Les manifestations de 2020-2021 en Biélorussie, surnommées la révolution des pantoufles et la révolution anti-cafard, sont une série de manifestations de rue contre le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko. Les manifestations, qui s'intègrent dans le mouvement démocratique biélorusse, se déroulent avant et pendant l'élection présidentielle biélorusse de 2020, au cours de laquelle Loukachenko est candidat à un sixième mandat. Sa victoire avec un score de 80 % face à la candidate de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa apparaît entachée de fraudes massives et provoque la colère d'une partie de la population biélorusse.

Contexte vignette|L'ancien drapeau de la Biélorussie (utilisé en 1918 et de 1991 à 1995) est un symbole du mouvement démocratique. Loukachenko est généralement qualifié par les médias occidentaux de « dernier dictateur » d'Europe et est au pouvoir depuis 26 ansIvan Nechepurenko, Europe's 'Last Dictator,' Facing Re-Election, Is Increasingly in Peril, New York Times (August 7, 2020).Vladimir Dorokhov & Roman Goncharenko, Belarus elections: Lukashenko's authoritarian grip faces test, Deutsche Welle (August 6, 2020).. Sous son régime autoritaire, le gouvernement a fréquemment réprimé l'opposition, notamment durant la révolution avortée de 2005, les manifestations de 2010 et les manifestations de 2017. Loukachenko fait face à une opposition grandissante en raison de sa gestion de la pandémie de coronavirus, qu'il a nié être une menace sérieuse alors que les personnes âgées qui étaient ses principaux soutiens étaient les plus exposées au virusManifestations en Biélorussie : «Loukachenko va finir par tomber» via leparisien, 17 aout 2020. Sur les cinq élections remportées par Loukachenko, seule la première a été jugée vraisemblablement libre et juste par les observateurs internationauxTony Wesolowsky, Five Factors That Ensure Lukashenka Wins Every Election In Belarus, Radio Free Europe/Radio Liberty (August 6, 2020)..

Selon le chercheur David Teurtrie, du Centre de recherche Europe-Eurasie de l’Inalco, .

Avant l'élection vignette|Rassemblement de soutien à Tikhanovskaïa à Minsk (). vignette|Vidéo d'un meeting de Tikhanovskaïa. L'homme d'affaires et blogueur Sergueï Tikhanovski, qui a qualifié Loukachenko de « cafard », comme dans le poème pour enfants Le puissant cafard (avec la pantoufle écrasant symboliquement le cafard) est arrêté fin par les autorités biélorusses, qui l'accusent d'être un agent étranger. En , des manifestations de rue contre Loukachenko ont lieu. Un certain nombre de candidats de l'opposition se sont portés candidats à l'élection à la suite du mouvement, mais beaucoup d'entre eux sont arrêtés. Le , Loukachenko annonce qu'il a « déjoué une tentative de coup d'État », et annonce l'arrestation de son principal rival, Viktar Babaryka. Ce dernier déclare que les accusations de pot-de-vin et de corruption ont été falsifiées et que l'arrestation était motivée politiquement pour l'empêcher de gagner les élections. L'épouse de Tikhanovski, Svetlana Tikhanovskaïa, s'inscrit comme candidate après l'arrestation de Babaryka. Des militants de l'opposition, des journalistes et des blogueurs sont également arrêtés dans le cadre de la répression. Le groupe de défense des droits humains Viasna a estimé qu'entre début mai et début août, environ 1 300 personnes ont été arrêtées pour avoir manifesté.

Loukachenko affirme que les manifestations de l'opposition font partie d'un complot étranger potentiellement orchestré, selon lui, par des Américains, l'OTAN, des Russes ou des Ukrainiens. Il annonce également l'arrestation de 33 personnes, présentées comme des mercenaires présumés du groupe Wagner, une société militaire privée russe. Les mercenaires russes avaient en réalité été piégés par les services de renseignement ukrainiens (GUR) qui cherchaient à enlever des membres de la société de sécurité privée Wagner, suspectée d'avoir prêté main-forte aux rebelles dans la guerre du Donbass. Le GUR, qui les avait attiré en Biélorussie prétendument pour leur proposer un contrat via une fausse entreprise de sécurité privée, voulait leur faire prendre un avion de la liaison entre Minsk et Ankara et détourner celui-ci lorsqu'il entrerait dans l'espace aérien ukrainien. Leur découverte par les services de renseignement biélorusses a cependant fait échouer l'opération et déclencher une crise diplomatique entre la Biélorussie et la Russie, laquelle ignorait leur présence en BiélorussieWagnergate: l'incroyable piège tendu aux mercenaires russes par l'Ukraine, Slate, 30 novembre 2021.

Les médias spéculent sur le devenir des manifestations, qui pourrait durer et dégénérer, voire évoluer vers une révolution à part entière, semblable à la façon dont les manifestations d'Euromaïdan se sont transformées en une révolution en Ukraine en 2014. Le German Marshall Fund, un think tank américain, note que les manifestations sont plus répandues et sont plus brutalement réprimées que les manifestations précédentes en Biélorussie.

L'organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) indique ne pas suivre l'élection 2020, n'ayant pas été invitée à le faire. C'est la première fois depuis 2001 que le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme (BIDDH) de l'OSCE ne surveille pas les élections en Biélorussie. L'OSCE n'a reconnu aucune élection en Biélorussie comme étant libre et équitable depuis 1995 et les précédentes missions d'observation des élections de l'OSCE dans le pays ont été entravées par le gouvernement.

Le , Loukachenko affirme que la BBC et Radio Free Europe ont encouragé les émeutes et menace d'expulser ces médias et de leur interdire de rendre compte de l'élection. Le , environ 5 000 manifestants descendent dans les rues de Minsk en agitant des rubans blancs, appelant à des élections libres et régulières. Au cours de la première semaine d'août, des dizaines de milliers de Biélorusses manifestent contre Loukachenko dans les villes du pays dont 60 000 dans la capitale Minsk, ce qui en fait la plus grande manifestation de rue de la Biélorussie post-soviétique.

Après l'élection Août 2020 vignette|Minsk, . vignette|Minsk, . vignette|Minsk, . vignette|Minsk, . À la clôture du scrutin, de nombreux fournisseurs de services Internet sont mis hors service, tandis que la police et l'armée verrouillent la majeure partie de Minsk. La télévision d'État révèle les résultats d'un sondage sortie des urnes montrant une victoire écrasante de Loukachenko et des affrontements entre manifestants et policiers anti-émeute éclatent à Minsk. Des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc sont utilisées faisant des blessés parmi les manifestants. La principale candidate de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, déclare lors d'une conférence de presse qu'elle ne fait pas confiance au sondage sortie des urnes : .

La deuxième nuit après l'annonce des résultats (victoire de Loukachenko avec un score de 80 %), les manifestants barricadent la zone autour du marché de Riga. Les forces du régime réagissent en tirant des gaz lacrymogènes sur les manifestants et en utilisant des grenades assourdissantes. Un manifestant décède après une explosion. Selon le ministère de l'Intérieur biélorusse, il s’apprêtait à lancer un engin explosif qui a détoné entre ses mains.. Une vidéo le montre les mains vides et abattu par les policiers.

Les affrontements se poursuivent dans la nuit du 11 au dans des quartiers plus périphériques de la ville (Kamennaïa gorka, Serebrianka et Ouroutchie). Les forces de l'ordre s'attaquent également aux représentants de la presse, cassant leur matériel et confisquant les cartes mémoire.. La quatrième journée de manifestation se déroule plus calmement, sans arrestations de masse, et est marquée par des marches de femmes avançant bras dessus, bras dessous en signe de protestation pacifique.. Alors que des soldats font de discrets signes de soutien aux protestataires, des policiers jettent leurs uniformes tandis que des fonctionnaires démissionnent..

Le vendredi , des centaines de protestataires sont libérés après avoir été détenus. Ils affirment avoir été torturés (privation d'eau, de nourriture et de sommeil, tortures à l'électricité et brûlures de cigarettes). Ils étaient détenus par dizaines dans des cellules prévues pour 4 ou 6 personnes. Un contestataire témoigne à l'AFP : . Le jour même, des paramilitaires russes du groupe Wagner, sont libérés et expulsés vers la Russie..

L'Union européenne tente de pousser le pouvoir biélorusse à accepter un plan élaboré par la Pologne, la Lettonie et la Lituanie, qui prévoit la fin de la répression, la libération des manifestants arrêtés, la mise en place d'un Conseil national composé de membres du gouvernement et de l'opposition, ainsi que de nouvelles élections.. Alors que les manifestations se poursuivent, Loukachenko rejette la médiation et l'UE décide de mettre en place des sanctions..

Le , des ouvriers manifestent contre le pouvoir.. Des chercheurs, des intellectuels, des journalistes, et des hommes d'affaires, ainsi que l'ancien ministre de la Culture, Pavel Latouchka, ont également rejoint la contestation. L'ambassadeur de Biélorussie en Slovaquie, se dit par les témoignages de torture et de passage à tabac. et fait défection.. Tandis que le ministère de l'Intérieur présente ses excuses aux manifestants, le directeur d'une usine annonce la défaite du président sortant..

Le dimanche , à l'appel de Svetlana Tikhanovskaïa., se déroulent d'importantes manifestations d'opposition dans tout le pays, notamment (selon l'AFP) ou personnes dans les rues de Minsk (d'après les estimations de Reuters)., faisant suite à un meeting de Loukachenko devant quelques milliers de partisans acheminés par bus.. Loukachenko cherche par ailleurs à obtenir le soutien de Vladimir Poutine pour conserver son autorité.. Plus de 2 000 manifestants interpellés par la police sont libérés le .

Le , alors que les grèves se multiplient dans le pays., Loukachenko s'adresse aux ouvriers de usine des tracteurs à roue de Minsk (MKZT) qui l’accueillent aux cris de « démission ».. Après avoir défié les manifestants en leur préconisant de continuer à , il affirme qu'il n'y aura pas de nouvelles élections tant qu'il n'aura pas été , puis propose de transmettre le pouvoir après l'adoption d'une nouvelle Constitution.. Le même jour, l'OSCE fait une proposition de médiation..

La chaine publique Belarus 1 se met en grève le et cesse de transmettre.. Plusieurs milliers de manifestants se rassemblent. devant la prison où est détenu Sergueï Tikhanovski pour fêter son anniversaire..

Environ policiers démissionnent sur les que compte le pays.. Par ailleurs, les journalistes grévistes sont licenciés et remplacés par des Russes..

De nouvelles manifestations ont lieu les et , à Minsk et dans une cinquantaine d'autres villes.. La marche du à Minsk a mobilisé personnes selon des médias liés à l'opposition.. Ensuite, des assauts du régime sont lancés contre les usines en grève.. Le lendemain, les opposants Sergueï Dilevski et Olga Kovalkova, tous deux membres du Conseil de coordination, sont arrêtés à l'entrée de l'usine de tracteurs de Minsk pour avoir organisé une grève illégale..

Le mouvement de protestation connaît un certain essoufflement à partir de la deuxième semaine en raison de la répression et des divisions de l'opposition. La candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa « est devenue une véritable égérie médiatique. Cette position commence à créer des tensions et à diviser le mouvement quand elle se présente comme une possible présidente de transition », souligne un autre responsable de l'opposition.

Septembre 2020 Depuis la rentrée scolaire du , les étudiants se mettent en grève pour dénoncer le pouvoir en place. Cette grève perdure pendant plusieurs mois dans certains établissements du pays. Plusieurs dizaines d'étudiants sont arrêtés.

vignette|Minsk, .