Pierre-Alexandre Monsigny né le à Fauquembergues et mort le à Paris , est un compositeur français.
Par sa musique pleine d'esprit, de fraîcheur et de charme parfois naïf, il parvient à structurer ce qui n'était qu'un compromis entre la comédie et l'opéra. Il se révèle alors comme le principal précurseur, avec André Grétry et François-André Philidor, d'un genre nouveau : l'opéra-comique.
Il ouvre ainsi la voie à Boïeldieu, Auber, Gounod, Bizet, Massenet… à tous ceux qui, par leur talent de compositeur, sont parvenus à illustrer avec succès ce genre bien français.
Membre de l'Académie des beaux-arts (), son nom figure avec son buste sur la façade est de l'Opéra Garnier à Paris.
Biographie vignette|Statue de Pierre-Alexandre Monsigny à Saint-Omer. Pierre-Alexandre Monsigny est né quatre mois avant l'union légitimée de ses parents, Marie-Antoinette Dufresne et Nicolas Monsigny., d’une famille installée en Artois au .
Frappé de son intelligence précoce, son père, qui lui avait acheté un petit violon à la foire de Fauquembergues., l’envoie au collège des Jésuites de Saint-Omer où il découvre, outre l'enseignement rigoureux habituel, les rudiments du solfège, aidé en cela par un don évident remarqué par le patron de son père, un riche bourgeois cultivé qui lui fait partager les leçons de musique données à ses enfants par le carillonneur de l'abbaye Saint-Bertin. Il se perfectionne dans ce qui deviendra son art : la musique devient une idée fixe qui n'est peut-être pas du gout de son père, qui mourra en 1748, le laissant, à dix-neuf ans, chef d'une famille nombreuse comprenant sa mère, sa sœur et quatre jeunes frères, qui n’avait plus à compter que sur lui et n'avait que lui pour soutien. Porté par un attrait invincible vers l'étude de la musique, il répète sans cesse :
En , sur les conseils de sa famille et de ses amis, il monte à Paris, avec pour tout bagage quelques écus en poche, son violon, et une lettre de recommandation pour M. Couette d'Aubonne, financier, rue du Harlay. Entré chez M. de Saint-Julien, dans les bureaux de la comptabilité du Clergé de France, il gagne alors suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de ses proches. La capitale lui offre, de surcroit, la possibilité de stimuler davantage sa passion pour la musique. Au cours de l'année , à l'issue d'une représentation de La serva padrona de Pergolèse à l'Opéra, il ne contient pas son enthousiasme. Cet ouvrage décide de sa vocation. Audacieux, il veut tenter un changement profond dans l'art musical de son époque. Il devient l'élève de Gianotti, contrebassiste à l'Opéra et au Concert spirituel, auteur de sonates, de duos et même d'un Guide de composition.. Cinq mois de leçons suffisent pour que ses dispositions lui permettent de mettre cet enseignement en application.
Quoique peu occupé par ses travaux financiers, il compose en secret, sur un livret de La Ribadière, son premier opéra-comique, dans le dessein de s’exercer à trouver les moyens d’introduire plus de chant dans la musique, plus d’expression dans le chant. Présenté au théâtre de la Foire Saint-Germain, le , Les Aveux indiscrets remporte un accueil chaleureux, ce qui l'encourage à en composer un second, en deux actes, sur un texte de Pierre-René Lemonnier. Le Maître en droit connait, l'année suivante, les mêmes ovations, le à la Foire Saint-Germain.
À la suite du succès du Cadi dupé, le librettiste à la mode, Michel-Jean Sedaine, lui propose sa collaboration. Leur production commune se révèle des plus heureuses : On ne s'avise jamais de tout, Le Roi et le fermier, Rose et Colas remportent tous trois un grand succès. On ne s'avise jamais de tout figurera à la représentation inaugurale de la nouvelle troupe de la Comédie-Italienne agrandie issue de la réunion de l'Opéra-Comique de la Foire Saint-Laurent et du Théâtre-Italien., à l’Hôtel de Bourgogne, le ., à la suite de quoi Monsigny travaillera désormais pour ce théâtre..
Le , à l'Académie royale de Musique son ballet héroïque en trois actes Aline, reine de Golconde ne suscite qu'un accueil réservé. La critique se montre plus froide encore, deux années plus tard, lors de sa création de L'Île sonnante. La musique conserve sa grâce habituelle de la « patte » élégante et légère de Monsigny, mais le livret de Charles Collé se révèle inadapté et justifie du passage éphémère de l'œuvre à l'affiche de la Comédie-Italienne.
En 1768, il acquiert la charge de maître d'hôtel au service du duc d'Orléans. Sedaine lui soumet alors le livret du Déserteur sur lequel il compose la partition qui a fait sa gloire, mais Le Faucon, créé en est maal reçu à la cour puis à Paris, essentiellement à cause du livret de Sedaine, et, le , La Belle Arsène après des critiques mitigées, a conservé pendant longtemps, avec sa place importante au répertoire, toute la faveur et la sympathie du public, qui ne se lassait pas de l’entendre et de l’applaudir.
Monsigny composait péniblement. Ayant mis trois ans avant de faire paraitre le Faucon, la belle Arsène n’a été donnée qu’en 1775, mais suivie de près par te Rendez-vous bien employé (1776). En 1777, parait un nouveau chef-d’œuvre : Félix ou l’enfant trouvé, comédie en trois actes, mêlée d’ariettes, représentée le , devant la cour, à Fontainebleau, et le 24 aux Italiens. Après le succès de Félix, Monsigny, âgé de quarante-huit ans et dans toute la force de son talent, cesse toute composition. L’auteur de la Biographie universelle des musiciens, François-Joseph Fétis, qui a connu Pierre-Alexandre Monsigny, lui ayant demandé, en 1810, c’est-à-dire 33 ans après la représentation de Félix, pour quelle raison il avait cessé de composer, en a reçu cette réponse :
Privé, depuis 1785, par la mort du duc d’Orléans, de sa charge de maitre d’hôtel, Monsigny était devenu, depuis cette date, administrateur des biens de la famille d’Orléans et inspecteur des canaux, ce qui lui avait permis de conserver son logement au Palais-Royal pour lui et pour sa famille. À la Révolution, obligé de quiller ses appartements, il perd toutes ses ressources, sa place dans la maison d’Orléans, et même une pension de , qui lui avait été faite par Louis XV et continuée par Louis XVI. Retiré, avec sa femme, Amélie de Villemagne, épousée, le , dans une modeste maison au 162 rue du Faubourg-Saint-Martin, il vivait petitement au milieu des siens et venait encore de temps en temps à la Comédie-Italienne. Apprenant l'état de pauvreté du compositeur, les sociétaires de l'Opéra-Comique prouvent leur reconnaissance à l'égard d'un des fondateurs de leur théâtre, en lui versant une rente de , en lui faisant signer un contrat par lequel il leur cédait ses droits d’auteur sur tous ses ouvrages.
La tourmente révolutionnaire apaisée, on lui rend sa pension et on lui confie une des cinq places d’inspecteur de l'enseignement au Conservatoire de Musique de Paris, aux appointements de mais, malgré les efforts de Sarrette, le directeur du Conservatoire, il se démet de ces dernières fonctions, prétextant qu’il n’était pas assez savant pour remplir un tel emploi et qu’il faisait tort à la science et à l’établissement. En 1804, il est fait chevalier de la Légion d'honneur, Napoléon triple sa pension en apprenant qu’il est encore vivant, après avoir entendu le Déserteur, et il succède en à Grétry à l'Académie des beaux-arts. Une cécité totale afflige ses dernières années.
À sa mort, dans sa maison de faubourg-Saint-Martin, Pierre-Alexandre Monsigny laisse le souvenir d'un homme modeste, courtois plein d'une sensibilité qui transparaît tout au long de ses douze œuvres principales. Inhumé au cimetière du Père-Lachaise, ses ossements ont été exhumés en 1827..
Hommages Le théâtre Monsigny de Boulogne-sur-Mer a été nommé d’après lui.
Jugements
Œuvres Les Aveux indiscrets, 1759. Le Maître en droit, 1760. On ne s'avise jamais de tout, 1761. Le Cadi dupé, 1761. Le Roi et le Fermier, 1762. Le Nouveau Monde, 1763. Rose et Colas, 1764. Aline, reine de Golconde, 1766. Philémon et Baucis, 1767. L’Île sonnante, 1768. Le Déserteur, 1769. Le Faucon, 1772. La Belle Arsène, 1773. Félix ou l’Enfant trouvé, 1777.
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
Joann Élart, Frédéric Guérin et Patrick Taïeb, « Fortune et prospérité de l’œuvre de Sedaine et Monsigny (1764-1862) : l’exemple de Rose et Colas », in Judith le Blanc, Raphaëlle Legrand et Marie-Cécile Schang-Norbelly (dir.), Une œuvre en dialogue : le théâtre de Michel-Jean Sedaine, Paris, Sorbonne Université Presses, collection « e-Theatrum Mundi », 2021, p. 273-310 [en ligne].
Liens externes
Fichier audio sur le site Musica et Memoria
Catégorie:Compositeur français de la période classique Catégorie:Compositeur français d'opéra Catégorie:Académie des beaux-arts (France) Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur Catégorie:Personnalité liée à la musique classique décorée de la Légion d'honneur Catégorie:Naissance en octobre 1729 Catégorie:Naissance dans la province d'Artois Catégorie:Décès en janvier 1817 Catégorie:Décès dans l'ancien 5e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 87 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (ossuaire)