vignette|Reconstruction de la vieille route près de Lenart et Benedikt dans les collines slovènes en 1960. Les brigades de travail en Yougoslavie, appelées aussi brigades de travail de la jeunesse, étaient des groupes des jeunes de différents pays d'Europe occidentale acceptant de venir participer bénévolement à des projets de reconstruction de la Yougoslavie pendant leurs vacances, dans des « brigades » s'inspirant des Brigades internationales de la guerre d'Espagne combattant le franquisme, mais sur un mode pacifique. Les participants en profitaient pour visiter le pays et ses sites historiques et balnéaires puis raconter leur expérience de retour dans leurs pays. Ces brigades de travail ont été dénoncées par les partis communistes de plusieurs grands pays d'Europe occidentale comme contraires à l'idéal staliniste et leurs participants stigmatisés lors de « purges » internes à ces partis.

Histoire Les débuts en 1947 Dès l'été 1947, le chef d'État yougoslave Tito fait appel à des jeunes de différents pays pour bâtir un « chemin de fer de la jeunesse » pendant leurs vacances, dans des « brigades de travail », et 540 Français ont répondu à l'appel, selon Le Monde. Le journal estime ensuite au printemps 1949 que leur nombre a baissé après la rupture Tito-Staline de , et qu'ils pourraient ne plus être que 117 à l'été 1949, en raison d'une violente campagne menée par la direction du PCF. Malgré ces freins, le travail de ces brigades volontaires va se développer à , selon l'économiste Czeslaw BobrowskiLa Yougoslavie socialiste, Bobrowski Czeslaw, aux Presses de Sciences Po, éditions Armand Colin, 1956 .. Une première section de l'autoroute de la Fraternité et de l'Unité entre Zagreb et Belgrade, ouverte en 1950 et traversant ensuite toute la république fédérative de Yougoslavie, sera réalisée par l'Armée populaire yougoslave mais aussi par ces volontaires.

Les affaires Prot, Lelaurain, Dellac et Villon À partir de 1949, les journaux régionaux liés au PCF multiplient les titres sur la « vigilance » contre les déviations titistes de militants et les cadres du PCF ne cessent d'y prouver qu'ils ne « sous-estiment pas » ce danger. Dès , démarre dans la Somme, l'affaire Prot, par l'exclusion de Marie-Jeanne Boulanger, soupçonnée de titismeBiographie Le Maitron de Marie-Jeanne Boulanger ., adjointe au maire PCF de Longueau Louis Prot, dans le cadre de pression sur ce dernier pour qu'il donne à la direction du PCF des lettres écrites en prison, par son prestigieux prédécesseur à la tête du PCF dans la Somme, Jean Catelas, guillotiné par les Allemands en chantant La Marseillaise sous l'occupation alors que sa sécurité n'avait pas été assurée par le PCF et qu'il était un témoin gênant et critique des tentatives pour faire reparaitre durablement L'HumanitéOn chantait rouge par Charles Tillon, éditions Robert Laffont, 1977., auxquelles Jacques Duclos, numéro deux du PCF avait participé. L'affaire Prot rebondit au printemps 1949 quand celui-ci claque la porte du PCF puis obtient en 1949 la réintégration de Marie-Jeanne Boulanger.

Entretemps, à l'été 1949 dans la Marne, Liane Lelaurain, veuve d'un cheminot résistant mort en déportation et ancienne déportée"RAIL et Mémoire" Jean-Louis Rey le 24/01/2010 ., est à son tour suspectée de titisme car remariée avec un Yougoslave qui l'a emmenée passer ses vacances au pays, où elle fut célébrée comme une communiste française dans des manifestations officielles. En octobre, elle dément tout titisme, sans convaincre ses détracteurs, dans un entretien à l'hebdomadaire communiste La ChampagneLa Champagne du 23 octobre 1949 ., dirigé par le leader des résistants dans la Marne Léon Borgniet, ami proche du scientifique et député Marcel Prenant, ex-dirigeant national des FTPBiographie Le Maitron de Léon Borgniet .. Léon Borgniet est aussi secrétaire général du quotidien L'Union dont il est écarté peu après, de très nombreux articles le soupçonnant de titisme"L'affaire Tito - Borgniet dans la Marne", par Anette Merle-Borgniet., malgré une autocritique publique organisée par Jacques Duclos en La Champagne du 6 novembre 1949 ..

À l’automne 1949, Yves Dellac est appelé par le numéro 2 de la CGT Alain Le Léap à démissionnerBiographie Le Maitron d' Yves Dellac par Éric Nadaud ., alors qu'il est secrétaire confédéral depuis . Il attendra cependant le pour s'exécuter, avant de se rendre à Belgrade sur invitation du régime de Tito, en avril-, et subit de dures attaques personnelles en plus d'une exclusion de la CGT.

En octobre-, la purge vise cette fois la fédération PCF de la Seine, où une quinzaine de jeunes salariés de Chausson choisiront de partir en Yougoslavie en 1950Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations PCF de banlieue parisienne (1944-1974), par Paul Boulland, thèse de doctorat d’histoire, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, 2011 . et où des militants yougoslaves se voient refuser leur carte du PCF. Cette fédération charge Maurice Armanet de combattre et surveiller les titistes, puis le secrétariat du PCF rappelle à l'ordre la Nièvre, le Rhône et la Marne.

Également en , Pierre Villon doit confesser le 2 la visite du général Ljubomir Ilic, ancien des Brigades internationales et du camp du Vernet, venu lui demander son aide pour entrer en contact avec des dirigeants (Marty, Duclos, Casanova, Tillon) et dénoncer les procès politiques contre les Yougoslaves et les anciens brigadistes. Il confesse cette information au vétéran du PCF Jules Decaux, élu de la Manche au premier Conseil de la IVe République en et chargé à la commission des cadres des Biographie Le Maitron de Jules Decaux ., nommé responsable de la lutte contre le « titisme » par Léon Mauvais, chef de la Section d’organisation du PCF.

Le durcissement du stalinisme à la fin de 1949 L'écho international des procès staliniens de 1949 en Hongrie et Bulgarie Au même moment se déroule une vague de procès staliniens emblématiques de la politique d'épuration de Staline contre le titisme, qui coïncident avec la virulence accrue des campagnes anti-titistes en France. Le premier, à l'été 1949, vise László Rajk, ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères de Hongrie, exécuté pour des « crimes » inventés de toutes pièces. Peu après c'est le procès du bulgare Traïcho Kostov, puis celui de Rudolf Slánský en Tchécoslovaquie, en jugé avec dix autres membres du Parti, dont l'ancien ministre des Finances Stepanov Natchev. Traïcho Kostov est en particulier accusé d'avoir fait nommer Tito à la tête du Parti communiste yougoslave et d'avoir partie liée avec le régime yougoslave ainsi qu'avec le Royaume-Uni.

Le même mois, dans les colonnes du journal Esprit, à la pointe de la dénonciation de ces procès un mois plus tôt, Jean Cassou et Vercors rompent avec le communisme soviétique, un pour Laurent Casanova, le responsable de la « commission des intellectuels » du PCF. Cassou rompt pour obtenir les aveux de Rajk, et Vercors aussi, dans un texte écrit le mais publié seulement dans le même numéro de décembre"Les intellectuels français face aux répressions soviétiques dans les démocraties populaires : du schisme titiste au procès Kostov (1948-1950) : perceptions et réactions d'une élite face au totalitarisme stalinien", par Frédéric Sallée, sous la direction d'Olivier Forlin, en 2004-2005 .. Dans le numéro de de la revue Europe, Louis Aragon lui répond sur un ton virulentReynald Lahanque, Le Réalisme socialiste en France (1934-1954), thèse d’État sous la direction de Monsieur le Professeur Guy BORRELI, Nancy-II, 2002 .« L'engagement de Louis Aragon » par Pierre Juquin, dans la revue Nouvelles Fondations en 2006 .. Pierre Daix, que Louis Aragon va nommer six mois plus tard rédacteur en chef de Ce Soir, s'attaque aussi à Vercors pour justifier la censure de son article sur le sujet dans Les Lettres françaises, qu'il dirige depuis 1947. Ce sur le procès de László Rajk à l'automne 1949 , écrira Pierre Daix, en 1976J'ai cru au matin par Pierre Daix? 1976 ., dans un livre de souvenirs. Les procès en diffamation en France : Kravchenko et Rousset L'année 1949 est aussi celle des procès en diffamation liés à la critique du stalinisme, en particulier celle du livre écrit en 1946 par Viktor Kravchenko, J'ai choisi la liberté : La vie publique et privée d'un haut fonctionnaire soviétique, traduit depuis 1947 et immense succès d'édition avec un demi-million d'exemplaires vendusUn siècle d'histoire culturelle en France: de 1914 à nos jours par Françoise Taliano-des Garets, éditions Armand Colin, 2019.. Dès le , deux mois après l'arrivée de Pierre Daix à la rédaction en chef de l'hebdomadaire Les Lettres françaises, lié au PCF, le journaliste André UlmannL'origine réelle de cet article, présenté comme écrit par un journaliste américain, ne sera mentionnée qu'à la fin des années 1970 avec la publication d'un ouvrage de Claude Morgan, directeur des Lettres françaises à l'époque du procès.Ulmann a été présenté plus tard comme agent du NKVD, recruté en 1946 (Genovefa Étienne et Claude Moniquet, Histoire de l'espionnage mondial, tome 2, Paris, Félin, 2001, ). avait accusé Kravchenko d'être un désinformateur, agent des États-Unis. La plainte en diffamation, victorieuse, de ce dernier contre Claude Morgan, directeur et André Wurmser, rédacteur des Lettres françaises fera l'actualité du printemps 1949, dans « procès du siècle », avec une centaine de témoins, débuté le devant le tribunal correctionnel de la Seine. D'anciens collègues de Kravchenko et son ex-épouse, envoyés par l'URSS, perdent pied face aux questions de Georges IzardRobert Conquest, La Grande Terreur, Paris, Robert Laffont, 1995, .. Parmi les survivants de camps de concentration soviétiques qui témoignent, figure Margarete Buber-Neumann, déportée au Goulag puis livrée par Staline à l'Allemagne nazie qui l'a déportée à Ravensbrück et veuve du leader communiste allemand Heinz Neumann, fusillé en 1937 lors de la Grande terreur. Le , Kravchenko l'emporte. Le tribunal correctionnel de la Seine lui accorde un dédommagement de , cependant symbolique en comparaison des demandés. Claude Morgan et André Wurmser, des Lettres françaises, sont condamnés à d'amende chacun.

Quelques mois plus tard, un autre procès en diffamation est perdu par Les Lettres françaises contre David Rousset, qui avait lancé dans le Figaro-Littéraire du un appel aux anciens déportés à tracer une carte des goulags soviétiques, dans l'espoir qu'une enquête officielle voie le jour. Toujours à la tête des Lettres françaises, Pierre Daix lui avait répondu le par un article prétendant que c'était un fauxLecteurs et lectures des communistes d'Aragon, par Corinne Grenouillet, page 70 ..

L'exclusion de Marguerite Duras, après des critiques d'Aragon La chasse aux intellectuels « décadents » continue. Début 1950, la guerre d'Indochine contraint la mère de Marguerite Duras à revenir en France. Début mars, un des camarades, qui serait Jorge Semprún, informe le Comité central du PCF qu'elle aurait, lors d'une soirée en compagnie d'autres écrivains, formulé de nombreuses critiques à l'égard de Louis Aragon, avec des « inconvenances envers certains membres du Parti et une ironie trop appuyée »Laure Adler, Marguerite Duras, Paris, Gallimard, 1998, .. Elle s'indigne, car le PCF cherche à salir sa réputation. Le , elle reçoit une lettre qui lui signifie son exclusion pour fréquentation de trotskistes et de boîtes de nuit. Son mari Robert Antelme, avec qui elle a fondé en 1945 les éditions de la Cité Universelle, est également exclu du PCF, pour les mêmes raisonsUn siècle d'histoire culturelle en France : de 1914 à nos jours, Françoise Taliano-des Garets, éditions Armand Colin, 2019.. L'offensive des journaux « anti-staliniens » de 1950