La Maison Jacques-Copeau, ancienne propriété de Jacques Copeau, située à Pernand-Vergelesses en Côte-d'Or, date de la première moitié du , inscrite sur la liste des Monuments historiques et labellisée Maison des Illustres en 2014.
Ouverte au public pour des visites accompagnées, la maison a été conservée en l’état par ses héritiers, les Dasté, en particulier la chambre-cabinet de travail de Jacques Copeau, son imposante bibliothèque et la chambre de son épouse Agnès (née Thomson)Revue d’Histoire Théâtrale, numéro spécial, 1963. « L’intérieur de la maison, pieusement conservée en l’état avec, au premier étage, la chambre cabinet de travail de Jacques Copeau. Sa vaste table de bois auprès des deux fenêtres, son fauteuil, des livres partout, des photos, des dessins, des souvenirs et entr’autres ceux qui évoquent les amitiés de Gide, de Péguy, de Jacques Rivière. ».
Historique Aujourd'hui Propriété de l’association La Maison Jacques Copeau, la demeure est un lieu de mémoire théâtraleLes Copiaus, Jacques Copeau, au village – 1925-1929 (une enquête en cours), Vincent Chambarlhac, Annales de Bourgogne, tome 33, fascicule 4, 2011, ., de résidences de création et de stages de formations à l’intention des comédiens, compagnies émergentes, metteurs en scène et auteurs.. Un projet patrimonial vise à préserver la partie historique, redistribuer les locaux d’hébergement et la doter d’une structure permanente de travail, « abri poétique », conciliant lieu de création et patrimoineThéâtre(s), le magazine de la vie théâtrale, automne 2016, Maison Jacques Copeau : un lieu de création et de formation, p. 104-105.
Antériorité, quatre familles en trois siècles Antérieurement à l’installation de Copeau, la maison de Pernand-Vergelesses n'a connu que trois familles de propriétaires. Elle a appartenu au aux Berbis de Corcelles avant d’être cédée aux Guyot, notables beaunois. Rachetée au début du par les Badoux, artisans-boulangers franco-suisses, elle fut vendue aux enchères à Jacques Copeau en 1925 Minutes notariales Maître Levers, archives départementales de la Côte-d’Or.. La maison change alors de statut, cessant d’être un lieu de villégiature pour devenir la résidence principale de l’écrivain après son départ du théâtre du Vieux-Colombier qu’il avait fondé. Par héritage, la maison est revenue à sa fille aînée, Marie-Hélène Dasté (dit Maiène ou Kône, en Danois) puis à son unique petite-fille, Catherine, contrainte de s'en séparer. La maison est cédée en 2004 à Jean-Louis Hourdin, chef de troupe de la compagnie du Grat, prolongeant une filiation théâtrale née avec Copeau. L'association La Maison Jacques Copeau en est devenue propriétaire le Bulletin municipal de Pernand-Vergelesses, 4e trimestre 2021..
Les Berbis Le sieur BerbisArchives municipales de Beaune, fonds Bigarne, fonds Morand, fonds Quantin et, Les rues de Beaune, Charles Aubertin, 1867 ; réédité en 1995., seigneur de Corcelles-les-Arts, est mentionné propriétaire d’une maison à Pernand en 1737 jusqu'en 1798, de la République. Peut-être même dès la fin du , selon les archives municipales de Pernand-VergelessesArchives, mairie de Pernand-Vergelesses. Minutes municipales du 5 mai 1833, 20 juillet 1834, 21 avril 1835 et 22 août 1836. qui rappellent l’existence -au même emplacement- d’une maison raccordée en 1580 à la source de la Mère-Fontaine, le seul point d’eau en amont du village. Il y aurait eu de ce fait une construction antérieure à la demeure actuelle dont il ne reste que très peu d’éléments. À la veille de la Révolution française, son propriétaire (non occupant) est Jean-Claude Bénigne Berbis, théologien et chanoine de la basilique Notre-Dame de BeauneSupplément à l'histoire de Beaune de Gandelot, par l’abbé Bredeault, Société d'histoire, d'archéologie et de littérature de l'arrondissement de Beaune, 1888, réédité. Où il est rapporté que le chanoine Berbis a été « un homme instruit et qui avait beaucoup de connaissance, mais d’un caractère un peu particulier », auteur entre autres de dissertations savantes dont une sur la nature des vrais miracles.. Ce dernier, emprisonné sous la Terreur alors que sa famille a émigré, avait intenté en 1787 un procès à tout le village pour un différend sur le droit d’eau dont il se prévalait.
Les Guyot La deuxième strate familiale est formée par les Guyot, une lignée d’apothicaires et de maîtres chirurgiens aux Hospices de Beaune puis de juges au tribunal de première instance de Beaune. Trois générations se sont succédé à Pernand. Joseph Guyot, juge d’instruction, rentre en sa possession au décès du chanoine Berbis en 1798, en recouvrement d’une dette de . Les créanciers Guyot qui « apprécient particulièrement la maison et le jardin »Archives départementales de la Côte-d'Or. Série E, maîtres Sausset et Morelot., sont déjà propriétaires de jardins attenants. En réunissant les deux entités, les Guyot constituent de fait l'unité actuelle de et , telle qu'elle est aujourd’huiActe de donation-partage, étude de maîtres Échinard-Segaut, 1994..
Les Badoux vignette|Famille Badoux, Maurice, Clémence, Betty et Marcel à Pernand-Vergelesses
En 1913, Adolphe Ernest Badoux, artisan-boulanger installé rue du Pain à Saint-Germain-en-Laye, achète aux enchères la dite « Maison de maître » à Elisabeth Moreau-Carret, arrière-petite-fille de Joseph Guyot et veuve de maître Félix Carret, notaire beaunoisArchives départementales de la Côte-d’Or. Minutes de maître Levert, successeur de maître Carret.. D’origine vaudoise, l’artisan a quelques attaches côte-doriennes, en particulier par sa femme Clémence Guillien, née à Seurre où ils ont eux-mêmes exercéArchives départementales de la Côte-d’Or. Recensement de la population de Seurre (1896, 1906, 1910) et de Pernand-Vergelesses (1926). Actes de mariages et des naissances à Seurre (1899, 1902).. Pernand sera leur villégiature d’été pendant onze ans. Sa sœur, Berthe Lina Badoux, « ancienne cuisinière du château » a habité les communs avant l’installation de la famille Copeau. Celle-ci sera par la suite colocataire de Marguerite Cavadasky, « artiste dramatique du Vieux-Colombier », rue des Chenevrières à Pernand. Le boulanger dégagera l’accès sur rue de la maison en faisant abattre un bâtiment agricole dont les « meubles, ustensiles et outils » ont été vendues aux enchères, la veille de la vente à Adolphe Ernest BadouxArchives départementales de la Côte-d’Or. Minutes de maître Levert, dossier Adjudication mobilière Carret-Moreau, 20 novembre 1912..
Les Copeau Remise aux enchères pour en 1923, elle fut achetée par Jacques Copeau à la recherche d’un lieu de repli après avoir « lamentablement échoué dans ce projet de [son] école à la campagneJacques Copeau, Journal, 11 octobre 1941. Editions Seghers, 1991.». La transaction a été effectuée grâce à l’apport d’Edward Bonaparte-Wise, prétend CopeauJournal, 28 [février 1940]. À l’annonce de son décès, Copeau révèle qu’il « avait avancé les fonds nécessaires ». Catholique irlandais et ministre de l’éducation, descendant de Laetitia Bonaparte et ami du neveu de Copeau Michel Saint-Denis. En juillet 1925, il lui avait rendu visite au château de Morteuil. même si son journal mentionne, entre 1923 à 1928, d’autres subsides provenant des Pays-Bas et de Belgique. D'autres sources, dont celles de Jean Villard-GillesMon demi-siècle, Jean Villard-Gilles, éditions Payot-Lausanne, 1954, chapitres 10, 11 et 12. font surgir Bernard Spycket comme mécène (ancien condisciple de Copeau au lycée Condorcet) et Léon Chancerel comme découvreur de la maisonLe Journal de bord des Copiaus, vendredi 3 juillet 1925, p. 81 et 82.. Acquise le « Par devant maître Levert, notaire à Beaune », elle a été la résidence principale de Jacques Copeau et de sa familleJournal, 28 février 1925.. Après une courte expérience communautaire au château de Morteuil, à Merceuil, Jacques Copeau y amorça le mouvement de décentralisation théâtraleLe théâtre populaire, Jacques Copeau, collection Bibliothèque du peuple, PUF, janvier 1941. Un chapitre est consacré à l’esprit et à la forme que pourrait revêtir « la décentralisation qui était réclamée depuis si longtemps qui est un des besoins vitaux de notre théâtre. », p. 37. avec la troupe des Copiaus installés chez l’habitant.
Havre de paix avec vue sur vignoble vignette|Maison Jacques-Copeau en 2017. La maison avec jardin, terrasses et potager face au vignoble est perçue par Copeau comme un havre de paix, surtout après son éviction de l’administration de la Comédie-Française Registres VIII, textes établis, présentés et annotés par Maris-Inès Aliverti et Marco Consolini, NRF Gallimard, 2019. Chapitre V : À la Comédie-Française sous l’Occupation - Paris, 1940-1941. . Hormis quelques échappatoires hors de Pernand et de fréquents séjours à Paris et à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, il restera pratiquement chez lui jusqu’à la fin de sa vie où il accueille quelques hôtes de passage. Sa sérénité retrouvée est à peine dissipée par la présence d’un major allemand qui « habite la petite maison dans la cour » et la croix gammée qu’il voit depuis sa fenêtre à l’entrée du village. Pendant cette période de repli, il lui est arrivé de quitter clandestinement Pernand en compagnie d’Agnès, avec la résolution de franchir la ligne de Démarcation, espérant rejoindre leur fils Pascal. Leur désastreuse chevauchée à pieds donne lieu, sous la plume de Copeau, à un des plus romanesques récits de son journalJacques Copeau, Journal, 11 octobre 1941. Texte établi, présenté et annoté par Claude Sicard, éditions Seghers, coll. « Pour Mémoire », 1991..
Les jardins Avec l’aide de Pascal, Agnès Copeau crée en 1927 le jardin entouré de buis (inscrit aux Monuments historiques) dessiné par elle-même en hommage à Théo van Rysselberghe, peintre ami de la famille. « L’expression de ce jardin, dans ses détails, ne sont pas mon œuvre mais celle de ma femme », convient Copeau. Elle a « couvé comme une œuvre d’art, où je trouve certaines de mes pensées unies aux siennes » (Journal, ). Elle le pare des essences florales les plus diverses, consultant les catalogues de graines anglaises Sutton’s ou Vilmorin que lui procure Pascal, chargé de commandes chez l’horticulteur Arthur Billard. « Le jardin est beau, les primeurs commencent, les fleurs s’épanouissent, Agnès travaille bien et beaucoup, surtout le matin ». Elle a tenu entre et , un carnet de jardinage dédié « à une arrière-petite-fille »« Carnet de jardinage », Copeau Agnès, 1925-1935..
Les bibliothèques vignette|Chambre de Jacques Copeau. La bibliothèque théâtrale de Copeau couvre linéaire (environ ), du à une collection de la NRF de sa création à 1943, un grand nombre d’éditions dédicacées, parmi lesquels Paul Fort, Henri Ghéon, André Gide, Jacques Rivière, André Suarès. Elle fait figure de bibliothèque de travail, notamment sur le théâtre Nô, les Mystères médiévaux, l’histoire du costume ou par ses traductions de Shakespeare avec Suzanne Bing. Sa base est aussi romanesque, philosophique et spirituelle, du bouddhisme au christianisme, parsemée d’ouvrages de piété. La bibliothèque héritée de Pascal Copeau est, quant à elle, historique et politique, essentiellement sur la Résistance française, la seconde guerre mondiale et ses préludes, dont un lot de livres de propagande allemande rapportés de Berlin. Plus intime, la bibliothèque d’Agnès Copeau renferme essentiellement des poètes danois, anglais et français en plus de manuels de jardinage et de Bibles protestantes. Celle de Marie-Hélène Dasté est consacrée à l'art à travers les siècles jusqu'aux années 1950. Par ailleurs, l’association La Maison Jacques Copeau a reçu en donation et ouvrages couvrant l’histoire du théâtre du à nos jours, ayant appartenu à Robert Privat (1919-2007), décorateur de théâtre à l’école de Léon Chancerel et peintre suisse.
Les Registres du Vieux-Colombier