vignette|Dans des régions plus égalitaires, il y a un décrochage scolaire moins élevé.
Le décrochage scolaire est l'arrêt temporaire ou définitif (par abandon) d'études secondaires avant l'obtention d'un diplôme. L'expression « décrochage scolaire » a été employée par le ministère de l'Éducation du Québec et son usage s'est étendu à d'autres pays francophones.
Définition Le ministère de l'Éducation du Québec étudie le décrochage scolaire dans le cursus menant au diplôme du secondaire. Est considéré comme « décrocheur » tout élève qui était inscrit au début d'une année scolaire et qui ne l’est plus l’année suivante sans être titulaire d'un diplôme d'études secondaires. Les décès ou les déménagements à l'étranger, par exemple, ne sont pas inclus.
En France, l'expression « décrochage scolaire » est utilisée dans divers textes institutionnels portant sur les politiques éducatives en matière de parcours scolaires « problématiques », depuis les années 2000Bernard Pierre-Yves Le décrochage scolaire, Paris, Presses universitaires de France, , 2017. URL : https://www.cairn.info/le-decrochage-scolaire--9782130798484-page-5.htm. Cet usage prend appui sur une définition institutionnelle des sorties prématurées du système éducatif, inscrite dans le Code de l’éducation. L’article L. 313-7 désigne la population susceptible de bénéficier de l’action publique en ce domaine comme les « anciens élèves ou apprentis qui ne sont plus inscrits dans un cycle de formation et qui n’ont pas atteint un niveau de qualification fixé par voie réglementaire » qui correspond « à l’obtention soit du baccalauréat général soit d’un diplôme à finalité professionnelle enregistré au répertoire national des certifications professionnelles et classé aux niveaux V ou IV de la nomenclature interministérielle des niveaux de formation ».
Un élève est dit « à risque de décrochage scolaire » lorsqu'il fréquente toujours l'école, mais qu'il présente une forte probabilité de décrochage. Selon la plupart des études, les jeunes décrocheurs participent moins aux activités scolaires, portent peu d’attention en classe, passent moins de temps à faire leurs devoirs, ont des problèmes d’absentéisme et valorisent davantage le travail rémunéré que les études, comparé aux autres élèves.
Ampleur du phénomène Au Québec Au Québec, entre 2004 et 2007, 31 % des garçons et 19 % des filles ont abandonné leurs études secondaires avant leur terme.. En 2008, 29 % des jeunes ont quitté l'école sans diplôme. L’Enquête auprès des jeunes en transition (EJET) estime que sur l’ensemble des jeunes qui quittent l’école sans diplôme, 65 % retourneront éventuellement compléter leurs études secondaires.
Sur l'ensemble des écoles publiques de l'île de Montréal, 40 % des garçons et 28,4 % des filles quittent l'école sans diplôme, 7 ans après leur entrée au secondaire.. Dans près de la moitié des écoles secondaires de Montréal, plus d'un élève sur trois n'a pas terminé ses études secondaires à la fin de l'année scolaire 2006-2007..
Dans les quartiers les plus défavorisés (comme Saint-Michel, Montréal-Nord, Hochelaga-Maisonneuve, Petite-Bourgogne et Saint-Laurent-Ouest), le taux de sortie du secondaire sans diplôme s'élèvent à 60 % pour les garçons et 50 % pour les filles.
Le taux de décrocheurs atteint près de 85 % à l'école secondaire Pierre-Dupuy (arrondissement de Ville-Marie, Montréal). Dans cinq des sept écoles secondaires de Longueuil, plus du quart des élèves ont quitté l'école sans diplôme en 2007..
Depuis quelques années, le taux de décrochage scolaire est en baisse à Montréal: soit de 24,6 % en 2009 à 19,3 % en 2022. Plusieurs solutions ont été développées pour contrer le décrochage scolaire: des aides pédagogiques pour les élèves, des programmes de recherche, des initiatives de collaboration entre les écoles et les communautés et des interventions adaptées aux besoins des élèves.
Le gouvernement du Québec s'est fixé l'objectif de voir 80 % des jeunes Québécois obtenir leur diplôme d'études secondaires d'ici 2020..
En France À la rentrée 2016, les "décrocheurs", jeunes qui sortent de l’école sans diplôme sont au nombre de . ; ils étaient cinq ans auparavant. En 2017, leur nombre est d'environ (soit 13 % des jeunes).. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, ce taux baisse à 8.2 % en 2019..
En Italie La fermeture des écoles, collèges et lycées à cause de la pandémie de Covid-19 a augmenté le nombre d'élèves en décrochage scolaire. Selon les chiffres officiels italiens, plus de lycéens ont décroché en 2020..
Conséquences Conséquences sociales pour l'adolescent décrocheur Les décrocheurs courent plus de risques de rester sans diplôme, de vivre de l'aide sociale, de trouver des emplois précaires moins bien rémunérés, de rencontrer des problèmes de santé (les élèves qui décrochent ont honte d'eux mêmes et cela affecte l'image de soi), de développer des problèmes de toxicomanie et d'entrer dans la délinquance pour subvenir à ses besoins selon une publication de statistiques du Canada en 2009. C'est pourquoi les décrocheurs sont considérés par les autorités politiques comme une population à risque.
Conséquences économiques Les conséquences économiques du décrochage scolaire de large ampleur ne sont pas seulement négatives pour les jeunes concernés mais affectent l'économie globale. Le décrochage scolaire élevé se traduit par des pertes fiscales, des pressions supplémentaires sur les systèmes sociaux, un ralentissement de la croissance économique (faible compétitivité dans un contexte de mondialisation), et une pénurie de main d’œuvre qualifiée, selon des données du Canada publiées en 2009.
Causes La décision d'abandonner l'école est le résultat d'un cumul de situations scolaires (passé scolaire, les compétences cognitives et intellectuelles), relationnelles (les pairs, l'institution scolaire, les enseignants, la famille), sociales et/ou personnelles (les conditions socio-économiques, l'engagement personnel, la motivation). Il s'agit donc d'un long processus incluant des facteurs multidimensionnels..
Différences selon les genres Deux fois plus de garçons que de filles décrochent scolairement (données du Québec). Des nuances sont observées dans certains milieux notamment au Proche-Orient et en Afrique subsaharienne où les filles décrochent plus que les garçons. Cette situation s'explique par des raisons culturelles : moins d'attentes de réussite chez les filles, leur rôle étant réduit aux activités ménagères et aux mariages..
Le nombre d’enfants et d’adolescents dans les enseignements primaires et secondaires qui sont déscolarisés est bien trop élevé et un peu plus de la moitié d’entre eux sont des garçons. À l’échelle mondiale, les filles ont toujours moins de chances d’aller à l’école que les garçons, ces derniers sont plus susceptibles de redoubler des classes, de ne pas progresser, de ne pas aller au bout de leur scolarité et de ne pas atteindre de bons résultats d’apprentissage dans de nombreux pays. Au niveau mondial, la quasi-totalité des pays disposant de données sur le sujet n’a pas réussi à atteindre la parité des genres dans l’enseignement supérieur. En 2019, les données sur l’indice de parité entre les genres quant au nombre d’inscrits dans l’enseignement supérieur ont montré que 88 hommes pour 100 femmes faisaient des études supérieures..
Le décrochage scolaire et particulièrement celui des garçons n’est pas assez mis en avant par des programmes ou des initiatives ayant pour but d’agir à l’égard de ce phénomène de manière holistique. Concernant les politiques sur le genre, elles sont encore plus rares et celles existantes sont principalement mises en place dans les pays à revenu élevé. Les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire sont peu nombreux à avoir mis en place des politiques spécifiques permettant d’améliorer la situation des garçons quant à la scolarisation et l’achèvement de la scolarité dans l’enseignement primaire ou secondaire, même les pays où les inégalités sont très importantes, et cela aux dépens des garçons. Rares sont les politiques, programmes ou initiatives qui agissent à l’égard des désavantages intersectionnels, tels que l’isolement, la richesse, le handicap, l’origine ethnique, la langue, la migration, le déplacement, l’incarcération, l’orientation sexuelle, l’identité et l’expression de genre, et la religion.
Dans 73 pays, on constate que moins de garçons que de filles sont inscrits dans le deuxième cycle du secondaire. Les garçons sont plus susceptibles que les filles de redoubler des classes de l’enseignement primaire dans 130 des 142 pays disposant de données sur le sujet, ce qui indique qu’ils progressent moins bien dans la scolarité. Dans 57 pays disposant de données sur la pauvreté des apprentissages, les garçons âgés de 10 ans s’en sortent moins bien en lecture que les filles, et les adolescents n’arrivent toujours pas à suivre le rythme des adolescentes dans l’enseignement secondaire. En mathématiques, à l’inverse, l’écart entre les genres, qui jouait en défaveur des filles au début du millénaire, s’est réduit ou équilibré avec les garçons dans la moitié de tous les pays disposant de données.
Dans les cas où les garçons sont désavantagés ou en décrochage scolaire, les programmes visant à améliorer les possibilités éducatives pour tous ont eu un effet plus positif pour les garçons que les filles ou ont montré qu’ils pouvaient améliorer la situation des garçons. Les interventions ciblant directement les garçons pourraient être plus efficaces si elles agissaient sur les difficultés qui touchent uniquement les garçons et se concentraient sur ceux qui sont marginalisés. Des programmes spéciaux adaptés aux garçons et agissant à l’égard de la violence fondée sur le genre ont été réalisés et ont porté leurs fruits. Les approches communautaires se sont également avérées efficaces dans la prévention de la violence et la promotion de l’apprentissage des garçons.
Les options choisies pour agir à l’égard du décrochage scolaire des garçons et des désavantages qu’ils subissent dans ce domaine incluent la réduction du coût de la scolarité, l’amélioration des infrastructures scolaires, l’amélioration de l’accès et de la qualité de l’enseignement préprimaire, la fourniture d’un soutien et d’une éducation non formelle pour favoriser le retour sur le chemin de l’éducation, la mise en place de mesures visant à éviter la répartition en classes homogènes et la non-mixité, l’amélioration de la qualité du personnel enseignant et du recrutement, des programmes et de la pédagogie, ainsi que l’interdiction des châtiments corporels et prises de mesures à l’égard de la violence fondée sur le genre. Afin de ne laisser aucun enfant pour compte et d’agir sur le décrochage scolaire des garçons et les désavantages qu’ils subissent dans ce domaine, les gouvernements, les organisations bilatérales et multilatérales, la société civile, le secteur privé, les universités, les communautés, les écoles, les élèves, les familles et les personnes s’occupant des enfants doivent travailler main dans la main.
La pandémie de COVID-19 a été une nouvelle source de préoccupation concernant l’augmentation des abandons de la scolarité. En 2020, dernière année scolaire avant la pandémie, il a été estimé que 259 millions d’enfants et d’adolescents dans les enseignements primaire et secondaire étaient déscolarisés, dont 132 millions étaient des garçons. Il sera impossible de se faire une idée précise des conséquences de la crise sanitaire sur le taux de scolarisation avant la fin de l’année 2022. Alors que la plus grande part de garçons déscolarisés concerne principalement le deuxième cycle de l’enseignement secondaire dans l’ensemble des régions, une grande part de garçons déscolarisés (environ un tiers) concerne également l’enseignement primaire dans les États arabes et l’Afrique subsaharienne.
Variables psychologiques