l'armée prussienne renonce à poursuivre son offensive et bat en retraite.

Il s'agit d'un épisode important dans l'histoire de la Révolution française : alors que le roi Louis XVI a été renversé le 10 août 1792 et que la France est gouvernée par un Conseil exécutif provisoire dominé par la personnalité de Danton, ministre de la Justice, le duc de Brunswick marche vers Paris à qui il a promis les pires châtiments dans son manifeste du 25 juillet, mais les troupes françaises, formées de soldats de ligne, de volontaires de 1792 et de gardes nationaux réussissent à l'arrêter près du village de Valmy, situé dans le département de la Marne à environ 220 kilomètres à l'est de Paris.

C'est la première victoire décisive de l'armée française, qui jusque là a surtout connu des échecs. Le lendemain, 21 septembre 1792, la Convention nationale élue au cours de l'été se réunit pour la première fois et proclame la république le 22 septembre.

La bataille de Valmy est également appelée bataille du camp de la Lune, en référence au nom du lieu de campement de l'armée prussienne avant la bataille.

Les premiers mois des guerres de la Révolution , furent décisifs pour la survie du mouvement révolutionnaire : après la prise des Tuileries, le , tout le travail constitutionnel effectué depuis 1789 avait été rendu caduc du fait de la déchéance du roi. Il fallait alors élaborer un nouveau système de gouvernement pour la France. Le nouveau gouvernement français était face à une potentielle crise de légitimité : il devait se montrer capable de contenir les élans insurrectionnels des sans-culottes parisiens, capable d'organiser la défense du pays, et en même temps initier un nouveau travail constitutionnel afin de perpétuer le processus révolutionnaire par la formation de nouvelles institutions servant à exprimer le principe de souveraineté nationale proclamé depuis 1789. La victoire à Valmy devint, pour ces raisons, une victoire psychologique décisive pour la Révolution et ses partisansSoboul, .. L'issue de la bataille est considérée comme « miraculeuse » et est présentée comme une « défaite décisive » de l'armée prussienne. Après la bataille, la nouvelle de la victoire engendre, à Paris, un mouvement de joie sans précédent et pousse les députés de l'Assemblée nationale à y voir un signe annonciateur de temps nouveaux : la représentation nationale se sent alors suffisamment revigorée pour proclamer l'abolition de la monarchie en France dès le lendemain de la bataille, le . Dans la foulée, le est prononcé l’avènement de la Première République, l'Assemblée se renomme alors la Convention nationale, avec pour but d'écrire la constitution de la Première République française. Valmy permet donc à la Révolution de se maintenir, démontrant que la nation en armes était désormais capable de se défendre seule, sans son roi. Cette victoire, militairement modeste, témoigne de la capacité des premières institutions révolutionnaires à assurer la survie de la nation comme substance politique. Pour cette raison, la victoire de Valmy est considérée comme l'une des batailles les plus décisives de l'Histoire de FranceCreasy, ff..

Contexte historique Depuis la déclaration de guerre de l’Assemblée nationale législative à l'Empereur du Saint-Empire, François II (connu aussi sous le titre de François d'Autriche), le , les armées françaises accumulent les échecs en Belgique. Certaines unités assassinent leurs officiers et se dispersent. Les forces anti ou contre-révolutionnaires menacent la France : une armée de , formée d'une combinaison de troupes de Prusse, d'Autriche, et de Hesse-Cassel, à laquelle se sont joints , s'avance contre la France sur toutes ses frontières de Dunkerque à la Suisse. Elle est sous le commandement du duc de Brunswick, représentant de Frédéric-Guillaume II.

Son objectif est de prendre Paris pour y « libérer » Louis XVI. Le manifeste de Brunswick menace de représailles la ville et l'Assemblée s'il était porté atteinte au roi. Cela provoque la prise des Tuileries : le 10 août 1792, Louis XVI est déclaré « suspendu ».

Le au lever du soleil, les troupes légères prussiennes pénètrent sur le territoire français. Le 15, l’armée prussienne vient camper entre Sierck et Luxembourg, et le général Clairfayt, à la tête des Autrichiens, coupe la communication entre Longwy et Montmédy. Le 19, attaquent à Fontoy le maréchal Luckner. Le 23, après un bombardement de trois jours, Longwy se rend aux Alliés qui marchent alors lentement vers Verdun, indéfendable. Le colonel Beaurepaire qui défend la place, indigné de la lâcheté du conseil municipal qui veut capituler, prend un pistolet et se suicide. Le jeune Marceau, qui voulait comme Beaurepaire s’ensevelir sous les ruines de la ville, finit par se rendre le , après la défaite du 20 août. Il a perdu ses équipages, ses chevaux, son argent.

lui demanda un représentant du peuple. – Source : Charles Mullié..

Avec la capitulation de la place forte de Verdun le , la route de Paris est ouverte. Certains ministres songent à quitter la capitale le jour même, mais Danton lance à l'Assemblée : ..

Les commandants en chef des armées françaises deviennent suspects ; aussi, avant qu’une action sérieuse puisse être entreprise, les trois armées de Rochambeau, de La Fayette et de Luckner sont réparties entre les généraux Dumouriez et Kellermann.

Campagne précédant la bataille vignette|Bataille de Valmy Le duc de Brunswick mène une campagne méthodique, prudente et lente. Après sa prise de possession, le , de Verdun au nom du roi de France, il y réunit une armée forte de .. Pressé par les émigrés et par le roi de Prusse, il avance à travers les plaines de la Champagne et marche droit sur Paris. Il s’arrête cependant à quelques lieues de Châlons. Il compte sur l’impréparation des troupes françaises, essentiellement composées de gardes nationaux sans expérience ni entraînement.

dans le dessein d’envahir les Pays-Bas autrichiens, l'actuelle Belgique, et barre la route de Paris. Il exploite la difficulté du terrain en faisant barrer les défilés de l’Argonne par des paysans armés. Son objectif est de faire des clairières de l'Argonne un Thermopyles de la France, . . et, avant qu’il n'arrive, l’armée coalisée passe par La Croix-aux-Bois, passage du nord de l’Argonne qui n’était pas gardé. Alors que le ministre de la Guerre Joseph Servan avait ordonné de couvrir la Marne, Dumouriez fait une manœuvre de nuit, sous la pluie, qui regroupe ses troupes en changeant le front pour faire face au nord, avec son aile droite dans l’Argonne et sa gauche s’allongeant vers Châlons-sur-Marne. C'est sur cette position que Kellermann fait sa jonction à Sainte-Menehould le .

Dumouriez campe à une lieue en avant de Sainte-Menehould, sur un plateau peu élevé au-dessus des prairies à droite du chemin qui conduit à Châlons. Cette position s’appuie sur la droite à l’Aisne qui descend de Sainte-Menehould, des prairies marécageuses et un étang en couvrent la gauche. Une vallée étroite sépare le camp des hauteurs de l’Iron et de la Lune où campent les Prussiens. Entre ces deux élévations se trouve un bassin de prairies d’où sortent quelques tertres dont le plus élevé est couronné par le moulin de Valmy. Deux petites rivières séparent cet espace qui rejoignent l’Aisne de part et d'autre de Sainte-Menehould : l’Auve au sud et la Bionne au nord. Le quartier général est placé à Sainte-Menehould à une égale distance du corps d’armée et de l’avant-garde commandée par le général Dillon, sur la rive droite de l’Auve. Un bataillon de troupes de ligne se trouve dans le château de Saint-Thomas. Vienne-le-Château, Moiremont et La Neuville-au-Pont sont occupés par trois autres bataillons d'infanterie et de la cavalerie. Le front du camp est couvert de batteries qui couvrent le vallon dans tous ses prolongements. La gauche du camp se termine sur le chemin de Châlons, la rive droite de l’Auve est laissée à l’armée de Kellermann.

Kellermann, arrivé le à Dampierre-le-Château, y reçoit le soir une dépêche de Dumouriez lui indiquant en arrière et sur la gauche une position excellente, formant équerre avec la sienne, ce qui sera déterminant pour couvrir une attaque sur Kellerman en la canonnant par les flancs depuis les positions de Dumouriez. Le lendemain, Kellermann obéit et fait passer l’Auve à ses troupes. Mais à peine est-il rendu sur l’emplacement désigné par Dumouriez que, frappé par ses inconvénients, il court à Sainte-Menehould pour faire observer au général en chef combien cette position est dangereuse : la gauche destituée d’appui, est soumise aux hauteurs qui descendent du moulin de Valmy. La droite touche un étang qui gêne sa communication avec la gauche de l’armée de Sainte-Menehould. Le ruisseau d’Auve, seule retraite en cas d’échec, est trop rapproché des arrières du camp. Une armée fuyant en désordre s'y retrouverait embourbée. Si les deux armées étaient attaquées, elles seraient battues par le seul fait du terrain. Kellermann prévient Dumouriez qu’il est décidé à repasser l’Auve le lendemain , à la pointe du jour, mais il n’a pas le temps de s'exécuter. L’armée prussienne, instruite de son arrivée et jugeant bien la difficulté de sa position, est déjà en marche pour l’attaquer.

Le duc de Brunswick a en effet passé les défilés du nord et pivoté pour couper Dumouriez de Châlons. La manœuvre prussienne est presque achevée. Kellermann, commandant en l’absence momentanée de Dumouriez, fait avancer son aile gauche et prend position sur le plateau adossé au moulin entre Sainte-Menehould et Valmy.

Forces en présence

Déroulement vignette|gauche|upright=1.3|La Charge de Valmy, huile sur toile de Bernard Naudin, 1901, musée Bertrand, Châteauroux.

À trois heures du matin (heure solaire, cinq heures du matin à l'heure actuelle), le , les Prussiens et les Autrichiens sont déjà en mouvement et bientôt l’avant-garde prussienne, commandée par le prince de Hohenlohe-Ingelfingen, rencontre celle du général Kellermann, sous les ordres du général Deprez-Crassier., établie en avant du village de Hans pour éclairer cette partie et couvrir la gauche de l’armée. L’attaque prussienne fait prendre conscience qu’il s’agit d’une affaire sérieuse et non d’une escarmouche d’avant-postes, les coalisés veulent en finir et écraser d’un seul coup les deux petites armées qui s’opposent à leur marche.

L’avant-garde prussienne se porte directement sur Hans, entre la Bionne et la Tourbe, tandis que le gros de l’armée remonte la rivière à Somme-Tourbe suivi des Autrichiens du général Clairfayt.

À la première nouvelle de l’attaque de son avant-garde, Kellermann prend aussitôt ses dispositions pour une bataille en règle : il ordonne de plier les tentes, de prendre les armes et de déblayer la route en arrière en faisant filer les équipages par le grand chemin de Sainte-Menehould. Il n’est plus question de repasser l’Auve, le temps presse.